23 Juil.

Projection de quatre beaux courts-métrages belges ce vendredi 12 janvier à Flagey – Interview de l’équipe du film LE CRABE

Ce vendredi 12 janvier à 19h30 (en présence des réalisateurs), quatre beaux courts-métrages belges seront projetés à Flagey : Le Crabe de Christophe Hermans et Xavier Seron, Sirène de Harry Cleven, Alice et moi de Micha Wald et Dernière Porte au Sud de Sacha Feiner.

Le Crabe, que nous vous présentons aujourd’hui via une interview de l’équipe du film, et les trois autres courts-métrages susmentionnés sont programmés dans le cadre de l’opération 50/50 : Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes, et des Quatre Saisons de Cinergie. La belle aventure 50/50 est organisée en partenariat avec la plateforme belge de vidéo à la demande UniversCiné qui propose, entre autres, pas moins de 900 films belges aux amateurs du cinéma de chez nous ou à ceux qui ont simplement envie de le découvrir.

Il y a dix ans, nous interviewions au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) l’équipe du court métrage Le Crabe, composée de ses deux coréalisateurs - Christophe Hermans et Xavier Seron, dont le premier long-métrage de fiction Je me tue à le dire en a épaté plus d’un. Et de ses deux acteurs principaux - Vincent Lecuyer et Jean-Jacques Rausin. Bien nous en avait pris puisque le film était magnifique et allait d’ailleurs remporter un très beau Prix dans la capitale wallonne : celui du Meilleur Court-Métrage de la Compétition Communauté française de Belgique.

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Animal relativement dangereux dixit Xavier Seron, l’Autruche l’est-elle davantage que Bertrand (Jean-Jacques Rausin) ? Pas sûr…

On retrouve dans Le Crabe un plan qui présente une lumière dans un tunnel. Ce plan vient, je crois, de votre court-métrage de fin d’études Rien d’insoluble, Xavier Seron. Pourquoi avoir choisi de réinsérer ledit plan ?

Xavier Seron :
Je ne sais pas, je pense que ça s’est fait un peu de manière inconsciente. On avait ces plans. On s’est dit : « tiens, ça fait Rien d’insoluble ». On a réfléchi quant à savoir si on allait les garder ou pas et puis on les a gardés. Tout simplement.

En quelle mesure le travail avec les fluides vous intéresse-t-il ? Je pense au gros plan sur le distributeur de savon…

Christophe Hermans :
C’est simplement pour avoir une attaque au début de la séquence, avoir un côté un peu visqueux qui peut prêter à rire. Mais derrière cela, je pense qu’il n’y a rien d’autre. Pour ce plan-là en tout cas.

Peut-on y voir la jouissance pour Roberto (Vincent Lécuyer) de se débarrasser de son personnage ?

C. H. :
Il y a ça mais il y a aussi le fait que le personnage de Roberto enlève progressivement son maquillage de comédien pour redevenir l’homme voire l’enfant qu’il était autrefois.

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Jean-Jacques Rausin et Vincent Lécuyer


Vincent Lécuyer et Jean-Jacques Rausin, en matière de direction d’acteurs, vous avez, j’imagine, été dirigés de façon très différente dans le sens où l’un de vous joue tout en retenue tandis que l’autre doit se lâcher un maximum…

Vincent Lécuyer :
En effet. C’est vrai que c’était très ciblé en fait. C’était vraiment très personnel. Ils me parlaient beaucoup de retenue justement comme vous dites, de donner le moins d’indices possible. Donc on était assez d’accord là-dessus.

Jean-Jacques Rausin : C’est un personnage qui est, avant toute chose, excentrique quelque part. C’est quelqu’un qui exprime une souffrance en se lâchant, en étant extravagant. Donc effectivement, il lui arrive d’avoir des excès.
Xavier m’avait déjà dirigé dans
Rien d’insoluble et dans d’autres courts-métrages. Ici, Christophe était là aussi et ça s’est très bien passé. Comme ils se connaissent très bien tous les deux, ils deviennent très complémentaires au niveau de la direction d’acteurs ou de leur travail en général. Et je connaissais déjà leur travail avant.

V. L. : La première chose qu’on voit de Jean-Jacques ou de moi est assez différente. Il faut donc trouver le point de rencontre de ces deux univers-là, de ces deux univers physiques, des voix et des énergies. Le point de rencontre, c’était un peu comme une histoire d’amour, de couple : l’admiration de l’un pour l’autre et la tendresse qui se dégageait. On a donc travaillé comme si c’était un couple quelque part, avec des énergies qui se séduisent.

J.-J. R. : Au début, pendant les répétitions, on s’est vraiment rendu compte de ce jeu de séduction, que le personnage de Bertrand et le personnage de Roberto étaient finalement très liés, avaient besoin l’un de l’autre. Bizarrement, Roberto avait aussi besoin de Bertrand. Je pense dès lors personnellement qu’il y a vraiment une histoire d’amour-séduction derrière.

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Roberto et Bertrand, unis par un certain rapport de séduction ?

Jean-Jacques Rausin, j’ai beaucoup aimé la scène de la voiture où Bertrand mange des chips, boit de la bière et entonne avec beaucoup d’enthousiasme la chanson de Pim le lutin. On a le sentiment que vous avez pris un vrai plaisir à jouer cette scène. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?

