21 juil.

Interview de Benoît Poelvoorde pour « Du jour au lendemain », ce samedi 22 juillet sur RTL-TVI

Pour vous présenter le film Du jour au lendemain (en TV ce samedi 22 juillet à 20h20 sur RTL-TVI), quoi de mieux que de vous proposer une interview de son acteur principal ? Un certain... Benoît Poelvoorde ! Nous avions rencontré l'acteur belge lors de la promo du film de Philippe Le Guay pendant près d'une heure. Interview-fleuve donc, dans laquelle le comédien belge revenait sur son parcours et les projets qui allaient suivre le film présenté ici.

Rencontre avec Benoît Poelvoorde

C'est dans un restaurant bruxellois que nous rencontrons l’acteur belge, qui nous accueille avec un chaleureux « je suis là, je suis ton homme ! ».
Le film qu'il est venu défendre - Du jour au lendemain - raconte avec brio l’histoire d’un mec (François Berthier alias un Benoît Poelvoorde égal à lui-même, comprenez excellent) dont la vie change radicalement… du jour au lendemain.

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Dans Du jour au lendemain, votre personnage - François Berthier - est entouré de seconds rôles très colorés. Quel souvenir gardez-vous du tournage du film ?

De ce tournage-là ? J’ai tourné le film l’été dernier. J’ai le souvenir d’un tournage assez épuisant et fatigant parce qu’en fait, si on regarde bien le film, comme on doit jouer plusieurs fois les mêmes situations, on passait parfois une journée entière à faire une sortie de lit. En effet, le principe du film, c’est quand même l’histoire d’un mec qui, du jour au lendemain, voit sa vie s’améliorer. Il fallait donc répéter les situations et c’était assez emmerdant à faire. Par exemple, la scène de la machine à café, j’en ai fait énormément de versions : la version où elle marche, la version où elle ne marche pas… La difficulté, c’était qu’il fallait continuer à évoluer avec le personnage. Donc c’était gai à jouer mais c’était compliqué.

Yann Moix dit avoir écrit Podium pour vous à la virgule près. On a un peu le sentiment que Philippe Le Guay a fait de même avec Du jour au lendemain

Oui, c’est vrai, mais je sais pourquoi. En fait, il y a un point commun avec Yann Moix. Il y a un scénariste sur le film de Le Guay qui est le même scénariste que le scénariste de Podium, bien que Yann ait travaillé avec ce scénariste au départ sur Podium pour finalement travailler tout seul. Mais la base est faite par Olivier Dazat. Par contre après, quand j’ai fait le film de Le Guay, c’est le scénariste qui m’a proposé le scénario et ensuite, il m’a présenté le réalisateur. Donc j’ai d’abord lu une première version qui était, on va dire, une bonne première version parce qu’en général, il y a énormément de versions pour un scénario, mais qui n’était absolument pas aboutie. Après ça, j’ai rencontré le réalisateur et le scénariste, qui me connaît excessivement bien. J’ai fait plusieurs films avec lui et il a tendance, on va dire, entre guillemets à savoir à peu près les films qui vont me convenir ou moins me convenir. Oui, c’est marrant que vous ayez dit ça. C’est curieux oui…

Êtes-vous d’accord si je vous dis que votre interprétation de Berthier est par moments Jim Carreyienne ?

On me l’a dit, oui, pour plusieurs raisons, bien qu’il fasse plus de grimaces que moi ! Mais cette comparaison est surtout due au type de sujet. C’est-à-dire que c’est un sujet qui paraît complètement irréaliste parce Jim Carrey fait beaucoup de films qui tiennent en une idée.
Donc par exemple, si on prend le notre ici, le film tient en une idée : « Et qu’est-ce qui se passerait si, du jour au lendemain, votre vie allait mieux ? ». C’est un peu ça… C’est-à-dire un type qui du jour au lendemain voit sa vie basculer. C’est typiquement le genre de comédie à l’américaine. D’ailleurs, ils ont fait l’affiche comme ça si vous regardez bien. On me l’a dit pour ça parce qu’ils m’ont dit : « on veut une affiche qui ressemble aux affiches avec Jim Carrey, c’est carré… ». Carré, c’est le cas de le dire. C’est marrant, vous êtes pertinent !


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Tout semble sourire au personnage que joue Benoît Poelvoorde


Le film nous amène à nous pencher sur notre recherche du bonheur. François Berthier dit que « le bonheur, c’est une décision qu’on prend ». Vous le rejoignez là-dessus ?

Oui, sur la quête frénétique du bonheur des gens ! Là-dessus, je ne suis pas d’accord, non. Moi, je ne suis pas d’accord avec les idées du film. Je trouve que le film est drôle. Mais je ne partage pas la vision du réalisateur.
C’était ça qui rendait le film intéressant. C’est de se dire que je comprends une partie de ce qu’il dit ; après, chacun a une vision du bonheur. C’est un sujet universel. Je ne crois pas que ce soit aussi simple de dire « le bonheur, c’est une décision qu’on prend ». Je pense que c’est plus complexe. Il y a des gens qui naissent du mauvais côté de la barrière et je ne pense pas qu’ils aient pris la décision de vivre de ce côté-là. Je pense donc que c’est plus complexe, mais c’est un truc qui se défend. Chaque fois que les gens me parlent de ce film, le discours s’oriente assez souvent sur le bonheur parce que le bonheur, comme on dit, on le reconnaît au bruit qu’il fait quand la porte se referme. Quand il est parti. Quand on l’a perdu. C’est quelque chose de philosophique. On ne sait pas ce qu’est le bonheur. Est-ce qu’il est avant ? Est-ce qu’il est après ? Est-ce qu’il est pendant ? Hier, je regardais un film qui s’appelle
Contrôle, dans lequel une bonne-femme disait : « Le bonheur, je regarde un moment à gauche, dans ce qui s’est passé ; parfois je regarde à droite, dans ce qui est à venir et en fait je finis par loucher. » En fait, il vaut mieux regarder au milieu. Mais c’est la difficulté hein… Mais c’est ce qui faisait aussi l’intérêt du film, c’est de savoir que chacun peut réfléchir à comment il ou elle se positionne. François Berthier, dans le film, c’est quelqu’un qui a peur du bonheur en fait. Mais les gens n’ont pas peur du bonheur. D’ailleurs, on est plutôt dans une période où les gens font une quête frénétique du bonheur, cherchent à tout prix. Et à force de toujours le chercher, on finit par ne jamais être dedans parce qu’on cherche sans cesse. Alors que parfois, il est devant nous et on ne le voit pas.

François Berthier se considère mi-Lendl mi-McEnroe... Et vous, fifty-fifty aussi ?

Lui, il ne se considère pas mi-Lendl mi-McEnroe, c’est son copain qui dit qu’il faut qu’il soit Lendl… Oui, c’est juste, il dit « fifty-fifty », mais c’est parce qu’il ne sait pas quoi répondre. Mais c’est vrai, c’est tout à fait ça ! À mon avis, il est plutôt du côté de celui qui préférera ne pas prendre de cours de tennis, de peur d’avoir l’air ridicule. Parce que c’est vraiment ça… François Berthier, il a peur de tout. Quand il dit à un moment, au début du film : « le monde m’agresse », c’est un dépressif quoi quelque part. C’est quelqu’un qui dit : « j’ai rien demandé ». Donc le sujet, il est drôle parce que c’est quelqu’un qui dit « j’ai rien demandé et on m’offre le bonheur et après je ne suis pas capable de vivre avec ». Donc, quand il dit « fifty-fifty », pour en revenir à votre question, c’est encore une fois quelqu’un qui aurait préféré qu’on ne lui pose pas la question. Parce que dès que tu dois te situer, tu es obligé de t’engager. Dès que tu t’engages, tu as plus de risques d’être malheureux. En fait, c’est quelqu’un qui ne veut pas s’engager. Donc tu préfères dire : « ne me donnez pas le choix, c’est plus simple ».


