06 avril

Il était une fois... le BIFFF !

Aujourd'hui, à la veille de la 33e édition du BIFFF - le Festival International du Film Fantastique, de Science-fiction et Thriller de Bruxelles -, nous vous proposons de nous pencher sur le début de cette aventure assez incroyable. Pour ce faire, nous avons choisi de donner la parole à trois des quatre co-fondateurs du Festival : Annie et Freddy Bozzo, respectivement vice-présidente et vice-président du BIFFF, et Guy Delmote, le délégué général du Festival. Ajoutons que Freddy est aussi le responsable de la programmation du Festival. Enfin, Youssef Seniora, coordinateur de l'équipe invités, responsable du planning et des events ZomBIFFF nous a dit, lui aussi, quelques mots sur son aventure BIFFFienne.

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Il était une fois...


Le BIFFF dépassera bientôt l'âge du Christ quand il est mort puisqu'il en est cette année à sa 33e édition. Vous êtes trois des quatre co-fondateurs du Festival. Pourriez-nous vous parler du début de cette aventure assez incroyable ?

Annie Bozzo : Au début, il s'agissait plus qu'autre chose d'un travail qu'on avait envie de faire entre copains. C'était là presqu'un jeu que nous avions imaginé. Georges et Guy (NdA : Georges et Guy Delmote, respectivement président et délégué général du Festival) travaillaient dans une maison de jeunes tandis que Freddy (NdA : Freddy Bozzo, le frère d'Annie) et moi travaillions dans une autre. On a commencé en organisant chacun des ciné-clubs et des activités diverses comme on en organisait à l'époque dans les maisons de jeunes, que ce soient des concerts, des expositions ou du cinéma. Quand on a commencé nos séances de ciné-clubs, on a directement organisé des rétrospectives : les soixante ans du cinéma allemand, la comédie à l'italienne... Et puis on en est arrivé aux soixante ans du cinéma fantastique. Et c'est à ce moment-là que toute l'aventure a véritablement commencé pour le Festival en lui-même. On s'est dit que plutôt que d'organiser chaque année une rétrospective sur le cinéma d'un pays - cela nous demandait beaucoup de travail dans la recherche de films, notamment - on allait organiser un festival du film fantastique puisque notre rétrospective sur les soixante ans de ce type de cinéma avait vraiment bien marché. Les gens ont beaucoup aimé ça. C'est un style via lequel on avait repris beaucoup de choses comme la bande dessinée, par exemple. On était donc vraiment enthousiaste sur le fantastique mais aussi la science-fiction et le thriller. On s'est lancé dans la création d'un festival sans savoir vraiment ce que cela impliquait puisqu'on était un peu jeunes et insouciants et que nous avions l'impression que tout allait réussir, que tout allait marcher, à cette époque-là. Nous étions dans les années 80 et les choses étaient fort différentes. L'avenir était peut-être un peu plus rose et radieux qu'il ne l'est maintenant. (elle rit) On a commencé ainsi, en se rendant vite compte que cela nous demandait toujours autant de travail. Et aujourd'hui, après 33 ans d'organisation du festival, on réalise qu'on a toujours plus de travail à abattre. C'était une très mauvaise idée en fait ! (elle rigole)

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Annie Bozzo, vice-présidente du BIFFF


C'était une excellente idée, oui ! Et nous vous remercions de l'avoir eue !

Guy Delmote : Le BIFFF est presque crucifié. Quand on a créé Peymey (NdA : l'asbl Peymey Diffusion, organisatrice du Festival), qui est à l'origine de tout, en 1979, on voulait faire parler de toutes les formes artistiques possibles, avec un seul concept. C'était compliqué et personne n'y croyait. Et en tout cas personne ne nous donnait de l'argent pour faire ça. Mais on s'en foutait. On a fait plusieurs trucs : on a fait des expos BD, on a fait des concerts de rock et de jazz. Quand on a commencé à faire des rétrospectives, c'est parce qu'on avait un cousin, George et moi, qui en faisait déjà à Lyon, à la cinémathèque. On a donc commencé à faire des recherches. On a fait soixante ans de cinéma allemand, soixante ans de cinéma italien et soixante ans de cinéma fantastique. Et puis après cette dernière rétrospective, on s'est dit qu'on allait faire un festival dédié à ce type de cinéma et que ça allait être beaucoup plus simple. On allait demander des avant-premières, on aurait toutes les avant-premières qu'on voulait et ce serait plus simple que de faire des rétrospectives. Et les invités seraient là puisqu'on n'allait pas aller chercher de vieux invités, de vieux réalisateurs. On allait en prendre des jeunes et ils seraient tous là pour défendre leurs films. Et c'est là que la merde a commencé !