J.-J. R. :
Je me trompe peut-être mais je crois qu’on était parti sur des dialogues, sur quelque chose d’écrit, et puis on est parti sur des improvisations avec Xavier et Christophe. Ce qui était assez agréable, c’est qu’on avait une certaine liberté pour jouer et donc à partir de ce moment-là, ça donne évidemment aux comédiens des moments de bonne improvisation et donc l’occasion de se lâcher d’autant plus et c’est là que j’ai trouvé mon bonheur comme vous dites.

Qu’est-ce qui vous a poussé vous, Christophe Hermans et Xavier Seron, à travailler ensemble ?

C. H. :
On a commencé l’IAD en même temps, en 2001, et ça fait maintenant sept ans qu’on se connaît. On a toujours été assistant-réalisateur l’un chez l’autre, que ce soit moi dans ses fictions et Xavier dans mes documentaires. Et ici, outre l’amitié qui nous unit, on avait envie d’essayer une coécriture et une coréalisation. Il s’agit de notre premier bébé.
C’est un beau cadeau que Xavier m’a fait de pouvoir partager avec lui une coréalisation parce que je suis vraiment un amoureux de ses films et de son univers. Pouvoir m’unir dans l’écriture et dans la réalisation avec lui, c’était un réel bonheur. Pouvoir partager mon univers du documentaire et pouvoir l’unir à celui de Xavier, c’était vraiment très chouette. Avant toute chose, c’est le prolongement d’une amitié.

Combien de films aviez-vous réalisés jusqu’ici ?

C. H. :
C’est ma première fiction, après deux documentaires : Poids plume, mon fin d’études de l’IAD, et un autre court métrage documentaire intitulé Jeu de dames.

X. S. : Quant à moi, il ne s’agissait pas de ma première fiction. Il y avait eu
Rien d’insoluble avant, qui est mon fin d’études. Maintenant, quand on parle de films, avec Jean-Jacques, j’avais déjà eu une expérience avant mais c’est un film qui reste dans les murs de l’IAD : Je me tue à le dire. C’était mon film de troisième année et c’est depuis lors qu’on bosse ensemble lui et moi.

Pourquoi avoir choisi de tourner en noir et blanc ?

C. H. :
En réalité, c’est parce qu’on avait vu le court-métrage de Micha Wald Alice et moi en noir et blanc avec Vincent Lecuyer. Le fait est que Vincent ne voulait pas tourner dans un film en couleurs. Du coup, on a voulu négocier avec lui. Ça a pris pas mal de temps mais en fin de compte, comme Xavier avait déjà fait Rien d’insoluble et que Jean Jacques était habitué au noir et blanc… Vincent ne supporte pas la pellicule couleur, c’est épidermique. (ils rient)
Plus sérieusement, c’est le prolongement d’une esthétique qu’il y avait déjà sur le film Rien d’insoluble et puis c’est un désir commun qu’on avait, avec à l’esprit des films comme Pi d’Aronofsky, La liste de Schindler ou encore C’est arrivé près de chez vous. Il s’agit d’une esthétique qui nourrit un peu notre film.

Un petit mot sur cette image qu’on peut qualifier de granuleuse ?

X. S. :
Là, de nouveau, c’est une question de goût. Il y a vraiment ce goût du noir et blanc et du grain, d’une image qui n’est pas spécialement propre et qui se prête bien à cet univers, qui donne ce décalage. Comme disait Christophe, c’était déjà une image qui était là sur Rien d’insoluble et je crois qu’on a voulu encore aller plus loin et l’image est encore plus contrastée.

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Une image pas vraiment propre mais tellement belle, c’est aussi ça Le Crabe

Et le travail sur le son, qui est vraiment superbe ?

X. S. :
On a pu compter sur d’excellents ingénieur du son et preneur de son. Ce sont des types fabuleux. Ils ont fait un gros travail et un beau travail de montage et puis de mixage, la filière classique du son. On a essayé d’avoir des ambiances et pas simplement quelque chose de purement naturaliste, qui serait de l’illustration de séquences. On voulait avoir un univers et appuyer ce décalage aussi.

Et n'hésitez pas à découvrir…

- notre interview filmée de Jean-Jacques Rausin lors de la première édition des Magritte du cinéma, où La Balançoire de Christophe Hermans était nommé au Magritte du Meilleur Court-métrage,


- notre interview de Xavier Seron et de ses acteurs au FIFF pour Je me tue à le dire, et

- notre interview filmée de l’équipe de Mauvaise Lune, court-métrage coréalisé par Xavier Seron et avec Jean-Jacques Rausin notamment aux Magritte.


Jean-Philippe Thiriart

23 Juil.

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES : Du Plomb en Or - Critique et interview des réalisateurs

Critique

Laissez Bronzer les Cadavres

De Hélène Cattet et Bruno Forzani
Avec Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Hervé Sogne, Bernie Bonvoisin, Pierre Nisse, Marc Barbé et Michelangelo Marchese
Directeur de la photographie : Manu Dacosse
Thriller
1h30

Cote : ****

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Une bande de braqueurs dérobe 250 kilos d’or. Après le casse, les malfrats se voient contraints d’emmener deux femmes et un enfant. Le hasard fait que tout ce petit monde se rend en fait au même endroit : un village abandonné et reculé qui sert de planque à la bande. Mais l’arrivée de deux flics va bouleverser les plans de chacun et la retraite virera bientôt au carnage.

Avec ce troisième film, librement adapté du roman éponyme de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, le duo de réalisateur Cattet-Forzani enfonce le clou et s’impose comme garant d’un cinéma de genre nouveau qui ne manque pas de rendre hommage aux anciens, gialli italiens en tête de liste.
Après les chefs-d’œuvre en puissance qu’étaient Amer (2010) et L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps (2014), l’identité cinématographique du couple est confirmée par ce nouveau long-métrage réalisé de mains de maîtres.