Benoît Poelvoorde, acteur bankable ?

Depuis Le boulet, d’aucuns vous considèrent comme un acteur bankable.
Dans Du jour au lendemain, vous portez à bien des égards le film du début à la fin. Acceptez-vous cette étiquette d’acteur bankable et si oui, estimez-vous recevoir davantage de scénarios intéressants depuis Le boulet ?

Non, ce n’est pas depuis Le boulet. Alors, l’acteur bankable, ça ne veut rien dire. Là, je viens de voir que dans Le Figaro, ils viennent de faire paraître les acteurs qui demandent beaucoup d’argent et tout ça et j’ai expliqué que Depardieu n’était plus crédible avec le prix qu’il demandait. Il vaut toujours mieux ne pas être dans le truc du Figaro, quand ils donnent les caprices des acteurs ! Mais ça ne veut rien dire être bankable, absolument rien. Parce qu’en fait, c’est paradoxal ce que je viens de dire, mais ce n’est pas l’acteur qui détermine si le film va marcher, c’est le goût du public. Vous avez des cas de figure extrêmement rares mais ils sont à noter, c’est-à-dire qu’il faut attendre 25 ans. Vous avez Les bronzés. Là, c’est sûr, c’est bankable. Mais ce n’est sûr que c’est bankable que par rapport à l’envie du public. Vous pouvez être l’acteur que le public adore et tout, s’il n’a pas envie de voir ce type de film maintenant, ni ce type d’histoire, vous l’avez dans le cul. Ce n’est pas l’acteur qui est bankable, c’est le rapport que le public a avec l’acteur mais ça, ce n’est pas vous qui le déterminez. Mais même le public peut vous adorer et vous dire : « vous avez très bien marché dans Podium » et ne pas avoir envie de vous voir après en François Berthier. C’est justement parce qu’il y a des inconnus que le cinéma continue à exister comme ça. Sinon ce serait horrible, on saurait exactement les gens qui marchent et les gens qui ne marchent pas et on ne laisserait pas de chance à ceux qui n’ont pas encore été découverts.

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Il y a un peu de Jim Carrey dans ce Poelvoorde-là !


Vous venez de tourner Cowboy de votre ami Benoît Mariage. Hormis Astérix et les jeux olympiques, quels sont vos projets et où en est votre envie de passer à la réalisation avec Les inutiles ?

Alors là, je suis un peu à la traîne. Normalement, je devais sortir le film de Nicole Garcia (NdA : Selon Charlie) avant celui-ci parce que je l’ai tourné avant mais ils veulent le sortir plus tard. Après, j’ai fait le film de Le Guay, puis celui de Benoît Mariage, que je vais voir demain. Je vais enchaîner sur Astérix au moins de juin. C’est un tournage très long parce que j’ai un rôle assez important, celui du méchant. Et juste après, j’enchaîne encore un autre film, qui s’appelle Les deux mondes, une comédie assez drôle. Et j’en ai encore un troisième pour l’été prochain donc j’ai un peu arrêté. Et normalement, comme vous dites, je devrais me mettre à l’écriture mais le problème, c’est que je déménage. Je reste en Belgique et dans le Namurois et suis en train de faire des travaux. Donc là où je devrais être en train d’écrire, je suis en train de me taper des travaux. Je retape une maison. Ça, c’est du concret.


Entre ses mains, de Nicole Garcia, entre ses yeux

Quand ces lignes seront publiées, la cérémonie des Césars aura déjà livré son verdict. De quel œil voyez-vous votre deuxième nomination au César du meilleur acteur pour votre prestation dans le film d’Anne Fontaine, Entre ses mains ?

Déjà, je peux vous le dire à l’avance : je ne l’aurai pas, parce que je parierais sur Romain Duris.
(NdA : C'est Michel Bouquet qui fut césarisé cette année-là pour son rôle de François Mitterrand dans Le Promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian). Pour Podium, j’y suis allé en me disant que j’avais une chance parce que je continue de dire que la comédie est assez difficile à faire et que j’avais vraiment mouillé le maillot. J’y suis allé en me disant que j’avais une chance et beaucoup de gens me disaient que j’avais une chance. C’est ce que les gens disent hein, ce que vous entendez qui compte. C’est des trucs d’odeurs quoi. Quand je dis que je le sais déjà à l’avance, on ne connaît pas les résultats à l’avance hein, je rassure tout le monde. Mais c’est une sorte de feeling. Autant j’y suis allé avec Podium en ayant déjà commencé à penser à un discours. Ici, je dis la vérité, vraiment, je meurs si je mens, j’y vais en sachant que j’ai perdu. Mais je m’en fous, je suis nommé et pour moi, c’était vraiment un cadeau parce que pour ce film-là, ce n’était pas évident. Pour Entre ses mains, je n’aurais jamais pensé que les gens allaient me nommer pour ce rôle-là. Ça m’a tellement fait peur !

En outre, votre partenaire dans ce film, Isabelle Carré, est elle aussi nommée au César de la meilleure actrice, tout comme Anne Consigny, qui joue votre femme dans Du jour au lendemain

Oui, et qu’on soit nommé ensemble, c’est bien. C’est marrant. J’ai du cul hein ! Ca a été dur pour moi de voter parce qu’il y avait Anne Consigny avec qui je venais de faire ce film et avec qui je m’entends vraiment super bien.

Il y a justement une certaine ressemblance entre ces deux actrices…

Oui, on me colle souvent avec des femmes discrètes. Donc dans les nominations, il y avait Isabelle, Anne et il y avait Nathalie Baye, que j’adore parce que j’adore ce qu’elle a fait dans Le petit lieutenant. Donc il a fallu que je vote. (NdA : Isabelle Huppert et Valérie Lemercier étaient également nominées au César de la meilleur actrice, pour leur interprétation dans Gabrielle et Palais royal ! respectivement) et ça, c’était dur. J’ai eu du mal pour le vote de la meilleure actrice.

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Dans Du jour au lendemain, François Berthier (Benoît Poelvoorde) ne comprend rien à ce qui lui arrive



Son attirance pour les personnages qui ont des failles

Vous jouez fréquemment des rôles de loser, de personnages qui ont, comme vous dites, des failles. Berthier passe quelque part du statut de loser à celui de winner. Vous propose-t-on parfois des rôles de winner et, si oui, pourquoi avoir refusé jusqu’ici de les interpréter ?

