27 déc.

Le 11e Be Film Festival a démarré à Bozar et à la Cinematèque !

Encore quatre jours de fêtes et de cinéma au Palais des Beaux-Arts et à la Cinémathèque ! Au programme : une série d’avant-premières, une rétrospective des films belges sortis au cours de l’année 2015 ainsi que de nombreuses animations. Sans oublier la soirée du Nouvel An qui se tiendra pour la première fois à Bozar afin de clôturer cette année en beauté ! Films, concerts, rencontres avec de nombreux invités, rendez-vous « familles », convivialité... pour fêter le cinéma belge comme il se doit !

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Depuis plus de 10 ans, le Be Film Festival propose un rendez-vous cinématographique et festif en compagnie des grandes personnalités du cinéma belge. Son objectif reste inchangé : innover, inventer et penser au spectateur. Au programme : une rétrospective éclectique des films du nord et du sud, des réalisateurs présents en chair et en masse et une bonne drache d’avant-premières made in Belgium.

Le cinéma belge se porte très bien et cette nouvelle édition va une fois encore le prouver. Sous le bienveillant parrainage de Jaco van Dormael, les réalisateurs de la nouvelle vague du cinéma belge viennent présenter leur premier long : des films fougueux, audacieux et totalement maitrisés.

Et parce que le Be film festival ne se passe pas qu’en salle, les Dj sets s'enchaîneront et possibilité sera donnée de passer le réveillon de Nouvel an au Palais des Beaux-Arts !

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résenter toute la diversité de la production nationale sortie au cours de l’année écoulée, faire découvrir la production francophone et néerlandophone aux spectateurs bruxellois ou de passage à Bruxelles, donner un rendez-vous festif ET professionnel au monde du 7e art belge, et offrir en avant-première les films belges de 2016 : voilà les grands objectifs du Be Film Festival !

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Une Master Class Jaco Van Dormael

Jaco Van Dormael est le parrain de cette édition 2015 du Be Film Festival.
Le cinéaste viendra présenter son dernier film : Le Tout Nouveau Testament. Il reviendra également en détails sur son impressionnante carrière lors d’une Master Class exceptionnelle le mardi 29 décembre. (inscriptions via masterclass@befilmfestival.be)

Rencontre avec Guillaume Senez et Valéry Rosier

Parmi les nombreux invités du Festival, Guillaume Senez, réalisateur de Keeper, parlera de son expérience et plus spécifiquement du passage du court au long métrage, le lundi 28 décembre. Valéry Rosier, réal de Parasol, également projeté cette année au Festival, sera présent à ses côtés. (les inscriptions se font, à nouveau, via masterclass@befilmfestival.be)

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Je me tue à le dire, de Xavier Seron


En salles

Il y en aura pour tous les goûts et tous les âges à travers une sélection très variée : de l’adrénaline avec Black, D’Ardennen et Waste Land, en passant par les séances familles avec Éclaireurs et Les Oiseaux de passage, la comédie avec Je suis mort mais j’ai des amis, Paradise Trips et bien d’autres rendez-vous parmi lesquels la projection de Je me tue à le dire, de Xavier Seron, à (re)vivre intensément au Festival.

En outre, pour célébrer la diversité de la production nationale, le BE Film a lancé une vaste campagne de communication sur les réseaux sociaux afin de déterminer le film belge le plus plébiscité par le public. Et c'est C'est arrivé près de chez vous qui a été élu ! Le film sera projeté le lundi 28 décembre à 22 heures.

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C'est arrivé près de chez vous sera projeté lors d'une séance spéciale

12:23 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : be, film, festival, bozar, cinematek, poelvoorde | |  Facebook | |  Imprimer |

24 déc.

Korea Now ou la quintessence de l'art contemporain coréen

Qui dit « En cinémascope » dit, forcément, « En plans larges ». C'est notre ambition à nous, qui tentons de couvrir des événements cinématographiques n'appartenant pas à une catégorie bien définie mais partant, plutôt, dans des directions diverses.

Aujourd'hui, nous vous proposons de nous montrer encore un peu plus En cinémascopiens, en vous présentant une... passionnante exposition d'art contemporain coréen : Korea Now !

