18 nov.

Benoit Debie, LE directeur photo belge d’Hollywood est ce soir en TV

Mais qui est donc Benoit Debie ? Rien moins que le directeur photo belge qui a conquis Hollywood !

L
’invité du dernier numéro de The Black Pass, diffusé ce samedi soir à 18h55 sur Plug RTL, a pas mal de choses à nous raconter.

 

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De son travail sur Irréversible et Enter the Void de Gaspar Noé à celui sur Spring Breakers.
De ses collaborations avec Rihanna (le clip Bitch Better Have My Money, c’est lui) et Nick Cave (il signe le docu-fiction promo du dernier album du chanteur aux Bad Seeds).
En passant par sa passion pour la moto (sa Scrambler, synonyme d’évasion, vaut à elle seule le détour), la musique et… la photo !

 


Un clip signé Benoit Debie


Benoit Debie nous donne, avec beaucoup d’humilité, la chance de mieux le connaître dans ce Black Pass qui ne manque pas de le mettre dans la… lumière !

N’hésitez pas à découvrir nos articles autour de Benoit Debie, auteur de la photo de Enter the Void donc, mais aussi de Calvaire, de son camarade Fabrice Du Welz.

Jean-Philippe Thiriart

15 nov.

JUSTICE LEAGUE - Heureusement qu’ils n’étaient que 5

De Zack Snyder
Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ezra Miller
Science-fiction - Action
2h

Cote : **

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La contre-attaque de DC envers Marvel débarque enfin dans les salles obscures après Man of Steel, en 2013, Batman V Superman l’année dernière et Wonder Woman voici quelques mois.
Après un faux départ avec Green Lantern en 2011, DC Comics a dû attendre 2013 et la sortie de Man of Steel pour parvenir à enfin à lancer son « Univers cinématographique DC » sur de bons rails. Parce que si les rouges l’ont fait - comprenez Marvel -, pourquoi pas les bleus ?

Réalisé par Zack Snyder, Man of Steel nous racontait l’histoire d’origine de Superman, de sa venue au monde sur Krypton, son monde natal, jusqu’à la mise hors d’état de nuire de ses lointains cousins extra-terrestres, évitant à l’humanité une fin des plus tragiques.
N’ayant jamais eu Superman en grande estime, la vision de l’homme d’acier que proposait Snyder était néanmoins parvenue à nous captiver à l’époque. Le déroulé de l’histoire était évidemment cousu de fil blanc mais ce n’était pas là l’essence même du film. Les personnages étaient tous bien développés, attachants, parfois touchants. De quoi rendre un peu plus humain ce personnage souvent qualifié de monolithique et sans grand intérêt. 

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Batman V Superman

668 millions de dollars plus tard, DC Comics annonça la sortie en 2016 de Batman V Superman, toujours réalisé par Zack Snyder. Le fantasme pour beaucoup de voir s’affronter deux légendes allait enfin prendre vie sur grand écran. Imaginez un Alien contre un Predator ou encore un Captain America contre un Iron Man… Oh wait!
Un massacre selon d’aucuns. Les critiques étaient unanimes. On avait là un récit à trous. Un charcutage en règle orchestré par des producteurs peu satisfaits du résultat proposé par le réalisateur. Face au mécontentement général, DC nous a fait, quelques mois plus tard, la surprise de nous proposer une version longue de plus de trois heures, comblant les lacunes scénaristiques les plus grossières d’une version au rabais. Batman V Superman passait de « passable » dans sa version cinéma à très correct dans sa version Blu-ray. Une chose est sûre, il vous faudra obligatoirement voir cette version longue pour ne pas être perdu lorsque vos yeux se poseront sur Justice League.
Arrive Wonder Woman mi-2017. Le premier film depuis Elektra à nous proposer comme personnage principal une super-héroïne. Peu emballant malgré un battage médiatique incessant sur le fait que ce soit une réalisatrice aux commandes d’une héroïne se détachant enfin des stéréotypes genrés en vogue dans les productions Marvel/DC les plus récentes. Mais non. Il a fallu que ce soit le « pouvoir de l’amour ». (Soupir)

