07 avril

Slutterball : Interview de Jérôme Vandewattyne

Jérôme Vandewattyne, c'est le réalisateur de She's a Slut, trailer-off du BIFFF 2011. Cette année-ci, il nous revient avec Slutterball, présenté dans le cadre du CollectIFFF. Interview...

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En cinémascope : Jérôme, quelles sont tes influences en général et pour Slutterball peut-être en particulier ?

Jérôme Vandewattyne :
Slutterball et She's a Slut sont un petit peu deux courts à prendre en un dans le sens où l'un est un peu la suite de l'autre. Mes influences, ce sont les films Grindhouse des années 70. Avec principalement les Midnight Movies de cette décennie. Donc j'entends par là des films du style de Pink Flamingos de John Waters, Eraserhead de David Lynch, etc. Et l'influence première, c'était surtout le film Rollerball, des années 70 à nouveau. Le but était de reprendre l'idée des jeux remis dans un esprit futuriste. Et de retransposer les choses mais avec des nanas sur des patins cette fois. Avec des personnages totalement loufoques et en gardant la totale liberté des films Grindhouse et typiquement de Russ Meyer, avec un mélange de sexploitation et de films d'action. Avec une partie de freaks aussi. Mais je pense aussi à Faster, Pussycat! Kill! Kill! du même Russ Meyer, et aux films Troma de Lloyd Kaufman.

Est-ce que tu peux nous parler des conditions de tournage, assez rock'n'roll je crois...

C'était compliqué parce que ça a été réparti sur plusieurs mois. On a commencé à tourner en septembre et on a eu fini fin mars. La deadline approchait à grands pas et ça a généré pas mal de stress. Dès le départ, j'ai su que je devais monter le film pendant que je le tournais.

Slutterball de J+®r+¦me VDW (affiche BIFFF) 2.jpg

Comme Gus Van Sant dans Last Days...

Oui, tout à fait ! Ou même Lynch dans
Inland Empire qui, je pense, a également procédé de la sorte. Bien que lui réécrivait l'histoire, ce qui est un peu différent. Mais je n'ai pas la prétention de me comparer à Gus Van Sant. C'était plus dans le souci de l'organisation parce que c'était fort précipité. Si ça s'est réparti autant, c'est parce que je voulais que le niveau soit un peu supérieur à She's a Slut. Donc du coup, je voulais y mettre plus de moyens et de préparation mais le problème c'est que, comme toute mon équipe est entièrement bénévole, je ne pouvais pas avoir les gens à ma disposition comme je le voulais, tout le temps : il fallait à chaque fois trouver un jour qui arrangeait tout le monde et comme on était minimum entre 15 personnes, ce n'était pas évident. Des fois, on était un peu plus - une trentaine, surtout pour les scènes de roller. Ce n'était donc pas évident de trouver des emplois du temps qui arrangent tout le monde. C'est pour ça que c'était un peu rock'n'roll. Et puis je voulais aussi garder cette ambiance bon enfant donc on n'était pas trop formaté dans une façon de faire le cinéma, dans une façon scolaire, comme on peut l'avoir dans les écoles de cinéma belges par exemple. Je voulais par exemple avec mes techniciens qu'on discute de ce que je voulais. Et une fois qu'on arrive sur le tournage-même, je leur répétais exactement ce que j'attendais. Je leur donnais une deadline, donc une heure fixe : à telle heure, j'ai envie que les maquillages soient faits. Et une fois que c'était prêt, je leur ai laissé une liberté artistique aussi. Je trouve que c'est important. Je pense qu'on sent à travers le film que c'est complètement chtarbé !

+ Slutterball - Team Pic (photo Gilles Maret - retouche Jean-Michel Degoedt).jpg

Peux-tu nous parler des couleurs à présent ? L'étalonnage a été particulier dans le sens où tu as vraiment des couleurs flashy...