D’abord, je trouve que les personnages de winner sont extrêmement emmerdants. En général, s’il y a un mec qui gagne du début à la fin, ça te fait chier. Alors soit c’est quelqu’un qui gagne parce qu’il perdait au début. À ce moment-là, c’est un loser qui gagne et il y a une justice. Mais les gagnants… D’abord, je ne crois pas que je serais très crédible parce que je n’y croirais pas moi-même. Je ne crois pas aux gens qui gagnent tout le temps et je les trouve assez emmerdants. Je trouve que les personnages qui réussissent ont quelque chose d’assez fatigant en soi. Il y a une phrase très belle d’Orson Welles qui dit : « Le cinéma ne s’intéresse pas aux trains qui arrivent à l’heure. » C’est un peu ça quoi. On aime bien les personnages qui n’arriveront pas à l’heure et qui ne sont pas du côté de ce qu’on définira « gagnant  » ou « perdant ». C’est pour ça que je n’aime pas le mot « loser ». Parce qu’en fait, ils nous ressemblent davantage et j’ai plus de vécu dans le côté « failles ». Je trouve ça plus intéressant et enrichissant à réfléchir parce qu’ici, ce qui est intéressant dans le film, c’est justement de se dire qu’il passe par cinq étapes. C’est pas un loser, c’est un gentil qui n’a pas de bol. Quand on regarde bien toutes les choses qui lui arrivent dans la vie, ça arrive à tout le monde dans la vie donc on ne peut pas dire que les gens sont des losers. Son sac poubelle s’ouvre au moment où il est devant l’ascenseur. Les gens l’insultent, ne lui disent pas bonjour quand il dit bonjour. Il pleut quand il sort du métro, son patron l’engueule alors qu’il a essayé de bien faire. Bon, c’est pas vraiment un loser. C’est un mec à qui on donne l’occasion de contrôler sa vie. Et parfois, on n’en a pas envie. D’ailleurs, c’est ce qu’il dit dans le film.

Pour être plus global par rapport à ta question, j’ai toujours aimé les personnages qui nous ressemblent. Parce que, souvent, on me rétorque la question en me disant que j’ai réussi plein de choses mais je ne suis pas d’accord avec ça. Les choses n’étant pas aussi manichéennes. On a l’impression qu’on réussit une chose et puis on échoue sur un autre truc. Ca dépend où on met ses ambitions en fait. Selon les ambitions et l’orgueil que l’on a… ou les rêves que l’on a en fait… Parce que, très souvent, les gens se trompent sur ce que l’on envisage vraiment dans la vie. On se fait une idée ou on montre une image différente… On n’ose pas dire ce dont on a vraiment besoin en fait parce qu’on a tellement peur que cela s’en aille. On ne peut pas résumer sa vie uniquement au travail. Bien sûr, je pense que le rapport amoureux passe avant tout. D’ailleurs, c’est très important dans le film de Philippe. Le rapport amoureux est très important : avec qui on partage sa vie… François Berthier, il est malheureux parce qu’en fait, sa femme le quitte, si on y réfléchit. Là, il vit seul dans un appart, il bouffe sa pizza tout seul… S’il était heureux avec sa femme, tout se passerait bien. Parfois, on se dit qu’il nous manque si peu de choses pour être heureux, mais on n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Donc je préfère jouer ces mecs qui cherchent que ces mecs qui ont trouvé.


Pourquoi avoir refusé de jouer dans le premier Astérix (NdA : il avait décliné la proposition d’interpréter le personnage de Lucius Detritus, finalement attribué à Roberto Benigni) et accepté de tourner dans la troisième aventure cinématographique des personnages de Goscinny et Uderzo : Astérix aux jeux olympiques ?

Il y a deux raisons. Je trouve que le scénario du troisième est beaucoup plus drôle que le premier. Personnellement, je n’avais pas trop aimé le scénario du premier. Et deuxièmement, je sortais du film de Benoît Mariage (NdA : Les convoyeurs attendent) quand on m’a proposé Astérix. Il y a des films qui sont plus proches de vos préoccupations dans l’instant où vous les vivez. Au moment où j’ai fait le film de Benoît Mariage, c’était un film très important pour moi parce que ça parlait d’un milieu social qui était le mien. ça parlait d’un papa, quelque chose de très important dans ma vie. Quand Berry m’a proposé Astérix, c’est ce que je lui ai dit. Je n’avais pas envie de faire ce film-là. Je n’arrivais pas à passer à autre chose. J’avais envie de rester dans cette atmosphère. D’ailleurs, j’ai mis beaucoup de temps à tourner un autre film après Les convoyeurs attendent. J’ai fait Les portes de la gloire après parce que c’était un scénario que j’avais écrit, qui était plus proche de quelque chose qui me touchait, des gens qui ont du mal… Il y a des films que vous n’avez pas envie de faire. Il faudrait plus me demander pourquoi j’ai accepté Le boulet. J’avais envie de faire ce genre de films-là à ce moment-là. J’étais prêt à faire des films plus légers. Mais après Les convoyeurs, j’étais complètement dans des films plus dramatiques et le problème, c’est qu’on ne m’a pas proposé de films dramatiques. On m’a proposé Le vélo, mais je l’ai co-écrit. Les portes, je l’ai co-écrit aussi.

C’est simplement à partir d’
Entre ses mains que maintenant je commence à recevoir des rôles plus dramatiques. Comme le film de Nicole, qui est plus dramatique, et où on me fait plus confiance en se disant que je suis davantage capable d’interpréter des personnages plus dramatiques. Comme le film de Benoît, celui que je viens de faire - Cowboy -, qui est beaucoup plus dramatique. Il sera drôle mais ce sera un drame, c’est l’histoire d’un homme qui tombe. Mais c’est ma maturité aussi qui me permet de jouer ce genre de rôles. Je suis plus vieux. J’ai 41 ans. C’est le temps que moi je capte l’instant et j’ai tellement eu peur du ridicule…

Mais tout le monde a peur du ridicule…

Tout le monde, c’est vrai. Mais on n’ose pas le dire en fait. Mais quand j’ai fait Entre ses mains, j’avais une telle peur d’avoir l’air con. Donc j’apprends en fait. C’est pourquoi j’ai accepté de tourner dans cet Astérix. Parce que je suis content de ce que j’ai fait dans le film de Nicole. Et même pour Du jour au lendemain, il y avait des séquences, si je n’avais pas fait le film de Nicole Garcia ni le film de Benoît. Parce que c’est Benoît qui m’a appris à dire qu’on peut pleurer à l’image. Moi, j’aurais jamais osé. Et bien, je n’aurais jamais osé faire certaines scènes dans le film de Philippe Le Guay parce qu’il y a des trucs où tu te dis : « mais moi, je ne fais pas ça ; ça ne m’intéresse pas… » Je suis très pudique pour certains trucs. Il y a des choses qui me bloquaient, le fait de dire certaines choses… C’est moins vrai aujourd’hui. Je pense que tous les acteurs te diront pareil : ils apprennent. Et c’est comme ça qu’on apprend.

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Benoît Poelvoorde, invité de l’émission flamande De laatste show © Hélène Dehon



Benoît Poelvoorde, cet auteur

Selon moi, vous n’êtes jamais meilleur que dans ce que vous écrivez. Je pense à C’est arrivé près de chez vous, à Jamais au grand jamais, aux Carnets de Monsieur Manatane, et au film Le vélo de Ghislain Lambert

Ah oui ! C’est gentil ; vous connaissez bien ce que j’ai fait. En réalité, j’ai écrit Les portes de la gloire avec le même mec avec qui j’ai écrit Jamais au grand jamais et Les Carnets de Monsieur Manatane. Je comprends ce que vous voulez dire mais c’est une question de temps, c’est une question de disponibilité. Je suis d’accord avec ce que vous dites. En même temps, je garde l’énergie d’écrire pour moi. Les inutiles, ça fait maintenant trois ans que je m’y suis mis.

Ça avance lentement donc mais ça aboutira malgré tout bel et bien sur quelque chose de concret alors ?