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Nous arrivons donc aujourd’hui à Justice League ! Batman, Superman, Wonder Woman et… ceux n’ayant pas eu droit à leur propre film se réunissent cette fois pour combattre un ennemi quelconque ! Malheur à vous si, comme nous l’écrivons plus haut, vous n’avez pas pris la peine de vous farcir les trois heures de la version longue de Batman V Superman.

Le plus gros problème de Justice League est qu’il n’arrive jamais à nous faire ressentir quoi que ce soit pour ses personnages. Malgré trois films d’exposition (dont deux réalisés par Snyder himself), à aucun moment nous ne nous sommes sentis impliqués dans l’histoire qui nous était contée.
La faute à des enjeux mal définis, un grand méchant débarquant de nulle part et qui n’a d’autre motivation que celle d’être méchant, et quelques personnages principaux introduits à la va-vite.

 


Le film sauve néanmoins les meubles avec des scènes de combats qui nous explosent la rétine et une mise en scène correcte permettant à chaque personnage d’être exploité avec justesse.

Oh et avant que nous n’oubliions… ce film est la définition littérale du « Deus ex machina ».

Antoine Leroy

09:27 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice, league, batman, superman, wonder, woman, alien, predator, dc, comics, marvel | |  Facebook | |  Imprimer |

13 nov.

Projection de ROSETTA ce 14 novembre à Flagey – 9 Interviews autour des films des Frères Dardenne

Ce mardi 14 novembre (en présence des réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne) et à cinq autres dates (du mardi 21 au jeudi 30 novembre), Rosetta sera projeté à Flagey. Ce mardi donc d’abord, au Studio 1, avec au préalable un Grand entretien avec les Frères à 18h. Du 21 au 30 novembre ensuite, au Studio 5 cette fois.

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Ce regard... celui d'Emilie Dequenne, la Rosetta des Dardenne


Rosetta est programmé dans le cadre de la belle aventure 50/50 : Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes. Une aventure organisée en partenariat avec la plateforme belge de vidéo à la demande UniversCiné, qui propose, entre autres, pas moins de 900 films belges aux amateurs de cinéma de chez nous ou à ceux qui ont simplement envie de le découvrir.

Rosetta est la première Palme d'Or décernée à un long métrage belge. Une Palme qui fête cette année sa majorité. C'était en 1999 et les Frères Dardenne nous racontaient l'âpre lutte d'une jeune fille exclue d'une société dans laquelle elle tente coûte que coûte de trouver sa place. Récompense suprême cannoise pour le film donc, mais aussi Prix d'interprétation féminine pour la toute jeune Émilie Dequenne.




9 Interviews autour de 4 films des Frères Dardenne

Nous vous proposons ici, en quelques clics, de revenir sur nos interviews de :

- Adèle Haenel, Christelle Cornil et Luc Dardenne pour La Fille inconnue,


- Jean-Pierre et Luc Dardenne lors de la conférence de presse de La Fille inconnue, projeté en Ouverture du 31e Festival International du Film Francophone de Namur,

- Jean-Pierre et Luc Dardenne et Thomas Doret en version express pour Le Gamin au vélo,

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Fabrizio Rongione, Magritte du Meilleur acteur en 2015 pour Deux jours, une nuit


- Jean-Pierre Dardenne et leur acteur fétiche Fabrizio Rongione, grands gagnants des Magritte 2015 avec Deux jours, une nuit, et

- 
Déborah François et Jérémie Segard pour L’enfant.


Comment (re)découvrir Rosetta et… le cinéma belge

Rendez-vous ce mardi 14 novembre à h à Flagey pour Rosetta, en présence de Jean-Pierre et Luc Dardenne.

