24 déc.

Korea Now ou la quintessence de l'art contemporain coréen

Qui dit « En cinémascope » dit, forcément, « En plans larges ». C'est notre ambition à nous, qui tentons de couvrir des événements cinématographiques n'appartenant pas à une catégorie bien définie mais partant, plutôt, dans des directions diverses.

Aujourd'hui, nous vous proposons de nous montrer encore un peu plus En cinémascopiens, en vous présentant une... passionnante exposition d'art contemporain coréen : Korea Now !

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CHA Kiyoul - Soul Of Stone, 2015,  Stone, Steel (40-50 cm), Frame (45 x 33 cm)


L'exposition Korea Now est basée sur une précédente expo : « Beyond Borders », qui avait pris ses quartiers à Séoul. Parmi les 29 artistes ayant exposé dans la capitale coréenne, 12, majeurs, voient leurs œuvres présentées au public belge au Centre Culturel Coréen à l'occasion du deuxième anniversaire de ce très bel endroit, que nous avons eu le plaisir de découvrir en compagnie de PARK Hye-yeon, Lennert DAELEMAN et CHUNG Haetal, respectivement commissaire de l'exposition, et chargé de communication et directeur exécutif du Centre.

Ils sont peintres, sculpteurs, photographes ou encore auteurs d'installations. La question centrale posée par cette exposition est la suivante : « Qu'est-ce que l'art contemporain coréen ? ». Avec cette sous-question : « En quoi celui-ci est-il différent de l'art contemporain d'autres pays, asiatiques certes, mais d'autres continents également ? ».
 

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Joongho Yum - Lambda print, 110 x 110 cm, 2010


Ce qui rend l'art coréen... coréen

Pendant longtemps, l'art contemporain de Corée fut contesté et influencé par l'art du monde entier et par l'art occidental en particulier. Mais aujourd'hui, l'art coréen a la possibilité d'assumer un rôle de leader. Les artistes coréens doivent ainsi s'interroger sur la nature et les limites de leur art, soit un véritable défi et l'occasion, pour eux, d'aborder des questions essentielles.

Selon WOO Jongtaek, un des artistes exposés, toutes les grandes œuvres d'art ont ceci de commun qu'elles « questionnent l'art même ». En remettant en cause sa propre nature, l'art trouve ses limites et, partant, se doit de les dépasser. Grâce à ce processus, l'art étend ses limites tout en approfondissant sa signification. Dans l'exposition Korea Now, 12 artistes coréens ont donc relevé le défi plus spécifique de questionner l'art coréen. Ils ne donnent pas de réponses aux visiteurs de l'expo, ayant la volonté de se poser de nouvelles questions. La question centrale posée les artistes qui sont présents à Bruxelles à travers leurs œuvres est la suivante : « Quelle est l'identité de l'art coréen au XXIe siècle ? ».

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WOO Jongtaek - Memory of origin, mixed media, 70 x 120 cm


Selon le critique d'art KHO Chung Hwan, l'identité de l'art coréen est contestée par la modernisation de la société. Selon lui, la culture coréenne ancienne puisait dans le chamanisme, le totémisme, l'animisme et le panthéisme étaient dans la crainte de la nature et de son immensité, sa puissance et son mystère. Il explique que « la Corée moderne, comme d'autres sociétés contemporaines, a perdu la plupart de ces liens avec la nature ». Considérée par le passé comme une créature vivante, la nature, à travers les montagnes, volcans et icebergs de Corée, se limite bien souvent désormais à un élément présent dans les brochures commerciales, les cartes postales ou les magazines. Exit son mystère et sa magie. Redonner à la nature une place de choix dans l'art coréen, voilà un autre défi que l'art contemporain du Pays du Matin Frais est en train de relever !

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ouze artistes, parmi lesquels LEE Cheoljoo et CHO Hwan

LEE Cheoljoo peint des caractères en calligraphie. Il s'agit donc de calligraphie traditionnelle, comme il en existe dans de nombreux pays asiatiques. Mais cet artiste coréen ne s'arrête pas là. Une fois sa peinture effectuée, il la découpe arbitrairement en différents morceaux, pour la recomposer et offrir sur celle-ci un regard neuf.
Sens, il y avait avant son travail de découpage puisqu'il s'agissait de mots. Sens nouveau, il y aura après ce dernier. L'artiste recherche ainsi une nouvelle identité à partir de la tradition.

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CHO Hwan - Untitled, 2013, steel polyurethane, 130 x 150 x 9 cm


CHO Wan travaille, lui aussi, en partant de calligraphie mais à partir de sculptures qu'il a façonnées au préalable. Il fait des calligraphies en acier, à partir d'un matériel industriel. Cela renvoie à la société coréenne actuelle, fort industrialisée.
Il y a aussi des artistes comme CHA Kiyoul ou CHUNG Hyun, qui font des sculptures et des installations avec des objets abandonnés et des déchets. Il s'agit parfois de figures humaines, allusion au consumérisme vers lequel s'est orienté l'être humain.
Le dernier artiste que nous avons choisi de mettre en avant est un photographe qui propose des scènes intimes empruntes, néanmoins, d'une certaine banalité. Il se rend ainsi dans des temples ou près d'un lac au bord d'une grande ville. Il rend vides, via ses photos, des endroits en apparence très beaux. Il va, aussi, rechercher des coins désertés dans les banlieues des grandes villes - des lieux auxquels personne ne prête attention - pour les mettre en valeur. Il propose aussi des photos de la nature et de temples - thèmes traditionnels s'il en est - mais ses photos sont très froides et à la désolation certaine. La volonté de l'artiste consiste par conséquent à faire perdre au spectateur le contact avec le sens qu'avaient ces lieux par le passé.

Il ne s'agit là que de quelques artistes parmi les douze exposés, douze artistes à rencontrer à travers leurs œuvres. Essentiel !

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SUH Jungtae, Blue Portrait, 2012, Korean paper oriental pigment


Quand ? Jusqu'au 30 janvier 2016, du lundi au samedi, de 9h à 17h.
Fermé du 24 au 26 décembre, et les 31 décembre et 1er Janvier.
Où ? Au Centre Culturel Coréen, Rue de la Régence 4 - 1000 Bruxelles
Combien ? L'accès à l'expo est gratuit.

Si vous souhaitez davantage d'informations sur l'exposition, mais aussi sur les diverses activités organisées par le Centre Culturel Coréen :
info@kccbrussels.be
&
02/274 29 80

15:25 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Articles non liés au cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : korea, now, art, contemporain, coréen | |  Facebook | |  Imprimer |

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