L’esthétique, si chère aux deux réalisateurs, est encore une fois au premier plan de Laissez Bronzer les Cadavres. Au même titre que leurs deux films précédents, une influence du cinéma italien des années 70 ne peut être niée. Nous voilà donc ici en présence d’un ovni à la croisée des chemins entre film noir, polar et western.
Esthétique rime avec beauté plastique mais pas seulement. Certes, Cattet et Forzani attachent en effet énormément d’importance au rendu visuel de leurs films, avec la photographie éblouissante de Manu Dacosse (NDLR : les images d’Amer et L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps, c’était déjà lui. Il avait d’ailleurs obtenu le Magritte de la Meilleure image pour son travail sur L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps). Mais ils ne s’arrêtent pas là, la bande-son jouant également un rôle prédominant dans l’atmosphère du film. Que ce soit la bande originale ou simplement les bruitages de scène (aaah, ce son envoûtant du cuir !), l’ensemble participe à l’œuvre et chaque aspect contribue à ce que l’objet filmique soit un réel plaisir des sens.

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Manu Dacosse, Magritte de la Meilleure image en 2015 pour son travail sur L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps


Et ces sens, parlons-en. Le cinéma du duo est un cinéma sensoriel, charnel. La caméra ne se veut pas uniquement le vecteur de présentation des scènes mais représente un réel relais entre celles-ci et le spectateur au point que ce dernier peut ressentir la chaleur plombante du soleil, les odeurs, les textures. La manière de filmer, les différents points de vue adoptés ou encore les gros plans sur des parties de corps (marque de fabrique des réalisateurs depuis leurs débuts) y sont évidemment pour beaucoup dans cette envie de faire participer celui ou celle qui se laisse prendre au jeu et peuvent très facilement reléguer au second plan un jeu d’acteurs parfois bancal.

Laissez Bronzer Les Cadavres est un métrage résultant d’une certaine expérimentation en matière de mise en scène. Si chaque détail, chaque mouvement de caméra, chaque coup de feu a son importance, certaines idées et transitions de plan participent également à l’ambiance générale. Une très jolie preuve que le cinéma peut encore inventer. Et surprendre !

Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart


Interview des réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani

Bruxelles, Avenue Louise – Workshop Café – 8 janvier 2018 – 17h.
C’est dans ce cadre détendu mais néanmoins propice au travail que nous avons rendez-vous avec les réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani à l’occasion de la sortie, ce mercredi 10 janvier, de leur troisième long-métrage : Laissez Bronzer les Cadavres. Le sourire aux lèvres et tout en décontraction, les responsables des chefs-d’œuvre Amer et L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps ne seront pas avares d’explications sur leurs méthodes de travail, leurs visions cinématographiques, leurs influences et la « Carte blanche » qui leur sera consacrée au Cinéma Nova de Bruxelles de ce 10 janvier au 25 février. Un entretien des plus riches autour d’un thé, d’une eau gazeuse et d’un double expresso. Parce qu’on a beau être détendu, on n’en est pas moins sérieux.

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Bruno Forzani et Hélène Cattet, tout sourire


Laissez Bronzer les Cadavres
est votre troisième long-métrage. Vous avez déjà une certaine notoriété auprès du public de cinéma de genre mais pour un public plus large, qui sont Hélène Cattet et Bruno Forzani ?

Bruno Forzani :
Moi, j’ai l’impression que c’est Hélène qui a la réponse. (il rit)

Hélène Cattet : C’est assez difficile comme question. C’est vrai qu’on a un certain public mais j’ai l’impression qu’on touche un public déjà un peu plus large que celui du cinéma de genre. On a bien sûr un public fidèle au genre mais on passe aussi dans des festivals de films plus généralistes.

B.F. : Les spectateurs qui aiment le genre aiment peut-être nos films parce qu’ils y trouvent tous les ingrédients en termes d’érotisme ou de violence car on y va à fond. Et les gens qui aiment plus le cinéma d’auteur avec une recherche formelle ou esthétique y trouvent aussi leur compte parce qu’il y a aussi un gros travail à ce niveau-là. C’est un peu pour ça que nos films passent dans des festivals de films de genre mais passent aussi dans des musées d’art contemporain ou encore à l’UGC comme au Nova. C’est assez varié. C’est difficile à définir, ça mélange plein de choses.

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Laissez Bronzer les Cadavres, un duel au soleil


Ce film est adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce livre et vous a donné envie de l’adapter au cinéma ?

H. C. :
Pour ma part, ce que j’ai aimé en le lisant, c’est que je l’ai trouvé d’emblée très cinématographique et très visuel. Tout y était déjà posé : les ambiances, presque les cadrages… c’était tout le temps dans l’action. Et cette action me faisait penser à des westerns à l’italienne. Je m’y suis vraiment retrouvée parce que comme on aime beaucoup le cinéma de genre italien des années 70, j’ai vraiment eu des images qui me sont revenues de films à la Sergio Leone.

B.F. : Ce que moi j’ai aimé en lisant le livre, c’est que tout était raconté en termes d’espace et de temps. Donc c’était hyper cinématographique. Et ça rejoignait ce qu’on avait fait avant puisqu’on n’est pas du tout dans une approche psychologisante mais plutôt dans une optique comportementaliste où les personnages se définissent par leurs actions.