Et confortablement installés à la maison pour un regard multiple sur le cinéma belge avec la sélection 50/50 de UniversCiné !

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Rétrospective sur le cinéma des Dardenne

N
otez que Luc Dardenne introduira également plusieurs films lors d'une rétrospective sur le travail réalisé avec son frère, l’occasion de découvrir la rétrospective que Flagey et Cinematek consacrent à leur oeuvre. Au Stuido 5 de Flagey, certains films seront ainsi tout spécialement introduits par le réalisateur. à savoir :

- Le Fils le mardi 5 décembre à 19h30

- L’Enfant le mardi 9 janvier 2018 à 19h30,


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Quand les Dardenne voient la vie... en cinémascope ?!


- Le Silence de Lorna le lundi 22 janvier 2018 à 19h30 et, lors de dates devant encore être confirmées

Le Gamin au vélo
Deux jours, une nuit
La Fille inconnue


Jean-Philippe Thiriart

08 nov.

Interview de Thierry Klifa, réalisateur de TOUT NOUS SÉPARE

Aujourd’hui, jour de la sortie dans les salles belges et françaises de Tout nous sépare - le dernier Thierry Klifa - nous vous proposons un entretien avec ce dernier, réalisé voici un mois lors de sa venue au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF).

Tombé en amour avec le cinéma à l’âge de cinq ans, Thierry Klifa nous parle d’abord de son parcours de journaliste au magazine spécialisé Studio devenu, dix ans plus tard, réalisateur. Il explique avoir appris la vie à travers les films, et les cinématographies de Truffaut, Sautet, Téchiné, Demy et Pialat.

Un court et quatre longs métrages plus tard, il évoque sa tendresse et son admiration pour la grande Catherine Deneuve, première actrice qu’il a aimée, dans les films de Jacques Demy et Maurice Pialat. Une comédienne sans laquelle il nous confie ne plus pouvoir faire un film. Le scénario de Tout nous sépare, métrage dans lequel elle s’est impliquée dès le début en faisant montre d’une grande fidélité, a d’ailleurs été réécrit en fonction d’elle.


« Si la vie est telle qu’au cinéma, elle vaut la peine d’être vécue ! » Thierry Klifa


Thierry Klifa nous parle de ses acteurs, de Diane Krueger, « la fille de cinéma de Deneuve qui lui ressemble le plus », de Nicolas Duvauchelle et de Nekfeu, qui interprète ici son premier rôle au cinéma.

L’entretien se poursuit avec un focus sur l’importance de la musique du film, signée par l’impressionnant Gustavo Santaolalla, auteur de celles de Gravity, Babel ou encore Le Secret de Brokeback Mountain, entre autres.

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Nicolas Duvauchelle, Nekfeu et Thierry Klifa au FIFF
Copyright Sylvie Cujas


Celui qui aurait adoré diriger Romy Schneider et sa désormais actrice fétiche – comprenez Catherine Deneuve -, s’il avait été cinéaste dans les années soixante nous confiera enfin qu’il espère vivement que son film ne sera pas enfermé dans un genre unique, le présentant, lui, comme un thriller teinté de mélo mais aussi un thriller, proposant plusieurs entrées cinéphiliques.

Tout nous sépare, c’est la proposition de cinéma du rapprochement de mondes et d’êtres différents qu’adresse Thierry Klifa au spectateur.

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Catherine Deneuve et Nekfeu sont à l'affiche de Tout nous sépare

 

N’hésitez pas à découvrir sur notre compte Instagram - @encinemascope - nos photos estampillées Tout nous sépare au FIFF, et FIFF et cinéma, bien sûr, plus généralement !

U
n grand merci à l’attachée de presse belge du film – Maud Nicolas – d’avoir rendu possible cet entretien très agréable avec un metteur en scène qui ne l’est pas moins !

