29 mars

Welcooooome au BIFFF 2016 pour 13 jours... fantastiques !

Une semaine que l'impensable a été commis à Bruxelles, Notre Belle. Leur Belle. Celle de citoyens belges et étrangers qui n'avaient demandé qu'une chose : vivre. Cela, une poignée de fous furieux ne pouvaient le supporter. Au nom d'un dieu qui, si il existe, ne peut être qu'amour, ils ont commis l'inconcevable. À l'heure où nous écrivons ces lignes, au moins 35 êtres humains ont comme chacun sait perdu la vie tandis que 340 ont été et seront à jamais abominablement blessées, et que trois familles sont toujours sans nouvelles de leurs proches. Nous avons une grosse, une très grosse pensée pour eux. Et pour toutes celles et ceux qui ont vécu, vivent et, vivront malheureusement encore semblables atrocités aux quatre coins du monde, de l'autre côté de frontières tellement artificielles. Ne les laissons pas nous diviser. Plus que jamais, l'Union fera notre Force.

Nous nous reconnaissons pleinement dans le choix fort des organisateurs du Festival international du Film Fantastique de Bruxelles - le BIFFF - de maintenir envers et contre tout l'organisation de leur événement. Il constitue plus que jamais une déclaration d'amour à la vie car cette énorme fête verra, cette année encore, plusieurs dizaines de milliers de citoyens belges et étrangers communier ensemble pour partager l'amour qu'ils ressentent au plus profond de leur cœur et de leurs tripes pour le cinéma de genre dans cette grand-messe du fantastique. C'est qu'ils ont la foi, les BIFFFeurs, envers et contre tout !

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Le BIFFF 2016, à Bozar du 29/3 au 10/4


Welcooooome au BIFFF 2016 alors, pour 13 jours fantastiques au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, de ce mardi 29 mars avec la Cérémonie d'Ouverture sur le coup de 20 heures, au dimanche 10 avril, avec l'annonce du Palmarès de cette déjà 34e édition. Parce que, comme l'écrit très justement Jonathan Lenaerts, l'attaché de presse du Festival : « Relever la tête avec notre culture, c'est notre victoire. Rire ensemble, c'est notre victoire. Se divertir entre amis, c'est notre victoire ! » Et Jonathan de reprendre une des célèbres phrases d'André Malraux : « La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert. ».

Les organisateurs du BIFFF ont voulu faire de cette édition 2016 le reflet du quotidien avec une sélection composée de films abordant, entre autres, le burn-out (8 films dans une section Burn-out Special) et les préoccupations écologiques. Le genre constituant pour eux une caisse de résonance des maux de ce siècle, ils ne peuvent que constater, au même titre que les réalisateurs de pas mal de films de leur programmation, que les routes empruntées par le fantastique et le quotidien sont étonnamment plus que jamais en train de se croiser. Les cinq mères et pères fondateurs du Festival et toutes leurs équipes ont bien l'intention de nous mettre le trouillomètre à zéro, avec le My Big Night d'Álex de la Iglesia, le goresque 31 de Rob Zombie et le vampiresque Yakuza Apocalypse de Takashi Miike, pour n'en citer que trois. Le papa d'Adam's Apples, Anders Thomas Jensen ouvrira le Festival en Salle Ciné 2 avec son Men & Chicken. D'autres films qui devraient durablement marquer les esprits, dans des styles très différents ? Pride and Prejudice and Zombies, Hardcore Henry ou encore... Les Visiteurs : La Révolution ! Si, si !
Soit 130 films dont plus de 100 en avant-premières : 10 mondiales et autant d'internationales. En tout, plus de 30% des films présentés au BIFFF 2016 n'auront pas encore été vus en Europe !

Une foule d'invités - la Chinoise Bai Ling (The Crow), Luigi Cozzi (Contamination), Marc Caro (Delicatessen) et bien d'autres - seront présents au BIFFF cette année. Ils ne manqueront pas de répondre aux questions des festivaliers à l'issue des projections, pour des séances de Q&A dont le BIFFF a le secret. Et nombreux seront les événements qui feront passer à ces derniers deux belles, très belles semaines !

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Le goresque
31 de Rob Zombie, un des films événements de cette année


Ouverture et Clôture

La Cuvée des Trolls coulera une nouvelle fois à flots cette année à Bozar, notamment à l'issue des Séances d'Ouverture et de Clôture du Festival, lors des verres de l'amitié offerts au public.

Auparavant bien sûr : les projections de deux films.
Avec, en ouverture, Pride + Prejudice + Zombies ou le classique de Jane Austen revisité en Ciné 1, après une traditionnelle Cérémonie qu'on devine déjà haute en couleurs, et le corrosif Men and Chicken du génial Anders Thomas Jensen, avec Mads Mikkelsen, en Ciné 2.
Et, en clôture, My Big Night, du génial Alex de la Iglesia (Balada triste de trompeta - notre critique) en Ciné 1 et l'horrifique The Invitation de Karyn Kusama en Ciné 2.

Un nouveau Chevalier de l'Ordre du Corbeau

Jaume Balaguero (Rec) présidera le Jury International et viendra cette année rejoindre les 18 membres de la Confrérie des Chevaliers de l'Ordre du Corbeau, parmi lesquels figurent déjà John Landis (voir notre rencontre avec John Landis au BIFFF 2011), Terry Gilliam, dont l'interview en anglais et l'interview traduite en français figurent sur le site, ou encore Neil Jordan (réalisateur de Byzantium - voir notre critique).

Des films en veux-tu ? En voilà !

Le CollectIFFF... 2 ! (9 films), Mad in Belgium : Le Retour (3 films), la séance Courts mais Trash Spécial BIFFF (12 court que l'on devine déjà complètement allumés, programmés par le festival du court métrage indépendant belge Courts mais Trash), une section Première réalisation (36 films), une section BIFFFeurs en herbe (9 films), la section I'm a Seoul Man 2 (3 films de Ryoo Seung-wan dont son dernier bébé : Veteran, troisième plus gros hit au box-office du Pays du Matin Frais), une section Midnight X-Tremes (11 films de minuit pour le moins costauds), la traditionnelle Nuit fantastique (4 films d'affilée, de 23h à potron-minet, avec petit-déjeuner servi aux plus voraces des spectateurs, plus que probablement affamés après près de six heures de films), des compétitions Thriller (11 films), 7ème Parallèle (11 films), européenne (10 films concourant pour le Méliès d'Argent remis par le membre de la Fédération Européenne des Festivals du Film Fantastique qu'est le BIFFF) et, bien sûr, internationale (12 films qui se départageront les Prix majeurs du Festival, dont les Corbeaux d'Or et d'Argent).

