23 Juil.

Entretien avec Martin Provost, réalisateur de VIOLETTE, ce mardi soir sur France 3

Suite à la diffusion ce mardi soir à 23h20 sur France 3 de Violette, nous avons choisi aujourd’hui de donner la parole à son réalisateur, Martin Provost.

Voici un peu moins d’une semaine, nous avons eu le plaisir d’interviewer le réalisateur au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF). Le Président du Jury de la Compétition officielle, auteur de Séraphine et Sage Femme, nous a répondu avec sincérité.

Il nous explique tout d'abord ce qu'évoque chez lui la phrase : « La femme est l'avenir de l'homme », issue de la chanson éponyme de Jean Ferrat. Cette phrase trouve son origine dans un poème de Louis Aragon : « Le Fou d'Elsa », publié en 1963. Il nous parle également de François Truffaut et de la place de la femme dans sa propre filmographie ainsi que de l'évolution de la place de la femme dans les films récents et la société contemporaine.

Il nous fait ensuite part de ses impressions sur le Quai 22 - salle dans laquelle le Jury a visionné plusieurs films en compétition - mettant en avant le caractère ancien et solennel de l'endroit. Le réalisateur évoque également Séraphine et son regard sur le film 12 Jours de Raymond Depardon.

Il nous parle par après de ses critères d’évaluation des différents films qui lui ont été donnés à voir durant le FIFF.
La nostalgie tient notamment une place fondamentale dans son travail.
Il répond alors à notre questionnement sur les fondamentaux du cinéma. L’occasion pour nous de prendre conscience de son engouement pour le travail de Jean Renoir.

Il conclut cet entretien en évoquant la place de la Belgique et de ses professionnels du cinéma, acteurs et techniciens confondus, sur le tournage de Sage Femme et la bienveillance des Belges.

Bonne écoute de cet entretien !


Propos recueillis par Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

23 Juil.

Palmarès du 32e FIFF et Interviews de Vanessa Paradis, Samuel Benchetrit et Martin Provost

Ce vendredi soir avait lieu la Cérémonie de remise des Bayard et autres Prix du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF). Les différents prix décernés lors de cette dernière soirée de cette 32e édition ont permis à certains films d’être particulièrement remarqués.

Palmarès de la Compétition Officielle longs métrages

Le Jury de la Compétition Officielle longs métrages était présidé par Martin Provost, qui nous a fait la gentillesse de commenter le Palmarès de celle-ci.


Le Bayard du Meilleur comédien a été attribué à Vincent Macaigne pour son rôle dans Chien de Samuel Benchetrit. En l’absence de Vincent Macaigne, le réalisateur a déclaré : « Vincent a à la fois neuf ans et cent ans. Il est insaisissable. »
Le Bayard de la Meilleure comédienne a été octroyé à Camille Mongeau pour son rôle dans Tadoussac de Martin Laroche.
Le Bayard de la Meilleure photographie a été décerné à une légende vivante : Raymond Depardon pour son film 12 jours.
Le Bayard du meilleur scénario revint à Samuel Benchetrit pour Chien.
Le Prix Spécial du Jury est venu récompenser Maman Colonelle de Dieudo Hamadi.
Enfin, le Bayard d’Or du Meilleur film était décerné – jamais deux sans trois - à Chien de Samuel Benchetrit !


Premières œuvres de fiction

Le Prix Découverte a été attribué à Ivana Mladenovic pour son film Les Soldats.
Le Bayard de la Meilleure première œuvre de fiction était quant à lui décerné à Sofia Djama pour son film Les bienheureux. Elle a déclaré, avec une certaine émotion, que « l’Algérie est condamnée à passer à autre chose ». Elle qui aimerait « dire aux ministres algériens de la culture que nos rêves sont plus grands qu’eux ».

Compétition Officielle courts métrages

Une Mention a été décernée à Luka Sauke pour son rôle dans Le Petit de Lorenzo Bianchi.
Le Prix Spécial du Jury revint au libanais Salamat From Germany de Una Gunjak et Rami Kodeih pour qui ce prix montre que « un cri a été entendu dans un monde qui devient divisé et absurde ».
Le Bayard d’Or du Meilleur court métrage a été attribué à Written/Unwritten du Roumain Adrian Silisteanu.

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Clotilde Hesme a remis le Bayard d'Or du Meilleur court métrage à Written/Unwritten


Compétition Nationale Fédération Wallonie-Bruxelles

Une Mention a été décernée à Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez.
Piotr Biedron et Tijmen Govaerts ont reçu le Prix d’interprétation pour leurs rôles dans Passée l’aube de Nicolas Graux.
Le Prix de la Meilleure photographie revint à Olivier Boonjing pour son beau travail sur Le film de l’été d’Emmanuel Marre.
Le Prix spécial du Jury a été attribué à L’enfant né du vent de David Noblet.
Et c’est Emmanuel Marre qui a remporté le Prix du meilleur Court métrage pour Le film de l’été.

Autres Prix

L
e Prix du Jury Junior revint au très touchant Petit paysan de Hubert Charuel qui a confié, non sans humour, être « ravi de voir que ce petit paysan qui tue ses vaches à coups de hache a plu à un jeune public », y voyant « un signe d’espoir ».

Les Prix du Public Court métrage, Documentaire, et Long métrage Fiction ont été décernés respectivement à Kapitalistis du Belge Pablo Muñoz Gomez, Carré 35 du Français Éric Caravaca et au film burkinabé Wallay du Suisse Berni Goldblat.

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Berni Goldblat, réalisateur de Wallay, un des Prix du Public


Prix Off

Le Prix Cinévox et le Prix de la Critique du Meilleur long métrage belge ont été attribués à Drôle de père d’Amélie van Elmbt.
Le Prix Be TV du Meilleur long métrage est venu récompenser Petit paysan du Français Hubert Charuel.
Le Prix Arte du Meilleur court métrage et le Prix RTBF du Meilleur court métrage belge reviennent tous deux au film Les corps purs de Bérangère Mc Neese et Guillaume de Ginestel.
Enfin, le Prix Be TV du Meilleur court métrage belge a été octroyé à Icare de Nicolas Boucart.

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Pablo Munoz Gomez, réalisateur de Kapitalistis, lauréat de deux Prix cette année


N
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Vive le cinéma francophone et à bientôt à Namur et... ailleurs !

Jean-Philippe Thiriart et Raphaël Pieters

23 Juil.

SPIT’N’SPLIT - Entretien avec le réalisateur Jérôme Vandewattyne

Ce mardi 19 septembre, sur le coup de 20h, le très beau cinéma bruxellois qu'est L'Aventure organise une dynamique avant-première. Celle du premier long du jeune réalisateur Jérôme Vandewattyne. Présenté au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF), Split'N'Split - c'est son nom - sillonne depuis plusieurs mois les Festivals de cinéma un peu partout en Europe. Signalons qu'il a notamment remporté le Prix du Meilleur Docu musical au Festival slovénien de Grossmann.
Dans la foulée de cette avant-première où l'équipe du film vous attend nombreux, Spit'N'Split sera projeté, à l'Aventure toujours, dès le lendemain, mercredi 20 septembre donc, et ce pour plusieurs semaines. Un premier film étant toujours un peu fragile, nous ne pouvons que vous exhorter - si si - à aller voir ou revoir au plus vite le film en salle. Et... d'en parler très vite autour de vous !

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Avec un retard somme toute gênant mais, malheureusement pour vous, tout à fait assumé, nous vous proposons une interview « mammouth » recueillie lors de l'édition 2017 du BIFFF.
L’entretien qui suit s’est déroulé avec un des enfants terribles du  : Jérôme Vandewattyne. Nous revenons avec lui sur son premier long-métrage : Spit’N’Split. Entre documentaire et fiction, ce film sentant bon la sueur et le rock’n’roll aura fait salle comble pour sa grande première au BIFFF en avril dernier.
L’occasion était trop belle pour qu’on la rate. C’est ainsi que nous nous sommes perdus gentiment avec JVDW dans des thématiques diverses et variées pour le plus grand plaisir des mordus que nous sommes.
Notre critique de Spit’N’Split est par ailleurs présente sur le site.

Comment présenterais-tu Spit’N’Split et comment le vendrais-tu ?