H.C. : Les personnages se racontent par ce qu’ils font. On comprend qui ils sont en les voyant agir et pas par des dialogues explicatifs. C’est vraiment cette action, les gestes, les choix qu’ils font qui parlent des personnages et qui font tout avancer.

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La très belle affiche du premier long-métrage du duo


Vous parliez de cinéma italien des années 70. Que ce soit dans Amer, dans L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps ou encore ici, dans Laissez Bronzer les Cadavres, on remarque bien que l’esthétique est prédominante chez vous, qu’elle soit visuelle ou sonore. L’influence de ce genre de cinéma est-elle encore assumée ou devient-elle ennuyeuse pour vous à force d’entendre dire que vos films sont des hommages aux gialli italiens ?

B.F. :
Il y a deux choses en fait. Le côté années 70 est assumé parce qu’on est nés dans cette période-là. Mais c’était surtout une époque où le cinéma était en recherche, était très créatif. Tu as eu la Nouvelle Vague à la fin des années 60 et puis le cinéma de genre par la suite était quelque chose de créatif, ce n’était pas juste des produits, il y avait une vraie recherche. Donc, de ce point de vue-là, on est dans cette mouvance. Par contre, on ne perçoit pas vraiment ce qu’on fait comme des hommages à un truc qu’on aime bien. C’est quelque chose de plus viscéral. On se sert davantage d’un langage pour raconter des histoires personnelles.

H.C. : C’est vrai que ce cinéma nous a nourris et nous a inspirés mais je pense qu’on a digéré et oublié ces références, et maintenant elles sont en nous. Quand on fait un film, ça sort naturellement. C’est devenu notre vocabulaire, notre manière de faire.

Vous parlez justement de ce qui vous a nourris. Quel est donc votre parcours cinématographique ?

B.F. :
Ça a commencé quand on était petits avec ce qui passait à la télé genre King Kong, Charlot. Les premiers souvenirs que j’ai, c’est ça. Et puis après, au cinéma, j’ai vu les Walt Disney. Par la suite j’ai découvert Fellini avec La Dolce Vita vers mes 10 ans. À partir de 12 ans j’étais à fond dans les films d’horreur, slashers et autres. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le cinéma de genre italien où, par rapport aux films américains qui étaient des produits sans surprise, tu avais vraiment de la mise en scène, la violence était exploitée de manière graphique et pas du tout puritaine. Ça donnait quelque chose de différent. Après cela, il y a eu Orange Mécanique. J’étais à cette époque en recherche d’adrénaline. J’entendais parler de ce film depuis que j’étais petit et je me le représentais un peu comme un summum de la violence. Alors que quand je l’ai vu, ce n’était pas un film violent mais plutôt un film sur la violence, ce qui m’a donné un autre point de vue. Et donc si tu me demandes mon parcours cinématographique, je te dirais que tout s’est un peu construit en allant de Charlot à Orange Mécanique.

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Orange mécanique, un des films qui ont construit le réalisateur qu’est Bruno Forzani


H.C. :
Pour ma part, c’est plus comme si j’avais trouvé un moyen d’expression. Je n’ai jamais été super à l’aise pour parler ou m’exprimer par le verbe. Donc quand j’ai découvert la manière dont on faisait des films, j’ai eu l’impression de trouver un moyen de dire les choses. C’est vraiment avec la pratique que j’ai appris. On a commencé à faire des courts-métrages autoproduits, sans argent. On faisait ça avec les copains et on a appris petit à petit à faire nos films, à construire notre univers, à essayer des choses…
Les festivals nous ont aussi beaucoup aidés, soutenus, encouragés. Et grâce à eux, on a essayé de trouver un producteur. C’est comme ça qu’on a rencontré notre productrice Eve Commenge avec qui on a fait tous nos longs-métrages.

B.F. : C’est aussi avec elle qu’on a fait notre dernier court,
Santos Palace (2005).

H.C. : Ce court-métrage a été notre première expérience avec un producteur. On a donc progressé à partir de là.

B.F. : On a appris de manière pragmatique et non intellectuelle. Comme on a commencé à faire les choses avec des moyens très pauvres, on ne pouvait pas faire tout ce qu’on avait dans la tête. On a donc toujours conçu les films par rapport aux moyens qu’on avait et pas par rapport à une idée folle.

H.C. : Pour les courts-métrages, on n’avait rien du tout pour ainsi dire. C’était vraiment le système de la débrouillardise totale et ça nous a appris à fonctionner d’une certaine manière. C’est comme ça qu’on a fait Amer.

B.F. : On voulait tourner en pellicule mais comme on n’avait pas d’argent pour en acheter, on l’a fait en diapositives comme Chris Marker dans
La Jetée (NDLR : court-métrage français sorti en 1962 et salué par la critique). On ne pouvait donc pas faire de prises de sons directes. Du coup, on a développé cette manière de faire le son en postproduction.

H.C. : Tous nos films sont faits comme ça. On n’a pas de preneur de son, donc tous nos films sont muets quand ils sont tournés et montés. Après, on recrée tous les sons avec un bruiteur.

B.F. : Il y a donc un deuxième tournage, qui est sonore.

H.C. : C’est pour ça que le son est aussi important, parce qu’il y a une étape où on ne travaille que ça.

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L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps est un des films préférés de Marilyn Manson et une énorme source d'inspiration pour lui…


Ce qui marque chez vous au niveau de la réalisation, c’est l’importance de chaque détail. Comme si chaque plan et chaque point de celui-ci participaient à la narration du film. On a l’impression que vous êtes de grands perfectionnistes.