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Veteran, le nouveau Ryoo Seung-wan


Le 12e Belgian Fantastic Film Day

La projection, le 1er avril, de dix courts-métrages belges dont sept en compétition, parmi lesquels le Chaos du sympathique Sébastien Petit, que nous avions interviewé lors de la sortie de son déjanté Bowling Killers (voir notre interview de Sébastien), film réalisé dans le cadre du premier CollectIFFF, venu célébrer les 30 ans du Festival.
Projections en Ciné 2, à partir de 13h pour la compétition puis dès 16h pour les courts hors-compet. Rendez-vous est donné à 17h15 pour la remise des Prix. L'ensemble sera précédé, en matinée, d'une conférence Tax Shelter.

Des courts-métrages internationaux

Vingt courts métrages internationaux hors compétition (une séance de 8 courts et deux de 6 les 2/4, 3/4 et 4/4 respectivement, à 20h en Ciné 3) seront projetés cette année.

Les enfants ? Pas en reste !

C'est dans le cadre de la séance Jekino, après la projection de Reis Naar Het Noorden, que les enfants de 6 ans et plus pourront profiter d’une multitude d’activités dont des ateliers leur enseignant les bases de la réalisation d’un film pour qu'opère... la magie du cinéma !

La séance Enfants donnera elle à voir un film pour toute la famille : BattleDream Chronicle, projeté en français. L'occasion pour les enfants et leurs parents de (re)découvrir le genre fantastique. Petit sac de cadeaux surprises et activités ludiques seront proposés aux enfants.

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Les concours maquillages au BIFFF : un must !


Des événements !

- les 29e International Body Painting Contest (16h-21h) et 33e National Make-up Contest (17h30-22h), du 30/3 au 7/4 - remise des Prix le samedi 9/4 à 20h45 au Ciné 3

-  le 10e Cosplay Contest, le 10/4 à 15h au Ciné 3, dont le ou la gagnant(e) représentera la Belgique au Cosplay World Master de Porto

- le ZOMBIFFF Day avec les 2e ZOMBIFFF'lympics et la 9e ZOMBIFFF Parade qui verra, une fois encore, plus d'un demi-millier de zombies défiler dans la capitale de l'Europe, avec un arrêt devant le Drakulen-Pis, soit la version très... BIFFFienne du célèbre personnage bruxellois !

- le 31e Bal des Vampires avec DJ Ponpon aux platines, à l'Hôtel de la Poste de Tour & Taxis (le 2/4, avec une ouverture du stand maquillage à 21h30, du Bal à 23h et le concours du meilleur costume à 2h), où il s'agira de venir déguisées et/ou grimé

- quatre Masterclasses, gratuites :
La Ligue des Droits de l'Homme - La représentation des minorités dans le cinéma de genre
Scénaristes - Le cinéma de genre est-il possible en Belgique ?
SFX - Les secrets des effets spéciaux enfin révélés par les professionnels eux-mêmes !, et
Vibes - Les visions futuristes de l'art au cinéma, à travers le son et l'image

- l'Exposition ArtBIFFF 2016, qui permettra de découvrir les œuvres des artistes Michel Barthelemy, David De Graef et Charles Hieronimus, avec, dans l'espace dédié à l'Expo, les peintures en direct d'œuvres fantastiques sur toiles, du 30/3 au 7/4 (excepté le 3/4) de 17h à 22h, exposées ensuite dans l’atelier de l’expo et cotées par un jury de professionnels

- les animations déjantées de pas moins de onze troupes ou artistes dont le Magic Land Théâtre, les Désaxés et la PUCK Company

- les séances de dédicaces au sein du traditionnel stand BD, avec la présence de six bédéistes

- le 2e Gaming Madness Days, avec trois manifestations au BIFFF, du 6 au 9 avril

- l'installation « The Abominable Dr Vibes » de Gauthier Keyaerts, avec des visuels de François Zajéga (18h-18h30 les 30/3, et 1 et 5/4 au Ciné 3)

- le 2e concours de scénario, dont la première édition avait été remportée par David Leclercq et ses Têtes Rouges

- Frontières, le premier marché du film à se concentrer spécifiquement sur la coproduction de cinéma de genre entre l’Amérique du Nord et l’Europe


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Le Bal des Vampires aura lieu le 2 avril à Tour & Taxis


Une application BIFFF

Les organisateurs ont eu la bonne idée de lancer une application pour iPhone et Android disponibles sur l'App Store et via Google Play. « BIFFF Movie Guide » classe les différents films proposés au Festival par genres, pays, jours et compétitions. Pratique !

Accès au Festival au Palais des Beaux-Arts, à partir de ce mardi 29/3, 18h, via une seule entrée : Rue Ravenstein 3bis - 1000 Bruxelles.

Pour plus d'infos : www.bifff.net, ainsi que via le catalogue 2016, disponible au Little Shop parmi une série de produits estampillés BIFFF.

Facebook : BIFFF - Twitter : @BIFFF_net - email : info@BIFFF.net

Jean-Philippe Thiriart

13:54 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, international, film, fantastique, bruxelles, 2016 | |  Facebook | |  Imprimer |

28 mars

Retour sur le BIFFF 2015 en critiques et en images avant l'édition 2016 !

Aaaaah le BIFFF ! LE rendez-vous annuel des amateurs de cinéma de genre en Belgique !

Son ambiance si particulière, ses spectateurs extatiques, son organisation ô combien sympathique, ainsi que ses phrases scandées pendant les projections et désormais devenues cultes font de ce festival un évènement à ne pas manquer voire une réunion familiale à laquelle on est impatient de participer.

Mais comme tout bon festival consacré au 7e Art qui se respecte, le BIFFF, c’est surtout une sélection impressionnante de films allant de la pépite à la lie (dont il ne faut pas sous-estimer l’importance en matière de réactions parfois hilarantes du public) et qui brasse large au niveau des styles : fantastique, horreur, thriller, science-fiction, fantasy… Tout le monde peut y trouver son compte et bouffer du film jusqu’à épuisement en somme.

Avant l'édition 2016, qui démarre ce mardi 29 mars à Bozar, ci-dessous, les critiques de 18 films projetés lors de la dernière édition, classés par ordre alphabétique, ainsi que quelques images captées lors de celle-ci.
Et… Action !

Un dossier préparé par Guillaume Triplet (G.T.), Laurence Pandiella (L.P.), les gagnants de notre concours de l'an dernier - Valentine Lambin & Pierre de Penaranda (V.L. & P.d.P.), Damien Clin (D.C.) et Jonathan (J.) -, Simon Van Cauteren (S.V.C.) et Jean-Philippe Thiriart (J.T.), avec les images de Dorian Blacks.