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Guy Delmote, délégué général du Festival


Freddy Bozzo
 : Si on remonte vraiment à la genèse du festival, on trouve notre passion du cinéma, que l'on a depuis qu'on est tout petit. On fréquentait les salles de quartier. Avec deux séances pour vingt francs, je crois. Je ne sais plus combien on payait exactement à l'époque. (il rit) On se cassait la tête pour avoir des bons de réduction. On était des passionnés de cinéma en général, en fait. Pas spécialement de cinéma fantastique. On s'est rencontré parce qu'on a tous finalement une carrière, entre guillemets, d'animateur socio-culturel. Dans les centres de jeunes, dans les centres culturels, dans les maisons de jeunes, dans les maisons de quartiers. Petit à petit, on a lié notre passion à notre métier de l'époque - on a commencé longtemps avant 1982, année de naissance du festival - avec une grande rétrospective consacrée au cinéma fantastique. On a présenté toute une série de films en rétrospective. Il n'y avait, à ce moment-là, que des films en rétrospective. C'était une manière un peu didactique pour nous d'informer les gens sur le genre, une mise en scène si tu veux, qui annonçait déjà l'avenir quelque part puisque l'année d'après, ça a été un succès fulgurant.

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Freddy Bozzo, responsable de la programmation du BIFFF


Combien de personnes vous ont-elles rejoint la première année ?

Freddy : 30 000, je dirais.

Déjà ?

Freddy : Oui, déjà. C'était décentralisé dans deux salles de maisons de jeunes. Mais avant ça, comme je te l'ai dit, on avait fait des tas d'autres festivals. On était les premiers aussi à avoir introduit le concept de nuit du cinéma en Belgique. Ça n'existait pas à l'époque - c'était en 1979. Avant ça, on avait surtout fait des festivals à thème et des retours sur les filmographies de pays, notamment. On a aussi été à la base de la création de la biennale du cinéma italien, du festival du cinéma arabe, du festival du cinéma espagnol en Belgique. Mais le fantastique, c'était un petit peu notre petit secret caché. Ça correspondait aussi à un manque quelque part quand même, en 1983, à l'époque où on a lancé le BIFFF. À un manque non pas au niveau du contenu parce que les films fantastiques étaient là, mais ils n'étaient pas reconnu. On ne lui rendait pas réellement ses lettres de noblesse. Il n'y avait bien sûr pas, à l'époque, de téléchargements, puisqu'il n'y avait pas internet. Il n'y avait pas non plus de DVD. Il y avait seulement les débuts de ce qu'on appelait la VHS. Les magasins de location commençaient à s'ouvrir. À la télévision, on passait ce genre de films-là mais c'était dans le cadre de ciné-clubs de minuit et de ce genre de choses. Et dans les cinémas, c'était un peu bâclé. Or on voit, maintenant, dans les grands complexes de cinéma d'une quinzaine de salles, qu'il y a au moins dix films qui traitent du genre fantastique, science-fiction, thriller, soit notre contenu de genre à nous. C'était donc, à l'époque, comme disent les Anglais, " At the right time at the right place! ". Et maintenant, trente-trois ans après, l'âge du Christ quand il est mort donc, on est toujours là. D'abord, on continue à se battre, le public, les professionnels et la presse sont derrière nous, et je pense que c'est devenu un must au niveau national.

Et au niveau international !

Freddy :
C'est vrai, au niveau international aussi.

Soixante ans de cinéma fantastique, c'était en référence à Nosferatu, réalisé en 1922 ?

Freddy : Au début de l'âge d'or du cinéma allemand, effectivement. À part ça, il n'y avait pas grand chose qui avait été fait en matière de cinéma fantastique, à part Méliès bien sûr, qui a donné au cinéma ses lettres de noblesse. C'est quand même lui qui a inventé le cinéma de fiction quelque part. C'est le plus grand magicien du cinéma, le cinéma étant déjà en lui même un grand tour de magie !

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Le très chucknorrisien Youssef Seniora


Le BIFFF dépassera bientôt l'âge du Christ, quasiment ton âge mon cher Youssef, puisqu'il en est cette année à sa 33e édition. Quand es-tu monté dans le train et en quoi cette aventure, ce festival, occupent-ils une place spéciale dans ton cœur de fan de cinéma de genre ?

Youssef Seniora : Ça fait quinze ans que je fais partie de l'équipe. D'abord comme bénévole, au Passage 44. Je suis fan de films évidemment. C'était la bonne période, avant les examens. Et ça permettait de bien souffler. Quand on a déménagé à Tour & Taxis, on m'a demandé d'être responsable bénévoles. De m'occuper, donc, de la coordination des bénévoles avec une équipe de responsables bénévoles, qui était déjà là depuis le début. Et il y a cinq ans, ils m'ont demandé si je souhaitais intégrer l'équipe, si je souhaitais être payé pour regarder des films, inviter des réalisateurs et des acteurs, et partir en festivals. Et je t'avoue que j'ai un peu hésité. (il rit)

Et le BIFFF vécut heureux et eut beaucoup, beaucoup d'enfants !

17:42 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Interviews, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, film, fantastique, bruxelles, delmote, bozzo, seniora | |  Facebook | |  Imprimer |

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