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CHA Kiyoul - Soul Of Stone, 2015,  Stone, Steel (40-50 cm), Frame (45 x 33 cm)


L'exposition Korea Now est basée sur une précédente expo : « Beyond Borders », qui avait pris ses quartiers à Séoul. Parmi les 29 artistes ayant exposé dans la capitale coréenne, 12, majeurs, voient leurs œuvres présentées au public belge au Centre Culturel Coréen à l'occasion du deuxième anniversaire de ce très bel endroit, que nous avons eu le plaisir de découvrir en compagnie de PARK Hye-yeon, Lennert DAELEMAN et CHUNG Haetal, respectivement commissaire de l'exposition, et chargé de communication et directeur exécutif du Centre.

Ils sont peintres, sculpteurs, photographes ou encore auteurs d'installations. La question centrale posée par cette exposition est la suivante : « Qu'est-ce que l'art contemporain coréen ? ». Avec cette sous-question : « En quoi celui-ci est-il différent de l'art contemporain d'autres pays, asiatiques certes, mais d'autres continents également ? ».
 

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Joongho Yum - Lambda print, 110 x 110 cm, 2010


Ce qui rend l'art coréen... coréen

Pendant longtemps, l'art contemporain de Corée fut contesté et influencé par l'art du monde entier et par l'art occidental en particulier. Mais aujourd'hui, l'art coréen a la possibilité d'assumer un rôle de leader. Les artistes coréens doivent ainsi s'interroger sur la nature et les limites de leur art, soit un véritable défi et l'occasion, pour eux, d'aborder des questions essentielles.

Selon WOO Jongtaek, un des artistes exposés, toutes les grandes œuvres d'art ont ceci de commun qu'elles « questionnent l'art même ». En remettant en cause sa propre nature, l'art trouve ses limites et, partant, se doit de les dépasser. Grâce à ce processus, l'art étend ses limites tout en approfondissant sa signification. Dans l'exposition Korea Now, 12 artistes coréens ont donc relevé le défi plus spécifique de questionner l'art coréen. Ils ne donnent pas de réponses aux visiteurs de l'expo, ayant la volonté de se poser de nouvelles questions. La question centrale posée les artistes qui sont présents à Bruxelles à travers leurs œuvres est la suivante : « Quelle est l'identité de l'art coréen au XXIe siècle ? ».

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WOO Jongtaek - Memory of origin, mixed media, 70 x 120 cm


Selon le critique d'art KHO Chung Hwan, l'identité de l'art coréen est contestée par la modernisation de la société. Selon lui, la culture coréenne ancienne puisait dans le chamanisme, le totémisme, l'animisme et le panthéisme étaient dans la crainte de la nature et de son immensité, sa puissance et son mystère. Il explique que « la Corée moderne, comme d'autres sociétés contemporaines, a perdu la plupart de ces liens avec la nature ». Considérée par le passé comme une créature vivante, la nature, à travers les montagnes, volcans et icebergs de Corée, se limite bien souvent désormais à un élément présent dans les brochures commerciales, les cartes postales ou les magazines. Exit son mystère et sa magie. Redonner à la nature une place de choix dans l'art coréen, voilà un autre défi que l'art contemporain du Pays du Matin Frais est en train de relever !

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ouze artistes, parmi lesquels LEE Cheoljoo et CHO Hwan

LEE Cheoljoo peint des caractères en calligraphie. Il s'agit donc de calligraphie traditionnelle, comme il en existe dans de nombreux pays asiatiques. Mais cet artiste coréen ne s'arrête pas là. Une fois sa peinture effectuée, il la découpe arbitrairement en différents morceaux, pour la recomposer et offrir sur celle-ci un regard neuf.
Sens, il y avait avant son travail de découpage puisqu'il s'agissait de mots. Sens nouveau, il y aura après ce dernier. L'artiste recherche ainsi une nouvelle identité à partir de la tradition.