Comme une expérience avant tout. Comme un film viscéral qui démarre de manière tout à fait classique et qui, petit à petit, bascule littéralement dans la psyché des personnages. Le seul mot d'ordre est le lâcher prise. Il faut se laisser emmener par le film, qui regorge de faux-semblants. Ce voyage rock'n'roll embarque le spectateur dans des recoins sombres, underground, mais pour aborder des thèmes beaucoup plus universels.

Ton film met en scène le groupe liégeois The Experimental Tropic Blues Band. Pourquoi avoir porté ton choix sur ce groupe-là ?

À la base, je suis fan du groupe. Je les avais découverts à Dour et je trouvais incroyable l’énergie qu’ils transmettaient sur scène. J’avais l’impression de me reconnaître dans ce que je voyais. Je crois d'ailleurs que c'est la force du groupe : fédérer les gens. A la fin du concert, je m'étais promis qu’un jour je travaillerais avec eux, que je réaliserais un clip pour eux. Mais ça a été plus loin que ça. Grâce à Julien Henry de La Film Fabrique (NdA : Julien réalise leurs clips d’habitude), j'ai pu travailler sur le show de leur 4e album, The Belgians, où il avait besoin de monteurs. On a fait beaucoup de Vjing, ce qui consiste à diffuser des vidéos en live pendant que le groupe joue. On a vraiment eu une complicité ; ça m’a permis de travailler avec La Film Fabrique et de rencontrer Mathieu Giraud, qui est le monteur du film avec Ayrton Heymans, qui est arrivé un peu plus tard et dont je reparlerai.

À la suite de ça, j’avais juste envie de prolonger l’expérience, même si celle des Belgians avait déjà duré un an. Il y avait vraiment un esprit de famille qui s’était créé entre la production et les artistes. Du coup, Jérémy Alonzi/Dirty Coq, le guitariste des Tropics, m’a proposé de monter dans le van avec eux. Il m’a dit de prendre ma caméra, de les filmer, de m’amuser, de faire ce que je voulais car il avait vraiment foi dans notre vision commune de la liberté artistique. J'avais carte blanche. À l’époque de The Belgians, je leur avais demandé si je pouvais utiliser certains de leurs morceaux pour un prochain film. Mais ils m'ont dit que ce serait compliqué car j'allais devoir payer cher la SABAM au niveau des droits d’auteur. Par contre, ils pourraient composer la musique de mon prochain film. On a donc vraiment eu de grosses discussions musicales et cinématographiques et je me suis dit que si Tropic composait la musique d’un de mes films, je n’avais pas envie que ce soit un court-métrage fait à l’arrache.

Je rêvais d'un film d'une plus grande ampleur. J'ai
 donc proposé de faire un long-métrage, ce qui les a plutôt fait marrer au début car je n’avais qu’une petite caméra. Et c’est vrai que je n’avais qu’un petit Canon mais je me suis dit qu’entre ce qu’ils avaient à raconter, le feeling qu’on avait et la synergie qui s’était créée, on avait la possibilité de faire quelque chose de plus fort que simplement se concentrer sur la technique. C’est d’ailleurs aussi comme ça que le groupe compose sa musique. Les membres n’ont pas forcément la toute dernière gratte qui vaut une fortune, mais ils ont cette énergie qui provoque une sensation de transe en live. Je voulais vraiment qu'on essaie de capter ça et c’est dans cette même énergie qu’on est parti en tournée et qu’on a commencé à filmer.

J’ai pris beaucoup de notes, j’avais une grosse bible avec plein d’idées qu’on essayait et qui fonctionnaient plus ou moins en fonction de ce que nous visions. Et naturellement le film s’est redirigé de lui-même. On avait toujours voulu procéder à ce basculement du documentaire vers la fiction et surprendre les gens, les chambouler. A la base, on voulait partir dans un délire d’horreur à la japonaise mais finalement on s’est rendu compte que ce qui nous touchait vraiment, c’était justement l’horreur humaine, l’horreur sociale. On a donc laissé tomber toutes les idées gores et on s’est focalisé sur le malaise, sur les mécanismes de l'amitié et ses dérapages. C’est de là qu’est parti Spit’N’Split. Le groupe voulait composer la musique et moi je voulais faire un film sur eux, en extrapolant ce qu’ils étaient. On est dans un récit mythomane, il se nourrit du réel pour construire son mensonge.
 

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Le trio liégeois The Experimental Tropic Bluesband.

 

C’est vrai que Spit’N’Split démarre comme le documentaire d’un réalisateur qui prendrait simplement sa caméra pour filmer un groupe en tournée sur toutes leurs dates et, ensuite, le film part complètement en vrille avec des éléments beaucoup plus fictionnels. Il y a un genre de mélange avec aussi les bandes de notre jeunesse qu’ont été des documentaires comme Strip-Tease ou même des films comme C’est Arrivé Près De Chez Vous. Tu avais une volonté d’un mélange des styles entre le documentaire et le film social ?

Mais ça fait partie de nous j’ai l’impression. Je ne voulais pas faire un film belge pour dire d’en faire un. Dans beaucoup de productions actuelles, on pousse à l’extrême cette « belgitude », ce qui ne me parle pas du tout. Ça me fout même le frisson de la honte, tellement c'est maladroit et à côté de la plaque. Pourtant en effet, la Belgique suinte dans les œuvres pionnières que tu as citées et pour lesquels j'ai énormément de respect. Tout comme Calvaire ou Ex-Drummer, qui tapent dans le mille et te fracassent le crâne. Je pense que c’est propre à notre culture ; ça ne sert à rien de forcer le trait pour jouer les rigolards, ça se sent à des kilomètres. Il y a cette espèce d’autodérision, une sorte de cocktail entre sarcasme, légèreté, drame et déprime. Et vu qu'on a peu de moyens, ça donne cette esthétique un peu cradasse.

En même temps, je suis certain que si on avait plus de pognon, on mettrait tout dans la reconstitution d'un bar miteux et de verres de Jupiler. En fait, c'est un cercle vicieux dans lequel on se complaît et que je trouve attachant. Pour revenir au film, j'ai essayé de digérer au maximum les références que j’avais, les films qui m’ont bercé quand j’étais gosse. Strip-Tease est quelque chose que je regardais avec mes parents mais qui me foutait les boules. Rien que la musique... ça te fout le cafard. Je ne comprenais pas ce que je voyais mais c'était proche de moi. Il y avait ce côté amer-doux qui me plaisait et qui était fascinant, repoussant et magnétique. C’est nous. Tout ce qui est sorti de Spit’N’Split est sorti de lui-même parce que les personnages existent vraiment et s'amusent à brouiller les pistes.

Tu parlais de l’esthétique un peu crade de ton film avec une certaine authenticité. C’est quelque chose qu’on pouvait déjà retrouver dans ton faux trailer She’s A Slut en 2011 ou encore dans ton court-métrage de 2012, Slutterball. Est-ce qu’en termes d’esthétique, de photo ou de réalisation, il y a des réalisateurs qui t’influencent particulièrement ?

Oui. Bien avant She’s A Slut et Slutterball, j'étais déjà très impressionné par les réalisateurs des « Midnight Movies », ces films inclassables des années 70. Ils ont cette esthétique poisseuse parce qu’ils n’ont pas été faits avec beaucoup d’argent et dans une totale liberté. C’est une époque que je n’ai pas connu puisque c’était l’âge de la pellicule. Que je le veuille ou non, je suis un enfant du numérique mais l’image numérique ne me parle pas en tant que telle, même si j’y trouve beaucoup d’avantages lors d'un tournage et que c'est de cette manière que j'ai réalisé mes premiers petits films et que je me suis formé. Je suis beaucoup plus sensible à l’esthétique « sale ». Des films comme Massacre à la Tronçonneuse ou Mad Max m’ont impressionné de par leur grain, qui contribue à te remuer les tripes et influencer ton ressenti.

C’est ça que j’essaie de retrouver, parce que pour moi, un film est avant tout un plaisir pour les sens et une sorte d'agression. J’ai besoin de ressentir la même émotion qu'en regardant une vieille photo, un peu de nostalgie d’une époque que je n’ai pas vécue mais qui pourtant m’embrase complètement. Je cherche à donner une odeur à l’image. Ça ne m’intéresse pas de faire un film aseptisé. Quand tu vois toutes ces « comédies », principalement françaises, où tu as une affiche avec la tronche de Clavier sur un fond blanc, ça ne me fait pas vibrer du tout. J’ai envie d’un truc avec une personnalité. J’ai besoin d’être emmené dans un cadre, dans une lumière, dans des couleurs, dans un univers où la personnalité du réalisateur transpire à chaque plan, à chaque coupe comme si sa vie en dépendait. 

