12 janv.

Projection de quatre beaux courts-métrages belges ce vendredi 12 janvier à Flagey – Interview de l’équipe du film LE CRABE

Ce vendredi 12 janvier à 19h30 (en présence des réalisateurs), quatre beaux courts-métrages belges seront projetés à Flagey : Le Crabe de Christophe Hermans et Xavier Seron, Sirène de Harry Cleven, Alice et moi de Micha Wald et Dernière Porte au Sud de Sacha Feiner.

Le Crabe, que nous vous présentons aujourd’hui via une interview de l’équipe du film, et les trois autres courts-métrages susmentionnés sont programmés dans le cadre de l’opération 50/50 : Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes, et des Quatre Saisons de Cinergie. La belle aventure 50/50 est organisée en partenariat avec la plateforme belge de vidéo à la demande UniversCiné qui propose, entre autres, pas moins de 900 films belges aux amateurs du cinéma de chez nous ou à ceux qui ont simplement envie de le découvrir.

Il y a dix ans, nous interviewions au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) l’équipe du court métrage Le Crabe, composée de ses deux coréalisateurs - Christophe Hermans et Xavier Seron, dont le premier long-métrage de fiction Je me tue à le dire en a épaté plus d’un. Et de ses deux acteurs principaux - Vincent Lecuyer et Jean-Jacques Rausin. Bien nous en avait pris puisque le film était magnifique et allait d’ailleurs remporter un très beau Prix dans la capitale wallonne : celui du Meilleur Court-Métrage de la Compétition Communauté française de Belgique.

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Animal relativement dangereux dixit Xavier Seron, l’Autruche l’est-elle davantage que Bertrand (Jean-Jacques Rausin) ? Pas sûr…

On retrouve dans Le Crabe un plan qui présente une lumière dans un tunnel. Ce plan vient, je crois, de votre court-métrage de fin d’études Rien d’insoluble, Xavier Seron. Pourquoi avoir choisi de réinsérer ledit plan ?

Xavier Seron :
Je ne sais pas, je pense que ça s’est fait un peu de manière inconsciente. On avait ces plans. On s’est dit : « tiens, ça fait Rien d’insoluble ». On a réfléchi quant à savoir si on allait les garder ou pas et puis on les a gardés. Tout simplement.

En quelle mesure le travail avec les fluides vous intéresse-t-il ? Je pense au gros plan sur le distributeur de savon…

Christophe Hermans :
C’est simplement pour avoir une attaque au début de la séquence, avoir un côté un peu visqueux qui peut prêter à rire. Mais derrière cela, je pense qu’il n’y a rien d’autre. Pour ce plan-là en tout cas.

Peut-on y voir la jouissance pour Roberto (Vincent Lécuyer) de se débarrasser de son personnage ?

C. H. :
Il y a ça mais il y a aussi le fait que le personnage de Roberto enlève progressivement son maquillage de comédien pour redevenir l’homme voire l’enfant qu’il était autrefois.

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Jean-Jacques Rausin et Vincent Lécuyer


Vincent Lécuyer et Jean-Jacques Rausin, en matière de direction d’acteurs, vous avez, j’imagine, été dirigés de façon très différente dans le sens où l’un de vous joue tout en retenue tandis que l’autre doit se lâcher un maximum…

Vincent Lécuyer :
En effet. C’est vrai que c’était très ciblé en fait. C’était vraiment très personnel. Ils me parlaient beaucoup de retenue justement comme vous dites, de donner le moins d’indices possible. Donc on était assez d’accord là-dessus.

Jean-Jacques Rausin : C’est un personnage qui est, avant toute chose, excentrique quelque part. C’est quelqu’un qui exprime une souffrance en se lâchant, en étant extravagant. Donc effectivement, il lui arrive d’avoir des excès.
Xavier m’avait déjà dirigé dans
Rien d’insoluble et dans d’autres courts-métrages. Ici, Christophe était là aussi et ça s’est très bien passé. Comme ils se connaissent très bien tous les deux, ils deviennent très complémentaires au niveau de la direction d’acteurs ou de leur travail en général. Et je connaissais déjà leur travail avant.

V. L. : La première chose qu’on voit de Jean-Jacques ou de moi est assez différente. Il faut donc trouver le point de rencontre de ces deux univers-là, de ces deux univers physiques, des voix et des énergies. Le point de rencontre, c’était un peu comme une histoire d’amour, de couple : l’admiration de l’un pour l’autre et la tendresse qui se dégageait. On a donc travaillé comme si c’était un couple quelque part, avec des énergies qui se séduisent.

J.-J. R. : Au début, pendant les répétitions, on s’est vraiment rendu compte de ce jeu de séduction, que le personnage de Bertrand et le personnage de Roberto étaient finalement très liés, avaient besoin l’un de l’autre. Bizarrement, Roberto avait aussi besoin de Bertrand. Je pense dès lors personnellement qu’il y a vraiment une histoire d’amour-séduction derrière.

