07 mai

Attention : nuit dangereusement à la morosité !

Comédie noire
Scénario et réalisation : Xavier Seron
Avec Jean-Jacques Rausin, Myriam Boyer, Serge Riaboukine, Fanny Touron
Image : Olivier Boonjing
Montage : Julie Naas
Musique : Thomas Barrière

Cote : ****

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Philippe Grand'Henry et Jean-Jacques Rausin


Il est enfin sur nos écrans ! Il, c'est le premier long-métrage de fiction du réalisateur belge Xavier Seron : Je me tue à le dire. Et le moins que l'on puisse écrire est que cette comédie qui manie l'humour grinçant avec subtilité, inventivité et une réelle efficacité nuit dangereusement... à la morosité ! Parmi les thèmes abordés : la maladie, la mort et l'amour fusionnel entre une mère et son fils.

Pas évident de présenter un Objet Filmique Non Identifié. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : un film complètement barré, terriblement singulier, et qui porte la pate d'un grand auteur. C'est que Xavier Seron n'en est pas à son coup d'essai en matière de réalisation. Il a en effet, en solo ou en duos, scénarisé deux films : le court-métrage En compagnie de la poussière et le long-métrage documentaire Les parents. Et commis neuf autres, en tant que scénariste et réalisateur cette fois : son fin d'études Rien d'insoluble, les courts Le Crabe, Mauvaise Lune, L'Ours Noir, Les Tubes et Le plombier, le making-of L'Eldorado selon Jean-Jacques, le long-métrage documentaire Dreamcatchers et donc, à présent, son premier long-métrage de fiction : le bien nommé Je me tue à le dire.

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Le synopsis du film

Michel Peneud a décidé d'arrêter de fumer. Pourtant, ça ne l'empêchera pas de mourir. Il le sait. C'est inéluctable. Tout ça, c'est de la faute de sa mère. En lui donnant la vie, elle lui a donné la mort. Depuis qu’il a décidé de mettre en vente la maison familiale et de placer sa mère en maison de retraite, Michel commence à perdre des plaques de cheveux et une grosseur inquiétante est apparue à sa poitrine. Symptômes qui ne sont pas sans rappeler le cancer de sa mère. Désormais, Michel en est certain : il est foutu.


Une famille de cinéma...

Xavier Seron est sorti de l'école artistique renommée qu'est l'Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-Neuve (IAD). La promotion 2005 de cette dernière a donné naissance à une génération dont nous apprécions beaucoup le travail. En faisaient ainsi partie les réalisateurs Méryl Fortunat-Rossi (coréalisateur des quatre derniers courts métrages de Xavier), Christophe Hermans (coréalisateur du court Le Crabe), Matthieu Donck (réalisateur de La Trêve et Torpedo et coréalisateur du court Les Tubes), Jacques Molitor (En compagnie de la poussière) ou encore Valéry Rosier (Parasol).

Logique somme toute que l'un des principaux producteurs de Je me tue à le dire, Bernard De Dessus Les Moustier (pour Novak Prod, aux côtés d'Olivier Dubois), ait donné cours à Xavier lors de ses études à Louvain-la-Neuve. Il a toujours cru en lui, tentant de financer, depuis plusieurs années déjà, le projet de long-métrage de fiction porté par Xavier. Notons également que Je me tue à le dire est dédié à Karin Schayes, également professeur à l'IAD et emportée trop tôt par un cancer du sein.

C'est à l'IAD toujours que Xavier encadre des films de fin d'études. Un beau retour de manivelle que la monteuse de chacun de ses films (à l'exception de L'Ours Noir), Julie Naas (La Trêve, Un homme à la mer), effectue elle aussi.

L'acteur principal du film, Jean-Jacques Rausin, et sa monteuse Julie Naas donc, son directeur photo Olivier Boonjing, son monteur son Julien Mizac, le compositeur de la musique originale Thomas Barrière, et les acteurs Jean-Benoît Ugeux, Catherine Salée, Philippe Grand'Henry et Vincent Lécuyer sont tous des fidèles de Xavier, véritable fédérateur d'une décidément bien belle famille de cinéma.

