17 oct.

Bouli Lanners - Les Géants

Les Géants, un film à hauteur d’ados

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Réalisé par Bouli Lanners
Avec Zacharie Chasseriaud, Paul Bartel et Martin Nissen
Mais aussi Didier Toupy et Marthe Keller
Comédie dramatique - 1h25
***

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1er jour du mois d’octobre 2011…
1er jour du 26e FIFF (la veille avait lieu l’ouverture du Festival)…
1re interview namuroise...

Qui d’autre pouvions-nous dès lors rencontrer dans ce cadre que le réalisateur belge qui tourne le mieux… en cinémascope, j’ai nommé Bouli Lanners ? Rendez-vous avait été pris longtemps à l’avance pour évoquer son dernier film, Les Géants. Conte poétique d’aujourd’hui sur le passage de l’enfance à l’adolescence, le dernier film de Bouli est un road-movie emmené par trois jeunes acteurs attachants, lauréats d’un Bayard d’Or de la Meilleure Interprétation Masculine collectif à l’issue de l'édition 2011 du Festival International du Film Francophone de Namur. Les Géants a également remporté le Bayard d’Or de la Meilleure Photographie. C’est que les images du film sont belles, très belles, si bien qu’elles nous emmènent loin, très loin : dans le Far-West de son réalisateur. Entretien.

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Hier, vous avez ouvert le 26e FIFF avec votre nouveau film, Les Géants. Qu’est-ce que ça fait d’ouvrir le Festival et comment avez-vous vécu la soirée ?

C’est toujours très gratifiant de faire une ouverture de festival. Et puis celle-là, en plus, ouvre la promotion de mon film. Et puis c’est toujours un peu angoissant d’avoir son premier public. C’est ce mélange de gratification et d’angoisse qui fait le propre des festivals. C’était une soirée toujours très particulière mais j’étais très content d’être là.

Il y a dix ans, vous receviez déjà le Bayard d’Or du Meilleur Court Métrage pour Muno ici-même, au FIFF…

Dix ans déjà ?

Oui, c’était en 2001 !

Oh la vache ! Et bien c’est du bon matériel : il ne s’abîme pas. J’ai bien entretenu mon Bayard, il est nickel !

Les Géants, c’est le fruit d’une écriture à quatre mains puisque vous avez écrit le film avec votre épouse, Élise Ancion, qui est costumière sur chacun de vos films. C’est une première pour vous, cette co-écriture ?

En réalité, elle a toujours été présente dans ce que je faisais, dans l’écriture, mais elle n’était pas mentionnée au générique. Ici, on a été plus loin dans le processus. Moi j’écris et elle relit. J’ai son retour, j’écris… C’est une espèce de ping-pong permanent. Et ça se passe très bien puisque dans les autres films, je lui en parlais et elle me donnait des retours. Je lui ai dit de s’intégrer à fond à présent, dans l’écriture, puisqu’on le fait ensemble de toute façon.

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© Versus production - Patrick Muller


À l’avenir, vous comptez travailler à nouveau ensemble ?

Oui, de toute façon, on travaillera toujours ensemble. Elle fait les costumes. Tu sais, quand on fait un film comme ça, c’est un processus qui est vachement long : l’écriture, le montage financier, le tournage, le montage, la promotion… Ça prend des années ! Si on ne partage pas ça, c’est difficile de partager autre chose. Ça fait tellement partie de ma vie ! Ici, en plus, on a le bonheur, de manière naturelle, de pouvoir bosser ensemble. Elle fait les costumes et elle fait l’écriture. C’est bien, ça se marie de manière naturelle et je trouve ça super.

Elle a sans doute une lecture féminine des choses et elle comprend peut-être mieux les personnages féminins. Elle doit avoir une sensibilité différente…

Absolument ! C’est très bien d’avoir un retour féminin sur les choses. Ce n’est pas une question de quotas mais c’est très bien d’avoir une présence féminine quand on est un homme. C’est comme sur un plateau : c’est bien qu’il y ait plein de femmes. Ça donne un autre rythme. C’est très différent en fait. Tout dépend des femmes évidemment mais en gros, c’est très différent. C’est beaucoup plus tempéré.

