26 juil.

Nos futurs - Interview de Pierre Rochefort

Cette semaine, sort en salles le nouveau film de Rémi Bezançon : Nos futurs. Dans son cinquième film, après, notamment, Le Premier jour du reste de ta vie et Un heureux événement, le réalisateur français dirige un beau duo d'acteurs principaux. Pio Marmaï, son désormais acteur fétiche, qui fait partie du casting des deux films susmentionnés. Et un nouveau venu : Pierre Rochefort, le fils de... Jean. Il tient là son deuxième rôle principal, après celui endossé dans le film de sa mère, cette fois, Nicole Garcia : Un beau dimanche. Notons que les deux comédiens au cœur de Nos futurs ont auparavant chacun partagé l'affiche avec la même actrice, une certaine Louise Bourgoin. C'était dans Un Heureux événement pour Pio, dans Un beau dimanche pour Pierre.

Notre critique du film
Le Premier jour du reste de ta vie se trouve ici !
Pour celle d'Un heureux événement, c'est par  !

Mais place, à présent, à notre interview de
Pierre Rochefort...

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Vos parents ont pour noms Nicole Garcia et Jean Rochefort, deux grands du cinéma hexagonal.
Quels traits d'acteur avez-vous hérité d'eux à votre sens ?

On ressent beaucoup, dans le cinéma de Nicole, une affection toute particulière pour la psychologie des personnages, pour ce qui est intérieur, pour les hommes blessés. Ce sont des choses qui peuvent s'apparenter à cette première couleur que j'ai pu donner sur ces deux films : Un beau dimanche et Nos futurs. Et il y a ensuite une autre partie beaucoup plus fantasque et plus rigolote qui sommeille encore pour l'instant en moi. Mais je sais qu'elle est présente. J'ai fait beaucoup de théâtre et je sais donc que je peux faire appel à cette partie de moi quand il le faudra. Mais dans le cinéma français, quand les réalisateurs savent qu'on sait bien faire quelque chose, ils sont du coup séduits par cela et nous demandent cette chose-là. Il faudra donc par après transformer l'essai et faire quelque chose de différent. Il faudrait en tout cas que cette proposition d'un rôle différent arrive un jour.

Ce côté fantasque, vous le tenez plutôt de Jean Rochefort alors ?

C'est en effet ce au quoi je pense assez rapidement. Mon père a néanmoins fait beaucoup de films sombres, comme Le moustachu. Et il y en a beaucoup d'autres.

 

01.jpgJean Rochefort dans Le moustachu


Avant de vous lancer entièrement dans le cinéma, vous étiez actif sur la scène hip-hop française.
Quelles sont vos plus grandes influences et quels sont vos incontournables en rap belge ?

Pas mal comme question ! (il rit) Il y a un mec que j'ai vu à Paris. Il m'a énormément impressionné. Il s'appelle Akro, du groupe Starflam. Je fais l'impasse sur Benny B ! Je me souviens très bien de l'entrée sur scène d'Akro à l'Olympia. C'était avec Assassin, dont il faisait la première partie. Son entrée sur scène a été pour moi une claque terrible. J'ai ensuite fait l'acquisition d'un CD,
Archives belges, cinq CDs de hip-hop belge de l'année 1995 à aujourd'hui. De Puta Madre est génial, CNN aussi ; il y a énormément de groupes que j'aime beaucoup et que j'écoute de temps en temps.

Avant le cinéma, c'est vers le théâtre que vous vous êtes tourné.
Qu'ont ces deux arts en commun selon vous et qu'est-ce qui vous plaît le plus dans chacun d'entre eux ?