III – Pavel Khvaleev

Bonjour l’ovni russe !
Deux sœurs sont confrontées à l’exode que subit leur village depuis qu’un étrange mal s’est abattu sur celui-ci. Si, au départ, elles pensent devoir affronter l’un ou l’autre virus, c’est bien lorsque l’une d’elle est atteinte que l’autre se rend compte que ledit mal est bien plus spirituel et métaphysique qu’il n’y paraît. Il faudra donc l’intervention du prêtre du village pour dépatouiller tout ça et proposer à la rescapée de sauver sa sœur au prix d’expériences étranges dans les tréfonds de l’âme.
Avec ses relents à la Martyrs (on insiste bien sur les « relents » car n’est pas Pascal Laugier qui veut) et son esthétique soignée, le film de Khvaleev en aura surpris plus d’un, nous prenant quelque peu à contre-pied. Une découverte pour le moins agréable et une foule de questions et remarques échangées entre les spectateurs à la sortie de la séance. Pari sans doute gagné.

G.T.

THE BABADOOK – Jennifer Kent

Notre critique, publiée lors de la sortie Blu-ray et DVD du film est disponible ici !

G.T. et J.T.

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The Babadook? Oh Yes: Let Him In!


EAT – Jimmy Weber

Premier film de Jimmy Weber, Eat n’est pas sans rappeler le malsain Dans Ma Peau de Marina De Van même si ici, le film capitalise plus sur du grand guignol que le métrage précité.
Une pseudo-actrice californienne rêve d’une grande carrière à Hollywood. Mais tandis qu’elle écume les castings, son physique de poupée Barbie blondasse ne lui offre que des opportunités de s’illustrer dans le porno. Alors madame en a marre, madame est stressée et madame commence à se ronger les ongles, puis à se bouffer la peau jusqu’à aller toujours plus loin et se découvrir des pulsions auto-cannibales. Point n’est besoin de vous faire remarquer qu’à partir d’un certain moment, les choses ne feront qu’empirer.
Le film est à prendre comme une critique cinglante de l’univers faux-cul du show-business ou tout simplement, et c'est notre cas, comme un énième délire sanguinolent du cinéma trashy gore américain. Des prises de vue et effets convaincants font parfois grincer des dents et ça, c’est cool !

G.T.

ÊTRE – Fara Sene

Mais quelle est donc la justification de la place d’un film comme Être dans la programmation d’un festival comme le BIFFF ? Dans la vague des films sur les destins qui se croisent, celui-ci n’aura réussi qu’à nous faire quitter la salle au bout de 45 minutes tant l’entrée dans le sujet est longue et contemplative. Surjoué, un tantinet prétentieux et foutrement ennuyeux, Être ne nous aura absolument pas convaincus.

G.T.

EVERLY – Joe Lynch

On en attendait beaucoup de ce petit dernier de Joe Lynch. Surtout que le pitch était loin de nous déplaire : une prostituée au service de la mafia nippone qui défouraille à-tout-va et laisse derrière elle un monticule de cadavres, voilà qui avait de quoi séduire. Mais bon, avouons-le tout de même, Everly fait finalement l’effet d’un pétard mouillé devant lequel on s’emmerde copieusement. Des acteurs à la ramasse et un scénario plus que bof auront eu raison de notre patience. Au final, et ce n’est pas une surprise, la gente masculine reste jusqu’à la fin grâce à Salma Hayek qui, loin de délivrer ici une performance à classer, reste toujours aussi séduisante d’année en année.

G.T.

FROM THE DARK – Conor McMahon

Venu présenter son précédent métrage Stitches en 2013 au BIFFF lors du Focus irlandais, le rouquin Conor McMahon était de retour cette fois avec un From The Dark se voulant classique mais efficace. Cette fois, fini les clowns et le ton humoristique puisque From The Dark s’inscrit clairement dans la vague de l’horreur campagnarde pur jus. Point de complication ici en termes de scénario puisque celui-ci narre le trip en amoureux d’un jeune couple, Mark et Sarah, qui s’avèrera nettement moins romantique lorsque des ennuis automobiles les forceront à trouver refuge dans une maison isolée dont le proprio, tous crocs en avant, ne sera pas des plus accueillants. Rien de bien nouveau sous le soleil nous direz-vous... Nous vous répondrons que vous avez bien raison. Néanmoins, le film tire sa qualité et sa richesse d’une mise en scène non dénuée de surprises, de prises de vue des landes irlandaises tout simplement superbes et d’une actrice principale complètement investie dans son rôle. Si les codes sont connus et que From The Dark fait penser parfois à certains classiques comme Evil Dead ou encore The Descent, le dernier-né de McMahon représente toutefois un très bon moment pour les amateurs d’épouvante sans prise de tête.

G.T.

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From the Dark, un bon moment d'épouvante


HAEMOO – Shim Sung-Bo

Directement adapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’un fait divers, Haemoo raconte l’histoire d’une équipe de bateliers chargés de transporter des immigrés clandestins depuis la Chine jusqu’en Corée.
Ce premier film réalisé et écrit par Shim Sung-Bo et coécrit par son comparse Bong Joon-Ho (Memories of Murder, The Host, Mother) est en demi-teinte. Non dénué de qualités réelles, le film démontre une structure à deux vitesses. En effet, lors de la première heure, la mise en place prend une plombe. Le rythme de cette première partie est aux abonnés absents, ce qui est franchement regrettable puisque lorsque Haemoo passe la deuxième, l’entièreté prend tout son sens. En gros, tout fout le camp et la personnalité de chacun est portée au grand jour, ce qui offre le relief dont il avait besoin dès le début.
Haemoo n’est donc pas une déception, loin de là, mais aurait gagné à entrer plus rapidement dans le vif du sujet, histoire de capter l’attention qu’il méritait pour le traitement d’une thématique aussi délicate.

Notre interview du réalisateur du film est consultable ici !

G.T. et J.T.

LA ISLA MÍNIMA - Alberto Rodriguez - Detectives Verdaderos !

Notre critique, publiée lors de la sortie du film en salles, est disponible ici !

S.V.

JORGE Y ALBERTO CONTRA LOS DEMONIOS NEOLIBERALES – Gonzalo Fernando Quintana

L’histoire de deux losers réquisitionnés par les hautes instances argentines pour sauver le pays de fanatiques ultralibéraux, vous y croyez ? C’est pourtant le pitch de départ de ce film absurde qui ne manque pas d’humour. Surfant sur une vague que ne renierait pas Álex de la Iglesia, le métrage de Quintana a le mérite de l’originalité même s’il n’est pas passionnant de bout en bout. En effet si le concept un peu fou qui sous-tend Jorge Y Alberto… est digne d’intérêt, plusieurs baisses de régime font perdre çà et là le fil conducteur au spectateur. Par contre, une bonne dose d’humour et de gags primaires parviennent à séduire même si le film dans son ensemble est plutôt moyen.

