11 avril

Des BIFFFeurs sachant BIFFFer... !

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Le BIFFF, un festival où...


Le BIFFF, c'est environ 60 000 spectateurs depuis de nombreuses années maintenant. Et c'est, avant tout, un festival de festivaliers, contrairement à d'autres festivités de cinéma se déroulant sur le sol belge. Comment décririez-vous les spectateurs du BIFFF ?

Annie Bozzo : Si le BIFFF est un festival de festivaliers, c'est peut-être dû au fait que le public se sent vraiment toujours impliqué dans tout ce que l'on fait. Il nous connaît. Quand quelque chose ne va pas, il s'adresse directement à nous. Les festivaliers viennent par exemple nous faire part de leurs commentaires sur les films. Ce n'est pas un festival où on est en costard-cravate avec invitations. La plupart des gens payent leur ticket. On a, depuis le début, conçu le Festival pour le public et pour les gens qui aiment le cinéma. La priorité a toujours été donnée à ce public, qui est peut-être un peu criard mais qui est aussi respectueux.

J'en veux pour preuve par exemple que depuis trente ans que l'on expose des œuvres d'art, il n'y a jamais eu de problèmes de vols ou de détérioration. Et même au Palais des Beaux-Arts, aucun problème ne s'est enté jusqu'ici. Ceux qui y travaillent nous ont dit que les lieux étaient plus propres que lors de n'importe quel autre événement qui y était organisé. Les gens sont respectueux car ils savent très bien que si cela se déroule mal, on devra fermer boutique là-bas et il n'y aura plus de Festival. Je pense par conséquent qu'il y a une symbiose entre le public et nous, organisateurs. On a toujours laissé le public discuter avec les invités lors des Q&A et des rencontres. On n'a pas mis de gardes du corps autour de Terry Gilliam par exemple. (NdA : notre interview du Monty Python est disponible en anglais et en français)

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... les festivaliers deviennent stagiaire, ...

Freddy Bozzo : On nous envie les spectateurs du BIFFF dans le monde entier. Franchement, c'est la première chose. D'ailleurs, on a des tas de films en avant-premières mondiales, européennes, internationales ici. Parce qu'ils savent très bien effectivement que c'est un bon public, vraiment. Qui sait reconnaître les bons films aussi. Il ne faut pas croire que c'est un public turbulent. C'est un public qui, évidemment, a ses codes, des codes qui se sont développés avec les années de façon tout à fait spontanée. Et qui crée l'ambiance. Une ambiance, ça ne se crée pas à partir de rien ! Ça se crée effectivement à partir d'un cadre. On fait tout pour que les gens se sentent à l'aise. Ce n'est pas un festival que de cinéma. On est connu dans le monde entier pour ça d'ailleurs. C'est un festival qui regroupe toute une série de formes artistiques, quelque part, qui ont trait au fantastique, au genre fantastique dans son sens le plus large.

On a ainsi le Bal des Vampires, les concours de maquillage corps et visage, les troupes de théâtre qui viennent animer, les expositions de toutes sortes : peintres, sculpteurs, maquettistes. Donc c'est assez varié. Pour nous, c'est très important que quand ils arrivent au Festival, les gens entrent dans une atmosphère qui est propice à se laisser aller. Ce que tu ne peux pas faire dans les salles de cinéma classiques. Même si le cinéma a vécu de cette façon-là au début puisque, dans les premiers ciné-clubs, les gens fumaient, buvaient et criaient. Bref, ils manifestaient ce qu'ils ressentaient, quelque part. Je suis sûr que ça se passe encore ainsi dans certains pays. Au Japon avec le théâtre, par exemple. Et pas qu'avec le théâtre d'ailleurs. On serait étonné ! Je suis allé au Japon il y a  quelques années maintenant. On s'imagine que ce sont des gens très sérieux mais quand ils se lâchent, c'est pire que chez nous ! Je dois te dire que c'était quelque chose d'assez mémorable ! (il rigole)

 

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... membre du Jury Méliès, ...

Tout ça pour te dire qu'on ne sait pas trop comment les films vont être acceptés mais au BIFFF, il y a la garantie d'avoir un public de qualité, qui sait reconnaître les bons films. Quand on peut se le permettre financièrement et que eux peuvent se le permettre professionnellement, on invite entre autres les réalisateurs et les acteurs pour parler de leurs films et pour que les festivaliers puissent les rencontrer. Parce qu'un festival, c'est aussi ça. C'est l'occasion exceptionnelle de voir un film que tu ne verras peut-être plus jamais. Parce que, comme tu peux le voir, sur une centaine de films présentés, s'il y en a dix-douze qui vont sortir en salles, c'est énorme ! Donc faut pas demander ! Il y aura peut-être encore une autre dizaine de films qui vont sortir en DVDs. Pour les autres, ce sera peut-être possible de les voir en téléchargement. Et encore... Personnellement, je ne pousse pas à ça en tout cas. Donc ce sont des musts que tu ne verras peut-être plus !