 

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Ouvrez l’œil, et le bon !

Tu veux un cinéma qui dépasse l’image et le son ? Un cinéma plus sensoriel ?

Voilà, tu as mis le mot. Même si « sensoriel », ça veut tout et rien dire en même temps. Un cinéma plus viscéral, organique. Si tu changes un élément de la matière, ça chamboule tout. Je ne cherche pas la complaisance. Je ne cherche pas l’originalité à tout prix parce que je pense que beaucoup de choses ont été faites, au même titre que beaucoup de choses doivent encore être explorées. En fait, c'est ça : je me vois plus comme un explorateur qui cherche à se surpasser.

 

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Poupée de cire, poupée de (gros) son

 

Pour reprendre sur l’esthétique un peu poisseuse, quelque chose m’a marqué bien avant d’avoir vu le film, c’est son affiche. Peux-tu nous parler de sa conception ?

J'avais cette image de gens nus dans la forêt en tête depuis un moment. Des sortes de clones avec des masques en latex qui rappelleraient les visages des Tropics. C'est Sarah Guinand qui s'est occupée de la confection de ces masques, je trouve qu'elle a fait un travail incroyable. Parfois, je me dis que j'aurais dû encore plus exploiter ces masques dans le film. Et comme on parlait des influences auparavant, quelqu’un comme Jodorowsky m’a énormément influencé avec La Montagne Sacrée ou encore Santa Sangre. Ces images surréalistes m'ont marqué la rétine. Je voulais une affiche intrigante, avec une personnalité propre. L'image de l'affiche de Spit'N'Split est prise d'une séquence du film, j’ai fait une fixation sur le plan en question. J'ai ensuite travaillé avec Valérie Enderlé avec qui on a fait énormément de patchworks, ce qui me plaisait beaucoup. Et par la suite, j’ai discuté avec le graphiste des Tropics, Pascal Braconnier (Sauvage Sauvage). Il parlait d’aller vers quelque chose de plus épuré car il trouvait la photo déjà très forte comme ça. Il a commencé alors à travailler sur un format plus « seventies », inspiré par des affiches comme celle de Taxi Driver. Et mélanger le moderne et l'ancien pour tomber dans quelque chose d'intemporel me fascine. Je me disais que si je voyais ce genre d'affiche dans la rue, avec des gens à poil dans la forêt munis de masques, j’aurais sans doute envie de le voir.

Ça attise plus de curiosité encore…

Oui. Peut-être une curiosité morbide ou juste intrigante.

 

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À la vue du film, une des choses qui marque aussi, c’est son montage. C’est parfois à la limite hallucinogène, ça part dans tous les sens et surtout il y a une quantité impressionnante de plans. Combien de temps as-tu mis pour faire ce film ?

Ça a pris trois ans entre le moment où le projet est né et maintenant.
En ce qui concerne le montage, je voulais en quelque sorte « droguer » le spectateur. Je voulais qu’il soit emmené dans un monde, le bousculer dans sa tête et le faire passer par des émotions très différentes. Le montage a donc énormément joué là-dessus, et je dois beaucoup à mes monteurs, Mathieu Giraud et Ayrton Heymans. Au début du projet, j’ai commencé à monter le film tout seul mais j'étais toujours interrompu car je devais repartir en tournée avec les Tropics. À un moment, je n’avais même plus le temps de dérusher ce que je tournais. Julien Henry et Christele Agnello, mes producteurs au sein de La Film Fabrique et parents spirituels, m’ont dit qu’il fallait que je m'entoure d'un deuxième monteur. Sinon, le film aurait pris dix ans à se faire. On avait une très grande quantité de rushes. Je tourne énormément, surtout quand je suis au cœur d'un sujet qui me passionne autant. Conseil plus qu'avisé donc ; merci les parents !

J’ai alors pris Mathieu, qui montait déjà des clips et des documentaires pour le groupe. Ce qui permettait d’aller droit à l’essentiel car il connaissait très bien la personnalité des musiciens. C'était là pour moi tout l'intérêt : qu'est-ce que Mathieu n'avait pas encore vu de Tropic ? J’avais envie de montrer un autre point de vue sur le groupe plutôt que ce qu’on avait déjà pu voir auparavant. « Garbage Man » et « La Bite Électrique », c'est super, mais on connaît. Tropic peut raconter d'autres choses, ce sont des artistes entiers aux talents d'acteurs cachés et plus encore. Après ça, un 3e monteur est venu se greffer à l'équipe, Ayrton, qui lui a plus travaillé sur tout ce qui était « fictionnel/surréaliste » (la scène de Rémy l'Homme aux Seins, celle avec les ados, l’opération de Snon…). Il portait aussi un regard avisé sur ce que nous expérimentions avec Mathieu. Afin d'être structuré, Mathieu m’a proposé de synthétiser mes journées de tournage, ce qui était un boulot fastidieux, je dois dire. On visionnait ensemble, je le bombardais d'infos puis il remontait de son côté et me proposait quelque chose. Il a vraiment un regard et un esprit de synthèse ; je lui fais une confiance aveugle. Au bout du compte, on s'est retrouvé avec un film de quatre heures, qu'on a recassé, reconstruit pour pénétrer la matière au plus loin. Le montage a vraiment été un jeu de ping-pong entre nous trois. Je suis convaincu que ça apporte une richesse au montage.

 

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« Le plus important, c'est l'énergie naïve »

 

On parlait de ton film, qui était vraiment à cheval entre documentaire et fiction. N’as-tu pas peur de certaines réactions de spectateurs par rapport à des scènes qui pourraient être interprétées comme étant choquantes et où justement le spectateur aurait du mal à se positionner entre réalité et fiction ?

(Temps de réflexion) Si parce que c’est du rejet, mais c'est un risque que je veux prendre parce que j'ai vraiment foi dans ce que nous racontons. En même temps, tu sais, je ne cherche pas le choc pour le choc. Je veux bousculer mais pas dégoûter pour dire de faire le film le plus dégueulasse. Je voulais que les scènes servent le propos. Et je pense que les scènes qui paraissent choquantes, comme par exemple l’opération chirurgicale, ont crédibilisé mon propos et brouillé les pistes. Ça permet aux gens de se questionner sur la distance par rapport au propos. Est-ce qu'on me raconte vraiment la vérité ? Est-ce que ça a vraiment été aussi loin ? Comment le groupe peut-il se laisser filmer dans de telles situations ?

Et quand tu commences à te poser la question de la distance, ça permet de te demander si tu dois prendre pour argent comptant ce qui se passe devant toi. C’est pour ça aussi que je voulais aller de plus en plus loin dans le grotesque jusqu’à arriver sur Bouli Lanners, qui pointe une arme, pour se dire que là ok, on est complètement dans la fiction. Et à partir de là, que les gens se demandent « depuis quand se fout-il de notre gueule ? ». Puis, comme un tour de foire, les emmener encore plus loin et les balancer dans un film expérimental, au-delà de la fiction. C'est un trip. Si j’avais voulu le choc pour le choc, j’aurais fait un pseudo snuff porno mais ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéressait c’était justement de jouer avec cette frontière floue, de bousculer le spectateur et titiller ses limites, que lui seul connaît.

Tu veux faire réfléchir le spectateur avec Spit’N’Split ?

Oui, d’une certaine manière s’il peut réfléchir, ça me plaît. Le public n'est pas con et aime se poser des questions sur ce qu'il voit. Maintenant ce n’est pas un film intellectuel non plus. Je veux avant tout que ça reste un divertissement mais s’il peut y avoir une réflexion derrière qui mène à un débat sur la distanciation de l'image dans les médias, ou même une réflexion plus mystique, pourquoi pas. Ce qui m'intéresse c'est de discuter avec les gens sur leur ressenti par rapport au film. Je n’ai juste pas envie qu’ils soient neutres en sortant de la salle. Là, ce serait l’échec. Le but c’est de passer par toutes sortes d’émotions afin de se remettre en question et de sortir de sa zone de confort.

 

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Et pour enchaîner sur cet aspect du débat, quelles ont été les réactions après la projection de ton film ? Les échos sont-ils positifs, négatifs ? Y a-t-il eu des débats justement ?