Oui. Et en plus, plus tu grandis avec les films, plus tu vois les choses que tu ne veux plus faire ou pas faire. Je pense que je suis dans une tranche d’âge où il faut chercher beaucoup. J’ai eu une grande discussion il y a deux jours avec Bacri et Lindon. (NdA : Ils figurent, à l’instar de Benoît Poelvoorde, au casting de Selon Charlie.) Vous verrez ça dans Première, où on n’est pas du tout d’accord sur la manière dont on envisage les rôles. Moi, je suis dans une période de ma vie où je me dis que j’ai envie d’en faire beaucoup pour en apprendre beaucoup sur moi. Eux ne sont pas d’accord avec moi sur ce point. Ils disent qu’il faut sélectionner. Il faut arrêter de sacraliser ! Ensuite, le rapport au public joue un rôle important. Si le public ne veut plus te voir, il ne veut plus te voir. Moi, j’essaie d’entretenir avec les gens qui vont me voir un rapport presque de camaraderie. Je leur demande de me dire si c’est bien ou pas bien. Je cherche quoi… Je n’ai jamais dit que j’avais des réponses en fait. Je cherche et j’essaie de bien faire. Quand j’écris pour moi… Il faut bien savoir que Manatane et tout ça, ce n’est qu’après que ça a eu du succès. Parce qu’au début, les gens pigeaient que dalle ! Faut bien admettre que quand on a commencé à écrire Monsieur Manatane - les deux premières années, on passait à la fin de Nulle part ailleurs - les gens ne pigeaient pas. Ils disaient : « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc de cons ? ».

Et c’est parce qu’il y a eu internet… On a sorti une cassette vidéo. La première cassette vidéo de Monsieur Manatane qui est sortie, ça ne s’est pas du tout vendu. Je crois qu’on a du en vendre 1000. Ça n’intéressait personne donc on s’est dit qu’il fallait se faire une raison ! Et ce n’est qu’après que les gens ont assimilé le truc. Canal ne voulait pas ressortir cette cassette et nous non plus en fait. On s’en foutait complètement ! Ce n’est que trois-quatre ans plus tard qu’ils m’ont appelé pour me dire qu’ils aimeraient bien ressortir Monsieur Manatane et faire l’intégrale. Je leur ai dit que je pensais sincèrement que ça n’intéresserait pas grand monde et donc que je m’en foutais de faire un DVD en plus. Je ne vais pas beaucoup sur le net et c’est un copain à moi qui m’a dit : « Mais t’es fou, va sur le net, ils se filent les trucs, ils les copient et tout ça. » Donc on est allé voir sur le net et c’est vrai qu’il y avait des aficionados. C’est vraiment le public qui a déterminé qu’il voulait voir Manatane. Donc en fait, je n’ai fait aucune promo pour Manatane. J’ai fait une seule télé. J’ai refusé de faire de la promo en disant que c’était pour les aficionados qu’on sortait le DVD et donc que je m’en foutais. Et on en a vendu 150 000 ou un truc comme ça, par rapport à 1600 au départ. Mais ça reste un truc destiné aux spécialistes quoi, pour les purs ! Je veux dire qu’on a fait plus d’entrées avec des films qui paraissent pour d’autres beaucoup plus légers. Mais tu vois, Le boulet fait 3 600 000 entrées ; Podium fait 4 millions. Mais tu feras 500 000 avec Les portes de la gloire. Mais pour l’argent qu’il a coûté… Les convoyeurs rapportera plus d’argent que Le boulet par exemple. Mais il faut se situer dans les choses… C’est-à-dire que si jamais je propose Monsieur Manatane au cinéma, mais t’as zéro hein ! Les gens vont dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne voient pas très bien où on veut en venir. Tu ne pourras pas faire du prime time avec Monsieur Manatane.

Vous en êtes sûr ?

Maintenant, d’accord. Mais il a fallu attendre cinq ans que le public des aficionados dise qu’il voulait avoir Monsieur Manatane en DVD. Mais je connais plein de gens qui ne comprennent pas Monsieur Manatane. Ma mère, par exemple. Elle va adorer un Philippe Le Guay. Je sais qu’elle va adorer ce film-là. Mais elle ne comprend pas très bien Monsieur Manatane. Ça ne la fait pas rigoler quoi. Le viking qui arrive avec des cornes… Elle ne comprend pas. Quelqu’un m’avait dit cette phrase magnifique concernant Monsieur Manatane : « Ca doit être plus gai à faire qu’à regarder ». Moi, je respecte ça. Mais c’est très compliqué de se positionner par rapport à des trucs comme ça.

Propos recueillis par Jean-Philippe Thiriart


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Le message laissé par Benoît Poelvoorde dans notre livre d'or, en mode Monsieur Manatane : « Merci à vous Chers lecteurs. Je vous embrasse. Et longue vie à Vous !! ».

08:41 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews, Les " acteurs " du cinéma vous parlent ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : benoit, poelvoorde, du, jour, au, lendemain, asterix, podium, monsieur, manatane | |  Facebook | |  Imprimer |

19 juil.

Des singeries plus humaines qu'il n'y paraît

De Matt Reeves
Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn
Science-fiction
2h20

Cote : ***

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La Planète des singes - Suprématie
(War for the Planet of the Apes) est la suite de La Planète des Singes : les origines (Rupert Wyatt, 2011) et de La Planète des Singes : l’affrontement (Matt Reeves, 2014). Il poursuit et clôture la saga, temporairement du moins. Celle-ci avait démarré en 1968. Deux ans plus tard, une première suite directe de quatre films fut initiée, jusque 1973. Si le premier - Le Secret de la Planète des Singes - fut une réussite, le dernier - La Bataille de la Planète des Singes - remporta un succès bien moindre. Il aura fallu attendre le génial Tim Burton pour trouver un réalisateur capable de s’essayer à un reboot de la saga. C'était en 2001. Le relatif échec du film ne permit cependant pas au réalisateur d'Edward aux mains d'argents de rempiler pour une suite.

Il s’agit donc ici du neuvième film de la franchise. L’histoire reprend des personnages déjà présents dans la première suite du film originel. On retrouve en effet César. L’histoire qui nous est donnée à voir est bien ficelée, empreinte d'une certaine profondeur. Le réalisateur a pris le parti de jouer sur la corde raide entre le bien et le mal. Dès les premiers instants, se pose la question de savoir s’il existe un camp de « gentils » et un camp de « méchants ». On se rend vite compte que les choses sont bien plus complexes. Le film nous plonge  ainsi au sein de l’organisation des singes et de leurs préoccupations premières : la vie en harmonie avec des hommes qu’ils savent supérieurs à cet instant.

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Les événements les pousseront à devoir se révolter pour leur survie. Le film possède des moments assez lents qui sont rares dans ce genre de productions où l’action semble toujours plus importante que le temps de la réflexion. Le colonel (Woody Harrelson, Hunger Games) est sans doute caricatural dans son manque d’empathie mais on comprendra le mal qui le ronge. Dans ce film somme toute assez sombre, l’humour joue un rôle de contre-balancier et le côté attachant de certains  personnages permet de vivre le film au plus près.

La Planète des Singes - Suprématie n’a pas tout misé sur les effets spéciaux comme c’est trop souvent le cas. C’est sans doute cela aussi qui en fait sa force. Plusieurs thèmes actuels de nos sociétés (perte d’un être cher, désir de vengeance, abus de pouvoir…) sont abordés et certaines réponses apportées peuvent nous aider à nous situer en tant qu'êtres humains. D’autres questions restent sans réponse. Le cinéma joue parfois un rôle formateur et c’est sans doute à cet instant qu’il devient le plus intéressant. Il nous rappelle parfois, à juste titre, que quel que soit notre pouvoir, tout comme l’empereur César, nous ne sommes que mortels.
Cette Planète des Singes n'est sans doute pas découvrir avant l'âge de 10 ans, pour l’appréhender avec le recul nécessaire à sa bonne compréhension.

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart


09:31 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : planete, des, singes, suprematie, war, for, planet, apes, cesar, andy, serkis, sirkis, matt, reeves, tim, burton | |  Facebook | |  Imprimer |

11 juil.