G
.T.

LIFE AFTER BETH – Jeff Baena

La comédie zombie à la Shaun Of The Dead a déjà enfanté quelques rejetons mais il faut bien dire ce qui est : lorsqu’un de ces nouveaux délires sort, et pour un peu qu’il soit bien fait, on se prend au jeu hyper facilement. C’est le cas ici avec le premier film du réalisateur Jeff Baena qui nous propose un métrage des plus attachants. Un jeune homme, dont la dulcinée vient de passer l’arme à gauche, tente tant bien que mal de faire son deuil avec l’aide précieuse de ses beaux-parents. Sauf qu’un jour, en leur rendant visite, la morte est à la maison. Bizarre mais dans ces cas-là, autant croire aux miracles, surtout que la fiancée n’a pas beaucoup changé hormis une odeur quelque peu fétide qu’elle traîne en permanence. Mais quand on aime, on ne sent pas et on voit ce que l’avenir réserve. Et dans ce cas précis, l’avenir réserve bien des surprises au jeune couple. Enfin... surtout au jeune homme !
Avec une série de gags, quiproquos et caméos en tout genre, Life After Beth est un plaisir et s’ingurgite d’un coup avec, aux lèvres, un sourire presque permanent.

G.T.

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MÉXICO BÁRBARO – Lex Ortega, Jorge Miche Grau, Ulises Guzman, Isaac Ezban, Laurette Flores, Edgar Nito, Aaron Soto, Gigi Saul Guerrero

Huit réalisateurs qui s’en donnent plus qu’à cœur joie pour balancer huit segments particulièrement folkloriques, voici donc le leitmotiv de la séance México Bárbaro, pour le plus grand plaisir des amateurs de cinéma latin sans limite.
E
ntre des prostituées qui fêtent le jour des morts à leur manière dans leur bordel, un troll à l’appétit sexuel débordant ayant du mal à garder son chibre turgescent dans le caleçon et une virée chez des aztèques perfectionnistes en terme de torture, absolument tous les ingrédients ou presque sont réunis pour une séance de minuit au poil. L’assemblée est conquise, le spectacle est à son comble, un délire cinématographique dans la plus pure tradition du genre.
On adore et on en redemande !

G.T.

México Bárbaro est un film réunissant huit grands spécialistes du cinéma, et particulièrement des spécialistes du film d'horreur. Car ce film-ci en est bien un ! Durant les premières séquences, on peut remarquer que la tension s'installe déjà dans la salle, accompagnée de musiques stressantes mais incitant le doute également, dans le but de nous plonger littéralement au cœur de ces histoires, toutes aussi sordidement incroyables les unes que les autres. Chacune de ces histoires est un cocktail de peur, de gore, d'ambiance démoniaque et malsaine, mais avec tout de même un certain fil rouge qui nous permet de suivre malgré tout le film, nous faisant déjà, de base, perdre tous nos moyens dès les premières gouttes de sang ou les premières notes de musique ! Un film à suspense terriblement bien fait avec une ambiance toute aussi géniale avant, pendant et après la séance ! Rien à redire, admirateurs de film d'horreur, prenez garde : vous allez adorer !

V.L. & P.d.P.

NIGHT RUN (away from this film!) - Jaume Collet-Serra

Entre Jaume Collet-Serra et Liam Neeson, c'est une grande histoire d'amour. Après le passable Unknown (Sans identité) et la « bonne » surprise Non-Stop, voici que nos deux compères remettent ça et recrutent Ed Harris au passage ! Et ce n'est pas forcement pour un mieux...
Jimmy Conlon (Liam Neeson), un ancien tueur à gage de la mafia irlandaise n'est plus que l'ombre de lui-même. Hanté par le souvenir de tout ceux qu'il a expédié dans l'au-delà, il noie sa peine dans l'alcool et traîne sa carcasse de bar en bar, loin de son fils Mike qui refuse les choix de son père. Shawn Maguire (Ed Harris) est le parrain de Brooklyn. Tiraillé entre le souvenir du bon vieux temps et les conneries en cascades de son fils Danny, il veille sur son vieil ami Jimmy avec qui il a fait les 400 coups 30 ans auparavant. Lorsque Danny, dans une énième embrouille foireuse, tente de tuer Mike, Jimmy n'a pas le choix, il descend le fils de son meilleur ami. Il lui reste la nuit pour mettre ses proches à l'abri et descendre un à un tous ses anciens « collègues ».
Loin d'être des plus subtils, le scénario tient sur un timbre, voire un confetti. Niveau mise en scène, rien de très incroyable non plus. Mention spéciale aux plans télescopiques dignes d'une attraction « Cinéma 4D Disney » qui donnent franchement la nausée et qui, même techniquement, ne sont pas crédibles (l'action est ainsi figée pendant le travelling et ne reprend qu'une fois que les effets spéciaux ont fait le lien entre deux plans).
En bref, Run All Night (Night Run en français donc, allez comprendre !) est une tuile de plus sur la carrière en déclin de Liam Neeson (s'il-te-plaît, pas toi aussi Ed Harris !). On est loin de sa performance dans La Liste de Schindler.
Ah oui, Vincent d'Onofrio est là aussi. Enfin, « là », c'est un grand mot.

S.V.

THE NINJA WAR OF TORAKAGE - Yoshihiro Nishimura

J'attendais beaucoup de ce film, étant fan de Yoshihiro Nishimura et avoue avoir été un peu déçu en découvrant la bande annonce. Je m'attendais plus à voir un nouvel ovni asiatique du genre de ceux auxquels Yoshihiro nous avait habitué, dans le style de Helldriver.
C
ependant, malgré un scénario plus « classique », certaines scènes sont hilarantes et on reconnait bien le style du réalisateur.
La discussion entre Torakage et son fils à propos de caca et du tas de merde que lui ou sa femme produisent est assez irréel.
Plusieurs scènes décalées, comme l'apparition de Takashi Shimizu avec le clin d'œil The Grudge, permettent d'alléger le film.
En bref, même s'il s'agit d'un style différent de HelldriverThe Ninja War of Torakage est un très bon film. J'ai passé un très bon moment lors de cette séance et ce film avait pleinement sa place au BIFFF !

D.C.

NO TEARS FOR THE DEAD - Lee Jung-Beom - Gon Baby Gon!