Je trouve ça très positif dans l’ensemble car il y a eu beaucoup de réactions fortes. Mais je pense que Spit’N’Split est aussi un film qui doit se digérer. J’ai parlé avec pas mal de monde dans la demi-heure ou l’heure qui a suivi la projection mais j’ai l’impression que c’est un film qui peut travailler encore quelques jours après. Des réflexions peuvent encore émerger par la suite. Après ça, oui j’ai eu pas mal de réactions mais je ne m’attendais pas à bénéficier d’un accueil aussi positif en fait. Il semblerait que les gens aient aimé s'être fait avoir, ce qui est génial. Même après le film, les gens se demandaient ce qui était vrai ou faux. Ils avaient l’air assez perturbés par ça alors qu'à la base, avec le groupe et les monteurs, on s’était dit que les gens n’y croiraient jamais. La blague est tellement poussée à l’extrême qu’il était impossible pour nous que les spectateurs croient que c’était vrai. Mais comme ils ne connaissent pas forcément le groupe, certains l'ont pris très au sérieux.

Et les discussions après coup sont très passionnées, les gens sont très curieux. Finalement, j’ai l’impression que c’est comme un tour de magie. Il y a quelque chose de magique dans ce film et c’est comme si les gens demandaient au magicien de leur expliquer un tour. Et au final, après avoir insisté pendant un temps, c’est comme s'ils étaient déçus que je leur explique les coulisses du tournage. Mais vu certaines réactions, il vaut mieux remettre l'église au milieu du village. C'est un film, les membres du groupe ne sont pas des tarés, ce ne sont pas des toxicomanes ou des gens violents. Pour tout dire, ce sont de bons pères de famille et la relation entre les membres est tout à fait saine. C’est juste comme si tu filmais des frères qui ont l’habitude de se chamailler et de se rentrer dedans mais qui s’entendent à merveille.

Tu parles vraiment de ton film avec passion. Est-ce qu’après avoir passé autant de temps sur le projet, tu arrives encore à être objectif par rapport à lui ? Est-ce que lorsque tu regardes ton film maintenant, tu te dis qu’au final c’était vraiment le film que tu voulais enfanter ?

Objectif, clairement non parce que j’ai trop le nez dedans. Par contre, oui, c’est vraiment le film que je voulais faire, et plus encore, parce que j'alimentais ma « bible » d'idées en tournée, en gardant ce fil rouge qui était de faire un documentaire qui basculerait vers une fiction. Je voulais démarrer sur un genre et conditionner le spectateur pour qu’il se dise que la suite serait identique, pour au final le surprendre et aller vraiment à l’opposé. Et quand je dis que le film était encore plus que ce que je voulais, c'est parce qu'il s'est passé tellement de choses, que ce soit en tournée avec le groupe ou sur le tournage que je me régale en revoyant le film car les trois années de sa création ont été très riches en rencontres, en questionnements humains et spirituels. Je suis content d’avoir pu garder le cap mais c’est assez incroyable ce qui nous est arrivé. C'était un vrai voyage. Je l'ai déjà dit mais je crois que ce film est magique parce qu’il y a eu un truc qui nous a dépassé. Le projet Spit'N'Split (le film et l'album) vit de lui-même et nous a emmenés d’un endroit à l’autre à travers la Belgique et l’Europe, à rencontrer énormément de gens. Je ne crois pas que je pourrais refaire ce film parce qu'il est tombé au bon moment, dans une période où le groupe recherchait quelque chose de différent et je me suis nourri des gens que j’ai rencontrés. On a vécu un grand nombre de choses, qui sont bien sûr moins horribles que ce qu’elles paraissent dans l’histoire, mais qui sont véritables, mémorables et qui ont vraiment marqué ma vie.

 

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« C’est pas une tournée, c’est des vacances. C’est les vacances du rock » (Jerms)

 

Que répondrais-tu aux personnes qui seraient amenées à dire que ton film n’a rien à faire dans un festival comme le BIFFF ?

Je crois que le film est avant tout bien dans sa catégorie, une catégorie que le festival assume complètement et qui est La 7ème Parallèle. Cette catégorie est celle des films « étranges ». Et je pense que Spit’N’Split a réellement une dimension étrange. Il y a une partie complètement onirique, distillée un peu partout dans le film.

Crois-tu que les membres de The Experimental Tropic Blues Band montreraient le film à leurs parents ?

Sans doute. Je serais curieux d'avoir leur retour. Moi en tout cas, je l’ai montré aux miens. Ils étaient là au BIFFF et ils étaient fiers. Ils ont vraiment compris la démarche artistique derrière ce film. On a utilisé des choses que les musiciens avaient en eux pour exorciser des frustrations qu’ils ressentaient mais ça reste une fiction. Et donc ils jouent un rôle, tous.

Tes parents sont donc fiers de leur gamin ?

Très fiers apparemment et même émus car ils ne s’attendaient pas à voir une salle aussi remplie et un tel engouement pour le film. Le spectacle d'école est approuvé, vivement le prochain !

N’hésitez pas à (re)découvrir :

Notre interview de Jérôme pour Slutterball
Pour rappel, Jérôme a été membre du CollectIFFF, dont on vous parle ici !

 

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Permettez-nous de clôturer cet article avec une très belle phrase de Jerms : 

« Pour moi, un pet c’est une chanson » (Jerms)

Propos recueillis par Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

 

12:22 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Bilans de festivals, Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spit, n, split, spitnsplit, jerome, vandewattyne, experimental, tropic, blues, band, bifff | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Interview d'Alan Deprez, au Short Film Corner du Festival de Cannes avec Cruelle est la Nuit

Il y a quelques semaines, nous vous proposions notre avis sur le court-métrage Cruelle est la Nuit d’Alan Deprez. Rencontré à Bruxelles à l’occasion du BIFFF 2017, le camarade a pu nous accorder un peu de son temps pour décortiquer avec nous la conception de son film et les enjeux de celui-ci, mais également pour simplement parler cinéma et donner son avis sur la situation. Entre coups de gueule, coups de cœur et débat sur le genre, l’entretien pour le moins conséquent (c’est peu de le dire) était bien trop intéressant que pour l’amputer.

 

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Cruelle est la nuit est au Cannes Short Film Corner


Cruelle est la Nuit est un court-métrage qui renferme de nombreux concepts : une espèce de révolte politique qui part ensuite dans tous les sens (sado-masochisme, violence graphique…). Peux-tu nous expliquer ton idée de départ ?

C’est assez compliqué, en fait. Je ne voulais surtout pas faire une œuvre hyper référentielle ou trop consciente de ses références, parce que c’est quelque chose qui m’insupporte de plus en plus. Je ne supporte plus tous ces « jeunes » réalisateurs d’une/de première(s) œuvre(s) qui, constamment, font des clins d’œil à des œuvres ayant marqué leur cinéphilie et qui se complaisent - d’une certaine façon - dans cet art de la référence. J’en ai un peu marre du recyclage. Curieusement, je ne sais plus d’où m’est réellement venue cette idée de personnages étrangers à un milieu et qui débarquent dans une partie fine. La post-production a aussi été interminable car au départ, le film devait être prêt pour 2016, mais comme à chaque fois, je veux faire simple et au final, je fais plus compliqué ! Je m’étais dit qu’on allait faire un huis clos pour ne pas être tributaire des extérieurs. La première vision que j’ai eue était ces mecs qui partent en mission dans le but d’assassiner une personnalité influente et sont un peu pris au dépourvu, puisqu’ils débarquent en pleine partouze. Ensuite, la nature très noire et nihiliste du film existe car, en cours d’écriture, j’ai perdu deux personnes qui comptaient énormément pour moi, à savoir ma grand-mère et mon cousin ; ce qui m’a fait traverser une période assez douloureuse. D’ailleurs, Cruelle est la Nuit leur est dédié. Il y a donc une dimension très personnelle dans le projet et l’humour qu’on peut retrouver dans le film n’est arrivé que plus tard. Il y a un peu de moi dans chaque personnage car, même si je me considère comme apolitique, j’ai mes idées et c’est clair que parfois, je pense qu’il est préférable de tout « brûler » pour repartir sur des bases saines. C’est ce que le personnage de Kel fait dans le film, même s’il s’inscrit dans une démarche toute autre.

Tu parles d’une post-production qui a été tirée en longueur. Dans quelle mesure cela a-t-il joué sur le retard du projet ?