B.F. :
C’est un peu notre problème et du coup on souffre beaucoup (il rit). La postproduction est donc un long tunnel de neuf mois.

H.C. : Il faut être un peu masochiste. C’est super dur mais on n’arrive pas à faire autrement. Chaque détail parle de l’histoire et des personnages donc chaque détail est important.

B.F. : Du coup, dans la manière de travailler, on est obligé d’être là en permanence dans le dos des gens et de les embêter.
(il rit)

Il y a aussi un côté très expérimental chez vous…

B.F. :
Pour ma part ce n’est pas quelque chose que je revendique mais c’est juste parce qu’on essaie de raconter nos histoires par la forme, par le montage et par des outils cinématographiques. Alors est-ce que c’est le cinéma qui est devenu plus pauvre maintenant et que dès que tu travailles un peu la forme et que tu utilises un peu ces outils, ça devient expérimental tellement le reste, ce n’est que des champs – contre-champs avec des personnes qui parlent dans une pièce, je ne sais pas. Mais moi, en tout cas, je n’ai pas la sensation de faire des films expérimentaux.

H.C. : Moi non plus mais je sais qu’on essaie d’utiliser au plus ces outils visuels et sonores. C’est vrai qu’on essaie des choses et on en « expérimente » d’autres quand même.

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... qui ne cache pas son admiration pour Cattet et Forzani !
« J’ai eu le plaisir de découvrir la Belgique et celui de rencontrer mes réalisateurs préférés Hélène Cattet et Bruno Forzani –
Amer et bien plus ! J’ai hâte de commencer à travailler avec eux. » Marilyn Manson


Vous fixez-vous des limites dans ces mises en forme ?

B.F. :
Moi ma seule limite c’est Hélène.

H.C. : Et moi, c’est Bruno
(ils rient). On s’arrête quand on est satisfaits et qu’on a réussi à faire passer tel ou tel sentiment. On aime raconter des choses avec un certain nombre d’éléments mais que ceux-ci ne soient pas totalement expliqués. On aime que le spectateur se crée aussi son histoire.

Vous laissez une place à l’interprétation.

H.C. :
Exactement. Comme quand on lit un livre. On s’imagine des choses, on a sa place dans le livre. On veut que le spectateur ait aussi sa place dans le film et que chacun, en fonction de qui il ou elle est, de son expérience, de son bagage, s’imagine ou vive les choses un peu différemment que son voisin. Et, en même temps, ça reste une démarche collective parce que c’est quelque chose qu’on fait pour l’ensemble.

Finalement c’est une démarche assez vendeuse pour vos films parce que ça signifie qu’on peut regarder plusieurs fois le film et le vivre peut-être différemment à chaque fois.

B.F. :
On le fait dans cette optique-là, pour qu’à chaque fois que tu le revois, tu découvres de nouvelles choses et qu’il prenne plus de profondeur.

Y a-t-il une dimension mystique, de rêves ou de fantasmes dans les histoires que vous racontez ?

H.C. :
Tout à fait. C’est vrai que ce film-ci est un peu différent des autres mais on essaie de travailler sur les fantasmes de personnages….

B.F. : … et d’effacer la limite entre le rêve et la réalité.

H.C. : On essaie de jouer avec les frontières : passé-présent, rêve-réalité, fantasme-réalité.

À ce propos, existe-t-il un rêve ou un fantasme cinématographique que vous aimeriez réaliser ?

B.F. :
J’ai déjà l’impression qu’on l’a réalisé avec tout ce qui nous arrive en ce moment, le fait d’avoir fait des courts-métrages et trois longs, que des personnes s’intéressent à ce qu’on fait, que ça procure des sensations aux gens, de les voir émus ou énervés à la fin du film…

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Laissez Bronzer les Cadavres, ça va chier !


Vous aimez susciter les réactions ?

H.C. :
Nous on aime bien avoir des réactions au cinéma. On aime ressortir en étant questionnés, perturbés, épuisés. En tout cas en ayant vécu quelque chose qui nous fait réfléchir. C’est donc peut-être pour ça aussi qu’on fait de tels films.

Parlez-nous de la bande originale et de vos choix musicaux pour Laissez Bronzer les Cadavres.

H.C. :
Le thème principal vient du film La Route de Salina de Georges Lautner (1970).

B.F. : C’est un film français qui a été tourné à Lanzarote. Un peu particulier, parfois légèrement quatrième dimension et totalement hippie dans l’esthétique et dans la nudité des personnages. Et cette musique assez incroyable a été écrite par le chanteur français Christophe. Elle nous faisait énormément penser aux westerns de Sergio Leone et comme notre film est un peu un mélange de genres, on trouvait que cette musique était cohérente. Puis on a utilisé des vrais thèmes de westerns à l’italienne comme
Le Dernier Face-à-Face d’Ennio Morricone. (NDLR : extrait du film du même nom de Sergio Sollima) On a utilisé plusieurs thèmes de ce compositeur dans le film. Notre but était d’utiliser ces musiques parfois dans un autre contexte que celui pour lequel elles avaient été faites au départ. On en a par exemple utilisé une dans la phase de préparation du braquage dans le film, donc plus dans un contexte de polar que de western. Une autre provient de la période bruitiste d’Ennio Morricone. Quand il collaborait avec Dario Argento, donc purement giallesque expérimentale. Et une autre vient du giallo Qui l’a vue mourir ? (Aldo Lado – 1972) Le thème est assez atypique, avec des chœurs d’enfants. Et on l’a utilisé parce qu’on cherchait quelque chose d’un peu fiévreux pour la scène du duel. On avait essayé de l’utiliser à l’époque pour L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps mais ça collait trop au giallo et donc ça aurait eu ce côté hommage et référence qu’on ne voulait pas. Alors qu’ici, elle avait sa place et pouvait avoir une autre signification.