Projection de L'Iceberg ce 12 juillet à Flagey

Ce mercredi 12 juillet (en présence des réalisateurs) et à cinq autres dates (du 15 juillet au 12 août), L'Iceberg sera projeté au Studio 5 de Flagey. Il s'agit du premier long métrage du trio Dominique Abel - Fiona Gordon - Bruno Romy. Tous trois œuvreront par la suite ensemble sur Rumba et La Fée avec, à chaque fois, Abel et Gordon devant la caméra en duo burlesque hors du commun. Cette année, le couple à la ville comme à l'écran nous a régalés avec son Paris Pieds Nus, dans lequel on retrouve avec plaisir l'inoubliable Grand blond Pierre Richard et la talentueuse Emmanuelle Riva dans ce qui sera son dernier rôle à l'écran.


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Abel et Gordon s'en donnent à cœur joie dans L'Iceberg


L'Iceberg sera projeté dans le cadre de la belle avanture 50/50 : Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes, sur laquelle nous ne manquerons pas de revenir bientôt. Une aventure organisée en partenariat avec la plateforme belge de vidéo à la demande UniversCiné, qui propose, entre autres, pas moins de 900 films belges aux amateurs de cinéma de chez nous ou à ceux qui ont simplement envie de le découvrir.


Notre rencontre avec Abel et Gordon


Dominique Abel et Fiona Gordon étaient venus présenter La Fée en avant-première au cinéma namurois Acinapolis. Une dizaine de spectateurs avaient ainsi pu découvrir via un de nos concours ce film qui avait fait l'Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. C'était en 2011.

À cette occasion, les sympathiques réalisateurs et acteurs avaient levé leur verre aux visiteurs d'En cinémascope, trois d'entre eux se chargeant de faire une critique-express de l'avant-dernier film du duo.

 



Notre présentation de L'Iceberg


L'Iceberg est donc l'oeuvre de trois metteurs en scène : Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy. Les deux premiers forment le duo burlesque Abel et Gordon depuis plus de trois décennies et se sont ainsi associés au Français Bruno Romy pour la réalisation du film que nous vous présentons. Une comédie burlesque quasi muette basée sur un visuel très important, indispensable à la compréhension de la majorité des scènes, dont il fait la force.

Fiona, qui travaille dans un fast-food vit une existence tranquille accompagnée de ses deux enfants et d’un mari distrait prénommé Julien. Un soir, alors qu’elle range les condiments dans la chambre froide du restaurant, elle se retrouve accidentellement enfermée. Elle parvient à passer la nuit tant bien que mal avant qu’une employée ne la retrouve frigorifiée mais en bonne santé. Elle sera alors inexorablement attirée par tout ce qui est froid : des glaces du glacier à l’appel du grand nord. Elle fera la rencontre d’un marin sourd-muet et souhaitera partir à la recherche de... l’iceberg !

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L'Iceberg
est assez surprenant à premier abord. En effet, tandis que les premières scènes sont tout à fait compréhensibles, il faut attendre plusieurs minutes pour que les premières paroles fassent leur apparition. La première impression est que nous ne sommes pas devant un film mais bien au théâtre, tant le visuel occupe une place centrale et la gestuelle des acteurs est importante. Le duo Abel et Gordon fonctionne à merveille et on remarque aisément que leur complicité ne date pas d'hier.

Certaines scènes font également sourire en raison de la manière dont elles sont tournées. Même les effets spéciaux ont un côté atypique et décalé. Tous les personnages secondaires participent également au caractère burlesque de l’œuvre. La scène du coup de téléphone de Julien au maire  d’un village où se trouve Fiona vaut le détour à elle seule.
Les acteurs débordent d’énergie. Certains y verront même des caractéristiques empruntées à Charlie Chaplin. De quoi nous faire revivre des temps plus anciens du cinéma avec, toutefois, des actualisations bien réfléchies.


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Comment découvrir L'Iceberg et... le cinéma belge


Rendez-vous ce mercredi 12 juillet à Flagey pour L'Iceberg.

Et confortablement installés à la maison pour un regard multiple sur le cinéma belge avec la sélection 50/50 de UniversCiné !

Jean-Philippe Thiriart et Raphaël Pieters

28 juin

Sortie Blu-ray de LA LA LAND : La jeunesse, cette promesse

Voilà un film qui fait  beaucoup du bien. Beaucoup de bien ! Vous êtes fatigué de votre journée insurmontable lors de laquelle vous vous êtes retrouvé dépassé, débordé, épuisé. Cependant, vous n’avez ni l'envie de rejoindre le pays des rêves ni le courage d’aller chez Dreamland. Pas de problème : il y a le Blu-ray (le top pour un tel film) ou le DVD de La La Land, disponibles un peu partout depuis quelques semaines !

La La Land est un musical américain réalisé par Damien Chazelle. Lorsqu’on visionne le film, on comprend pourquoi il est devenu, à 31 ans à peine, le plus jeune cinéaste de l’histoire à recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur. Tout n’était cependant qu’une question de temps pour celui qui avait déjà réalisé l’incroyable Whisplash (2014).

Le film que nous avons choisi de vous présenter est d’un tout autre genre puisqu’il s’agit réellement d’un film musical à savourer en famille. Le film commence par une scène assez incroyable qui annonce, d'emblée, la couleur ou plutôt... les couleurs du film ! Et elles sont nombreuses.

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La La Land est un film rempli de bons sentiments. Nous n’avions plus vu de films musicaux de la même trempe depuis Singin' in the Rain (Donen et Kelly, 1952), West Side Story (Robbins et Wise, 1961), Les parapluies de Cherbourg (Demy, 1964), Mary Poppins (Stevenson, 1964) ou encore Annie (Huston, 1982). Certaines scènes de La La land resteront en tout cas gravées dans nos mémoires comme le sont certaines de ces comédies musicales.

L’histoire, centrée sur une rencontre amoureuse et les rêves de succès et de reconnaissance des deux tourtereaux est quant à elle très actuelle. Chaque artiste rêve en effet de reconnaissance et éprouve parfois la plus grande des difficultés à allier vie amoureuse et vie artistique pleinement épanouies.

Les acteurs principaux jouent à merveille et démontrent une nouvelle fois qu'ils font partie de ce que Hollywood a de meilleur à nous offrir. Ryan Gossling apparait dans un rôle aux antipodes des Only God Forgives ou Drive et prouve une nouvelle fois toute l’étendue de son talent. Quant à Emma Stone, rien d'étonnant à ce que l’Oscar de la meilleure actrice soit venu récompenser la qualité de son travail. La complémentarité des deux acteurs n’est plus à démontrer après Crazy, Stupid, Love. (Ficarra et Requa, 2011) et Gangster Squad (Fleischer, 2013).

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Les bonus

Rayons bonus, le Blu-ray offre plus de 20 minutes de bonus additionnels aux déjà sympathiques bonus compris dans le DVD du film. Soit un outil permettant de naviguer entre les chansons du film et deux focus : un sur l'ouverture énorme du métrage et un autre sur Justin Hurwitz, le génie musical grâce auquel le film a été possible.

Les bonus du DVD (compris donc également sur le Blu-ray) reprennent les traditionnels commentaires audio et bande annonce mais aussi des sujets sur la Première du film à Paris et dans le monde, ainsi qu'une galerie d'affiches, notamment.

 

 

Nos cotes

Le film : ****
Les bonus : ***

Belle (re)découverte de La La Land, qui en appellera sans doute bien d'autres !