Merci, aussi, à l’attachée de presse du Festival, Marie-France Dupagne !

Jean-Philippe Thiriart

26 oct.

Lumière ! L’aventure commence – Interview de Thierry Frémaux

Cette semaine, sort en salles le très beau documentaire que Thierry Frémaux a consacré aux Frères Lumière et à la naissance de leur cinéma : Lumière ! L’aventure commence. Nous avons interviewé le Délégué Général du Festival de Cannes avec d’autres médias au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) lors d’une table ronde. Voici, pour vous, les meilleurs moments de cette dernière.

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Thierry Frémaux, de quelles missions vous sentez-vous investi ?

Les Américains disent « The Labour of Love ». Il s’agit de mission sacrée parce que j’ai quand même le sentiment d’un immense privilège là où je suis. C’est-à-dire que je suis dans les deux plus belles avenues du monde : la Rue du Premier Film et la Croisette. Il y en a une troisième - Hollywood Boulevard mais ça, on leur laisse. Cette mission mêle le très contemporain et le très historique et je pense qu’en fait, c’est la même chose. On se bat tous pour dire que nous devons cesser de parler de « vieux ». Le mot « patrimoine » est joli mais pourquoi ne pas garder le mot « classique » ? On le dit pour la musique, la littérature et la peinture. Accolons le mot « classique » au mot « cinéma ». Aucun film ne sera jamais plus vieux qu’une pièce de Shakespeare. Et on ne dit pas : « Dites donc, hier, je suis allé voir un vieux Shakespeare ». Non, il n’y a pas de vieux Shakespeare. Et donc le cinéma, il est là. Je cite souvent cette phrase que Tavernier avait mise dans un de ses films - Mississipi Blues : « Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé. ».

Quand on voit les films Lumière – en tout cas quand moi je les vois et j’espère que c’est votre sentiment aussi - on ne se dit pas que c’est de l’archéologie. On se dit que c’est là, le cinéma est là tel qu’il est aujourd’hui et sans doute pour après. Évidemment, à Cannes, c’est le très contemporain. Dans les deux cas, il faut faire preuve à la fois de générosité et d’enthousiasme. D’une certaine modestie aussi. Et je suis un cinéphile qui aime. Je ne suis pas un cinéphile qui n’aime pas. Je veux dire par là qu’il y a des cinéphiles qui, dès qu’ils ouvrent la bouche, disent ce qu’ils n’aiment pas. Et ça me peine mais il y des critiques qui agissent de la même manière. Je préfère parler de ce que j’aime. C’est beaucoup plus difficile de dire ce qu’on aime et pourquoi un film, c’est bien, que pourquoi ce n’est pas bien. De mon livre, les gens ont dit : « oui, c’est un bouquin sympa ». J’ai répondu : « encore heureux, je n’allais pas parler des cons ». Mais c’est aussi une question de générosité. Cela ne veut pas dire naïveté mais que quand on dit on aime, cela ne veut pas dire qu’on aime tout.

Il y a quelque chose d’un aller-retour permanent entre passé et présent, entre Lyon et Cannes, qui me sert pour Cannes, qui me sert pour Lyon. Si je peux faire ce questionnement sur les films Lumière, c’est parce que je suis un cinéphile contemporain. Et, en même temps, quand on est dans le processus de sélection à Cannes, il peut m’arriver de parler des films d’une manière qui ressemble plus à comment je vais parler du Crime de Monsieur Lange de Renoir, que j’ai revu samedi, ou du dernier film des frères Coen. Et tout ça pourquoi ? Parce que c’est la même chose. Celui qui aime la musique, il aime la musique. Il n’aime pas la vieille musique ou la nouvelle musique. Le cinéma c’est pareil.

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Auguste et Louis Lumière


Comment vous êtes-vous rendu compte que vous pouviez, à partir des film Lumière, démontrer qu’ils avaient déjà les bases de la grammaire cinématographique ?