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Le Dernier Face-à-Face, plus qu’une source d’inspiration pour Hélène Cattet et Bruno Forzani


N’est-ce pas trop difficile de faire des films à deux tout le temps ?

H.C. :
Si, c’est super dur. (elle rit)

Des conflits artistiques ?

H.C. :
Oui, tout le temps.
(elle rit)

B.F. : Après
L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps, on ne pouvait plus se saquer. (il rit)

Mais vous avez remis le couvert quand même ?

B.F. :
Oui on a remis le couvert mais en partant sur une adaptation. On n’avait pas un scénario personnel.

H.C. : C’est la première fois qu’on adapte quelque chose mais c’était pour retrouver une manière plus légère de travailler. Comme les films précédents étaient très personnels et que, malgré tout, on a des points de vue et des univers différents, le but était de faire quelque chose où les deux soient satisfaits. Et parfois, c’est une lutte.

B.F. : Surtout que ce sont des films qui sont sensoriels, subjectifs, c’est donc assez difficile quand l’un ressent le truc et l’autre pas, parce que si tu ressens, tu ne peux pas expliquer à l’autre.

H.C. : C’est intéressant malgré tout, mais ce n’est pas la facilité.


Une Carte blanche au Nova pour le duo de réalisateurs

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Bullet Ballet, un des quatre films de la Carte blanche de Cattet et Forzani au Nova


À partir de ce mercredi 10 janvier, vous avez une « Carte blanche » au Cinéma Nova. Quatre films seront projetés. J’aurais aimé terminer en vous demandant quelques mots sur chacun d’eux et sur ce qu’ils représentent pour vous.

B.F. :
Il y a Bullet Ballet (Shinya Tsukamoto – 1998), un film au son assez puissant et au montage hyper « cut » dont tu ressors assez épuisé. Mais c’est une expérience que tu ne peux vivre qu’en salle. Les premiers films de Tsukamoto, je les avais d’ailleurs découverts au Nova. Tu parlais tout à l’heure de détails et j’avais lu une interview de Tsukamoto concernant Tetsuo 2 (1992) où il disait qu’un des grands maîtres japonais avait vu le premier Tetsuo (1989) et lui avait dit que ça manquait de détails. Il a donc fait Tetsuo 2 en y faisant plus attention et ça m’avait marqué.

H.C. : Il y a aussi
Seul Contre Tous (1998, de Gaspard Noë, réalisateur du psychédélique Enter the Void en 2009). C’est un film qui nous a réunis parce qu’on l’a vu ensemble au Nova, décidément, et c’est un film qui nous a donné quelque part le déclic pour commencer à faire des films sans argent. C’est un film qui est autoproduit et que Noë a fait par ses propres moyens. C’est en pellicule, c’est ingénieux, la photo est magnifique.

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Seul Contre Tous


B.F. :
Et c’est en cinémascope !
(NDLR : ouiii : il l’a dit !) En termes de cadre, c’était hyper carré, fixe.

H.C. : Ça nous a beaucoup influencés dans la démarche et l’esthétique. Il est à la base de notre collaboration.

B.F. : C’est aussi une manière complètement transversale d’aborder le genre. C’est comme un « vigilante » mais raconté d’une autre manière.
Après il y a
Le Dernier Face-à-Face de Sergio Sollima (1967) dont l’une des musiques se retrouve dans Laissez Bronzer les Cadavres. Par rapport aux westerns à l’italienne, il est moins graphique que les autres mais les personnages cassent un peu le mythe américain. Ils sont tous gris et tu n’as pas le gentil shérif et les méchants indiens. Au niveau de l’histoire c’est aussi très prenant parce que c’est une autre manière de raconter cette histoire américaine.

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Venus in Furs, dont le réalisateur Jess Franco a réalisé plus de 200 films


H.C. :
Et le dernier c’est
Venus in Furs (Jess Franco – 1969) pour le côté psychédélique, pop, 70s.

B.F. : Personnellement, je trouve que c’est un des meilleurs films de Jess Franco, même si je ne les ai pas tous vus puisqu’il en a fait 180
(il rit) (NDLR : Jess Franco est en fait crédité pour plus de 200 réalisations). Après, en termes de pop, de costumes, d’iconographie de l’héroïne, d’effets… c’est très créatif. Il y a aussi le côté jazzy du film de par sa musique et sa construction. Et pour Laissez Bronzer les Cadavres, on a aussi abordé l’esthétique avec un côté pop. Donc ce genre de films nous a aussi inspirés.

La « Carte blanche » du Nova met donc en évidence quatre films qui représentent autant de facettes de notre approche.

Propos recueillis par Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart


N’hésitez pas à découvrir notre interview de Manu Dacosse aux Magritte du cinéma ! Le directeur photo de Laissez Bronzer les Cadavres était également derrière la caméra d’Alléluia de Fabrice Du Welz, réalisateur de Calvaire.