Ce sont deux choses très différentes. Le théâtre s'apparente quelque part à un sport car on traverse une pièce de théâtre un peu comme un athlète. Il y a tout ce qui est répétitions, il y a un travail du corps qui est impressionnant. Le cinéma est beaucoup plus arrêté, plus réfléchi peut-être. Par moments, j'ai un goût fantastique pour le théâtre mais je n'ai pas eu de proposition depuis un petit bout de temps. J'avais beaucoup de passion pour cet art quand nous jouions des pièces avec des copains. On avait fait le Festival d'Avignon pendant trois ans d'affilée et monté d'autres pièces par-ci par-là pour les jouer une, deux, trois, quatre fois parfois. C'est quelque chose que j'aime énormément et j'y retournerais avec grand plaisir. Mais le cinéma, c'est magnifique aussi ! Mais c'est plus étrange. C'est comme un moteur qu'il faut actionner pour être efficace d'un coup. Très vite, on reprend nos billes et on a une autre scène à jouer, par à-coups. Ce qui n'existe pas dans le théâtre, où l'on traverse en deux heures tous les sentiments, toute la pièce. Et puis il n'y a pas de filet.

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Pierre Rochefort dans Nos futurs


Vous avez participé à un atelier de clown.
Votre personnage dans Nos Futurs, Yann, est loin d'en être un, à la base.
Comment avez-vous abordé ce rôle ?

Avec cette même couleur un peu étrange, une couleur de l'intérieur. Il faut essayer de faire vivre un bouillonnement intérieur de retenue, de contrôle. Yann, c'est un personnage qui est complètement anesthésié dans la vie, qui suit un chemin rectiligne. Il n'est pas heureux, pas épanoui. Il a du mal à avancer. Et au moment où commence le film, il est sur le point d'imploser. Toutes ses failles explosent de partout. C'est seulement l'arrivée de Thomas, joué par Pio [Marmaï], qui va lui permettre d'y trouver un jour un chemin vers une quête, vers un élan de vie. Quelque chose qu'il cherchait mais qu'il n'arrivait pas à trouver. Cela parce qu'il n'avait pas répondu à une série de questions fondamentales de son enfance. Sans rien révéler du film, bien entendu. (il sourit)

Pourriez-vous nous parler de votre rapport à votre réalisateur, Rémi Bezançon, et de celui à votre partenaire de jeu principal dans Nos Futurs, Pio Marmaï ?

J'ai eu une chance dingue de rencontrer ces deux là, ce duo déjà formé au cinéma, et cette famille. Parce qu'il s'agit vraiment d'une famille. Ce qui est formidable avec Rémi [Bezançon], c'est déjà le fait qu'il est très fidèle au travail. Donc quand je l'ai rencontré, j'ai rencontré Pio. Mais j'ai aussi rencontré toute l'équipe de tournage. Des gens vraiment soudés. Et on a l'impression d'embarquer à bord d'un bateau qui file tout droit vers un horizon important. Il y avait là une énergie de vie à l'intérieur de ce groupe qui était passionnante. Quant à la façon de diriger de Rémi, elle est assez égale à lui. Il est très doux, très délicat. On lui montre où on en est quant à la scène, ce qu'on en a compris. Et lui nous apporte une échelle pour nous emmener là où il nous attend. Il a toujours les mots-clés qui permettent de développer des choses et de nous inspirer profondément.

Et Pio, c'est un être incroyable ! Il est d'une énergie que l'on peut qualifier de rebondissante et de folle. Il bouscule vraiment le quotidien de tout le monde. Et sur le plateau et en tant que personnage dans le film, bien entendu. Il a vraiment un élément déclencheur dans
Nos futurs vis-à-vis du personnage de Yann. Et dans la vie, il est aussi cela. Je pense que ce tournage sera un de mes plus grands souvenirs de vie, en plus d'être un passage professionnel.

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Pio Marmaï, partenaire de jeu de Pierre Rochefort dans le nouveau Bezançon

On vous souhaite d'en avoir plein d'autres !
Rémi Bezançon fait bien souvent dans ses films des références à d'autres films. Nos Futurs n'échappe pas à la règle avec le fameux dialogue entre Braddock et Little John.
Alors, vous, vous êtes plutôt Braddock ou Little John ?

Il faut que je vous dise quelque chose... Je connaissais le personnage de Chuck Norris, le bonhomme, la barbe, etc. J'avais vu quelques images mais ce n'est pas ma génération. J'ai l'impression que si j'étais né un poil plus tard, j'aurais pu le connaître ne fût-ce que par curiosité. Personnellement, j'étais les pieds dans le combat Stallone-Schwarzenegger. Par conséquent, le côté un peu kitch de Braddock m'est apparu tardivement. On a regardé 20-30 minutes de ce film-là.