Sans être une spécialiste du cinéma sud-coréen, nous avons trouvé cette proposition tout à fait honnête : les acteurs sont crédibles, nous en avons pour notre argent au niveau des scènes d'action et des litres d'hémoglobine à la minute et, sans être d'une grande originalité, le scénario nous happe dès les premières minutes pour nous donner envie de suivre les péripéties de Gon, ce tueur à gages qui, suite à une enfance malheureuse, a grandi aux États-Unis et sera mené à accomplir une mission dans son pays natal. Cela permet d'avoir un mélange anglais-coréen assez plaisant même si les dialogues en coréen dominent largement tout au long du film.
Si nous devions exprimer un bémol, il porterait sur certaines longueurs inutiles ou quelques répétitions un rien lassantes (Gon affronte la Corée entière, ça prend du temps) mais notre patience a été récompensée par une fin qui nous a plu car nous craignions que ça se termine en histoire d'amour mélo avec la veuve mais, en fait... non ! Cela donne une conclusion cohérente, la boucle est bien bouclée. La scène finale n'était pas vraiment indispensable mais elle fait un petit clin d’œil au titre, mensonger.
En conclusion, un film plutôt haletant pour qui ne serait pas trop exigeant et - peut-être - connaisseur de ce type de cinéma.

L.P.

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Sacha Grey dans Open Windows


OPEN WINDOWS - Nacho Vigalondo

Nacho Vigalondo, le réalisateur de l’excellent Timecrimes (2007), nous revient ici avec un film de commande sur les dangers des réseaux sociaux et applications en tout genre. Open Windows est un thriller hyper connecté dans lequel Elijah Wood incarne le fan d’une actrice en vogue qui gagne un concours en ligne lui permettant de rencontrer celle-ci lors d’un dîner. Et on comprend aisément sa joie puisque l’actrice en question est campée par Sasha Grey, ancienne actrice X à la plastique pour le moins généreuse. Mais la mauvaise nouvelle arrivera bien vite : la comédienne annule le dîner, préférant aller roucouler ailleurs. Ce qui est étonnant par contre, c’est que la personne qui lui annonce cette annulation est un parfait inconnu qui regorge de ressources. En effet pour rattraper le coup, il propose au malheureux d’espionner directement son idole via son ordinateur et de surveiller ses moindres faits et gestes en s’introduisant également dans son smartphone histoire de la suivre pas à pas.
Pas de chichi ici : on entre assez rapidement dans le vif du sujet, et ce de manière fort intéressante puisque l’entièreté de l’intrigue nous est proposée via écrans interposés pour que le spectateur ait toujours une vue sur les activités des différents protagonistes en temps réel. Ce parti pris a priori casse-gueule s’avère parfaitement maîtrisé dès le départ et donne un réel dynamisme à l’intrigue jusqu’à la dernière demi-heure où là, tout part un peu en vrille. S’il n’y a rien à dire au niveau de la technique adoptée et des idées de mise en scène, c’est bien d’un point de vue scénaristique que le bât blesse. Le film s’embourbe dans un dénouement où il se perd lui-même (et par la même occasion perd le spectateur) dans un amas de twists et re-twists peu fouillés voire inutiles. Dommage, la prouesse aurait pu être saluée.

G
.T.

TRUE LOVE WAYS – Mathieu Seiler

Séverine est un peu paumée dans sa relation avec Tom et décide tout simplement de rompre. Et c’est au tour de Tom d’être largué et d’essayer de se retrouver à grand renfort de gnôle dans un bar du coin. Là, il y rencontre un gars « plus intrigant que ça tu meurs » qui lui lance une idée absolument géniale et pas du tout bizarre pour reconquérir sa dulcinée. Le plan est simple : organiser l’enlèvement de la jeune femme pour que Tom vienne la sauver. Autant le dire tout de suite, ça pue. Surtout que l’homme en question et sa bande de potes sont adeptes de jeux pour le moins salaces (ben oui, sinon où serait l’intérêt ?).
True Love Ways est clairement apparu comme l’un des ovnis du BIFFF grâce à son histoire peu compliquée mais assez décalée et mise en forme avec une certaine maîtrise des codes du genre. Optant pour le noir et blanc ainsi que pour un univers faisant parfois la part belle aux anachronismes, le réalisateur Mathieu Seiler nous a régalés au final malgré un début en demi-teinte de par sa lenteur quelque peu pesante. Ses hommages ponctuels au genre allant du giallo à l’horreur plus contemporaine font de True Love Ways un délicieux moment de cinéma.

G.T.

THE WHITE HAIRED WITCH OF LUNAR KINGDOM - Chi Leung 'Jacob' Cheung - La sorcière et le lover

Pour ceux qui sont habitués à l'ambiance du genre de rassemblement qu'est le BIFFF, je ne dois pas préciser qu'on n'y regarde pas un film comme dans une salle de cinéma classique. C'était d'ailleurs une grande première pour moi et j'en garderai un très bon souvenir. Pas tellement grâce au film en question mais surtout suite aux gimmicks - hilarants - des fidèles festivaliers.
J
e dois d'abord reconnaître être totalement ignare en ce qui concerne le cinéma asiatique. J'ai appris que le film était l'adaptation d'un roman chinois célèbre qui avait d'ailleurs déjà inspiré plusieurs cinéastes, apparemment avec plus de succès. Personnellement, je partais donc sans aucun apriori et vierge de tout préjugé négatif. Cela commence sous les applaudissements de la salle, le début du film nous embarquant dans de jolis paysages ultra colorés (et carrément fake mais plutôt agréables à regarder). Ça se complique un peu quand le scénario nous embrouille totalement entre l'histoire d'amour, la guerre des clans, les luttes de pouvoir et autres divergences assez mal explicitées, en tout cas pour la spectatrice néophyte que je suis. Je pense que ces défauts narratifs sont amplifiés par un montage très particulier: les scènes s'enchaînent étrangement, les péripéties surgissent parfois de nulle part et le rendu est assez peu cohérent, et encore moins crédible.
On touche par moments au ridicule et au burlesque, paroxysme atteint notamment lors de la scène finale où la chute des amants est interminable et s'achève - littéralement - dans les étoiles/l'espace. Bref, c'était bien drôle mais ce n'en était pas le but initial. Malgré tout, quelques scènes demeurent bien chorégraphiées et les actrices sont bien mignonnes. On n'est pas passé loin du navet mais en ne prenant pas le film au premier degré, ça se laisse regarder !

L.P.