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

10:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de DVDs, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la, land, lalaland, ryan, gosling, emma, stone, comédie, musicale, oscar, oscars | |  Facebook | |  Imprimer |

26 mai

Interview d'Alan Deprez, au Short Film Corner du Festival de Cannes avec Cruelle est la Nuit

Il y a quelques semaines, nous vous proposions notre avis sur le court-métrage Cruelle est la Nuit d’Alan Deprez. Rencontré à Bruxelles à l’occasion du BIFFF 2017, le camarade a pu nous accorder un peu de son temps pour décortiquer avec nous la conception de son film et les enjeux de celui-ci, mais également pour simplement parler cinéma et donner son avis sur la situation. Entre coups de gueule, coups de cœur et débat sur le genre, l’entretien pour le moins conséquent (c’est peu de le dire) était bien trop intéressant que pour l’amputer.

 

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Cruelle est la nuit est au Cannes Short Film Corner


Cruelle est la Nuit est un court-métrage qui renferme de nombreux concepts : une espèce de révolte politique qui part ensuite dans tous les sens (sado-masochisme, violence graphique…). Peux-tu nous expliquer ton idée de départ ?

C’est assez compliqué, en fait. Je ne voulais surtout pas faire une œuvre hyper référentielle ou trop consciente de ses références, parce que c’est quelque chose qui m’insupporte de plus en plus. Je ne supporte plus tous ces « jeunes » réalisateurs d’une/de première(s) œuvre(s) qui, constamment, font des clins d’œil à des œuvres ayant marqué leur cinéphilie et qui se complaisent - d’une certaine façon - dans cet art de la référence. J’en ai un peu marre du recyclage. Curieusement, je ne sais plus d’où m’est réellement venue cette idée de personnages étrangers à un milieu et qui débarquent dans une partie fine. La post-production a aussi été interminable car au départ, le film devait être prêt pour 2016, mais comme à chaque fois, je veux faire simple et au final, je fais plus compliqué ! Je m’étais dit qu’on allait faire un huis clos pour ne pas être tributaire des extérieurs. La première vision que j’ai eue était ces mecs qui partent en mission dans le but d’assassiner une personnalité influente et sont un peu pris au dépourvu, puisqu’ils débarquent en pleine partouze. Ensuite, la nature très noire et nihiliste du film existe car, en cours d’écriture, j’ai perdu deux personnes qui comptaient énormément pour moi, à savoir ma grand-mère et mon cousin ; ce qui m’a fait traverser une période assez douloureuse. D’ailleurs, Cruelle est la Nuit leur est dédié. Il y a donc une dimension très personnelle dans le projet et l’humour qu’on peut retrouver dans le film n’est arrivé que plus tard. Il y a un peu de moi dans chaque personnage car, même si je me considère comme apolitique, j’ai mes idées et c’est clair que parfois, je pense qu’il est préférable de tout « brûler » pour repartir sur des bases saines. C’est ce que le personnage de Kel fait dans le film, même s’il s’inscrit dans une démarche toute autre.

Tu parles d’une post-production qui a été tirée en longueur. Dans quelle mesure cela a-t-il joué sur le retard du projet ?

Il y a plusieurs choses qui sont entrées en ligne de compte. Il faut savoir qu’au départ, le court-métrage devait être réalisé pour le « COLLECTIFFF 2 » (NdA : groupe de réalisateurs de courts-métrages dont les œvres sont soutenues par le BIFFF et diffusées lors d’une édition précise du festival - le premier « COLLECTIFFF » a eu lieu en 2012 – ndlr). On a tourné trop tard par rapport à la diffusion prévue pour le BIFFF 2016 et on ne s’en est rendu compte qu’en cours de tournage. Par ailleurs, le monteur ne pouvait pas débloquer tout son temps pour travailler sur le film et en assimiler toute la matière dans un délai si court. La post-production a presque duré 10 mois. On a donc monté une bande-annonce, diffusée dans deux festivals mais pas au BIFFF, ce qui aurait pu être bizarre par rapport aux autres films du COLLECTIFFF, dûment finalisés. C’est vrai qu’on a pris le temps de bien faire les choses, en se disant qu’on avait entre les mains un film très atypique et singulier, à plus forte raison au sein du paysage cinématographique franco-belge et dans le domaine du court-métrage. Pour nous, c’était une grande délivrance lorsqu’on a assisté à la première privée du film au Cinéma Galeries (Bruxelles, le 1er novembre 2016).

 

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Alan Deprez est à Cannes avec Cruelle est la Nuit


Parle-nous un peu de la direction photo. Parce que ton court-métrage comporte, comme on le disait, une dimension nihiliste complètement assumée, mais son esthétique est très léchée. C'est sombre mais soigné. Quels étaient tes choix artistiques à ce niveau-là ?

Tout d'abord, cela fait un certain temps que je travaille avec le même chef op', Nicolaos Zafiriou. C'est une vraie collaboration artistique et je ne serais rien sans lui. Si je fais le compte, je crois qu'on a dû bosser sur une trentaine de projets ensemble, même si beaucoup d'entre eux n'ont pas abouti. Il a éclairé mes trois courts-métrages, ainsi que trois ou quatre clips, plus d'autres choses. Il faut savoir que je suis quelqu'un qui accorde beaucoup d'importance à l'esthétisme, même parfois un peu plus qu'au scénario ou au récit en lui-même. Certes, le scénario est fondamental, mais en tant que spectateur, je peux être séduit par un film qui aurait des carences scénaristiques, mais qui, visuellement, serait sublime. Par exemple, si on s’attarde sur Suspiria de Dario Argento, ce n'est pas un modèle de construction scénaristique : ce qui fait qu'on reste accroché est en grande partie dû à la direction photo de Luciano Tovoli. Je fonctionne comme ça et c'est ainsi que l’on a fonctionné sur Cruelle est la Nuit. « Zaf » (Nicolaos Zafiriou) et moi avons défini une esthétique. Nous voulions une caméra qui avait une bonne sensibilité pour le grain de la peau. Pour parler un peu technique, nous avions opté pour une caméra assez rare : l’Ikonoskop, une caméra suédoise dont la licence a été rachetée par une boîte belge, qui, par la suite, a directement fait faillite. On a vite compris pourquoi (rires), puisqu'elle était très « prototype » et nous a créé les pires emmerdes sur le tournage. Elle surchauffait tout le temps et causait parfois pas mal de problèmes au niveau de l'enregistrement des rushes (on s'est retrouvés avec des rushes inutilisables, altérés par de fines trames rappelant l’image d’une VHS usée). Mais on l'avait choisie parce que c'était une des caméras qui imitait le mieux le grain du 16 mm. On avait aussi deux autres caméras : une pour les plans un peu plus « clippés » et tournés de nuit, l’autre destinée à servir de 2ème caméra (NdA : respectivement une Sony Alpha 7S et une Pocket Black Magic, qui « matche » plutôt bien avec l’image de l’Ikonoskop – ndlr). Il est vrai que pour nous l'esthétique était super importante.

Tu mentionnais ton choix de caméra qui rendait bien le grain de la peau et tu nous parlais de Suspiria... On aurait envie de faire un parallèle avec David Lynch (Alan nous avait déjà expliqué auparavant être un grand fan de ce réalisateur). Est-ce un réalisateur qui t'influence dans tes créations ?

Peut-être bien. En tout cas il a eu un aspect fondateur pour moi parce qu'à la base, je suis un simple fan, mais c'est en découvrant Blue Velvet que j'ai voulu devenir réalisateur. Pour moi, il y a vraiment eu un avant et un après Blue Velvet. Par contre, je suis moins fan de ce qu'il a fait « récemment », comme ses travaux vidéo ou encore Inland Empire (son dernier long-métrage datant de 2006 – ndlr), qui m'a un peu horripilé. David Lynch est un réalisateur purement « sensoriel » qui sait faire fi de toutes les conventions scénaristiques encore de mises dans le métier, afin d’emmener le spectateur vers l’émotion pure.