C'est une intention que j'avais dès le départ : dès l'écriture, je savais que je voulais que la scène où Rémi (Legrand) meurt, je voulais qu'il y ait plein de peinture dans tous les sens. C'était une intention de base et c'est pour ça que dans les maquillages et les costumes par exemple, on a vraiment poussé les couleurs un maximum pour qu'elles jurent. Au final, ça crée un univers un peu surréaliste en fait. Le but est qu'on ne sache pas trop bien où on est. Le ciel a été beaucoup retouché : il est souvent très bleu, très lumineux, un peu dans l'ambiance des Simpson. On a beaucoup joué avec les perruques : rouges, vertes, bleues.. On a aussi joué avec des lentilles de couleur au niveau du maquillage. Au final, ce qui est marrant, c'est qu'on se rend compte que le personnage qu'est Carlos, un pédophile, est peut-être bien le personnage le moins loufoque de cet univers-là. J'aimais donc bien cette contradiction pour qu'on se demande, au final, ce qu'on est en train de voir. C'était voulu.

Et au moment de l'étalonnage, j'ai vraiment souhaité qu'on pousse les couleurs au maximum et j'ai eu à un moment une hésitation quant à savoir si j'allais remettre les griffures de pellicule, comme c'était le cas dans She's a Slut, pour donner un effet Grindhouse, parce que je trouvais ça vraiment magnifique de voir cette succession de couleurs flashy qui piquaient limite les yeux. Je trouvais que ça donnait un univers tellement particulier que j'ai vraiment hésité à enlever ce filtre-là. Et au final, je voulais quand même respecter mes engagements de départ et mes intentions donc c'est vrai que le filtre atténue un peu ça. Et comme tu me dis que tu relèves les couleurs, je trouve ça cool parce que, au final, ça se voit quand même et c'est important !

C'est notamment ton groupe, VHS from Space, qui est présent à la musique...

Quand on fait des chansons pour mes films, ce n'est pas du tout notre style de base. Ça reste rock mais disons qu'on compose uniquement pour le film. On va commencer les concerts. Notre Myspace est prêt donc si les gens veulent aller écouter ce qu'on fait, c'est possible. (http://www.myspace.com/vhsfromspace) C'est donc, je le répète, différent des simples riffs très cons et très grunges qu'il y a dans Slutterball.

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Les génériques du film sont très léchés. Quelle importance revêtissent-ils à tes yeux ?

J'accorde vraiment énormément d'importance aux génériques parce que c'est, à mes yeux, un art à part entière : ça raconte quelque chose. Je trouve ça hyper dommage quand je regarde un super bon film mais que le générique n'est pas du tout travaillé. C'est bâclé et j'estime que le film doit être fait du début à la fin et assumé totalement. Le générique de Slutterball a été réalisé par Jean-Michel Degoedt. Ça représente directement l'univers, te situant où tu es - un truc complètement flashy, qui pète dans tous les sens. Comme la durée du film est un peu longue, on a mis des petites flèches en bas à droite du générique pour indiquer qu'on accélère un peu. On a en effet bien compris que c'était long. On va ressortir le générique et le mettre sur internet pour que les gens puissent le voir à la vitesse normale.

Le BIFFF, ça représente quoi à tes yeux, toi qui a grandi avec le Festival ?

C'est le lieu de tous les possibles. Un lieu de rencontre avec tous les professionnels aussi. Avec des fans du genre. C'est un peu la cour de récré des sales gosses. Dans la salle, on peut crier ce qu'on veut et les gens vont se marrer. Donc c'est cool. C'est un défouloir total et c'est pour ça que j'ai voulu rendre hommage à ce public complètement fou avec Slutterball. Surtout les séances de minuit. Comme tu le sais, les gens sont un peu pétés et ils gueulent n'importe quoi. Je voulais faire du cinéma un peu popcorn pour un peu les titiller...

Faire partie du ColectIFFF, est-ce que c'était une évidence ?