23 Juil.

Projection de MISSION ce soir à Cinematek - Notre interview filmée du réalisateur Roland Joffé

A l’occasion de la sortie en DVD du documentaire Marquis de Wavrin, du manoir à la jungle, relatant la vie de l’explorateur et cinéaste Robert de Wavrin, qui, à la fin des années 1920, est le premier blanc à filmer au nord de la forêt Amazonienne, CINEMATEK nous embarque pour un voyage le long du fleuve Amazone et de sa jungle touffue. Ce soir à 19h dans la Salle Ledoux, projection de Mission, le film spectaculaire à message humaniste réalisé par Roland Joffé, avec Jeremy Irons et Robert De Niro.

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Roland Joffé et Robert De Niro sur le tournage de Mission


Palme d’Or 1986, cette œuvre nous conte l’histoire, dans l'Amérique du Sud du 18e siècle, d’un missionnaire jésuite partagé entre son devoir d'obéissance envers le clergé central et son amour pour le peuple indien Guarani qu'il protège contre la domination espagnole et portugaise.

Nous avons eu la chance voici quelques années d’interviewer Roland Joffé au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Un Roland Joffé en verve avec lequel nous allions retracer son parcours de cinéaste? Réalisateur de The Killing (La Déchirure) - lauréat de trois Oscar -, de Mission, donc, et de City of Joy (La Cité de la Joie), pour ne citer que trois de ses films, Roland Joffé s'est entretenu avec nous pendant une vingtaine de minutes.

Il nous parle d’abord des difficultés qu'il a éprouvées à gérer le succès de La Déchirure et de La Cité de la Joie, avant de nous déconcerter quelque peu lorsqu'on lui demande s'il se considère comme un cinéaste du réel.


Il évoque ensuite le duo d'exception qu'il a formé avec Ennio Morricone, allant jusqu'à imiter celui qui est et restera sans doute à jamais un des plus grands compositeurs de musiques de films. Le tout dans un italien de qualité et en poussant un peu la chansonnette.


Par après, il nous explique en quoi ses études de théâtre ont influencé sa direction d'acteurs, et nous accorde qu'il est véritablement un cinéaste engagé, nous expliquant en quoi il fait partie de cette famille de réalisateurs.



Enfin, c’est avec beaucoup d’affection qu’il nous parle de certains des grands acteurs qu'il a dirigés. Et nous dit en quoi ils sont différents. Nous pensons ici à Robert de Niro, Jeremy Irons, Paul Newman et Patricia Arquette.


Bonne projection ce soir et belle (re)découverte de l’œuvre de Roland Joffé !

Jean-Philippe Thiriart

23 Juil.

Karin Viard est la JALOUSE des frères Foenkinos

De David et Stéphane Foenkinos
Avec Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert
Comédie
1h47

Cote : ***

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Karine Viard est jalouse, très jalouse

 

David et Stéphane Foenkinos nous régalent avec ce film sur les femmes et leur difficulté à passer le cap d’un certain âge. Personne n’aime vieillir et cela est peut-être encore plus vrai pour les femmes. Les réalisateurs nous racontent le passage d’une femme que l’on pourrait qualifier de mère attentionnée à celui d’une femme à la jalousie maladive. Nathalie Pêcheux (Karin Viard) est une professeure de lettres divorcée qui vit avec sa danseuse de fille Mathilde (Dara Tombroff), à laquelle elle va soudainement s’en prendre, ne supportant plus sa réussite. Le reste de l’entourage de Nathalie ne manquera pas, lui-aussi, de se retrouver victime de sa jalousie naissante.

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Dara Tombroff et Karin Viard


Comédie à l’humour décapant, Jalouse a pour actrice principale Karin Viard (La famille Bélier, Embrassez qui vous voudrez) dans le rôle de la mère déboussolée. On découvre également la ravissante Dara Tombroff dans son premier rôle à l’écran. Mais on retrouve surtout Anne Dorval, qui avait obtenu le Bayard d’Or de la meilleure comédienne au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) en 2014 pour son interprétation de la Mommy de Xavier Dolan. C’est lors de ce festival que nous avons découvert Jalouse, présenté dans la Section « Regards du Présent ». Thibault de Montalembert (Je vais bien ne t’en fais pas, Chocolat), Bruno Todeschini (Une aventure, La délicatesse) et Anaïs Demoustier (Une nouvelle amie, La Villa) incarnent avec conviction différents seconds rôles.

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Karin Viard et Anne Dorval


Belle réussite que ce deuxième long-métrage signé par les frères Foenkinos, après La délicatesse en 2011. Karin Viard crève l’écran comme à son habitude et joue à merveille le rôle d’une mère tout à coup déboussolée par la moindre petite contrariété. Et c’est avec un réel plaisir que nous avons découvert Dara Tombroff dans le rôle d’une fille bien dans ses baskets mais confrontée à une mère tout à coup très jalouse de sa réussite.

Amateurs de douces comédies à l’humour bien pensé, ne ratez pas l’occasion de découvrir ce film sorti cette semaine cinéma dans nos salles !

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

16:56 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jalouse, karin, viard, david, stephane, foenkinos, anne, dorval, delicatesse, fiff, festival, international, film, francophone, namur | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Doyenne des actrices françaises, Gisèle Casadesus nous a quittés en 2017

C’était il y a un peu plus de trois mois, le 24 septembre 2017 pour être précis.
Ce jour-là, Gisèle Casadesus tirait sa révérence dans sa belle ville de Paris. Une ville qui avait vu naître la doyenne des actrices françaises 103 années plus tôt.
C’était il y a un peu plus de quatre ans et demi, le 10 juin 2013 pour être précis.