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Roberto et Bertrand, unis par un certain rapport de séduction ?

Jean-Jacques Rausin, j’ai beaucoup aimé la scène de la voiture où Bertrand mange des chips, boit de la bière et entonne avec beaucoup d’enthousiasme la chanson de Pim le lutin. On a le sentiment que vous avez pris un vrai plaisir à jouer cette scène. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?

J.-J. R. :
Je me trompe peut-être mais je crois qu’on était parti sur des dialogues, sur quelque chose d’écrit, et puis on est parti sur des improvisations avec Xavier et Christophe. Ce qui était assez agréable, c’est qu’on avait une certaine liberté pour jouer et donc à partir de ce moment-là, ça donne évidemment aux comédiens des moments de bonne improvisation et donc l’occasion de se lâcher d’autant plus et c’est là que j’ai trouvé mon bonheur comme vous dites.

Qu’est-ce qui vous a poussé vous, Christophe Hermans et Xavier Seron, à travailler ensemble ?

C. H. :
On a commencé l’IAD en même temps, en 2001, et ça fait maintenant sept ans qu’on se connaît. On a toujours été assistant-réalisateur l’un chez l’autre, que ce soit moi dans ses fictions et Xavier dans mes documentaires. Et ici, outre l’amitié qui nous unit, on avait envie d’essayer une coécriture et une coréalisation. Il s’agit de notre premier bébé.
C’est un beau cadeau que Xavier m’a fait de pouvoir partager avec lui une coréalisation parce que je suis vraiment un amoureux de ses films et de son univers. Pouvoir m’unir dans l’écriture et dans la réalisation avec lui, c’était un réel bonheur. Pouvoir partager mon univers du documentaire et pouvoir l’unir à celui de Xavier, c’était vraiment très chouette. Avant toute chose, c’est le prolongement d’une amitié.

Combien de films aviez-vous réalisés jusqu’ici ?

C. H. :
C’est ma première fiction, après deux documentaires : Poids plume, mon fin d’études de l’IAD, et un autre court métrage documentaire intitulé Jeu de dames.

X. S. : Quant à moi, il ne s’agissait pas de ma première fiction. Il y avait eu
Rien d’insoluble avant, qui est mon fin d’études. Maintenant, quand on parle de films, avec Jean-Jacques, j’avais déjà eu une expérience avant mais c’est un film qui reste dans les murs de l’IAD : Je me tue à le dire. C’était mon film de troisième année et c’est depuis lors qu’on bosse ensemble lui et moi.

Pourquoi avoir choisi de tourner en noir et blanc ?

C. H. :
En réalité, c’est parce qu’on avait vu le court-métrage de Micha Wald Alice et moi en noir et blanc avec Vincent Lecuyer. Le fait est que Vincent ne voulait pas tourner dans un film en couleurs. Du coup, on a voulu négocier avec lui. Ça a pris pas mal de temps mais en fin de compte, comme Xavier avait déjà fait Rien d’insoluble et que Jean Jacques était habitué au noir et blanc… Vincent ne supporte pas la pellicule couleur, c’est épidermique. (ils rient)
Plus sérieusement, c’est le prolongement d’une esthétique qu’il y avait déjà sur le film Rien d’insoluble et puis c’est un désir commun qu’on avait, avec à l’esprit des films comme Pi d’Aronofsky, La liste de Schindler ou encore C’est arrivé près de chez vous. Il s’agit d’une esthétique qui nourrit un peu notre film.

Un petit mot sur cette image qu’on peut qualifier de granuleuse ?

X. S. :
Là, de nouveau, c’est une question de goût. Il y a vraiment ce goût du noir et blanc et du grain, d’une image qui n’est pas spécialement propre et qui se prête bien à cet univers, qui donne ce décalage. Comme disait Christophe, c’était déjà une image qui était là sur Rien d’insoluble et je crois qu’on a voulu encore aller plus loin et l’image est encore plus contrastée.

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Une image pas vraiment propre mais tellement belle, c’est aussi ça Le Crabe

Et le travail sur le son, qui est vraiment superbe ?

X. S. :
On a pu compter sur d’excellents ingénieur du son et preneur de son. Ce sont des types fabuleux. Ils ont fait un gros travail et un beau travail de montage et puis de mixage, la filière classique du son. On a essayé d’avoir des ambiances et pas simplement quelque chose de purement naturaliste, qui serait de l’illustration de séquences. On voulait avoir un univers et appuyer ce décalage aussi.

Et n'hésitez pas à découvrir…

- notre interview filmée de Jean-Jacques Rausin lors de la première édition des Magritte du cinéma, où La Balançoire de Christophe Hermans était nommé au Magritte du Meilleur Court-métrage,


- notre interview de Xavier Seron et de ses acteurs au FIFF pour Je me tue à le dire, et

- notre interview filmée de l’équipe de Mauvaise Lune, court-métrage coréalisé par Xavier Seron et avec Jean-Jacques Rausin notamment aux Magritte.


Jean-Philippe Thiriart

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