Portés disparus... 3 !

Exactement ! Et on a vu à quel point cela n'avait pas vieilli.

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L'indétrônable Chuck Norris dans Braddock... 3 !


Le film raconte l'histoire de deux potes qui souhaitent faire un bond dans le temps pour avoir à nouveau vingt ans.
Si vous pouviez avoir à nouveau cet âge magique le temps d'une soirée, que feriez-vous ?

Okay si c'est le temps d'une soirée parce que sinon, je ferais un total rewind. Complètement. Franchement, j'irais voir s'il n'y a pas un grand concert de hip-hop justement, pour y revenir, ou de soul, qui a lieu le soir-même.

La Cosca est toujours là.

Exactement !

NTM, un peu moins par contre...

C'est sûr que NTM n'est plus là du tout.
Je lis justement un livre de Stephen King qui me fascine, en ce moment. C'est 22/11/63 . C'est son avant-dernier bouquin et ça raconte l'histoire d'un mec qui remonte dans le temps pour essayer de changer les choses. En y réfléchissant un peu, si on me donnait comme cela une soirée de mes vingt ans, j'essaierais de faire quelque chose qui pourrait aider l'humanité plutôt que de passer une soirée avec des potes et de boire des coups. Comme aller empêcher quelqu'un de faire quelque chose. Parce que quoi qu'il arrive, même aujourd'hui, je peux aller rameuter des copains sur Facebook et leur proposer de venir faire une soirée comme quand on avait vingt ans.

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Patrick Dewaere et Gérard Depardieu dans Les valseuses


En matière de jeu, vos sources d'inspiration principales semblent être François Cluzet, Sean Penn et Jean-Louis Trintignant.
Qu'est-ce qui vous fascine le plus chez chacun de ces acteurs ?

Je rajouterais aussi Patrick Dewaere à ces trois-là. C'est assez étrange... C'est une sorte de constance. Je veux dire par là que ce sont des acteurs qui ont une très grande filmographie et qui, à chaque film, parviennent à remettre tout le mystère de leur personnalité à eux sur la table. Et il n'y a pas un seul de leurs films dans lequel on peut se dire qu'ils n'ont vraiment pas été bons. Le film peut être moins bon. L'histoire peut être moins intéressante. Mais eux sont toujours à la bonne place. Ils ont une sorte de vérité pure, une vérité des acteurs que j'envie beaucoup. Et tous leurs personnages sont, quoi qu'il arrive, crédibles et cohérents. Et humains. Alors qu'il y a des acteurs qui mettent parfois trop de choses ou, au contraire, pas assez. Et qui, du coup, passent à côté de leurs personnages ou des films dans lesquels ils jouent.

Vous avez joué dans deux films belges, Rapt et 38 témoins, signés par le même réalisateur, Lucas Belvaux.
Que vous a apporté ce metteur en scène ?

J'ai justement rencontré son acteur principal dans Pas son genre (NdA : Loïc Corbery, de la Comédie-Française), avec qui j'ai longtemps discuté.
Lucas est celui qui m'a mis le pied à l'étrier quelque part car il m'a offert mes premiers rôles, des rôles de policier, peu éloignés de mon univers à la base un peu étrange. Mais j'étais ultra stressé car je découvrais votre pays, la Belgique, que je ne connaissais pas bien. Je n'avais, en plus, que cinq-six jours de tournage puisqu'il s'agissait de petits rôles. Les petits rôles, ce sont les pires en un sens. C'est pour cela que je respecte énormément les acteurs qui les interprètent. C'est très difficile d'être à l'aise parce qu'on débarque au sein d'une équipe qui est déjà soudée. On n'a pas le temps de parler aux gens, de vraiment les rencontrer. On doit être bon sur ce qu'on est donc, du coup, on se met une sorte de pression énorme sur les épaules. Vraiment. Mais ce sont deux tournages qui m'ont formé. On s'entend très bien, Lucas et moi, à chaque fois que l'on se voit. Et j'aimerais énormément travailler à nouveau avec lui.

09:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nos, futurs, pierre, rochefort, remi, bezançon, pio, marmai | |  Facebook | |  Imprimer |

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