18 mai

Je me tue à le dire - Interview du réalisateur et de ses acteurs

Aujourd'hui, début de la troisième semaine de présence en salles pour LA comédie grinçante de 2016 !

C'était au FIFF, début octobre dernier. Avant la première projection officielle du film devant un public à part entière. Nous avions découvert Je me tue à le dire lors de la projection pour l'équipe du film au cinéma Galeries.
Et c'est à l'issue de sa présentation au Festival namurois que le premier long-métrage de Xavier Seron allait remporter son premier Prix : le Prix Cinévox, remis par un jury de cinéphiles encadrés par Cathy Immelen.
L'occasion était trop belle pour suivre l'équipe du film lors de son périple dans la capitale wallonne. Résultat : une bien agréable interview du metteur en scène bruxellois et de trois de ses acteurs principaux : la belle Française Fanny Touron, son charismatique compatriote Serge Riaboukine et le comédien principal du film : le Liégeois Jean-Jacques Rausin.

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Xavier, vous êtes bien accompagné aujourd'hui !

Xavier Seron : Effectivement, Jean-Philippe !

Pouvez-vous nous présenter vos voisins de divan ?

Xavier Seron : On va commencer par l'extrémité, avec Serge Riaboukine, qui campe le personnage de Darek. À l'autre extrémité, nous avons Fanny Touron, qui incarne le personnage d'Aurélie. Et enfin, nous avons... Comment c'est encore lui ? Ah oui, nous avons Jean-Jacques Rausin, qui joue Michel Peneud. (il sourit)

Serge Riaboukine, connaissiez-vous l'univers de Xavier Seron avant de tourner avec lui ?

Serge Riaboukine : J'ai la chance d'avoir une belle-fille qui vit à Bruxelles et qui connaissait le travail de Xavier. Et quand j'ai dit que j'avais un projet avec lui, elle a sauté de joie et m'a dit qu'elle adorait ce qu'il faisait. Elle avait vu ses courts-métrages d'école et du coup, il me les a envoyés également. D'habitude, je n'aime pas regarder ce qu'ont fait les metteurs en scène avant de travailler avec eux parce que ça ne me donne pas toujours envie de les suivre. Mais vu ce que m'avait dit ma belle-fille, Alessia, j'ai regardé ses films et je me suis régalé. Parce que j'ai vraiment vu un auteur, et c'est rare. Il y a parfois des auteurs qui se révèlent dans des courts-métrages mais ce n'est pas fréquent. Là, c'était clair et net. Je dis ça alors qu'il est là, à côté de moi. Mais ça ne fait rien : il faut bien que je réponde honnêtement ! Et je crois que j'ai bien fait de regarder ses courts parce que ça m'a donné confiance dans le scénario. Son scénario, il faut rentrer dedans, quand on le prépare. Quand on l'a joué, par contre, c'est une évidence ! Désolé d'avoir répondu un peu longuement à votre question. Maintenant, je vais donner la parole à ma camarade du bout.

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Pendant que vous lui passez le micro, je ne peux m'empêcher de penser à un certain Jaco Van Dormael, qui lui aussi a des scénarios pas évidents à aborder quand on les lit comme cela mais qui sont une évidence quand on voit les films sur lesquels ils débouchent. Alors, Xavier Seron, le futur Jaco Van Dormael ? Je vous pose la question...

Fanny Touron : Moi, je suis d'accord ! Personnellement, j'ai découvert Xavier Seron via le scénario, que mon agent m'avait transmis en me disant qu'il sentait que le rôle d'Aurélie pouvait me plaire. Je me suis alors dit qu'il avait une grande opinion de moi. (elle rit) C'est chouette ! Et du coup, je suis tout de suite tombée amoureuse du scénar et après, j'ai rencontré Xavier. Et Jean-Jacques. Et ça s'est bien passé. J'ai ensuite découvert les courts-métrages de Xavier et je les ai trouvés supers.