Il y a plusieurs choses qui sont entrées en ligne de compte. Il faut savoir qu’au départ, le court-métrage devait être réalisé pour le « COLLECTIFFF 2 » (NdA : groupe de réalisateurs de courts-métrages dont les œvres sont soutenues par le BIFFF et diffusées lors d’une édition précise du festival - le premier « COLLECTIFFF » a eu lieu en 2012 – ndlr). On a tourné trop tard par rapport à la diffusion prévue pour le BIFFF 2016 et on ne s’en est rendu compte qu’en cours de tournage. Par ailleurs, le monteur ne pouvait pas débloquer tout son temps pour travailler sur le film et en assimiler toute la matière dans un délai si court. La post-production a presque duré 10 mois. On a donc monté une bande-annonce, diffusée dans deux festivals mais pas au BIFFF, ce qui aurait pu être bizarre par rapport aux autres films du COLLECTIFFF, dûment finalisés. C’est vrai qu’on a pris le temps de bien faire les choses, en se disant qu’on avait entre les mains un film très atypique et singulier, à plus forte raison au sein du paysage cinématographique franco-belge et dans le domaine du court-métrage. Pour nous, c’était une grande délivrance lorsqu’on a assisté à la première privée du film au Cinéma Galeries (Bruxelles, le 1er novembre 2016).

 

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Alan Deprez est à Cannes avec Cruelle est la Nuit


Parle-nous un peu de la direction photo. Parce que ton court-métrage comporte, comme on le disait, une dimension nihiliste complètement assumée, mais son esthétique est très léchée. C'est sombre mais soigné. Quels étaient tes choix artistiques à ce niveau-là ?

Tout d'abord, cela fait un certain temps que je travaille avec le même chef op', Nicolaos Zafiriou. C'est une vraie collaboration artistique et je ne serais rien sans lui. Si je fais le compte, je crois qu'on a dû bosser sur une trentaine de projets ensemble, même si beaucoup d'entre eux n'ont pas abouti. Il a éclairé mes trois courts-métrages, ainsi que trois ou quatre clips, plus d'autres choses. Il faut savoir que je suis quelqu'un qui accorde beaucoup d'importance à l'esthétisme, même parfois un peu plus qu'au scénario ou au récit en lui-même. Certes, le scénario est fondamental, mais en tant que spectateur, je peux être séduit par un film qui aurait des carences scénaristiques, mais qui, visuellement, serait sublime. Par exemple, si on s’attarde sur Suspiria de Dario Argento, ce n'est pas un modèle de construction scénaristique : ce qui fait qu'on reste accroché est en grande partie dû à la direction photo de Luciano Tovoli. Je fonctionne comme ça et c'est ainsi que l’on a fonctionné sur Cruelle est la Nuit. « Zaf » (Nicolaos Zafiriou) et moi avons défini une esthétique. Nous voulions une caméra qui avait une bonne sensibilité pour le grain de la peau. Pour parler un peu technique, nous avions opté pour une caméra assez rare : l’Ikonoskop, une caméra suédoise dont la licence a été rachetée par une boîte belge, qui, par la suite, a directement fait faillite. On a vite compris pourquoi (rires), puisqu'elle était très « prototype » et nous a créé les pires emmerdes sur le tournage. Elle surchauffait tout le temps et causait parfois pas mal de problèmes au niveau de l'enregistrement des rushes (on s'est retrouvés avec des rushes inutilisables, altérés par de fines trames rappelant l’image d’une VHS usée). Mais on l'avait choisie parce que c'était une des caméras qui imitait le mieux le grain du 16 mm. On avait aussi deux autres caméras : une pour les plans un peu plus « clippés » et tournés de nuit, l’autre destinée à servir de 2ème caméra (NdA : respectivement une Sony Alpha 7S et une Pocket Black Magic, qui « matche » plutôt bien avec l’image de l’Ikonoskop – ndlr). Il est vrai que pour nous l'esthétique était super importante.

Tu mentionnais ton choix de caméra qui rendait bien le grain de la peau et tu nous parlais de Suspiria... On aurait envie de faire un parallèle avec David Lynch (Alan nous avait déjà expliqué auparavant être un grand fan de ce réalisateur). Est-ce un réalisateur qui t'influence dans tes créations ?

Peut-être bien. En tout cas il a eu un aspect fondateur pour moi parce qu'à la base, je suis un simple fan, mais c'est en découvrant Blue Velvet que j'ai voulu devenir réalisateur. Pour moi, il y a vraiment eu un avant et un après Blue Velvet. Par contre, je suis moins fan de ce qu'il a fait « récemment », comme ses travaux vidéo ou encore Inland Empire (son dernier long-métrage datant de 2006 – ndlr), qui m'a un peu horripilé. David Lynch est un réalisateur purement « sensoriel » qui sait faire fi de toutes les conventions scénaristiques encore de mises dans le métier, afin d’emmener le spectateur vers l’émotion pure.

 

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Cruelle est la Nuit au Cannes Short Film Corner


Et le giallo ? C'est un style qui t'a aussi marqué dans ton parcours cinématographique ?

J'aime beaucoup les gialli, même si je trouve qu'en ce moment, certains éditeurs en sortent un peu trop. Il y a donc une certaine overdose de gialli et c'est un peu dommage car, par exemple, pour parler d’œuvres bis, il n'y a pas que le cinéma bis italien, mais des « films d'exploitation » partout dans le monde. Il y a certain films bis grecs ou encore indonésiens qui ne sont pas exploités chez nous et heureusement qu'il y a des éditeurs comme Mondo Macabro aux États-Unis pour s'occuper de ça. Mais pour en revenir aux gialli, c'est clair que j'aime beaucoup la sensualité qui s'en dégage. Leur côté sensuel et charnel aussi, puisque c'est quelque chose qui me touche. Il y a pas mal de gialli que j'aime beaucoup comme Mais qu'avez-vous fait à Solange ? - qui est génial - ou encore certains films de Sergio Martino avec Edwige Fenech, qui est une actrice magnifique dont je tombe amoureux à chaque film (rires). Toutes les Couleurs du Vice n'est pas forcément cité par tout le monde, mais il est génial, tout comme Le Venin de la Peur de Lucio Fulci, qui se situe presque par moments entre le giallo et le film psychédélique. Mais il y en a tellement… J'aime aussi beaucoup les gialli prenant racine à Venise, comme Terreur sur la Lagune. Ils ont vraiment capté cette atmosphère de décrépitude propre à Venise, décelable par ailleurs dans La Clé de Tinto Brass, un cinéaste que j'adore. De ce réalisateur, j'apprécie beaucoup Caligula, même si le film a été truffé de plans hards retournés par le grand patron de Penthouse à l'époque, Bob Guccione. Il est évident que je suis sensible à la « recherche de sensualité » qui caractérise ce genre de films. Je pense que c'est le genre de bandes qui nécessite de savoir se déconnecter et de ne pas intellectualiser ce qu'on voit pour l’apprécier pleinement. La symbolique est très forte aussi et ça, c'est quelque chose qui me parle. Il y en a d’ailleurs beaucoup dans mes films.

Justement, le spectateur peut pointer différentes symboliques dans Cruelle est la Nuit. Comme au niveau esthétique, tu as des influences qui se ressentent clairement, si cette esthétique va de pair avec la symbolique, peux-tu nous expliquer celle-ci par rapport à ton court-métrage ?

Ce qui serait intéressant serait que toi, tu me dises ce que tu y as décelé.