C’était évident parce que je connaissais les films. Donc on revient à ça : j’avais ce privilège de connaitre les films, il n’y avait pas de raison que je garde ça pour moi. Mais le film est aussi destiné à combattre pas mal d’idées reçues, de clichés sur Lumière. Des belles légendes, dont la plus formidable : « celui qui a inventé le cinéma n’y croyait pas ». Évidemment, il n’a jamais dit : « le cinéma est un art sans avenir ». Mais c’est beau, l’idée de savoir qu’un inventeur puisse l’avoir dit. Et sa place dans l’histoire était bizarre : pas vraiment un inventeur, pas vraiment un cinéaste. Et moi je voulais dire qu’il est complètement un inventeur et qu’il est complètement un cinéaste. Comme inventeur, évidemment qu’il n’est pas tout seul. Et lui-même l’a dit. Il faut citer les noms de Marey, Muybridge, Edison, Le Prince, Émile Reynaud… Celui qui va inventer le vaccin contre le sida, il n’aura pas inventé le microscope. Toute grande invention humaine est donc un processus collectif. Sauf que Lumière a fait ce qu’il fallait pour finir et il n’y a aucun inventeur après lui. Cela prouve que quand c’est fait, c’est fait. Et puis il est totalement un cinéaste et là c’est ce que prouve le film. Parce que le cinéma est là, c’est une évidence.

C’est pour cela que je me sers de cinéastes après lui et que je fais ainsi du futur historique. Je parle de Raoul Walsh ou encore de James Cameron. Pourquoi ? Parce que cela prouve que les questions que les cinéastes se sont posées tout au long du siècle, Lumière se les est posées en premier. Parce qu’il avait une caméra, il s’est dit : « je fais quoi ? », comme un cinéaste chaque matin lorsqu’il est sur son plateau et se demande où les éclairages et les caméras vont être placés. Lumière fait donc partie de cette famille-là et en était exclu. Le côté « Lumière invente une machine mais Méliès invente le cinéma ». « Lumière c’est le documentaire, Méliès c’est la fiction. » Non, tout cela n’est pas vrai. Et cela a aussi cette vertu de dire aux gens : « n’écoutez pas ce que l’on vous dit ». Billy Wilder disait toujours : « ne dites jamais au public qu’un plus un égale deux, laissez-les calculer ». Là, c’est pareil : c’est pour donner ces films aux gens et puis après, ils se débrouillent. Moi, je guide, je pose des questions, je formule des hypothèses.

 

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La Sortie de l'usine Lumière à Lyon


Comment avez-vous procédé pour la sélection des 108 films Lumière qui composent votre film ?

Ce sont des films que je connaissais très bien. Je les connais tous mais ceux-là et quelques autres particulièrement parce que j’avais l’habitude de faire cela en live. Je faisais des commentaires en direct et donc je savais à peu près quoi faire. Et j’avais chapitré de la même manière. J’avais même fait une VHS à New-York il y a vingt-cinq ans. On m’avait enregistré. J’avais dit que je ferais pareil. J’arrive en studio et je dis de ne pas s’inquiéter, que je connais tout ça par cœur. Je demande un micro, de me montrer les films et je le fais. Ça allait durer une heure et demi. Bon, évidemment, ce ne fut pas le cas. Le ton du live n’est pas le ton d’un film qui tout de même allait faire trace. Il fallait par conséquent que je fasse un peu attention. J’ai ainsi tout recommencé, tout réécrit, puis enregistré sagement, normalement en fait.