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CHO Hwan - Untitled, 2013, steel polyurethane, 130 x 150 x 9 cm


CHO Wan travaille, lui aussi, en partant de calligraphie mais à partir de sculptures qu'il a façonnées au préalable. Il fait des calligraphies en acier, à partir d'un matériel industriel. Cela renvoie à la société coréenne actuelle, fort industrialisée.
Il y a aussi des artistes comme CHA Kiyoul ou CHUNG Hyun, qui font des sculptures et des installations avec des objets abandonnés et des déchets. Il s'agit parfois de figures humaines, allusion au consumérisme vers lequel s'est orienté l'être humain.
Le dernier artiste que nous avons choisi de mettre en avant est un photographe qui propose des scènes intimes empruntes, néanmoins, d'une certaine banalité. Il se rend ainsi dans des temples ou près d'un lac au bord d'une grande ville. Il rend vides, via ses photos, des endroits en apparence très beaux. Il va, aussi, rechercher des coins désertés dans les banlieues des grandes villes - des lieux auxquels personne ne prête attention - pour les mettre en valeur. Il propose aussi des photos de la nature et de temples - thèmes traditionnels s'il en est - mais ses photos sont très froides et à la désolation certaine. La volonté de l'artiste consiste par conséquent à faire perdre au spectateur le contact avec le sens qu'avaient ces lieux par le passé.

Il ne s'agit là que de quelques artistes parmi les douze exposés, douze artistes à rencontrer à travers leurs œuvres. Essentiel !

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SUH Jungtae, Blue Portrait, 2012, Korean paper oriental pigment


Quand ? Jusqu'au 30 janvier 2016, du lundi au samedi, de 9h à 17h.
Fermé du 24 au 26 décembre, et les 31 décembre et 1er Janvier.
Où ? Au Centre Culturel Coréen, Rue de la Régence 4 - 1000 Bruxelles
Combien ? L'accès à l'expo est gratuit.

Si vous souhaitez davantage d'informations sur l'exposition, mais aussi sur les diverses activités organisées par le Centre Culturel Coréen :
info@kccbrussels.be
&
02/274 29 80

15:25 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Articles non liés au cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : korea, now, art, contemporain, coréen | |  Facebook | |  Imprimer |

21 déc.

Retour sur le 15e Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles

La quinzième édition du Festival du Cinéma Méditerranéen de Bruxelles s’est clôturée le vendredi 11 décembre dernier à l’issue de la cérémonie de remise des prix.

Le jury officiel était présidé par la réalisatrice Baya Kasmi, entourée du réalisateur et comédien Lyes Salem, des comédiennes Saadet Aksoy et Flonja Kodheli, ainsi que les comédiens Tewfik Jallab et Ismaël Saïdi.

Le film Sivas du Turc Kaan Müjdeci a remporté le Grand Prix du Jury.


Le Prix Spécial du Jury a été remis à Tikkun d’Avishai Sivan.

Ce film israélien très fort, bien que de fiction, présente un aspect documentaire sur la formation et la culture des juifs ultra-orthodoxes. Haim-Aaron, héros du film (joué par Aharon Traitel, acteur non professionnel et ex-ultra-othodoxe selon le réalisateur présent lors de la projection), suit cette formation de manière très assidue. Il jeûne pour se purifier mais fait un malaise. Et les secours ne parviennent pas à le réanimer. Son père (l'acteur Khalifa Natour, paradoxalement arabe) parvient quant à lui à le réanimer mais Haim Aaron change. Il découvre son corps et se « libère ». Dans une scène admirable, il ouvre une fenêtre et profite des rayons du soleil sur sa peau. Sa mère (interprétée par Riki Blich) crie au scandale et se précipite pour la fermer...

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Tikkun, Prix Spécial du Jury


Les changements sont quasi imperceptibles pour un spectateur non averti mais pourtant bien réels. Le film se déroule tout en finesse et subtilités.

Les images sont splendides, le noir et blanc parfaitement maîtrisé sert admirablement le propos.

Outre ces Prix officiels, les membres du jury ont tenu à accorder une Mention Spéciale à la comédienne Ghalia Benali pour son rôle dans À peine j’ouvre les yeux et au comédien Koudous Seihon pour son interprétation dans le film Mediterranea.

Le Jury Jeune a également remis son Prix (une première au Festival). C'est Sivas qui a été récompensé.

Le Prix de la Critique, remis par l'Union de la Presse Cinématographique Belge et l'Union de la Critique de Cinéma a été remis à À peine j’ouvre les yeux de Leyla Bouzid.

Sandrine David

07:24 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinemamed, festival, cinéma, méditerranéen, bruxelles, tikkun | |  Facebook | |  Imprimer |

10 déc.