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Les fameuses marches prises par l'ami Alan


La première chose qui m’a frappé dans ton film au niveau symbolique, c’est le nihilisme. Il est très présent. Ensuite, il y a des phrases qui sont énoncées par tes personnages comme par exemple, celle qu’on pouvait déjà entendre dans le trailer de Cruelle est la Nuit qui est « Au final, l’issue sera la même pour tout le monde ». Elle montre bien la vanité de la révolte. On se révolte, OK, mais finalement, comme le fait comprendre ton personnage principal, c’est un peu comme pisser dans un violon…

C’est marrant, car j’en parlais il n’y a pas si longtemps que ça avec Pascal Françaix, journaliste et essayiste, qui, l’an dernier, a écrit un brillant ouvrage sur le torture porn (Torture porn : L’horreur postmoderne). Nous étions invités dans la même émission de radio. Il m’a soufflé que, pour lui, Cruelle est la Nuit est un film postmoderne qui a su digérer pas mal d’éléments d’œuvres antérieures et dans lequel, surtout, on ne prenait parti pour aucun camp. Il y a une sorte de « pourriture généralisée ». Dans le camp des assaillants, il y a un discours très marqué, mais leur idéologie n’est pas plus défendable que les petits intérêts de l’homme politique à qui ils en veulent, qui est complètement véreux et organise des parties fines chez lui. À côté de ça, la dimension nihiliste, comme on l’a dit plus avant, me touchait beaucoup. Je pense qu’on est dans une époque un peu artificielle (un peu « fake ») et surconnectée, où les gens ont perdu le contact avec les choses et se sentent obligés de donner un avis sur tout - d’avoir tout vu, tout lu, tout entendu, alors que c’est impossible -. Je crois qu’il faut savoir se « reconnecter » aux choses. Nous sommes allés trop loin… Nous nous trouvons dans une époque complètement désenchantée, que l’on traverse avec la peur au ventre, provoquée notamment par les divers actes terroristes qui ont émaillé ces dernières années. J’espère que les gens qui verront notre film pourront y déceler cela, parce que c’est clairement sur cette base qu’il a été conçu - cette peur et cette façon d’insuffler la terreur dans l’inconscient des gens -. Maintenant, des personnes redoutent de sortir de chez elles, d’aller à des concerts, de prendre les transports en commun…. Le film renvoie un peu en creux cette image-là.

 

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Nicole Kidman au Festival de Cannes lors de cette édition anniversaire


Sans tomber dans la métaphysique, est-ce que tu voulais faire émerger une espèce de réflexion sur l’existence au travers de Cruelle est la Nuit et peut-être faire réfléchir les gens sur le fait qu’il y ait encore des valeurs auxquelles on peut encore se raccrocher ?

Il y a pas mal de choses qui sont dénoncées dans le film. Si l’on s’attarde sur Kel (incarné avec intensité par Kevin Dudjasienski), il s’agit d’un personnage qui est complètement déconnecté de la réalité et qui a perdu le contact avec son prochain. Pour lui, les personnes qui l’accompagnent ne sont même pas des frères d’armes, mais simplement de la chair à canon. Ça vient renforcer cet angle nihiliste, car quand on regarde l’itinéraire de Kel, c’est une sorte d’itinéraire vers un suicide… C’est quelqu’un qui veut mourir mais ne veut pas « mourir de sa propre mort » ; il se construit donc une espèce de quête presque mystique avec pour apothéose l’assassinat d’un homme politique (Stavros, joué par Pascal Gruselle). C’est une manière de planter le couteau dans le dos de toute cette petite bourgeoisie, bien que ça n’ait plus beaucoup de sens… C’est aussi pour ça que dans le film, Stavros lui affirme que la lutte des classes est terminée. À l’heure actuelle, on est bien au-delà de ça. Cette guerre, on l’a perdue depuis longtemps… Nous vivons maintenant dans un monde où tout est contrôlé par tous ces grands conglomérats et les multinationales. À titre d’exemple, toute cette mode du véganisme part d’une bonne intention, mais même si on paie bien cher nos produits bio (ce que je fais souvent), le sol est tout de même pollué et la plupart du temps, on ne sait même pas lorsqu’on ingère des OGM ou d'autres produits nocifs… Sinon, pour en revenir au film, il y a surtout un côté très désenchanté. Pour traiter d’un autre personnage, Sid (Bertrand Leplae), est simplement quant à lui dans une quête de virilité : c’est un faux dur et il surjoue ce côté « brut ». Sa batte de baseball est un peu l’extension de sa virilité. Et a contrario, le personnage d’Arnaud (Arnaud Bronsart) est un peu une façon de stigmatiser une partie de cette jeune génération qui ne partage plus les mêmes valeurs que nous. De vrais « branleurs » ! (rires) Ça m’insupporte, ces nouvelles générations qui n’ont plus le respect des aînés, ne prennent même plus la peine de prouver des choses par leur travail ou par leurs actes et qui pensent que tout leur est acquis. Le personnage d’Arnaud représente quelqu’un dont la vie est un peu « vide de sens » et qui tente de lui en donner un en participant à cette mission, mais il y va un peu « comme s’il allait à Walibi » (parc d’attraction belge-ndr) (c’est Arnaud qui m’avait soufflé ça durant une lecture du scénario). Il y va pour les sensations fortes, mais toute la dimension politique insufflée par le personnage de Kel lui est complètement étrangère. Il y a des tas de choses dans Cruelle est la Nuit. Ce n’est absolument pas humble de dire cela, alors que pour moi l’humilité est hyper importante, mais j’avais envie de donner un grand coup dans la fourmilière avec ce film car, comme je te le disais plus tôt, j’en ai vraiment marre de toute cette mouvance de courts-métrages qui ont une approche condescendante vis-à-vis du genre, qui se complaisent dans les clins d’œil et uniquement dans ceux-ci. Ils balancent simplement toutes leurs références à l’écran et voilà…

C’est limite parodique pour toi ?

Ouais, c’est parodique et j’en ai un peu ma claque. J’en ai vraiment marre de ce côté ricaneur où l’on adresse systématiquement des clins d’œil aux spectateurs. Par exemple, je n’ai rien contre les films de la Troma et j’en apprécie même certains, mais je suis passé à autre chose. Comme je te l’ai dit plus tôt il y a des évènements intimes qui m’ont fait changer. Mes envies de cinéma ne sont plus les mêmes qu’avant. J’ai envie de tenter une greffe de différents genres dans mes courts et qu’il y ait des variations « tonales », comme passer d’une facette crue, charnelle ou sexualisée à un aspect plus drôle. Qu’il y ait vraiment un melting pot de tout cela.

 

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Les moyens les plus classiques sont souvent les plus efficaces


Mais, en fait, ce que tu expliques là, ce sont différents côtés du cinéma dont tu es issu, quand on sait ce que tu fais. Quand on te lit dans la presse (CinémagFantastique, Mad Movies, …), on perçoit ta culture cinéma en général, mais aussi et surtout celle qui concerne le cinéma de genre, le cinéma asiatique ou encore le cinéma porno. Tu avais envie de mélanger un peu tout cela avec Cruelle est la Nuit ?

Oui, voilà. Et de nouveau, ça va paraître con ce que je vais dire, mais insérer des scènes de sexe non simulé dans un format de court-métrage, je n’ai pas l’impression que ça ait déjà été fait ou du moins, pas de cette façon-là. Désolé, mais il fallait des couilles pour oser le faire… Je trouvais ça interpellant. Le fait aussi de réunir un casting hétéroclite, où l’on associe une ex-star du porno (la ravissante Sabrina Sweet) avec des acteurs « traditionnels » comme Damien Marchal ou Bertrand Leplae, qui se retrouvent au beau milieu de vrais libertins - donc d’actes sexuels non simulés -, ça m’intéressait beaucoup. J’aimais beaucoup également le fait d’y introduire un acteur comme Pierre Nisse, qui a énormément de génie dans sa folie. Pour l’équipe technique, c’était assez nouveau car, si pour ma part, j’avais déjà eu l’occasion de tourner des reportages sur des plateaux de John B.Root (réalisateur œuvrant dans le porno) pour Hot Vidéo TV, la grande majorité des techniciens de Cruelle est la Nuit n’avaient jamais cadré, éclairé ou maquillé des acteurs impliqués dans des séquences « hard ». Ça leur a sans doute fait bizarre au début, mais très vite, leur professionnalisme a repris le dessus. Parfois, c’était même étrange pour moi, parce que même si j’avais déjà filmé des reportages de ce genre, ce n’était jamais sur mes propres plateaux, donc là, je devais choisir les positions des figurants (libertins), composer les couples… C’était particulier d’être à la lisière du hard. Cela dit, j’insiste sur le fait que ce n’est pas un porno et que ça reste un film de genre. Beaucoup de gens ne veulent pas le comprendre et disent que c’est du porno, souvent sans avoir visionné le film. Il faut dire que, depuis que j’ai été salarié chez Hot Vidéo (ça fait bientôt 4 ans que cette époque est révolue), il y a encore pas mal de personnes qui disent que je fais du porno ou que je suis dans le milieu, mais c’est totalement faux, même si j’ai pu écrire des articles à ce sujet. Cruelle est la Nuit n’est pas pornographique. C’est un court-métrage de genre avec du sexe non simulé comme il pourrait y en avoir dans les films de Gaspar Noé, par exemple.