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© Versus production - Patrick Muller

Dans Les Géants, vous dirigez trois jeunes acteurs excellents, avec une mention spéciale selon moi pour le plus jeune d’entre eux, Zacharie Chasseriaud. C’est son personnage, le cadet, qui va prendre les décisions. Comment est-ce que vous décririez vos acteurs ?

Zacharie, c’est le plus jeune, le plus fragile, c’est celui qui est encore vraiment dans l’enfance, et qui va avoir la trajectoire la plus directe. C’est lui qui grandit le plus puisqu’il devient vraiment un ado. Et c’est lui qui, finalement, coupe le cordon ombilical avec la mère alors que c’est lui qui a le plus envie de l’avoir près de lui. Lui a une trajectoire plus définie que les autres dans ce film-là. Et puis Seth, c’est le grand frère, celui qui essaie de porter une responsabilité, tout en étant un enfant aussi. Donc il essaie d’être un peu plus adolescent. Il marque plus le fait qu’il ne veut plus voir sa mère mais qui est quand même plein de fragilité. Il est plein de doutes parce qu’il n’arrive pas à assumer les choses non plus. Et Danny, c’est le gamin qui, visiblement, n’a pas une famille très heureuse non plus. Il n’a pas vraiment d’ami et il retrouve dans ces deux frères-là une espèce de structure familiale. Ce trio refait une structure familiale et lui, Danny, part avec eux parce qu’aucune famille n’est bien. Ils reconstituent donc une famille à eux-trois.

Les Géants est par moments assez dur, que ce soit au niveau de la relation qui existe entre Dany et son frère Angel ou entre celle qu’entretiennent Zac et Seth avec leur mère. Cette violence était-elle nécessaire ?

La violence est nécessaire puisque ça parle quand même de la confrontation de cet âge adolescent et du monde adulte qui, dans ce cas-ci, n’est pas un monde positif. Les adultes ne sont pas des gens bien. À part peut-être Marthe, la fée, qui a un moment donné, vient les rassurer. C’est un peu un ersatz de la maman et de l’amour maternel qu’ils pourraient avoir. Le monde adulte n’est pas positif. Et dans le regard de l’adolescence, comme on est dans le regard des ados, le monde adulte n’est pas toujours concluant. Il y a quand même souvent des confrontations entre le monde des ados et le monde adulte. Et il fallait cette violence parce que je pense que le passage de l’enfance à l’adolescence, c’est violent. Il y a une violence. Dans l’enfance, il y a un truc d’innocence qu’on perd à l’adolescence. Et c’est violent. Il fallait donc que ça se marque aussi par quelque chose de la sorte dans le film.

La musique semble être un personnage à part entière dans vos films. Vous avez choisi The Bony King of Nowhere cette fois-ci. Il y avait An Pierlé dans le deuxième…

Avec Renaud Mayeur, qui a fait toutes les musiques originales.

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À quel moment de l’élaboration du film la musique est-elle entrée en jeu ?

Dès le début de l’écriture ! J’ai besoin de musique donc je fais des CDs avec des morceaux de musique qui pourraient être les couleurs du film. Et puis par après, quand on a trouvé le musicien, on travaille « de concert » avec lui. Il compose les musiques sur le plateau pendant que moi, je travaille sur la mise en scène du film.

Dans Eldorado, il s’agissait beaucoup de musique que vous écoutiez en voiture pendant les repérages…

Dans Eldorado mais ici aussi et dans Ultranova déjà. J’ai toujours fonctionné comme ça, même dans mes courts métrages.

Didier Toupy, qui incarne le personnage de Bœuf, prend une belle présence dans Les Géants. Qu’est-ce qui fait que c’est peut-être un acteur quasiment incontournable dans votre cinéma ?