Interview du réalisateur d'« Incendies », diffusé ce soir sur RTL-TVI !

Un Incendies qui a enflammé nos cœurs !

Incendies

DRAME

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e Denis Villeneuve (2010)

Avec Lubna Azabal, Rémy Girard.
Et Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxime Gaudette, Abdelghafour Elaaziz.

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Il y a presque cinq ans jour pour jour que nous nous sommes entretenus avec Denis Villeneuve, le metteur en scène d’Incendies. Une très belle rencontre pour évoquer avec le réalisateur de Prisoners et Sicario, entre autres, un film qui nous as énormément touché. Pour la force de son scénario ainsi que pour l’incroyable interprétation de l’actrice principale du film, la Belge Lubna Azabal, d’abord. Mais aussi pour la construction du film. Cette dernière s’avère en effet elle aussi très intéressante car Denis Villeneuve parvient à nous faire sans cesse voyager dans les différents temps de l’histoire de cette famille dont le spectateur découvrira les passé, présent et futur en même temps que les deux enfants du personnage principal du film, Nawal Marwan.

Multi-primé, Incendies s’était vu attribuer le Prix du Public lors de l'édition 2010 du Festival International du Film Francophone de Namur 2010 et allait représenter, quelques mois plus tard, le Canada aux Oscars. Le film est diffusé ce jeudi 10 décembre à 23h10 sur RTL-TVI, après un autre film marquant du réalisateur québécois : Prisoners.

Comment définiriez-vous votre film ?

Denis Villeneuve : C’est un passage à l’âge adulte. C’est l’histoire de jumeaux qui, à la mort de leur mère, décident de remonter son histoire pour découvrir un père et un frère dont ils ignoraient l’existence.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter au cinéma Incendies, au départ l’œuvre du dramaturge libanais Wajdi Mouawad ?

J’ai eu un énorme coup de foudre pour la pièce. J’ai été époustouflé, ébahi, par la beauté et la force, la puissance du texte. C’est un texte qui parle de l’intimité. Ce qui m’a bouleversé dans ce texte, c’est le discours que Wajdi portait sur la colère, comment la colère voyage de génération en génération dans une même famille, dans un même peuple. J’ai trouvé ça extrêmement pertinent et puissant comme thème. Ça a été instantané : on appelle donc ça un... coup de foudre !

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Quel a été l’apport de Wajdi Mouawad, lors des différentes phases de la création du film ?

Wajdi m’a donné carte blanche. Quand je l’ai approché, il a été touché mais il n’était pas sûr que c’était une bonne idée d’adapter Incendies pour l’écran parce qu’il venait d’adapter Littoral, sa pièce précédente. Je crois qu’il avait trouvé le cinéma assez lourd. Il était lui-même en train d’écrire une nouvelle pièce - Forêts - qui le happait complètement. Il m’a donné les droits d’Incendies, mais en me disant que j’allais le faire seul, que j’allais être obligé de remonter l’histoire, d’effectuer le même chemin que lui. Il est parti à Paris et puis il m’a laissé travailler sur Incendies. C’est un immense cadeau parce que je n’avais pas le poids de son regard derrière moi. Il m’a permis de faire des erreurs. Je dirais donc que sa participation à l’écriture du scénario s’est faite principalement au début du processus parce qu’il me donnait des pistes : certains photographes, certains textes, certains passages de la Bible… C’était très excitant pour moi parce qu’il m’ouvrait l’atelier initial, l’atelier de genèse d’Incendies. C’est vrai qu’il m’a donné les clés de base : tout ce qu’il avait espéré au départ. C’est un cadeau énorme ! Il m’a vraiment donné son « access », son intimité créatrice. Puis il m’a laissé avec cela et je me suis débrouillé. Je ne savais pas faire autrement de toute façon !

En quoi vous êtes-vous éloigné de la mise en scène de Wajdi Mouawad et sur quels points le rejoignez-vous en la matière ?