J'avais déjà l'idée de Slutterball un peu après She's a Slut. Je me suis dit que ce serait hyper cool de mettre des nanas sur des patins comme dans Rollerball. Mettre des nanas sexys qui poursuivent un gars. J'avais un peu émis l'idée à Youssef (Seniora) et Stéphane (Everaert) qui, eux, m'ont parlé du ColectIFFF. Slutterball, m'ont-ils dit, rentrerait complètement dans ce cadre-là. De là à dire que c'était une évidence, je ne sais pas... Ce serait hyper prétentieux. Je pense qu'ils me l'ont demandé parce que quelques personnes avaient apprécié She's a Slut. Ce qui est surtout intéressant dans le ColectIFFF, c'est que chaque réalisateur a une personnalité bien à lui. Tu m'as fait la réflexion que mon film était assez hard et c'était voulu. Je l'ai réalisé pour ce public, qui attendait des choses qui prennent un peu aux tripes et qui veulent se prendre des images ou des idées un petit peu fortes. Et au final, ça reste un film bon enfant avec un côté un peu punk.

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Pourquoi avoir choisi de filmer Jasmine Arabia en particulier ?

À la base, c'est quand j'ai fait lire mon scénario à Alan Deprez, mon assistant-réa, qui m'a dit que ce serait hyper-chouette que les assistantes de ma petite marionnette soient des actrices de films X. Comme Alan avait écrit
Le loup derrière la bergerie, il connait un peu tout ça et il m'a donné les contacts de Jasmine et de Lavandra May, une ex-actrice qui est à l'affiche du film Echap. J'ai contacté d'autres hardeuses mais Jasmine et Lavandra sont les deux premières à m'avoir vraiment répondu avec beaucoup d'engouement pour le projet. Et elles y ont vu un côté auto-parodique certes mais respectueux en même temps. Je voulais aussi travailler avec des femmes qui ont l'habitude de montrer leur corps devant le caméra. Et de se mettre simplement nues car il n'y a rien de porno dans le film. Mine de rien, ce n'est pas évident de trouver des filles qui se mettent facilement nues dans des films de genre en Belgique. On a vraiment cherché et puis on a pensé à aller vers des hardeuses et ça s'est vraiment hyper bien passé. Ce sont des noms connus et ça ajoute une plus-value au film. Il y aura peut-être un plus grand nombre de visionnages par ce fait-là et nous, on ne demande pas mieux !

En parlant de visionnages, She's a Slut en comptabilise plus de 4 000...

C'est vrai ? C'est super, d'autant que ça démarrait d'un travail de fin d'études dans une école de communication, l'ISFSC. Et c'était un premier essai. Les gens semblent avoir apprécié la petite blague. J'espère vraiment qu'ils aimeront Slutterball, qui est vraiment un cran au-dessus dans l'humour poisseux, dans la violence, et dans le sexy aussi. On a fait ça avec tout notre cœur en tout cas, que ce soit dans les maquillages, les costumes, la musique, les effets spéciaux, mais aussi au niveau des acteurs.

12:51 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : slutterball, vandewattyne, jerome, she, slut, colectifff, bifff | |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Arf, par contre,celui-là...eh...comment dire...on aime ou on n'aime pas...sur ce coup, je penche vers la deuxième option.
Par contre, j'ai trouvé SUPER le lieu de tournage! Je serais curieuse d'y aller jeter un oeil, ça doit être terrible de se promener dans un parc d'attraction désaffecté!
Vraiment superbe décor!

Écrit par : englishbob | 17/04/2012

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C'est vrai que Jérôme est très entier dans ses choix.

" Slutterball " ne laisse pas indifférent et c'est bien là un des buts poursuivis par le bonhomme !

Écrit par : Jean-Phi | 17/04/2012

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Merci d'avoir un blog interessant

Écrit par : Paniisods | 30/05/2012

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Merci à toi de le parcourir !

Écrit par : Jean-Phi | 30/05/2012

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