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Myriam Boyer et Jean-Jacques Rausin


... et des petits nouveaux, dont de grands comédiens !

Petits nouveaux dans l'univers de Xavier Seron : les trois acteurs principaux du film qui entourent Jean-Jacques Rausin, pour incarner de façon très convaincante les personnages créés par le réalisateur, leur donnant véritablement chair. À commencer par le premier rôle féminin du film : le petit bout de femme géant par le talent et lauréate de deux Molière qu'est Myriam Boyer, qui joue la mère de Michel, personnage central du film, de façon à la fois juste et touchante. Mais aussi Serge Riaboukine, gueule de cinéma que les réalisateurs belges ont adoptée. Et enfin, la jolie Fanny Touron, qui interprète le rôle de la petite amie de Michel avec un peps rare. Nous nous en voudrions de ne pas signaler la présence au générique du génial Jackie Berroyer, en grande forme pour une dissertation pour le moins allumée. Ainsi que celle de Wim Willaert, qu'on retrouve toujours avec un réel plaisir.

Un an après sa réalisation, nous avions eu la chance de faire partie des quelques rares privilégiés à visionner le film de troisième année de Xavier à l'IAD, déjà intitulé Je me tue à le dire. C'était en 2005, peu après la sélection au Festival de Namur (FIFF) de son fin d'études, l'atypique et bouleversant Rien d'insoluble, qui disait déjà beaucoup de l'œuvre de Xavier. Ce premier court « officiel » avait auparavant été sélectionné à la Mostra de Venise en compétition internationale. Le talent du réalisateur bruxellois allait alors commencer à rayonner dans de nombreux festivals.

Le scénario de Je me tue à le dire était déjà bouclé en 2007. Il aura donc fallu huit ans - et un tournage en deux parties avec un budget très difficile à tenir - pour que le film se fasse enfin. Le parcours de Xavier illustre bien la difficulté de financer un long-métrage en Belgique francophone. Lauréat d'un prix dès sa première projection en festival - le Prix Cinévox, attribué par un public de cinéphiles en septembre dernier au FIFF -, Je me tue à le dire a déjà été auréolé de plusieurs autres récompenses, significatives elles aussi. À savoir celles du Meilleur Premier Film au Festival international du Film de Palm Springs en Californie, de la Meilleure image pour Olivier Boonjing au Festival international du Film indépendant de Buenos Aires, ainsi qu'une Mention spéciale du jury pour la « performance exceptionnelle » de Jean-Jacques Rausin, au Festival de la comédie de Monte-Carlo cette fois.

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Un acteur et un réalisateur heureux ! - Copyright Sandrine David


Un Jean-Jacques Rausin énorme !

Comédien fétiche de Xavier Seron, Jean-Jacques Rausin donne de sa personne dans Je me tue à le dire. Hormis son dernier court-métrage - Le Plombier, dont le tournage était concomitant avec celui de la série Ennemi Public - Jean-Jacques Rausin joue quasiment toujours le rôle principal des films de Xavier. Si l'acteur liégeois interprète dans Je me tue à le dire son premier... premier rôle, il a déjà tourné dans plusieurs longs-métrages belges (Eldorado, Au cul du loup) et dans de très nombreux courts-métrages belges (La Balançoire, En attendant le dégel, Welkom, La version du loup). Il est Fred dans les campagnes contre la violence conjugale FRED et Marie et Marie et Fred, le businessman endiablé d'une campagne de l'Union européenne pour l'éco-innovation et... depuis dimanche dernier, le flic ardennais que les spectateurs de la RTBF retrouvent chaque semaine en fin de soirée dans la série Ennemi Public.

Toujours impeccable dans des registres fort différents, Jean-Jacques Rausin a remporté plusieurs prix d'interprétation dont deux au FIFF. Pour deux films co-réalisés par un certain Xavier Seron : Le Crabe en 2007 et Mauvaise Lune (nommé aux Magritte du cinéma belge, le film vaudra à Jean-Jacques deux autres prix d'interprétation) en 2011. C'est quand il est dirigé par Xavier Seron, qui le connaît comme personne, que le comédien atteint le sommet de son art. C'est vrai à nouveau dans Je me tue à le dire, où il est de tous les plans et est juste énorme, drôle et émouvant à la fois.