Ce jour-là, Gisèle Casadesus était sur le point de fêter ses 99 ans, elle qui était née le 14 juin 1914, à la veille de la Grande Guerre. Elle nous avait alors accordé un très agréable entretien dans le cadre de la sortie belge de l’avant-dernier long-métrage qu’elle tournerait : Sous le figuier, de la Belge Anne-Marie Etienne. Un film qu’elle porte véritablement, entourée à l’écran par l’actrice française Anne Consigny et les acteurs belges Jonathan Zaccaï et Marie Kremer.

Gisèle Casadesus aura passé 80 années de sa vie devant les caméras de grands réalisateurs comme Pierre Billon, Michel Deville, Roger Vadim ou encore Claude Lelouch. Avec, pour partenaires à l'écran, des acteurs tels que Jean Marais, Louis De Funès, Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider et Michel Serrault. Si Gérard Depardieu livre une très belle prestation dans La tête en friche, c’est en partie grâce à elle. Celle qui était aussi une très grande actrice de théâtre lui donnait la réplique dans ce film de Jean Becker.

Dans Sous le figuier, Gisèle Casadesus est et restera pour toujours Selma, une dame âgée en fin de vie désireuse de la quitter auprès de ceux qu'elle aime.

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© Simon Van Cauteren


Je vous ai trouvée très touchante dans Sous le figuier à travers votre personnage, Selma. Est-ce que vous vous retrouvez en elle ?

Oui. C'est un personnage qui m'a plu d'emblée. Les sentiments que ce personnage exprime sont en conformité avec beaucoup de choses que j'aime et dans lesquelles je crois. Quand Anne-Marie Etienne m'a proposé le rôle, j'ai tout de suite lu le scénario et je lui ai répondu immédiatement que j'étais d'accord. Je n'ai pas eu de mal à entrer dans ce personnage parce que j'aimais ce qu'il était et ce qu'il représentait.

Selma distille de nombreux conseils à celles et ceux qui l'entourent. Est-ce qu'il y aurait un conseil que vous donneriez à une jeune comédienne ou à un jeune comédien désireux de suivre vos pas ?

Je me suis toujours gardée de donner des conseils ; je n'ai jamais donné de leçons. Mais il faut toujours regarder devant soi, jamais derrière. Être comédien, c'est une grande joie. Et je suis ravie de pouvoir jouer la comédie et d'exercer ce métier.

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© Riccardo Vaz Palma


Vous avez une carrière très riche, vous qui tournez depuis bientôt quatre-vingts ans. Vous avez été dirigée par de grands réalisateurs et avez tourné avec des acteurs phares du cinéma français. Lesquels vous ont le plus marquée ?

Quand j'ai tourné mon premier film, j'étais toute jeune : je sortais du Conservatoire. C'était un film de Marcel L'Herbier : L'aventurier. Et le jeune premier était Victor Francen, qui était très connu à l'époque. Marcel L'Herbier était un monsieur imposant. Moi, j'étais toute jeune et je pensais beaucoup à rire. Mais il fallait respecter les horaires, être sérieuse. Ça me faisait rire parce qu'il me grondait comme si j'étais une gamine. (elle rit) Il me disait ainsi : « Gisèle, il faut être sérieuse ; on tourne ! ». J'étais donc un peu impressionnée par ce qu'il était.
Parmi les autres réalisateurs, j'ai tourné avec Gleize, j'ai tourné avec Cayatte...
 (NdA : Maurice Gleize a dirigé Gisèle Casadesus dans « Graine au vent » (1943), tandis que André Cayatte l'a eue devant sa caméra avec « Verdict » (1974)). Mes rapports ont toujours été cordiaux et sympathiques avec les réalisateurs.

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© Simon Van Cauteren


Et quant aux acteurs ?

Ah, ça, les acteurs, j'en ai beaucoup fréquentés ! Notamment au théâtre. D'abord au Théâtre-Français (NdA : l’autre nom de la Comédie-Française) : je pense à Madeleine Renaud. À Pierre Fresnay, que j'ai rencontré au Conservatoire. Ça m'a beaucoup impressionnée ! Et au niveau des acteurs de cinéma, j'ai beaucoup aimé Raimu, qui m'avait fait engager pour tourner avec lui dans L'homme au chapeau rond. Puis j'ai tourné avec Gabin. Je ne le connaissais pas. Ça m'amusait beaucoup parce qu'on m'avait dit qu'il était de mauvaise humeur. J'arrivais à la fin du tournage de Verdict, avec Sophia Loren. Il avait été très correct avec moi. Mais il avait une bronchite, le pauvre ! Et le tournage était un peu mouvementé parce qu'il se mettait en colère ; il n'aimait pas le chef-opérateur. Il me prenait à témoin et je ne savais plus où me mettre. Sans ça, vis-à-vis de moi, il était très aimable.

Une partie de Sous le figuier a été tournée en Belgique, à Bruxelles. Vous nous disiez avant le début de l'interview que la Belgique occupait une place spéciale dans votre cœur. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Quand j'étais petite fille, j'allais beaucoup à Liège car mon père avait été directeur musical de l'Opéra de Liège. Quant à Bruxelles, je m'y rendais souvent : nous venions jouer régulièrement au Théâtre du Parc et aux Galeries. C'est toujours une joie pour moi de venir ici, en Belgique !

Jean-Philippe Thiriart

 

09:33 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gisele, casadesus, 2017, actrice, francaise, sous, le, figuier, theatre, francais | |  Facebook | |  Imprimer |