Avant de lui passer la parole, comment s'est passé votre travail avec Jean-Jacques ? Un comédien assez singulier, particulier même je dirais, Jean-Jacques, pour reprendre ce fameux terme employé aux Magritte en 2012 lors de l'interview de l'équipe de Mauvaise Lune. (Fanny Touron rigole)

Fanny Touron : Mais ne rougis pas, Jean-Jacques ! Hyper bien : c'est une équipe. Que ce soit Jean-Jacques, Xavier, Serge, tout le monde en fait. Après, c'est vrai que nous, les comédiens, pour le coup, on ne se rencontrait pas. On était vraiment avec Jean-Jacques. Mais très peu ensemble. Mais avec Jean-Jacques, c'était juste parfait ! Et pendant les scène, et en dehors : c'était à la fois très simple, très chouette et très drôle !

Cela se traduit par moments à l'écran. Mais si ce qui s'y déroule n'est pas toujours drôle, le film étant parfois très noir. C'est un alliage de différents éléments fort bien combinés. Je vous laisse passer la parole à Jean-Jacques qui va, si il le veut bien, nous parler du réalisateur qu'est Xavier Seron et puis l'ami aussi, parce que ça fait près de quinze ans que vous vous connaissez. Tout a commencé à l'IAD déjà...

Jean-Jacques Rausin : Oui, on se connaît depuis quelques années, tout comme on te connaît toi aussi, depuis quelques années, Jean-Philippe.

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Avec une présentation il y a dix ans du premier court de Xavier, Rien d'insoluble...

Jean-Jacques Rausin : Oui, absolument. Ben écoute, ça fait plusieurs courts-métrages qu'on a faits ensemble. On a même fait une pub... (il rit) Enfin bref, on a fait beaucoup de choses ensemble et c'est une espèce de continuité du travail, pour arriver à ce long-métrage, qui est un peu la suite, je ne vais pas dire logique mais la suite de notre complicité. C'est un super cadeau aussi pour moi puisque j'ai le premier rôle. Mais tu sais déjà tout ça !

Mais nos lecteurs ne le savaient peut-être pas encore : ils le découvrent petit à petit, mon cher Jean-Jacques !

Jean-Jacques Rausin : C'est vrai, absolument !

Passons la parole à Xavier à présent. Xavier, pourquoi avoir choisi les comédiens qui vous entourent sur ce divan ? Jean-Jacques semble avoir été une évidence, et ça se confirme à l'écran, mais pourquoi Fanny Touron et Serge Riaboukine ?

Xavier Seron : C'était aussi des évidences. Fanny et Serge, je les avais vus dans d'autres films. La seule chose que je voulais voir, c'était comment ça fonctionnait avec Jean-Jacques. Comment les binômes Darek et Michel Peneud, et Michel Peneud et Aurélie fonctionnaient à l'image. Mais sur leurs qualités de jeu, je n'ai jamais eu aucun doute. Si ça n'avait pas marché, c'est que moi, je n'y serais pas parvenu. Mais eux, ils sont formidables !

Pourriez-vous nous parler de la genèse du projet. ça fait neuf ans que vous aviez ce projet en tête...

Xavier Seron : Oui, c'était un peu long ! (il rit) Mais c'est un projet qui est particulier, qui parle de la mort, de la maladie. Il ne fait pas partie de ces projets qui font rêver sur papier. Cela prend donc du temps à financer. Quant à la genèse, je pense que ce film s'inscrit dans le prolongement naturel de ce que j'ai pu faire avant, dans des courts. Je pense à mon film de troisième année.

Je me tue à le dire...

Xavier Seron : Oui. Un film qui n'est jamais sorti de l'école. L'histoire en elle-même n'a absolument rien à voir mais c'était déjà une réflexion par rapport à la mort sur le ton de l'humour grinçant et, quelque part, le long s'inscrit dans cette continuité-là. Toujours cette réflexion par rapport à la mort, à la maladie, et le ton de l'humour grinçant.