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L'équipe du film au FIFF - Copyright Sandrine David


Un grand film !

Amoureux d'un noir et blanc généralement granuleux et fort contrasté depuis ses débuts, Xavier Seron utilise une nouvelle fois ce procédé filmique pour établir, dans Je me tue à le dire, un contraste entre le rire, l'humour, la joie et la vie, et ses théoriques contraires : les pleurs, l'ironie, la tristesse et la mort.

Je me tue à le dire nous a durablement marqué pour pas mal de raisons. Il est très intéressant visuellement avec certaines images que le cinéma ne nous a pas habitué à voir, truffé de scènes d'anthologie et de gags dont nous nous garderons bien de révéler la teneur, rempli de trouvailles géniales et de références exquises, impeccablement dialogué avec un savant usage de la voix off pour des phrases qui tuent, et composé d'une galerie de personnages plus truculents les uns que les autres. Tout à un sens et fait sens, aucun élément du film n'étant là par hasard, venant toujours servir le propos du réalisateur.

D'une durée idéale, le métrage s'accompagne d'une superbe bande son, proposant une musique empruntant au répertoire classique et au baroque en particulier, mais aussi à la chanson populaire française et belge. Et proposant aussi des compositions originales de Thomas Barrière et un morceau de Ela Orleans. Xavier Seron nous fait ainsi notamment redécouvrir Haendel, Bach et Purcell avec un regard neuf, tant leurs musiques se calquent à merveille sur les images du film.

 



On y va !

Michel Peneud nous explique dans le film que c'est quand sa mère a su qu'elle allait mourir qu'elle a commencé à vivre. Et puisque, pour reprendre les mots de Sergio Leone, « Le cinéma, c'est la vie » et que nous savons comme Michel que nous allons malheureusement tous mourir un jour, allons au cinéma pour y voir Je me tue à le dire. Évidemment !

Le film est à l'affiche jusqu'au mardi 10 mai au moins dans cinq salles du pays : à Bruxelles (UGC Toison d'Or et Cinéma Galeries), à Liège (Sauvenière et Churchill), à Mons (Plaza Art), et à Namur (Caméo). Allez le voir ce weekend si vous souhaitez qu'il reste un maximum sur nos écrans, les programmations de la semaine suivante se faisant généralement à l'issue de celui-ci. Et parlez-en autour de vous, on se tue à le dire !

Pour toutes les séances, c'est ici !

Enfin, n'hésitez pas à consulter notre compte Instagram, où figurent de nombreuses photos de l'équipe du film prises par Sandrine David au Festival de Namur notamment, où nous avons suivi Xavier Seron et les différents membres de son équipe présents dans la capitale wallonne !

Et à bientôt sur Facebook, Twitter et YouTube !

Jean-Philippe Thiriart

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En bonne compagnie, à l'issue de la projection pour l'équipe du film
Copyright Sandrine David

10:07 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : je, me, tue, à, le, dire, xavier, seron, rausin, myriam, boyer, riaboukine, berroyer | |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Ce qui est très intéressant pour le cinéma belge est le fait que les acteurs ont maintenant la possibilité de se faire connaitre du grand public grâce aux séries belges francophones. Ces dernières voient enfin le jour grâce notamment à l'aide financière octroyée par la RTBF et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et si en plus de leur 500 000 spectateurs hebdomadaires les séries belges parvenaient à s'exporter à l'international? Nous n'aurions alors plus rien à envier aux séries US! Après tout, nous sommes tout aussi capables de jouer le jeu afin de savoir si nous ne pouvons pas nous asseoir sur le trône des séries qui cartonnent. Jeu de trônes, vous dites? Je ne connais pas.

Écrit par : Raphaël | 07/05/2016

Répondre à ce commentaire

Tout à fait d'accord avec toi, Raphaël !

Bonnes séries et bons films... belges dès lors ! (On se tue à le dire !) :-)

Écrit par : Jean-Philippe Thiriart | 18/05/2016

Les commentaires sont fermés.