WYRMWOOD: ROAD OF THE DEAD - Kiah Roache-Turner

Petite visite de cinq jours à Bruxelles pour mon rendez-vous annuel avec l'atmosphère BIFFFienne, que je ne rate pour rien au monde depuis plus de 20 ans ! Huit films au total, bilan bien maigre comparé au nombre de séances proposées, mais je suis satisfait de la sélection effectuée avec mon groupe de potes pour tenter de profiter un max de cette occasion d'envahir le Bozar !
L
'un des Midnight Extremes que j'ai vécu fut grâce à l'invitation gracieuse d'En Cinémascope, site que j'aurai eu le plaisir de découvrir en préambule au festival. Au programme donc, Wyrmwood - Road of the Dead, le passage obligé par la case zombie de mon cru 2015, qui tient du sous-genre exploité jusqu'à la moelle, mais que ce premier bébé des frérots australiens Roache-Turner rafraichit par quelques touches bien senties, notamment avec le pouvoir d'une des protagonistes et le développement scénaristique autour de l'haleine tonitruante de nos chers zombies.
Bref, un bon moment « made in Oz ». On lui a pardonné ses défauts liés au tournage en mode guérilla et on a grandement apprécié l'ambiance délirante de la salle 2 jusqu'aux petites heures ! Vivement le 2 !

J.


26 mars

Les Premiers, les Derniers - Interview de Bouli Lanners

Tourné en... scope, Les Premiers, les Derniers est au cinéma depuis quelques semaines déjà. Il est toujours à l'affiche à Bruxelles et dans chacune des provinces wallonnes, à l'exception du Brabant wallon. Le métrage a remporté deux Prix lors de la dernière Berlinale, où il était inscrit dans la section Panorama. Son réalisateur et acteur principal, le Liégeois Bouli Lanners, nous a accordé un entretien chez le distributeur du film pour évoquer ce film plein de lumière. Le voici enfin retranscrit ci-dessous ! Les photos prises ce jour-là sont consultables sur notre compte Instagram.

Et n'hésitez pas à consulter nos autres articles autour de Bouli Lanners ! :

- son interview pour Les Géants
- celle de Fabrice Adde (vu il y a peu dans The Revenant) et la sienne pour Eldorado
- les quelques bons mots du fan de scope qu'est le réalisateur liégeois pour... En cinémascope
- notre critique express d'Ultranova, et
- l'interview tout aussi express de Bouli aux Magritte 2012.


Bouli Lanners et En cinémascope...


Synopsis du film

Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale. Et si c’était la fin du monde ? Dans cette petite ville perdue où tout le monde échoue, retrouveront-ils ce que la nature humaine a de meilleur ? Ce sont peut-être les derniers hommes, mais ils ne sont pas très différents des premiers.

Notre cote : ***

Notre interview de Bouli Lanners

Dans Les Premiers, les Derniers, vous interprétez le personnage de Gilou. N'est-ce finalement pas, parmi tous les rôles que vous avez joués, celui qui est le plus proche de vous ?

Oui, c'est le plus proche. C'est même carrément une mise à nu. C'est un personnage qui est très proche de ce que je suis, de mes peurs existentielles, de cette référence que j'ai à la mort et puis surtout, aussi, de l'espoir que j'ai encore en l'homme. Parce que je crois toujours encore fondamentalement en l'homme et je ne pense pas que ce soit la fin du monde du tout. Même si le film parle un peu de ça.

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Bouli Lanners et Albert Dupontel, unis par une amitié sincère à l'écran comme dans la vie


On retrouve une fois de plus dans votre film de grands paysages, de longues étendues... Pourriez-vous nous parler de votre travail sur le cadre ?

Le cadre est donc très proche de ce que je fais en peinture. Il raconte l'histoire. Dans la grammaire du cinéma, c'est le cadre qui permet de faire la mise en scène. Ici, il y a une référence directe à ma peinture dans les couleurs, dans le cadre, avec une ligne d'horizon très basse. Avec un format : le scope, qui est le format récurrent de mes films. Et avec également une absence de verts dans les gammes de couleurs, en restant dans les bleus outremers, les bruns foncés, les terres de Sienne. Et puis avec un horizon et un ciel très haut. Le cadre correspond donc à la peinture et est influencé par celle-ci même s'il ne s'agit pas ici d'une peinture mais bien d'une fiction.

Le travail que vous avez effectué sur le son est intéressant lui aussi. Après avoir travaillé sur Les Géants avec The Bony King of Nowhere, vous privilégiez cette fois-ci une couleur musicale différente...

La musique, ici, c'est plus du dark folk. vraiment une espèce de folk sombre, qui vient directement des 16 Horsepower, un groupe que j'ai beaucoup écouté pendant l'écriture du film. Pascal Humbert en est un des maîtres d'œuvre. Il est revenu en France entre-temps pour former Détroit avec Bertrand Cantat. On a donc contacté le groupe, qui a fait une session d'enregistrement de laquelle on a retiré un seul morceau. Cela m'a permis, par la suite, de retravailler avec Pascal Humbert. Et on a repris des musiques issues des formations avec lesquelles il a évolué. Il faut savoir qu'il a vécu aux États-Unis pendant 22 ans. Outre les 16 Horsepower et Détroit, il a fait partie des Wovenhand et de Lilium. Et puis il a fait toutes les musiques additionnelles pour uniformiser toutes ces musiques, pour faire le liant entre elles.

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Les Premiers, les Derniers est-il un western moderne ? Si oui, quelles sont vos grandes influences dans ce genre à part du cinéma ?

Je pense que Les Premiers, les Derniers aborde une thématique qui n'est pas propre au western mais utilise, dans la forme, les codes du western. Dans la mesure où il faut que ça reste quelque chose qui soit formellement attractif quelle que soit la thématique. Et parce qu'il faut se faire plaisir. Je voulais faire un beau film et le western permet aussi très fort d'utiliser les paysages. Quant aux influences, il n'y en a pas une en particulier. Je veux dire par là que j'ai des influences qui ne sont pas liées au western. J'ai vu beaucoup de westerns quand j'étais jeune et j'en ai revu pas mal dernièrement. Et il y a quelque chose de récurrent dans tous ces films, que j'utilise ici même si mes références cinématographiques sont plutôt liées à des films comme les films de Jim Jarmusch. Ou même de Wim Wenders, qui faisait déjà des films américains tout en les faisant en Allemagne. Ou même Kaurismaki, dont le cinéma est certes très finlandais mais avec aussi beaucoup de références aux films américains. Je suis donc plutôt influencé par des cinéastes qui ont eux-mêmes été influencés par le western.

Vos dialogues sont justes et concis, laissant une grande place aux regards. Que disent-ils de vos personnages dans ce film-ci ?