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Faire un film en Belgique francophone n'est vraiment pas évident. En témoigne votre film, qui a mis des années à se faire. Pouvez-vous nous parler du tournage du film, qui s'est fait en deux parties ?

Xavier Seron : Si on décide de faire un financement classique, avec des aides, c'est évident qu'on ne fait pas un film juste avec la Belgique. Tous ces films se font en coproduction. Et donc là, ça s'est fait avec une coproduction française. Et du coup, on a tourné une partie du film en France, en Bretagne. Et c'était parfait parce que je connais un peu cette région et je m'y sentais tout ça fait chez moi. Belge ou Breton, je ne vois pas trop la différence, à part l'accent. Et puis ensuite, on a eu, c'est vrai, des petits problèmes de financement, qui nous ont contraint à faire une pause de dix mois entre les deux parties du tournage. Ce n'était pas évident. Et ma grande chance, c'est d'avoir eu une équipe absolument formidable. Quand on voit des gens en promo pour un film, on les entend souvent dire que tout était formidable mais là, c'est vrai. C'est le cas de le dire parce que si je n'avais pas eu une équipe formidable, avec des comédiens comme eux, ça n'aurait pas fonctionné. Ce n'était pas évident de récupérer tout le monde dix mois après. Et là, tout le monde était au rendez-vous. Il y a vraiment eu très peu de casse malgré cette pause de dix mois.

Avec des comédiens qui ont vraiment réussi à se replonger dans leurs rôles. Est-ce que chacun de vous pourrait nous dire ce qui les a attiré dans leur rôle en particulier et comment il vous a été présenté par Xavier ? Avez-vous échangé quelques mots sur votre personnage ou avez-vous directement été plongés dans le scénario ?

Fanny Touron : Ce fut directement le scénario. Moi, ce que j'ai aimé avec le travail de Xavier et sa direction d'acteurs, c'est qu'on a pas parlé de personnages. On était dans les situations des scènes et moi, j'aime travailler comme ça, sur l'instant. Et pas de caler en disant qu'Aurélie ou Darek sont comme ceci ou comme cela. Ce qui a été chouette, c'est que Xavier n'est pas du tout entré par cette porte. Et en même temps, on a vraiment bossé. Et moi qui suis française, et qui faisait là un film belge pour la première fois, j'ai beaucoup apprécié faire cinq jours de répèt à Rennes, où on a pu bosser les scènes. Et ça, c'est assez rare. Ça nous a permis, dans notre duo avec Jean-Jacques, une fois qu'on tournait les scènes, d'avoir déjà cherché des choses et essayé plein de trucs. On dit souvent au cinéma que si l'on répète trop avant le tournage, il n'y a plus la fraîcheur. Je ne suis pas totalement d'accord avec cela car je pense qu'on peut tout le temps réinventer.

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Serge Riaboukine, est-ce que l'improvisation lors du tournage du film, ça vous parle ?