 

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Cruelle est la Nuit au Cannes Short Film Corner


Et le giallo ? C'est un style qui t'a aussi marqué dans ton parcours cinématographique ?

J'aime beaucoup les gialli, même si je trouve qu'en ce moment, certains éditeurs en sortent un peu trop. Il y a donc une certaine overdose de gialli et c'est un peu dommage car, par exemple, pour parler d’œuvres bis, il n'y a pas que le cinéma bis italien, mais des « films d'exploitation » partout dans le monde. Il y a certain films bis grecs ou encore indonésiens qui ne sont pas exploités chez nous et heureusement qu'il y a des éditeurs comme Mondo Macabro aux États-Unis pour s'occuper de ça. Mais pour en revenir aux gialli, c'est clair que j'aime beaucoup la sensualité qui s'en dégage. Leur côté sensuel et charnel aussi, puisque c'est quelque chose qui me touche. Il y a pas mal de gialli que j'aime beaucoup comme Mais qu'avez-vous fait à Solange ? - qui est génial - ou encore certains films de Sergio Martino avec Edwige Fenech, qui est une actrice magnifique dont je tombe amoureux à chaque film (rires). Toutes les Couleurs du Vice n'est pas forcément cité par tout le monde, mais il est génial, tout comme Le Venin de la Peur de Lucio Fulci, qui se situe presque par moments entre le giallo et le film psychédélique. Mais il y en a tellement… J'aime aussi beaucoup les gialli prenant racine à Venise, comme Terreur sur la Lagune. Ils ont vraiment capté cette atmosphère de décrépitude propre à Venise, décelable par ailleurs dans La Clé de Tinto Brass, un cinéaste que j'adore. De ce réalisateur, j'apprécie beaucoup Caligula, même si le film a été truffé de plans hards retournés par le grand patron de Penthouse à l'époque, Bob Guccione. Il est évident que je suis sensible à la « recherche de sensualité » qui caractérise ce genre de films. Je pense que c'est le genre de bandes qui nécessite de savoir se déconnecter et de ne pas intellectualiser ce qu'on voit pour l’apprécier pleinement. La symbolique est très forte aussi et ça, c'est quelque chose qui me parle. Il y en a d’ailleurs beaucoup dans mes films.

Justement, le spectateur peut pointer différentes symboliques dans Cruelle est la Nuit. Comme au niveau esthétique, tu as des influences qui se ressentent clairement, si cette esthétique va de pair avec la symbolique, peux-tu nous expliquer celle-ci par rapport à ton court-métrage ?

Ce qui serait intéressant serait que toi, tu me dises ce que tu y as décelé.

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Les fameuses marches prises par l'ami Alan


La première chose qui m’a frappé dans ton film au niveau symbolique, c’est le nihilisme. Il est très présent. Ensuite, il y a des phrases qui sont énoncées par tes personnages comme par exemple, celle qu’on pouvait déjà entendre dans le trailer de Cruelle est la Nuit qui est « Au final, l’issue sera la même pour tout le monde ». Elle montre bien la vanité de la révolte. On se révolte, OK, mais finalement, comme le fait comprendre ton personnage principal, c’est un peu comme pisser dans un violon…

C’est marrant, car j’en parlais il n’y a pas si longtemps que ça avec Pascal Françaix, journaliste et essayiste, qui, l’an dernier, a écrit un brillant ouvrage sur le torture porn (Torture porn : L’horreur postmoderne). Nous étions invités dans la même émission de radio. Il m’a soufflé que, pour lui, Cruelle est la Nuit est un film postmoderne qui a su digérer pas mal d’éléments d’œuvres antérieures et dans lequel, surtout, on ne prenait parti pour aucun camp. Il y a une sorte de « pourriture généralisée ». Dans le camp des assaillants, il y a un discours très marqué, mais leur idéologie n’est pas plus défendable que les petits intérêts de l’homme politique à qui ils en veulent, qui est complètement véreux et organise des parties fines chez lui. À côté de ça, la dimension nihiliste, comme on l’a dit plus avant, me touchait beaucoup. Je pense qu’on est dans une époque un peu artificielle (un peu « fake ») et surconnectée, où les gens ont perdu le contact avec les choses et se sentent obligés de donner un avis sur tout - d’avoir tout vu, tout lu, tout entendu, alors que c’est impossible -. Je crois qu’il faut savoir se « reconnecter » aux choses. Nous sommes allés trop loin… Nous nous trouvons dans une époque complètement désenchantée, que l’on traverse avec la peur au ventre, provoquée notamment par les divers actes terroristes qui ont émaillé ces dernières années. J’espère que les gens qui verront notre film pourront y déceler cela, parce que c’est clairement sur cette base qu’il a été conçu - cette peur et cette façon d’insuffler la terreur dans l’inconscient des gens -. Maintenant, des personnes redoutent de sortir de chez elles, d’aller à des concerts, de prendre les transports en commun…. Le film renvoie un peu en creux cette image-là.

 

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Nicole Kidman au Festival de Cannes lors de cette édition anniversaire


Sans tomber dans la métaphysique, est-ce que tu voulais faire émerger une espèce de réflexion sur l’existence au travers de Cruelle est la Nuit et peut-être faire réfléchir les gens sur le fait qu’il y ait encore des valeurs auxquelles on peut encore se raccrocher ?

Il y a pas mal de choses qui sont dénoncées dans le film. Si l’on s’attarde sur Kel (incarné avec intensité par Kevin Dudjasienski), il s’agit d’un personnage qui est complètement déconnecté de la réalité et qui a perdu le contact avec son prochain. Pour lui, les personnes qui l’accompagnent ne sont même pas des frères d’armes, mais simplement de la chair à canon. Ça vient renforcer cet angle nihiliste, car quand on regarde l’itinéraire de Kel, c’est une sorte d’itinéraire vers un suicide… C’est quelqu’un qui veut mourir mais ne veut pas « mourir de sa propre mort » ; il se construit donc une espèce de quête presque mystique avec pour apothéose l’assassinat d’un homme politique (Stavros, joué par Pascal Gruselle). C’est une manière de planter le couteau dans le dos de toute cette petite bourgeoisie, bien que ça n’ait plus beaucoup de sens… C’est aussi pour ça que dans le film, Stavros lui affirme que la lutte des classes est terminée. À l’heure actuelle, on est bien au-delà de ça. Cette guerre, on l’a perdue depuis longtemps… Nous vivons maintenant dans un monde où tout est contrôlé par tous ces grands conglomérats et les multinationales. À titre d’exemple, toute cette mode du véganisme part d’une bonne intention, mais même si on paie bien cher nos produits bio (ce que je fais souvent), le sol est tout de même pollué et la plupart du temps, on ne sait même pas lorsqu’on ingère des OGM ou d'autres produits nocifs… Sinon, pour en revenir au film, il y a surtout un côté très désenchanté. Pour traiter d’un autre personnage, Sid (Bertrand Leplae), est simplement quant à lui dans une quête de virilité : c’est un faux dur et il surjoue ce côté « brut ». Sa batte de baseball est un peu l’extension de sa virilité. Et a contrario, le personnage d’Arnaud (Arnaud Bronsart) est un peu une façon de stigmatiser une partie de cette jeune génération qui ne partage plus les mêmes valeurs que nous. De vrais « branleurs » ! (rires) Ça m’insupporte, ces nouvelles générations qui n’ont plus le respect des aînés, ne prennent même plus la peine de prouver des choses par leur travail ou par leurs actes et qui pensent que tout leur est acquis. Le personnage d’Arnaud représente quelqu’un dont la vie est un peu « vide de sens » et qui tente de lui en donner un en participant à cette mission, mais il y va un peu « comme s’il allait à Walibi » (parc d’attraction belge-ndr) (c’est Arnaud qui m’avait soufflé ça durant une lecture du scénario). Il y va pour les sensations fortes, mais toute la dimension politique insufflée par le personnage de Kel lui est complètement étrangère. Il y a des tas de choses dans Cruelle est la Nuit. Ce n’est absolument pas humble de dire cela, alors que pour moi l’humilité est hyper importante, mais j’avais envie de donner un grand coup dans la fourmilière avec ce film car, comme je te le disais plus tôt, j’en ai vraiment marre de toute cette mouvance de courts-métrages qui ont une approche condescendante vis-à-vis du genre, qui se complaisent dans les clins d’œil et uniquement dans ceux-ci. Ils balancent simplement toutes leurs références à l’écran et voilà…

C’est limite parodique pour toi ?