Ici, les regards parlent beaucoup d'amour. Il y a beaucoup de bienveillance d'un personnage à l'autre. Il y a de l'amour entre deux personnages : entre Esther et Willy, c'est de l'amour pur. Il y a de l'amitié : une vieille amitié forte et sincère entre Cochise et Gilou. Donc là, c'est une autre forme d'amour : de l'amitié avec de la bienveillance. Et puis, il y a le regard de Jésus sur Willy, le regard de Jésus sur Gilou, le regard de Clara sur Cochise, le regard de Clara sur Esther... Tous ces regards sont remplis d'amour, d'humanité et de bienveillance. Et mon film parle de cela.

Vos personnages, parlons-en justement, sont interprétés par d'excellents acteurs. Vous avez ainsi réuni ici, à vos côtés, un casting cinq étoiles avec notamment les acteurs Albert Dupontel, David Murgia, Serge Riaboukine, et Mes-sieurs Michael Lonsdale et Max Von Sydow. Ainsi que les actrices Suzanne Clément et l'incroyable Aurore Broutin.
Comment définiriez-vous, en quelques mots, le jeu de ces comédiens ?

Je crois que j'ai un des plus beaux castings dont je puisse rêver. Avec trois générations de comédiens : Max et Michael, les anciens ; toute une génération de comédiens de mon âge - Albert, moi-même et Suzanne Clément, que l'on connaît à travers les films de Xavier Dolan. Et puis il y a les amis : Serge Riaboukine, Philippe Rebbot, Virgile Bramly, Lionel Abelanski...
Et alors il y a les découvertes : Aurore et David. David, c'est le comédien belge qui va monter. Son physique a quelque chose de presque pasolinien. Son jeu est d'une gamme incroyable. Il accroche l'image. Il écrit aussi des seuls-en-scène et a un collectif : le Raoul Collectif. Et puis il a fait Le Discours à la nation, une pièce de théâtre qui tourne beaucoup. C'est quelqu'un qui est très investi aussi socialement et artistiquement dans son pays et qui tourne beaucoup à l'étranger.
Et puis Aurore, c'est la petite perle, celle qu'on trouve par hasard et qui incarne à merveille un personnage très complexe - le personnage d'Esther est très difficile à interpréter. Elle le fait avec une immersion totale et est donc parfaite. Pour la connaître un peu, je peux vous dire qu'elle n'est pas du tout comme le personnage du film : c'est une espèce de guerrière du nord, comme Corinne Masiero.
Je pense par conséquent que ce sont des comédiens en devenir, qu'on va revoir plus tard. Et j'ai une qualité de jeu assez exceptionnelle dans ce casting. J'ai travaillé avec des comédiens qui incarnent les personnages dans leur chair, d'une manière absolue, ce qui permet alors les silences. Les personnages existent aussi dans les silences. Mais un personnage qui existe dans les silences, c'est un personnage qui doit être fortement incarné et, ici, j'ai des comédiens qui incarnent très fortement les personnages.

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Mes-sieurs Michael Lonsdale et Max Von Sydow font partie du casting cinq étoiles du film


Pourriez-vous s'il vous plaît évoquer votre rencontre avec Michael Lonsdale, que vous avez eu un plaisir communicatif à retrouver avant la sortie du film à la Cinematek pour un échange avec le public ?

Tout à fait ! Parce que quand Michael Lonsdale parle, il est intarissable. D'abord, il a une voix qui envoute et puis, surtout, il a des anecdotes incroyables à raconter. C'est toute l'histoire du cinéma qui défile quand il parle de Marguerite Duras, de Mocky, de sa vie au Maroc quand il était jeune, de la guerre, de ce qu'il a vécu... On a juste envie de se taire et de l'écouter. Donc j'étais bien moi, ce jour-là, à l'écouter dans mon fauteuil à la Cinematek ! C'était super. Ça aurait pu continuer d'ailleurs. La rencontre avec Michael, c'était comme ça : on rencontre un monsieur, quelque qui dégage quelque chose, qui a une aura très forte, et qui dégage aussi énormément de bienveillance et de douceur. Parce qu'il donne beaucoup, Michael Lonsdale. Il est âgé mais, malgré tout, il fait des conférences, il fait des lectures, il fait des rencontres. C'est quelqu'un qui reste très impliqué dans la vie et donc pour quelqu'un comme moi, c'est important de rencontrer quelqu'un comme lui. Parce que ça me redonne du kick. Ça me relance. Et j'en ai parfois besoin.

Le cinéma français a son acteur espagnol attitré : Sergi López. Le cinéma belge a, lui aussi, son acteur... français cette fois, récurrent : je pense à Serge Riaboukine. Vous jouiez à ses côtés dans Je suis mort mais j'ai des amis, présent aux Magritte et aux César cette année. Ici, vous le dirigez en plus. Un double malin plaisir alors ?

Diriger les amis, c'est toujours plus facile parce qu'on peut tout leur dire. Et puis, on les connaît. Ça permet aussi de connaître leurs failles, de savoir aussi à quel moment ils sont fragiles. De savoir ce qu'il faut faire pour arriver à ce qu'on veut. C'est un plaisir quand on a des amis qui sont de bons comédiens. Évidemment, si on doit faire tourner des amis qui sont de mauvais comédiens et qu'on doit essayer d'en tirer quelque chose, ça ne marche pas bien. Mais quand ses amis sont de bons comédiens, c'est un vrai plaisir de travailler avec eux, tant c'est facile de les diriger.

Votre film est dédié à la mémoire d'Alain Peeters et Didier Toupy, décédés il y a peu. Quels souvenirs gardez-vous de ces deux compagnons de route ?

Alain Peeters, il fait partie de cette famille de cinéma qui est la mienne, celle avec laquelle je travaille depuis le début. C'était notre chef-électro. On l'appelait « le sergent ». Parce qu'un tournage, même si je n'ai pas fait la guerre, c'est un peu comme aller au front : il y a quelque chose de très hiérarchisé, un groupe humain très fort qui doit être uni contre pas mal d'ennemis : les impératifs, les imprévus, la météo, le temps qui passe, etc. Alain Peeters avait ce côté rassurant d'un sergent qui protège ses troupes. Vous voyez : ce mec un peu plus costaud que les autres, qui va au front et qui les protège. On avait besoin de lui donc il nous manque beaucoup. Sa mort a été une vraie déchirure pour pas mal d'entre nous. C'est le premier membre de notre équipe que nous avons perdu.
Et puis Didier Toupy, c'était ma mascotte. On le retrouve dans tous mes films. C'est avec lui que j'ai fait mon premier film : Travellinckx. C'était une figure quasi légendaire à Liège et il est mort à la fin du mixage. J'ai donc perdu deux des amis qui font partie de cette famille parce que j'ai l'âge auquel on commence à perdre des gens. Et donc finalement, le film, qui parle de cette échéance, répond à la question : il faut continuer à vivre pleinement le temps qui nous reste à vivre !