Serge Riaboukine : Oui, énormément ! Moi, je laisse une place énorme à l'improvisation parce que la forme du cinéma est une improvisation. Répéter, c'est une chose mais préparer, ce n'est pas pareil. Quand on fixe les choses, préparer, c'est une catastrophe. Pourquoi ? Parce que le temps n'est jamais le même. Du coup on a préparé un truc et puisqu'il pleut, on ne peut pas le faire là et on le fait ailleurs. Le décor peut nous échapper. Le positionnement de la caméra peut poser problème. Il y a toujours des improvisations sur un plateau donc si on est trop prêt, on est foutu. Après, on est mal à l'aise. Il faut être préparé à l'accident et moi, je suis en constant accident et j'adore ça, le déséquilibre. Je suis en constant déséquilibre. Et l'homme marche d'ailleurs en se déséquilibrant d'un pied sur l'autre. C'est exactement pareil : on est tout le temps en train de tomber et le meilleur moyen de ne pas tomber, c'est de marcher mais pas de courir. Oh mon Dieu, c'est beau ce que je viens de dire ! (il sourit) Je me suis donc fié à moi-même après tout. Et donc le bonheur d'un tournage, c'est quand il laisse une part à l'imprévu de façon consciente. Parce qu'il y a évidemment plein de metteurs en scène assez cons que pour être totalement inconscients de cela et ne laisser aucune place à l'imprévu. Et ça enlève beaucoup à leur film. Là, avec Xavier, ce n'est pas le cas : on rebondit sur les accidents, qui sont des chances finalement. Souvent, une contrainte technique va nous amener à inventer quelque chose sur un plateau et c'est ça qui est génial. Il ne faut pas répéter pour se renifler et trouver des choses ! (toute l'équipe rit) Les metteurs en scène qui réagissent bêtement sur ce plan-là, ils ne sont pas nombreux. Et ils ne m'engagent pas de toute façon, ceux-là. Je voulais dire autre chose. Quand j'ai découvert l'univers de Xavier, j'ai aussi découvert Jean-Jacques, qui est, je trouve, un acteur formidable, avec une puissance et une animalité dingue !

Un petit côté Serge Riaboukine ?

Serge Riaboukine : Oh non, pas du tout. Comment pourrais-je dire cela ? J'ai travaillé avec Javier Bardem et il me fait penser à Javier. Au niveau de la puissance, de la présence. Ils n'ont rien à voir hein sinon, évidemment. Lui, il n'a pas du tout l'accent espagnol. Et puis il ne fera jamais une carrière américaine. Non, je déconne. Ce qui est sûr, c'est qu'il a, à l'écran une présence masculine et virile incroyable. Quand il s'énerve à l'écran, qu'il se fâche, on ne sait pas où ça va aller : on est surpris. Alors qu'il y a plein d'acteurs qu'on voit venir quand ils s'énervent. Et puis on se fait chier.

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Une réaction, Jean-Jacques Rausin ?

Jean-Jacques Rausin : Je suis ravi de cette interview ; ça me plaît beaucoup. Je propose même de la prolonger. (ils rient) Ça a déjà été un super plaisir de bosser avec Fanny et Serge. Quoi qu'il arrive à la projection maintenant, c'est une réussite que d'avoir réussi à trouver nos marques et il y a eu une symbiose. Et Xavier le sait. Il l'a dit : il y a vraiment eu un truc qui s'est passé. Et je vais faire un peu la synthèse de mes deux collègues. On parlait de préparation. Je trouve ça super de pouvoir préparer parce qu'à un moment donné, on a vraiment un bon canevas pour nos personnages et puis en même temps et là, je rejoins Serge, il faut vraiment laisser une place à l'accident, à l'improvisation. Et c'est quand on a des compagnons et un réalisateur qui laissent les choses se faire que ça fonctionne. Et c'est ce qui me plaît beaucoup au cinéma.

Serge Riaboukine : Pas dans la chorégraphie, cher monsieur : il s'agit de la respecter !

Jean-Jacques Rausin : C'est vrai que la chorégraphie n'était pas aussi évidente que ça. (ils rient)

Chez Électrochic...

Jean-Jacques Rausin : C'est vrai qu'elle était très importante, la chorégraphie ! Et les petits bouboules : petits bouboules à droite, petits bouboules à gauche...


Merci à tous les quatre pour ce premier film belge, un premier film sans les défauts d'un premier film, et les qualités d'un cinquième ou d'un sixième. Xavier, on vous souhaite beaucoup de films encore ! Et bonne suite à tous !

Propos recueillis par Jean-Philippe Thiriart

Crédits photos : Sandrine David

08:47 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je, me, tue, à, le, dire, xavier, seron, rausin, riaboukine, touron | |  Facebook | |  Imprimer |

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