Ouais, c’est parodique et j’en ai un peu ma claque. J’en ai vraiment marre de ce côté ricaneur où l’on adresse systématiquement des clins d’œil aux spectateurs. Par exemple, je n’ai rien contre les films de la Troma et j’en apprécie même certains, mais je suis passé à autre chose. Comme je te l’ai dit plus tôt il y a des évènements intimes qui m’ont fait changer. Mes envies de cinéma ne sont plus les mêmes qu’avant. J’ai envie de tenter une greffe de différents genres dans mes courts et qu’il y ait des variations « tonales », comme passer d’une facette crue, charnelle ou sexualisée à un aspect plus drôle. Qu’il y ait vraiment un melting pot de tout cela.

 

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Les moyens les plus classiques sont souvent les plus efficaces


Mais, en fait, ce que tu expliques là, ce sont différents côtés du cinéma dont tu es issu, quand on sait ce que tu fais. Quand on te lit dans la presse (CinémagFantastique, Mad Movies, …), on perçoit ta culture cinéma en général, mais aussi et surtout celle qui concerne le cinéma de genre, le cinéma asiatique ou encore le cinéma porno. Tu avais envie de mélanger un peu tout cela avec Cruelle est la Nuit ?

Oui, voilà. Et de nouveau, ça va paraître con ce que je vais dire, mais insérer des scènes de sexe non simulé dans un format de court-métrage, je n’ai pas l’impression que ça ait déjà été fait ou du moins, pas de cette façon-là. Désolé, mais il fallait des couilles pour oser le faire… Je trouvais ça interpellant. Le fait aussi de réunir un casting hétéroclite, où l’on associe une ex-star du porno (la ravissante Sabrina Sweet) avec des acteurs « traditionnels » comme Damien Marchal ou Bertrand Leplae, qui se retrouvent au beau milieu de vrais libertins - donc d’actes sexuels non simulés -, ça m’intéressait beaucoup. J’aimais beaucoup également le fait d’y introduire un acteur comme Pierre Nisse, qui a énormément de génie dans sa folie. Pour l’équipe technique, c’était assez nouveau car, si pour ma part, j’avais déjà eu l’occasion de tourner des reportages sur des plateaux de John B.Root (réalisateur œuvrant dans le porno) pour Hot Vidéo TV, la grande majorité des techniciens de Cruelle est la Nuit n’avaient jamais cadré, éclairé ou maquillé des acteurs impliqués dans des séquences « hard ». Ça leur a sans doute fait bizarre au début, mais très vite, leur professionnalisme a repris le dessus. Parfois, c’était même étrange pour moi, parce que même si j’avais déjà filmé des reportages de ce genre, ce n’était jamais sur mes propres plateaux, donc là, je devais choisir les positions des figurants (libertins), composer les couples… C’était particulier d’être à la lisière du hard. Cela dit, j’insiste sur le fait que ce n’est pas un porno et que ça reste un film de genre. Beaucoup de gens ne veulent pas le comprendre et disent que c’est du porno, souvent sans avoir visionné le film. Il faut dire que, depuis que j’ai été salarié chez Hot Vidéo (ça fait bientôt 4 ans que cette époque est révolue), il y a encore pas mal de personnes qui disent que je fais du porno ou que je suis dans le milieu, mais c’est totalement faux, même si j’ai pu écrire des articles à ce sujet. Cruelle est la Nuit n’est pas pornographique. C’est un court-métrage de genre avec du sexe non simulé comme il pourrait y en avoir dans les films de Gaspar Noé, par exemple.

Est-ce qu’avec Cruelle est la Nuit, vous avez pu faire passer tout ce que vous vouliez, ton équipe et toi ? Avez-vous été totalement libres en termes de création ou y a-t-il encore eu des limites qu’on vous aurait imposées ?

Pas vraiment. Les limites qu’on a pu rencontrer sont les limites de chaque court-métrage. C’est-à-dire des limites budgétaires, puisque le film n’a pas un budget faramineux et que les inscriptions en festival continuent de coûter très cher. Il y avait aussi des limites de temps, parce que ce qu’on a tourné en cinq jours aurait normalement dû nous en prendre dix. On subissait un rythme infernal, surtout concernant les trois jours pendant lesquels on a tourné dans la villa. On tournait tous les jours de 9 heures du matin jusqu’à facilement 3 ou 4 heures du matin le jour suivant… Au bout d’un moment, l’équipe technique avait envie de me tuer. Il a fallu nous forcer - le cadreur (Benjamin Liberda), le chef op’ (Nicolaos Zafiriou) et moi - à descendre en régie pour nous alimenter, parce qu’on ne mangeait même plus... On courait après notre vision - plus précisément après la mienne, car toute l’équipe était derrière moi -. De toute évidence, il y a toujours un peu de frustration, mais il s’agit certainement, de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, du résultat le plus fidèle par rapport à ce que j’avais couché sur papier. Cela étant, on a quand même dû laisser tomber une quarantaine ou une cinquantaine de plans ; ce qui nous a parfois compliqué la vie au montage... Ça ne me déplait pas du tout, mais arrivés à un certain stade, pour certaines scènes, nous avons quasiment été forcés de partir sur quelque chose d’encore plus conceptuel ou de plus minimaliste.

 

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Pour clôturer l’entretien, tu peux nous dire un peu quelles sont globalement les réactions et les échos que tu as déjà pu avoir par rapport à Cruelle est la Nuit, puisqu’il a déjà été projeté à différents endroits et festivals ?

Globalement, les échos sont positifs, ou même parfois, très bons.

S’il y avait une critique négative que tu devais retenir, ce serait laquelle ?

C’est assez difficile à dire. Je suis prêt à prendre en compte n’importe quelle remarque à partir du moment où elle est constructive. Je peux comprendre que certaines personnes aient un problème avec notre film, avec ses plans explicites ou d’autres éléments subversifs. Tu vois, par exemple, une personne m’a reproché que pour elle, Cruelle est la Nuit était « gratuit ». Alors qu’au final, tu te rends compte que cette personne n’avait pas du tout fait gaffe aux dialogues ou surtout, aux voix off en début de film… Sans cela, il n’a plus de sens… Ce n’est pas un film mainstream ni un grand film fédérateur, mais il n’a pas été pensé pour être tiède : soit tu y adhères complètement, soit tu le rejettes en bloc. Tant qu’il ne laisse pas les gens de marbre !

Guillaume Triplet et Jean-Philippe Thiriart

06:43 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals, Interviews, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : festival, de, cannes, cruelle, est, la, nuit, alan, deprez | |  Facebook | |  Imprimer |