Est-ce qu’avec Cruelle est la Nuit, vous avez pu faire passer tout ce que vous vouliez, ton équipe et toi ? Avez-vous été totalement libres en termes de création ou y a-t-il encore eu des limites qu’on vous aurait imposées ?

Pas vraiment. Les limites qu’on a pu rencontrer sont les limites de chaque court-métrage. C’est-à-dire des limites budgétaires, puisque le film n’a pas un budget faramineux et que les inscriptions en festival continuent de coûter très cher. Il y avait aussi des limites de temps, parce que ce qu’on a tourné en cinq jours aurait normalement dû nous en prendre dix. On subissait un rythme infernal, surtout concernant les trois jours pendant lesquels on a tourné dans la villa. On tournait tous les jours de 9 heures du matin jusqu’à facilement 3 ou 4 heures du matin le jour suivant… Au bout d’un moment, l’équipe technique avait envie de me tuer. Il a fallu nous forcer - le cadreur (Benjamin Liberda), le chef op’ (Nicolaos Zafiriou) et moi - à descendre en régie pour nous alimenter, parce qu’on ne mangeait même plus... On courait après notre vision - plus précisément après la mienne, car toute l’équipe était derrière moi -. De toute évidence, il y a toujours un peu de frustration, mais il s’agit certainement, de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, du résultat le plus fidèle par rapport à ce que j’avais couché sur papier. Cela étant, on a quand même dû laisser tomber une quarantaine ou une cinquantaine de plans ; ce qui nous a parfois compliqué la vie au montage... Ça ne me déplait pas du tout, mais arrivés à un certain stade, pour certaines scènes, nous avons quasiment été forcés de partir sur quelque chose d’encore plus conceptuel ou de plus minimaliste.

 

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Pour clôturer l’entretien, tu peux nous dire un peu quelles sont globalement les réactions et les échos que tu as déjà pu avoir par rapport à Cruelle est la Nuit, puisqu’il a déjà été projeté à différents endroits et festivals ?

Globalement, les échos sont positifs, ou même parfois, très bons.

S’il y avait une critique négative que tu devais retenir, ce serait laquelle ?

C’est assez difficile à dire. Je suis prêt à prendre en compte n’importe quelle remarque à partir du moment où elle est constructive. Je peux comprendre que certaines personnes aient un problème avec notre film, avec ses plans explicites ou d’autres éléments subversifs. Tu vois, par exemple, une personne m’a reproché que pour elle, Cruelle est la Nuit était « gratuit ». Alors qu’au final, tu te rends compte que cette personne n’avait pas du tout fait gaffe aux dialogues ou surtout, aux voix off en début de film… Sans cela, il n’a plus de sens… Ce n’est pas un film mainstream ni un grand film fédérateur, mais il n’a pas été pensé pour être tiède : soit tu y adhères complètement, soit tu le rejettes en bloc. Tant qu’il ne laisse pas les gens de marbre !

Guillaume Triplet et Jean-Philippe Thiriart

06:43 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals, Interviews, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : festival, de, cannes, cruelle, est, la, nuit, alan, deprez | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Regard sur le BIFFF 2017

Gantz:O

Le manga Gantz n’en est pas à sa première adaptation. Le seinen (manga à destination des jeunes hommes) a en effet déjà eu droit à un anime plutôt moyen, plus court et avec une fin différente, ainsi qu’à deux films live passés relativement inaperçus en Europe.


Le manga est désormais de retour sous la forme d’un film d’animation reprenant l’un des arcs majeurs de Gantz, celui d’Osaka. On y retrouve Kato, l’un des héros principaux de l’intrigue, ainsi que plusieurs personnages clés comme Nishi, légèrement psychopathe sur les bords.

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Mais Gantz:O, ça parle de quoi ?


Après avoir été tué lors d’une bagarre dans le métro, Kato se réveille dans un appartement de Tokyo complètement vide à l’exception d’une sphère noire et de plusieurs autres personnes. Kato est rapidement mis au parfum : il est mort et la sphère noire s’appelle Gantz. Tous les soirs, les membres de cette fine équipe sont envoyés dans les rues de Tokyo afin de combattre des hordes de monstres plus dérangeants les uns que les autres. Sauf que cette fois, changement de programme : direction Osaka et sa team locale légendaire.

On retrouve une esthétique des monstres propre au manga, extrêmement malsaine que ne renierait pas Guillermo Del Toro. Ajoutez à cela une ambiance pesante et un univers qui ne pardonne aucune erreur de la part des héros et les leur fait payer au prix d’un bras, d’une jambe ou simplement de leur vie et vous obtenez un film d’animation à l’opposé des Pixar et compagnie.

La comparaison avec le manga

Par rapport au manga, on retrouve le côté extrêmement gore et sanguinolent de l’œuvre mais on écarte un peu la sexualisation à outrance. Probablement moins politiquement correcte ? Même si les héroïnes dans leurs combinaisons de cuir rappellent tout de même ce statut d’objet que leur avait attribué l’auteur du manga, Hiroya Oku. D’autant plus qu’elles n’existent qu’à travers leurs relations aux personnages masculins. Clairement, Gantz n’est pas une œuvre féministe...

En conclusion, du bon et du moins bon. Gantz:O reste un bon divertissement d’action mais laisse un peu tomber les réflexions au delà du premier degré pourtant bien présentes dans l’œuvre originale.


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The Invisible Guest


The Invisible Guest

« I love it when a plan comes together » disait John « Hannibal » Smith dans The A-Team... Pour Adrian Dora, par contre, cela semble un brin plus compliqué.


Sorte de golden boy de la Silicon Valley espagnole, Adrian est riche, célèbre et un peu volage. Le businessman ibérique se retrouve dans de sales draps lorsqu’il se réveille dans une chambre d’hôtel fermée à clef avec pour seule compagnie, le cadavre encore frais de sa chère et tendre maîtresse.

L’affaire, a priori indéfendable, attire l’avocate Virginia Goodman, sorte de légende du barreau qui cherche à terminer sa longue série de victoires par un coup de maître. Face à son client, elle n’aura qu’une seule soirée pour préparer leur défense.

Hitchcock es-tu là ?

Le film est donc un huis-clos spatial et temporel dans lequel l’intrigue se déroule sous la forme de multiples flashbacks et versions alternatives. Qui ment, qui dit la vérité, qui manipule et qui est manipulé ? A ce petit jeu là, Virginia Goodman semble a priori la plus forte.

Cela fait parfois penser à Alfred Hitchcock, notamment dans les scènes de huis‑clos avec les clins d’œil sur les fenêtres, mais la comparaison s’arrête là tant le film se construit une identité visuelle propre à travers les scènes de flashback.

Trop de tiroirs tuent le tiroir

Mais c’est bien là le principal défaut du film. A force de balader le spectateur de versions alternatives en versions alternatives, de retourner l’intrigue et de changer les points de vues, les enjeux disparaissent et la tension également. Oriol Paulo semble vouloir nous perdre dans des plot twists simplement pour la forme, sans que cela serve le propos de son film. Pour terminer avec un retournement final assez prévisible. Le film aurait gagné à ne garder que les bifurcations les plus essentielles et à utiliser le temps ainsi gagné à construire une réelle tension narrative sans effet d’artifice.

En conclusion, à force d’essayer d’impressionner son public à coup de retournements scénaristiques, Paulo oublie de créer une vraie tension et de l’intérêt pour les enjeux de son histoire. Mais réussit malgré tout quelques tours de force, moins prévisible que d’autres.

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Loop

La vie en Hongrie, ça rigole pas. Et encore moins pour Adam lorsqu’il essaye d’arnaquer son mafieux d’employeur en planifiant de voler et de revendre des capsules d’une drogue de synthèse. Ajoutez à cela le fait que sa copine décide de le quitter et que, pour couronner le tout, cette dernière lui annonce qu’elle est enceinte de leur marmot !


Oui, sauf qu’en Hongrie, le temps ne semble pas s’écouler de la même façon que dans le reste du monde…

Vous connaissez le « Déjà-vu », cette sensation d’avoir déjà vécu une situation dans laquelle vous vous trouvez ? Adam, lui, fait entrer le déjà-vu dans une toute autre catégorie. Ses emmerdes ne semblent pas seulement s’accumuler : voilà qu’elles se répètent.

(L)Oops…

Les boucles temporelles sont monnaies courantes dans le cinéma de SF et ce n’est pas toujours simple de s’emparer d’un sujet traité 1 000 fois déjà pour en faire quelque chose de neuf.