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Jean-Philippe Thiriart

Crédits photos :
- Interview : Sandrine David pour En cinémascope
- Film : O'Brother Distribution

22 mars

La Berlinale 2016 en 4 vidéos - photocalls et interviews !

Depuis Berlin.

La Berlinale 2016 en 4 vidéos, c'est :

- le photocall de l'équipe du film Ave, César !, Film d'Ouverture.
Avec l'actrice Tilda Swinton, les acteurs George Clooney, Channing Tatum, Josh Brolin et Alden Ehrenreich, et les réalisateurs Ethan et Joel Coen ;



- le photocall de l'équipe du film Boris sans Béatrice, Film en Compétition.
Avec les actrices Laetitia Isambert-Denis, Dounia Sichov, Simone-Élise Girard et Isolda Dychauk, les acteurs James Hyndman et Bruce LaBruce, et le réalisateur Denis Côté ;



- le Festival vu par quatre festivaliers, et ce en deux vidéos dans lesquelles ils nous parlent de leur Berlinale 2016 dans leur langue maternelle et en anglais !


 



Bon visionnage !

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéos : Dorian Blacks

20 mars

Retour sur la Berlinale 2016

Depuis Berlin.

La 66e édition du Festival International du Film de Berlin - la Berlinale - s'est clôturée avec l'annonce du palmarès de ses compétitions principales : Generation, courts métrages, premiers films, et internationale. La maîtresse de la cérémonie de la soirée a d'abord tenu à rappeler, avec beaucoup d'à-propos, combien la Berlinale existait, avant tout, pour le public. Un public qui s'est une fois de plus rendu en masse aux projections de films présentés dans des catégories nombreuses et variées : compétitions longs et courts métrages donc, mais aussi Panorama, Forum, Rétrospective, Hommage, Berlinale Classics, et on en passe.

Un public auquel possibilité était donnée d'aider financièrement les nombreux réfugiés accueillis en Allemagne en déposant de l'argent dans les boxes prévus à cet effet à proximité des différents sites berlinois où le Festival avait pris ses quartiers. De l'argent directement reversé à l'ONG BZFO, laquelle vient en aide aux victimes de torture et de violence en temps de guerre depuis 1992.

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Gianfranco Rosi, réalisateur de Fuocoammare, et Meryl Streep,
présidente du jury de cette 66e Berlinale


Les réfugiés, le cinéaste italien Gianfranco Rosi a choisi de leur donner la parole avec son film Fuocoammare (Fire at Sea), lauréat de l'Ours d'Or du Meilleur Film décerné par le Jury présidé par Meryl Streep, un jury qu'elle a qualifié de composé de grands esprits. Film courageux ancré dans la réalité actuelle, Fuocoammare montre qu'un film documentaire peut, à l'heure actuelle, donner un point de vue politique avec beaucoup de nuance et de poésie. Son réalisateur a remercié le comité de sélection du Festival d'avoir eu le courage d'y inclure son film - ce qui représentait déjà pour lui une victoire - et le jury de l'avoir primé. Ses pensées sont allées à tous ceux qui n'ont jamais réussi à survivre à Lampedusa. Ceux qui y habitent y ouvrent leur cœur à ceux qui y arrivent. Il a également encouragé à suivre l'exemple des pêcheurs, qui acceptent tout le monde. Une leçon que toutes et tous devraient apprendre à l'heure où des êtres humains meurent à cause de questions de frontières artificielles.

Les Belges récompensés !

Cocorico à Berlin cette année puisque deux œuvres de réalisateurs belges ont été primées : Mort à Sarajevo (Grand Prix du Jury, Ours d'Argent fort prisé), d'abord, du Belgo-Bosniaque Danis Tanović, qui a souligné combien la Berlinale était un lieu de rencontres, et Les Premiers Les Derniers (Prix Europa Cinemas Label et Prix Œcuménique dans la section Panorama), du Liégeois Bouli Lanners !

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Les Premiers Les Derniers, du Belge Bouli Lanners : deux Prix à Berlin !

 

La plupart des films en lice pour les Ours d'Or, d'Argent et les autres prix majeurs du Festival étaient cette année des films nécessaires. Nous avons assisté à une Berlinale caractérisée par une absence de grand film esthétique, avec une attention accordée à de plus petites productions que lors des précédentes éditions.

Un autre Ours d'Argent, le Prix Alfred Bauer, du nom de l'historien allemand et fondateur de la Berlinale, qui récompense un long métrage ouvrant de nouvelles perspectives, est allé à Hele Sa Hiwagang Hapis (A Lullaby to the Sorrowful Mystery) de Lav Diaz. Le metteur en scène philippin a tenu à remercier le comité de sélection de la Berlinale d'avoir pris le grand risque de sélectionner son film, long de huit heures. Il a dédié son Prix à celles et ceux qui croient que le cinéma peut encore apporter des changements dans le monde dans lequel nous vivons.
L'Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur est allé à une... réalisatrice : Mia Hansen-Løve, pour L'Avenir.

 

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Trine Dyrholm, Ours d'Argent de la Meilleure Actrice


Les Ours d'Argent des Meilleurs Actrice et Acteur sont allés à Trine Dyrholm et Majd Mastoura, pour leurs interprétations dans les films Kollektivet (The Commune) de Thomas Vinterberg et Inhebbek Hedi (Hedi) de Mohamed Ben Attia, respectivement. Trine Dyrholm a souligné l'importance pour elle de recevoir ce Prix des mains de Meryl Streep, dont elle est une très grande admiratrice, lors d'une soirée fort spéciale pour elle, elle qui se rendait à la Berlinale pour la septième fois. Elle s'est dite également ravie de recevoir ce prix dans un festival qu'elle affectionne tout particulièrement. Beaucoup de femmes étaient présentes cette année sur les écrans berlinois, pour y interpréter des rôles importants. Cela témoigne du souhait des réalisatrices et réalisateurs de montrer des femmes au caractère fort qui bien souvent menaient le jeu.

L'Ours d'Argent du Meilleur Scénario est revenu au réalisateur Tomasz Wasilewski pour Zjednoczone stany miłości (United States of Love). Dernier Ours d'Argent décerné : celui venant récompenser une Contribution Artistique Exceptionnelle. Il est allé à Mark Lee Ping-Bing, directeur photo de Chang Jiang Tu (Crosscurrent) de Yang Chao.

Jean-Philippe Thiriart

08:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlinale, festival, international, film, berlin, ours, or, argent, meryl, streep | |  Facebook | |  Imprimer |