Et ces 108 films permettent de faire un premier voyage dans le cinéma de Lumière. C’est pour cela que je les ai séparés dans ces chapitres qui permettent d’avoir une sorte de premier aperçu de ce qu’était le cinéma. Et, en effet, on s’aperçoit que c’est dingue. Ils ont fait telle et telle chose. Mais pourquoi ? Parce qu’ils n’avaient pas de recette, qu’ils étaient ouverts. Et l’histoire du premier travelling à Venise est intéressante. Quand il a fait le film, le collaborateur de Lumière l’a envoyé à Lyon – comme ils le faisaient tous - avec une lettre : « Monsieur Louis, j’ai pensé à un truc là, j’ai mis la caméra sur un bateau, j’ai pensé que cela pouvait faire joli mais attention, si cela ne vous plait pas, détruisez le film, ne me renvoyez pas». Donc, il y a quelque chose qui prouve que tout était des hypothèses. Et c’est pour cela que c’était un cinéma si moderne. La modernité est de poser des questions. Ce n’est pas d’apporter des réponses. La modernité, c’est de dire : « Et pourquoi pas ceci ? Et pourquoi pas cela ? ».

 

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L'Arroseur arrosé


Il y a des gens qui ne savent pas ce que c’est qu’une vidéo, ce qu’est un film…

Oui et c’est pour cela que le premier film me plait tant : le sujet, le peuple, les hommes, les femmes, les ouvriers à l’usine… On ne sait pas où la littérature, la musique et la peinture ont été inventées. On ne le saura jamais. Le cinéma - désolé pour les Américains -, on sait. C’est ici, c’est chez nous. Mais surtout, vous imaginez un art qui s’ouvre par des portes qui s’ouvrent ? Ensuite, c’est un cortège. Donc, il n’y a pas une image qui est semblable à la suivante et à la précédente. Et cela se termine par une porte qui se ferme. C’est tout de même un truc fou ! Et dans ce vingtième siècle qui sera celui de la foule et de la multitude, ça commence par cela. Si ça avait été un film d’enfants, je serais en train de vous dire : « c’est génial, c’est un film d’enfants ». Mais il y a, dans le choix des sujets, des symboliques assez fortes de ce qu’était ce monde-là, monde qui n’a pas changé par rapport au nôtre. Et on reviendra à tout cela. Aujourd’hui, on parle de transhumanisme. C’est comme la nourriture bio. Il faut parler de films bio : des films comme ceux-là dont l’image n’est pas manipulée, pas truquée, pas digitalisée, pas Photoshopée. Voilà, c’est cela : ce qu’on voit, on le voit.

Ce sont aussi les incidents qui vous plaisent dans ces films-là ?

Oui, ainsi que dans le cinéma en général. Évidemment, la perfection a quelque chose d’ennuyeux. C’est toujours bien quand il y a des imperfections. C’est pour cela que j’ai laissé, dans la restauration, les poils caméra. Je ne les ai pas enlevés. Ils font partie des films. Il y a même des films qui ont des petits sauts. Il y en a aussi qui ont l’écriture. On l’a gardée. Les fins des plans, on les a gardées. On voit même parfois les perfos qui reviennent dans l’image, parce que c’était le cas. Mais, cela n’empêche que vous voyez le film comme vous ne l’avez jamais vu. C’est émouvant les différents bruits. Un cinématographe Lumière, c’est cela. Vous le lancez et l’arbre à came de la manivelle fait que vous avez un certain rythme. Vous le gardez, c’est obligatoire. C’est presque votre bras qui est comme cela et qui est entrainé. Mais, il y a quelque chose d’une incertitude. C’est pour cela que j’aime bien ce film sur le ballon de captif. Cela bouge et le flou est beau dans cette non-perfection qui fait que le type dit : « et pourquoi ne filmerais-je pas comme cela ? ». Les photos des années trente sont faites comme cela. C’est d’une beauté !

 

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L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat


Quand l’idée du projet est-elle née ?

L’idée du projet est partie d’un premier commentaire pour un DVD réalisé pour un musée. Un film de musée n’est pas un film de cinéma. J’ai donc refait cela avec un générique qui est un hommage à 1900 de Bertolucci, qui commence de la même manière : une image où on dézoome. Et puis je voulais mettre Scorsese à la fin pour là aussi faire un lien avec le contemporain. Les gens voulaient que je me présente au début du film mais personnellement, je voulais que le film ne soit composé que d’images Lumière.