Il m'arrive souvent de rencontrer des gens dans la rue qui me disent qu'ils ont vu tel ou tel film au BIFFF en présence de tel ou tel invité, que c'était mémorable et qu'ils ont par la suite cherché le film en DVD, sans succès. Ils m'expliquent que ça correspond à un moment important dans leur vie. C'est chouette, ça, parce que c'est le public qui fait vivre le cinéma, quelque part. Tu vois, c'est important pour nous de continuer à cultiver ça et c'est pour cette raison qu'à l'étranger, on nous envie notre public !

 

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... bénévole à la photo, ...

Guy Delmote : Le spectateur lambda est un aficionado du cinéma de genre. C'est quelqu'un qui a la possibilité quasiment unique en Europe de voir autant d'avant-premières. Il défend le Festival. C'est son festival et non le nôtre. Ils nous invitent à faire voir certains films. Généralement, on est d'accord avec eux donc ça se passe bien. Au fur et à mesure, on est allé voir des films. Au début, quand je suis allé à Cannes en 1986, je me faisais jeter des salles. Les gens me disaient être là pour vendre leur film et non pour le présenter à un festival. Leurs questions étaient claires : « Quoi ? Fantastique ? Où ? À Bruxelles ? C'est où Bruxelles ? » Maintenant, ça va un peu mieux comme on est quand même la capitale européenne. Donc Bruxelles, ils savent où ça se trouve ; la Belgique, toujours pas mais ça ne fait rien : on s'en fout. Et ils connaissent à présent le BIFFF parce qu'on a fait plein de trucs depuis le début.

On a donc vu plein de films qu'on a sélectionnés à notre manière parce qu'on cherche à avoir un festival qui nous correspond aussi. C'est un public bon-enfant avant tout. C'est très important car les gens ont, d'abord, une mauvaise image du fantastique. Ils pensent que le fantastique, ce n'est que de l'horreur. On en parle partout en disant de nous que nous sommes fous, que nous faisons des choses étranges au Festival. Certaines personnes ont donc peur de nous rejoindre. En règle générale, quand les gens viennent chez nous une fois, ils reviennent parce qu'ils trouvent, avant tout, l'ambiance très chouette, très chaleureuse et tout à fait unique.

 

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... , à la présentation de conférences de presse ou...

Youssef Seniora : Nous avons, nous, l'impression que comme nous proposons un festival de genre, notre public est un public de geeks voire même de nerds. C'est plus un festival de fans. En fait, on est un double festival : un festival mainstream pour le grand public et un festival pour les festivaliers. J'ai fait quelques festivals aux États-Unis et là, on voit vraiment que ce sont des festivals de geeks. Et avec ma collègue de la production, Katia Olivier, qui est aussi réalisatrice, on avait été à un festival new-yorkais pour un de nos films, Story of the Dead.

Et avant que le film ne commence, on a répondu à des questions. Nous qui pensions être incollables, nous nous disions qu'il n'y aurait pas le moindre problème. La première question était la suivante : « quelle est la marque de la cannette sur laquelle Mike Myers marche dans Halloween II ? On s'est regardé un peu interloqués alors que tout le monde dans la salle levait le doigt. Il s'agissait d'une cannette de Fanta pour la petite histoire... Et nous n'avons par remporté le moindre t-shirt mis en jeu pendant les huit jours que nous avons passé là-bas. C'est amusant parce que quand on invite des réalisateurs ou des acteurs américains, on doit chaque fois bien expliquer qu'on est un festival parce que pour eux, un festival, c'est un peu comme une convention, un truc de geeks. Ils demandent donc de l'argent. Ils ne pensent pas que c'est comme Cannes, qui ne représente à leurs yeux non pas un festival mais un événement. On a donc du mal avec nos invités américains.

Si on leur dit que le BIFFF, c'est comme Cannes, c'est encore pire parce qu'alors là, ils s'attendent à avoir de superbes hôtels, des limousines et des tapis rouges. Le festival est très large parce que le film de genre l'est, à la base. Chacun définit celui-ci à sa manière. Cela inclut aussi les thrillers. Pas les thrillers comme les Américains les voient parce qu'il s'agit là de quelque chose de trop mainstream.

 

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... à la présentation des séances ! Et ça kicks asses !

19:05 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Interviews, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, film, fantastique, bifffeur | |  Facebook | |  Imprimer |

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