(Il rit) Pourquoi ? Même moi, je me pose des questions puisqu’il est dans tous mes films. Dans Ultranova, il était dans une séquence qui a malheureusement dû être coupée au montage. Il est là depuis le début. Je ne sais pas, c’est ma mascotte. Je trouve qu’il a une tronche. Je pense que je vais le mettre dans tous mes films, Didier. J’ai commencé avec lui ! C’est avec lui que j’ai fait mon premier court métrage. C’est grâce à ça que je suis devenu cinéaste. Je ne pourrais pas tourner sans lui.

Parce qu’il n’a été crédité que dans vos films. Il semble ne pas en avoir fait d’autres…

Il a joué dans deux trucs que j’ai co-écrits avec Stéfan Liberski. Mais c’est parce que j’étais là.

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© Versus production - Patrick Muller


Vous jouez très régulièrement dans les films d’autres metteurs en scène. Vous êtes acteur et réalisateur. Est-ce que vous êtes d’abord l’un ou l’autre ? Ou les deux en même temps ?

C’est un peu les deux, oui. Peut-être un peu plus réalisateur car il y a un investissement personnel plus conséquent dans ce métier-là.

Parmi les réalisateurs pour lesquels vous avez joué, lesquels vous ont apporté le plus en matière de mise en scène ? Au niveau des Géants, notamment ?

J’ai ma façon de mettre en scène. Elle m’est propre, je crois. Mais j’apprends beaucoup de choses sur tous les plateaux, que ce soit au niveau de la rigueur, de la direction d’action, de la logistique, du plan de travail, des effets spéciaux, des cascades… J’apprends plein de choses ailleurs. Mais je ne regarde pas comment les autres mettent en scène. Je ne regarde pas le découpage. Je suis tellement content de n’être « que » comédien sur un film ! Par contre, c’est tout le reste que je regarde : l’efficacité d’une équipe là. Pourquoi est-ce qu’ici, ça marche mieux que là ? Pourquoi là, ça s’est planté ? Qu’est-ce qui fait que là, on a pris du retard ? J’essaie un peu d’analyser. Mais vraiment la mise en scène, je pense que c’est la mienne.

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© Versus production - Patrick Muller


Un petit mot peut-être sur votre prochain film, Tenderville, qui vient de « Tenneville » à la base peut-être. Il y a un « r » dans beaucoup de vos films. C’est votre belle-sœur, je crois, qui vous influence à ce niveau…

(Il rigole)

On en avait parlé à l’époque, il y a trois ans, lors de la sortie d’Eldorado… Il n’y a pas de « r » dans Les Géants d’ailleurs.

Non, étonnamment. Mais c’est quand même un bon titre ! Dans « Tenneville », il n’y a pas de « r ». Tenderville, c’est mieux puisqu’il y en a un ! C’est un titre provisoire. C’est une espèce de polar familial qui parle de la foi, qui parle de Dieu. C’est bizarre mais il faut laisser un peu de mystère. Je laisse beaucoup de mystère.

Mercredi (le 5 octobre 2011), nous avons le bonheur d’interviewer deux autres réalisateurs belges, que vous connaissez bien : Fabrice du Welz, qui vous dirigera dans Alleluia et Benoît Mariage...

Qui vient de faire un documentaire sur moi. C’était une commande de la Cinémathèque de Belgique. On a tourné cet été-ci et le film est en fin de montage. C’est un 52 minutes. Un super documentaire !

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Quel directeur d’acteurs est Benoît Mariage ? Vous le connaissez bien, du Signaleur à Cowboy, en passant par Les Convoyeurs, L’Autre… Vous êtes présents dans tous ses films.

Benoît est un directeur d’acteurs exceptionnel. C’est un excellent directeur d’acteurs. Chez lui, j’ai appris beaucoup ça : la proximité qu’il a avec ses comédiens, la façon dont il parle de ses personnages, la gentillesse qui est omniprésente sur ses tournages et qui, pour moi, est nécessaire pour que je fasse mes films.

Crédits photos interview : Olivier Bouvin pour
En cinémascope

07:54 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bouli, lanners, geants, fiff, 2011 | |  Facebook | |  Imprimer |

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