De quelle manière votre travail à l’institut Lumière influence-t-il éventuellement vos sélections ?

Je n’aime pas trop parler de Cannes en dehors de Cannes, surtout que j’en ai parlé en Espagne et que cela m’a coûté cher. Disons que les deux me sont utiles. C’est-à-dire bien connaitre le cinéma contemporain et même être ici, vous voir, voir les professionnels. Je voyage grâce au film Lumière et aussi parce que je voulais venir en Belgique, où je viens de temps en temps mais jamais professionnellement, ou en Suisse, à côté de Lyon. Je dis aussi parfois à mes camarades en sélection : « arrêtons de faire “ j’aime, j’aime pas ” ». Qu’est-ce qui donne sa valeur aux choses ? C’est le temps. C’est le meilleur critique du monde. On sait tous que La règle du jeu fut un désastre, que Heaven’s Gate fut un désastre. Des exemples, on en a plein. Et puis, tout à coup, le temps a dit : « Mais non, attendez, La règle du jeu est le meilleur film français. » Oui mais à l’époque, l’avant-première a été catastrophique. Donc, parfois, quand on procède comme évoqué en sélection à Cannes, j’appelle au calme. Une sélection cannoise, ce n’est pas la vérité mais une proposition, un instantané non pas de la production de l’année, mais d’un certain état du cinéma chaque mois de mai de chaque année.

 

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Thierry Frémaux au FIFF - Copyright Florent Marot


Le choix de Saint-Saëns pour la musique, cela rappelle qu’il n’y a pas de son sur les bandes des Lumière mais pourquoi l’avoir choisi ?

C’est parce que je me suis posé la question de Louis Lumière et de la culture de son époque. Il n’y a rien, aucune archive. Il fallait donc faire des hypothèses. Je ne voulais pas qu’il n’y ait que ma voix. Je ne voulais pas faire d’autre choix qu’un musicien de cette époque-là. C’est donc l’atmosphère musicale de la musique française de l’époque. Lumière est très français. Je parle de Marcel Proust à plusieurs reprises. La musique, il fallait par conséquent qu’elle accompagne avec la même atmosphère et la même tonalité et puis, pour l’anecdote, Camille Saint-Saëns est le premier musicien officiel de l’histoire du cinéma puisqu’il est le premier à qui on a commandé une musique de film.

Vous n’avez donc jamais songé à Born to Run comme générique ?

Si, j’ai pensé à Born to Run, puis j’ai pensé qu’on allait un peu se moquer de moi. Mais, par contre à Cannes, la première et la dernière chanson en montée de marches, c’est toujours Born to Run.

Vous êtes également supporter de l’Olympique lyonnais. Que pensez-vous du changement nom du stade, anciennement « Stade des Lumières » ?

Stade des lumières avec un « s ». Je leur avais proposé de leur donner 10 000 euros s’ils enlevaient le « s ». Cela les a fait rire mais ce n’était pas très sérieux comme offre. C’est la vie d’aujourd’hui. Si c’est pour qu’on ait une meilleure équipe et que le club soit solide, tant mieux. C’était de toute façon un nom provisoire. Le Stade des Lumières, c’était un joli nom mais Lumière est un beau nom et ce n’est pas un pseudonyme et ils l’ont inventé dans un quartier qui s’appelle Mon Plaisir. Un jour, un enfant m’a dit : « ils ont tourné leur premier film Rue du Premier Film ». Je lui ai dit : « non, Rue du Premier Film, cette rue a reçu ce nom plus tard ». (il rit).

Propos recueillis par Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

08:40 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lumière, aventure, commence, thierry, frémaux, cannes, fiff, festival, international, film, francophone, namur | |  Facebook | |  Imprimer |