C’est une très bonne question ! Je dirais que Wajdi avait créé, dans sa mise en scène, des images d’une très grande force, une force très théâtrale, qui n’étaient pas adaptables au cinéma dans un cadre naturaliste. Cela n’aurait pas du tout fonctionné. C’était très important pour moi de respecter les thèmes et la structure dramatique, que je trouvais très belle, et que j’ai modifiée par rapport au temps et à l’espace pour modeler le scénario, le film. Je suis resté le plus proche possible de la quête du personnage de Nawal. La quête de Nawal était la référence de départ parce que c’était le personnage de base. Et la Bible, je la traînais quotidiennement avec moi sur le plateau. Ça a été ma référence tout au long du processus de fabrication du film. La pièce et le film sont complètement différents. Je me suis complètement approprié la pièce. J’ai carrément bousillé la poésie de Wajdi, un texte absolument magnifique que j’ai volontairement massacré pour arriver à en extirper des images et puis à faire du cinéma ! Ce qui est lié, ce sont vraiment les personnages principaux et puis les thèmes de base. La pièce était beaucoup plus touffue. Elle contenait beaucoup plus de violence. Il y avait nombre d’événements supplémentaires. Le film est plus concis et peut-être plus simple que la pièce. J’ai parfois résumé quatre pages de texte en une image.

Êtes-vous d’accord avec moi si je vous dis que les mots « traumatisme » et « thérapie » sont, parmi d’autres bien sûr, deux mots-clés du film ?

Ça me fait extrêmement plaisir de vous entendre dire cela ! Je pense que c’est la
première fois qu’un journaliste me parle de « thérapie ». C’est tout à fait le cas ! C’est un texte qui parle de guerre, du Moyen-Orient et de conflits qui me sont très éloignés. Mais il parle aussi de la famille. Et c’est par l’angle de la famille, par l’angle de l’intimité dans une famille, que j’ai pu aborder ce texte. Dès lors, j’ai accentué ce thème dans le film. Il y a un rapport à la thérapie. Pour moi, un des premiers pas, en thérapie, consiste à retourner aux origines de la colère. L’idée, c’est de se dégager de ces colères névrotiques qui viennent en soi entraver la véritable liberté, qui nous empêchent d’être de véritables adultes. Et je trouve que ces thèmes sont très présents dans le cinéma d’une manière ou d’une autre. Dans
Incendies, ces thèmes étaient vraiment bien articulés. Et moi, ça m’a profondément touché. Je rajouterais que Wajdi m’avait dit que pour être capable d’adapter la pièce, il fallait que je fasse un travail d’introspection important pour être capable de transposer le théâtre au cinéma. Et ne fût-ce que entrer en relation avec le texte sous le bon angle, ça m’a pris des mois.

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Quelles options principales avez-vous délibérément choisies à l’heure de scénariser et puis de réaliser Incendies ?

Il y a un point très important. La pièce se déroulait dans un Liban imaginaire. Tout le monde devinait que c’était le Liban parce que Wajdi est d’origine libanaise. Mais le Liban n’était jamais nommé. Tous les lieux sont des lieux inventés. Les événements sont une très grande transposition de la réalité. À un moment, j’ai été très tenté de « marier » l’histoire, l’histoire du Liban. J’ai eu très envie d’incarner le film dans Beyrouth. J’allais me casser la gueule pour plusieurs raisons et j’ai eu de l’aide, des conseils de mes amis libanais et de Wajdi. J’ai ré-opté pour l’imaginaire, pour des régions imaginaires. C’est la grande question qui s’est posée dans la scénarisation.

Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous avez structuré votre récit, en y imbriquant une série de sous-récits ?

La structure de la pièce travaille sur deux présents : le présent des jeunes et le présent de la mère. Personnellement, je n’aime pas les flashbacks au cinéma. Mais ici, je trouvais que les choses étaient vraiment bien articulées. J’ai trouvé cette structure dramatique vraiment en accord. Elle est originale parce que si l’on observe bien les choses, on constate quelque chose de particulier à ce niveau-là dans la pièce, que j’ai essayé de restituer dans le film. On suit le parcours de la fille et puis on la quitte. On entre alors en relation avec la mère dans le même état émotif que dans celui dans lequel on a quitté la fille. On suit un parcours avec la mère, qui nous amène au prochain état de la fille. Il y a une espèce de dialogue de réciprocité, d’échange dramatique et émotif entre les deux temps. J’ai essayé de conserver ça le plus possible. J’ai été obligé de modifier cette structure mais cette idée, cette manière de raconter l’histoire, était à l’origine dans la pièce.