Ici, tout repose sur le scénario : une sorte de fuite vers l’avant, sans fin, qui se replie indéfiniment sur elle-même. Adam est constamment le témoin impuissant des mésaventures qu’il a déjà vécues plus tôt et se promet inconsciemment de faire mieux la prochaine fois. Va-t-il y arriver ?

On ne retiendra pas grand chose de Loop (Hurok en hongrois) qui, malgré de bonnes intentions et quelques bonnes idées (casser la règle du « on ne peut jamais toucher son double temporel ») ne décolle jamais vraiment.


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Missing You


Missing You

C’est pas tous les jours que l’on voit un film coréen s’attaquer au thème de la vengeance !

Ou pas.

Le cinéma coréen nous a offert quelques-unes des meilleures histoires de vengeance du grand écran, l’exemple le plus connu étant surement celui d’Old Boy de Park Chan-wook (présent d’ailleurs au BIFFF cette année). Pas étonnant donc de retrouver une fois de plus ce thème dans ce premier film de Mo Hong‑Jin.

L’habit ne fait pas le tueur

Le jour de son anniversaire, le père de Hee-jo, policier de son état, est assassiné et retrouvé gisant dans son sang par sa gamine, traumatisée. Le tueur n’en est pas à son coup d’essai. Ki-bum - c’est son nom - est finalement arrêté, mais faute de preuves suffisantes, il ne passera que 15 ans en prison.

À sa sortie, Hee-jo, maintenant jeune adulte, ne l’a pas oublié et compte bien savourer sa… vengeance !

Le machiniste coréen

Au delà de la mise en scène léchée et de l’excellent travail sur la lumière, c’est surtout la prestation des acteurs (habitués aux comédies romantiques) que l’on retiendra, et particulièrement celle, glaçante, de Kim Seong-oh, tueur squelettique (il a perdu 16 kg pour le rôle) et manipulateur.

Bien que le film soit parfois inégal, certaines scènes restent imprimées dans la rétine du spectateur (notamment celle du viol de la prostituée ou du face-à-face dans la salle de bain) et contribue à faire de ce premier film une très belle réussite. Vivement la suite !


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The Oath


The Oath

Chaque année, nos voisins du Grand Nord nous abreuvent de polars dont eux seuls ont le secret. Entre les Millenium et Les Enquêtes du Département V, il y a de quoi se mettre sous la dent.


The Oath (Eiðurinn en islandais) vient se rajouter à cette longue liste mais ne figurera pas en bonne place sur celle-ci…

Finnur est un cardiologue réputé et apprécié. Il a la belle vie : maison design, pleine de bois et de béton, femme blonde et naturelle tout droit sortie d’une pub pour les Krisprolls et une petite fille trop mignonne. Sauf que Finnur à une deuxième fille, plus âgée, d’un autre mariage. Une ado rebelle raide dingue de son dealeur de petit copain. Un mec tout à fait charmant qui n’apprécie pas que l’on s’intéresse à son business et qui le fait savoir de façon un peu agressive. Et ça, bah Finnur, il aime pas trop.

Il y a lenteur et lenteur

Entre quelques plans magnifiques de l'Islande enneigée, la tension ne dépasse jamais les quelques battements par minute et le film semble entrer lentement en arythmie. C’est dommage parce que le potentiel est là, ainsi que les enjeux : jusqu’où un homme ordinaire est prêt à aller pour protéger sa fille et ce même contre son gré.

Plusieurs pistes sont également laissées en suspens, comme la menace constante des mauvaises fréquentations d’Ottar (le copain dealeur) qui n'apparaîtront jamais dans le film.

Resteront en mémoire, après le générique, une mise en scène sobre, efficace mais aussi très classique et quelques plans sur les routes islandaises.


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The Icebreaker


The Icebreaker (ou Titanic au Pays des Soviets)

À vrai dire, nous n'avons pas grand chose à raconter sur ce film. Après visionnage, il ne nous a fait ni chaud, ni froid. (D'accord, on sort.) On sent l’influence des films américains, style Roland Emmerich & Co avec, ici, une dose de patriotisme russe et un plus petit budget effets spéciaux.

Petrov est le capitaine du Mikhail Somov, un brise-glace soviétique faisant route dans l’Antarctique. Après une rencontre fortuite avec un iceberg évité de peu, Moscou décide d’envoyer un nouveau capitaine pour le remplacer. Sauf que ce dernier est pas des plus malins et coince son bateau et tous ses camarades dans les eaux glacées du Pôle Sud. En attendant que la bureaucratie communiste décide de venir les sauver, ils sont bons pour les rations réduites, le froid et ce satané iceberg qui les suit comme une bête en rut.

Preuve qu’Hollywood n’a plus le monopole des blockbusters qui envoient du lourd, The Icebreaker n’a pas d’autre réel intérêt que le divertissement pur et dur.


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Orbiter 9


Orbiter 9

Depuis sa plus tendre enfance, Helena n’a connu que l’environnement restreint du vaisseau spatial qui l’emmène coloniser une planète lointaine. Peu après sa naissance, suite à une avarie dans le système de survie du vaisseau, ses parents sont obligés de se sacrifier afin de lui permettre de survivre.


Et voilà qu’un beau jour, l’intelligence artificielle du vaisseau lui annonce la visite imminente d’un technicien venu réparer le système défaillant. Panique à bord : la demoiselle va rencontrer un autre être humain pour la première fois de sa vie. Mais elle est loin de se douter du bouleversement que cette première interaction sociale va engendrer.

Tel est pris qui croyait prendre

Le film parvient de façon assez surprenante à changer totalement de cap après les 20 premières minutes. Et si l’on peut se sentir trompé sur la marchandise au premier abord, le sentiment se transforme assez vite en réflexion plus poussée. La plupart des films traitant du voyage interstellaire omettent souvent d’aborder la question du sacrifice d’un tel voyage et du sort des pionniers d’une telle exploration.

Quel est le prix éthique ou moral de l’exploration spatiale et de la survie de l’espèce humaine ? Bien que le film choisit assez vite son camp, la question peut rester ouverte dans la tête du spectateur bien après le générique de fin.


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Tunnel


Tunnel

Assurément l’un de nos coups de cœur de ce BIFFF 2017 (à juste titre récompensé par le Prix de la critique) ! Enfin un bon film catastrophe qui s’assume et ne cherche pas à faire du sensationnalisme à tout prix !


Jeong-soo rentre chez lui après une journée de boulot et son chemin l’amène à emprunter un tout nouveau tunnel, censé raccourcir le temps de trajet des navetteurs vers Séoul. Mais alors qu’il est à mi-chemin dans le ventre de la bête, il est déjà trop tard. Le tunnel s’effondre comme un château de carte et Jeong‑soo se retrouve coincé dans la carcasse de sa voiture avec pour seuls vivres deux misérables bouteilles d’eaux et le gâteau d’anniversaire de sa fille. À l’extérieur, les secours s’organisent malgré les lenteurs administratives et les agendas politiques. Mais arriveront-il à le dégager à temps ?

Tu la sens la grosse critique ?

Mais le concept ne s’arrête pas à ce « simple » fil narratif géré de main de maître par le réalisateur Kim Seong-Hun grâce à un subtil mélange d’humour et de tension sans jamais tomber dans le sensationnalisme ou le larmoyant. Kim dépasse le carcan du film catastrophe et se tourne assez brillamment vers la satire politique au vitriol et tire à boulets rouges sur les politiques corrompus et les journalistes avides d’images fortes et de sensations qui le sont tout autant. Tout le système coréen en prend pour son grade et on en vient à regretter de ne pas avoir plus de films aussi audacieusement critiques dans nos contrées.

America ≠ Korea

Le cinéma américain nous a habitué aux clichés à la pelle dans ce genre de film et Tunnel les évite tous de façon naturelle. Mention spéciale au chef des pompiers, à mille lieues du super-héros sauveur comme aurait pu l’être un Bruce Willis aux USA.

Kim Seong-Hun a été marqué, comme beaucoup de Coréens, par la tragédie du Ferry Sewol en 2014. Cette influence s’en ressent d’autant plus dans la virulence et la pertinence de sa critique. Critique qui se transpose étonnamment bien à l’Europe de l’Ouest. Tous pourris partout ?

Simon Van Cauteren

03:24 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Bilans de festivals, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, international, film, fantastique, bruxelles, critiques, films, tunnel | |  Facebook | |  Imprimer |