Vous avez conquis un public assez large là où le film a été présenté. Estimez-vous que le sujet que vous traitez dans Incendies est universel et si oui, en quoi ?

C’est une bonne question. Je pense que les idées de Wajdi sont déjà très fortes à la base. Son théâtre voyage beaucoup. Je ne peux pas m’approprier cela. Il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Le film fonctionne grâce à la beauté des idées de Wajdi Mouawad. Si le film est vendu partout dans le monde, c’est grâce à ses idées à lui. Ce sont elles qui font que le film a ce succès. Je pense que cela touche toutes les personnes, qu’elles soient de n’importe quel peuple. À l’intérieur-même d’une famille, le rapport entre le parent et l’enfant est toujours à la base de la construction d’un être humain. C’est tellement universel comme propos, le rapport entre l’enfant et son parent, la colère qui est engendrée chez l’enfant de par le comportement de l’adulte, le silence, l’absence de l’adulte... C’est quelque chose qui voyage partout. Ce que je trouve assez admirable, c’est que Wajdi était capable d’en parler que ce soit dans l’intimité, comme je le disais plus tout, mais aussi de l’illustrer, de travailler dans un espace beaucoup plus large qu’une région ou un pays en conflit, de parler de cette idée de colère, qui hante une société mais aussi un individu.

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Quelques mots sur deux de vos acteurs à présent, si vous le voulez bien...

Pourriez-vous d'abord nous parler de la façon dont vous avez travaillé avec votre actrice principale, la Belge Lubna Azabal, et nous expliquer pourquoi vous l’avez choisie, elle, pour interpréter le rôle de Nawal Marwan ?

En réalité, j’ai fait du casting à Paris et c’est Constance DeMontefoy, la directrice de casting à Paris, qui m’a donné la clé. Je donne son nom parce que ces gens-là ne sont jamais nommés. C’est elle qui m’a dit qu’elle allait, certes, me faire rencontrer une série de comédiens. Mais elle m’a surtout très clairement fait comprendre que Nawal Marwan, c’était Lubna Azabal. Il était impératif, pour elle, que je rencontre Lubna. J’ai eu un entretien avec elle et j’ai été très impressionné par sa présence et par ce qu’elle dégageait. On a parlé de la pièce de théâtre de Wajdi et on a fait un bout d’essai. On dit souvent que « Casting is everything. » mais je pense que c’est vrai ! Quatre-vingt-quinze pourcent de la direction de comédiens, c’est le casting au départ. Et Lubna Azabal avait cette force intérieure, ce feu. Elle a quelque chose de gitan. En anglais, on dit une « drive ». Au-delà du fait que c’est une excellente comédienne, c’est quelqu’un qui est capable de faire passer beaucoup avec juste un regard. Pour moi, c’est très important. À l’écran, elle dégageait quelque chose de très fort. Il est important qu’on puisse croire que ce personnage-là traverse la guerre, soit issu d’un village modeste à la campagne sur une frontière au Moyen-Orient. Quelqu’un qui subit une grande violence et soit capable d’avoir un écho de résilience par rapport à cette violence-là. On sent qu’il y a derrière la comédienne une force, une capacité d’adaptation. Je sentais ça chez Lubna. Et j’estime que les gens les gens qui ont vu la pièce et qui vont voir le film vont nécessairement avoir des déceptions parce que ce sont deux objets complètement différents. Ils vont avoir des deuils. Mais il y a un deuil qu’ils n’auront pas, et c’est ma grande fierté dans le film, c’est que Nawal Marwan, c’est Lubna Azabal. J’en suis intimement convaincu. C’est très touchant parce qu’à la première du film, à Montréal, la femme qui a créé Nawal Marwan au théâtre était là et elle a trouvé Lubna extraordinaire. Elle a trouvé que c’était vraiment l’incarnation de Nawal, qu’on ne s’était pas trompé du tout.

L’intuition joue un grand rôle à l’heure de choisir un comédien. Par la suite, pour le travail avec le comédien, j’aime beaucoup répéter. Mais ce qui est essentiel à mes yeux, c’est d’entrer en relation avec la personne, comprendre la tête qui est devant moi, comprendre quel genre de vocabulaire je dois utiliser pour aller rejoindre cette personne et pour créer une certaine complicité. Il faut que j’acquière la confiance de l’autre. Je dois être en lien avec cette personne pour être capable de la diriger. Tous les acteurs sont différents. On n’avait pas tout l’argent du monde pour faire le film et on a souvent manqué de temps. Plusieurs scènes ont été tournées à une vitesse incroyable puisqu’on faisait parfois une ou deux prises seulement. Et Lubna s’est montrée très engagée et très combative. Comme une parachutiste, elle ne pose pas de questions, elle saute dans le vide et puis elle atterrit. C’est une actrice très intuitive. Il faut que tout l’aspect cérébral soit fait pendant la préparation. Il ne faut ensuite plus poser de questions. Il faut agir. Il faut vivre.

Dans Incendies, vous dirigez également Rémy Girard…

Rémy, j’avais pensé à lui dès l’écriture du scénario, pour le rôle du notaire Lebel. C’était le seul que j’avais choisi en écrivant le scénario. J’avais deux noms en tête pour faire ce personnage : Rémy et Roman Polanski. Je trouvais que Roman Polanski avait, comme Rémy, les qualités pour jouer le notaire Lebel. Mais pour des raisons évidentes (il rit), il ne pouvait pas venir en Amérique. De toute façon, Rémy était parfait. J’étais très heureux qu’il accepte le rôle. C’est un comédien très connu chez nous.

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Un véritable monstre sacré du cinéma québécois !

Oui, c’est ça ! C’est un habitué des grands rôles. Et puis il s’est complètement donné, dans une grande générosité, avec une énorme présence ! J’ai adoré travailler avec lui. On m’avait mis en garde en me disant qu’il pouvait être redoutable et puis il s’est avéré être un ange sur le plateau. C’était très touchant pour moi parce qu’il faut savoir que le notaire Lebel est un personnage qui m’est très cher pour toute une série de raisons. Une d’entre elles est que mon grand-père était notaire. Son frère était notaire. Mon père était notaire. Mes oncles sont notaires. Ma tante a marié un notaire. Bref, je suis entouré de notaires ! Mon frère est avocat… Je suis entouré d’un monde que je connais fort bien. Je me souviens que quelqu’un m’avait dit dans une salle l’autre jour que le personnage incarné par Rémy Girard était très… notaire ! Presqu’un peu trop, presque caricatural... Mais j’ai tout de suite répondu à cette personne que c’était tout le portrait de mon père. Que si mon père descendait dans un camp de réfugiés au Moyen-Orient, il aurait sa cravate ! (il rit) C’est vraiment un personnage qui m’est très cher.

08:50 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendies, denis, villeneuve, lubna, azabal, remy, girard, oscar | |  Facebook | |  Imprimer |

04 déc.

Le Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles, c'est parti !

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L'édition 2015 du Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles se déroule de ce vendredi 4 au vendredi 11 décembre prochain au Botanique, au Cinéma Aventure et à Bozar.

Ce sont pas moins de 70 films qui vont être présentés : 9 films en compétition internationale, 11 films en panorama, 15 documentaires, un focus spécial sur le cinéma turc, des courts-métrages...

Mais le Festival, ce sont aussi des concerts et des soirées gratuits, des débats, des invités, un jury officiel présidé par la réalisatrice Baya Kasmi, des séances famille, seniors, scolaires ou encore associatives.
Pour rappel, Baya Kasmi est la réalisatrice du très beau Je suis à vous tout de suite présenté au Festival International du Film Francophone de Namur en octobre dernier.

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Baya Kasmi, Présidente du Jury officiel - © Sandrine David


Pour cette quinzième édition, le Festival propose « [un] cinéma engagé [qui] se veut le reflet du bouillonnement culturel du bassin méditerranéen qui trouve toute sa place à Bruxelles, ville métisse et carrefour des cultures par excellence ».

Une diversité d'événements donc, qui va faire écho à la diversité des points de vue, des cultures et, nous l'espérons, du public qui pourra en profiter.

Pour connaître la programmation complète du Festival : www.cinemamed.be .

Sandrine David

11:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinemamed, festival, cinema, mediterranéen, bruxelles | |  Facebook | |  Imprimer |