23 Juil.

Coup d’œil sur le BIFFF 2018

Encore une fois, le Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) nous aura gâtés cette année. Certes c’est devenu une habitude au fil des ans mais cette année pourrait bien être marquée d’une pierre encore plus blanche tant la sélection et les surprises de cette édition 2018 auront été de taille. Bien entendu la liste ne comportait pas uniquement des bandes dignes d’entrer au panthéon du film de genre mais ne faut-il pas se taper parfois quelques bouses pour encore plus apprécier des films de qualité ?
Compte-rendu de notre festival.

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DOWNRANGE (2017 - USA) de Ryuhei Kitamura


Comme entrée en matière, Downrange est loin de laisser une trace indélébile dans les mémoires avec cette histoire de six jeunes (trois mecs, trois filles, parité oblige) covoiturant sur les routes californiennes et pris pour cibles par un mystérieux sniper doté d’un stock de munitions proche de celui d’un bataillon complet.

On attendait beaucoup de ce film vendu comme un concentré de terreur pure mais surtout réalisé par Kitamura (Midnight Meat Train – 2008). Mais force est de constater que le film est loin de tenir ses promesses par un manque de rythme certain. Quelques passages intéressants tirant vers le gore pur jus sont là pour rattraper le coup mais après une heure seulement. On regarde donc sa montre et on se dit que si on aime ce schéma de survival, autant se retaper Les Proies (2008 – de Gonzalo Lopez-Gallego) dans lequel la tension était nettement plus palpable.

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BELZEBUTH (2017 - Mexique) d’Emilio Portes


Environ tous les 1000 ans, Jésus revient sur terre, comme il l’avait promis au moment de se faire crucifier. Mais bien sûr, pour cela, il est obligé de se trouver un hôte (la plupart du temps un gosse) comme enveloppe corporelle, chose qu’est bien obligé de faire Belzebuth aussi s’il veut se débarrasser de son rival. Une infirmière qui fait un carnage dans une maternité, un gosse qui dérouille ses copains de classe et une femme de ménage qui joue avec l’électricité dans une piscine remplie de gamins, le tout au Mexique, plus de doute, ce pays aura été choisi comme nouvelle terre d’affrontement entre le Bien et le Mal. Le flic du coin aura fort à faire pour mettre un terme au combat.

Première très belle surprise du BIFFF 2018, Belzebuth est un film qui se dévore et ne met pas des plombes à démarrer grâce à une scène osée mais bougrement efficace. Le choix des acteurs donne une réelle authenticité aux personnages et les théories développées (rappelons que nous sommes au Mexique, terre de croyances) permettent au spectateur d’être tenu en haleine. Bien que le film ne soit pas parfait et pèche parfois à cause de scènes quelque peu grotesques, il n’en représente pas moins une petite perle de cinéma fantastique à classer dans notre top 5.

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TERRIFIED (2017 - Argentine) de Demian Rugna
Titre original : ATERRADOS


Descendons un peu plus en Amérique du Sud pour nous retrouver en Argentine où un quartier est en proie à toute une série de phénomènes inexpliqués se produisant depuis plusieurs années aux quatre coins du monde, dans des endroits où seuls des enquêteurs spéciaux sont à même de s’enfermer pour étudier selon eux « lumière et obscurité qui partagent une même réalité, un même esprit au même moment ».

Avec sa structure en flashbacks, Terrified est une bande intéressante. Un film sur le paranormal relativement bien réussi où l’ambiance lourde est retranscrite à l’écran par des éléments simples (claquements de portes avec nettement plus d’effets que dans un Paranormal Activity par exemple). Pour son second long-métrage, Demian Rugna signe une petite réussite dotée d’une photo rendant de fort belle manière l’atmosphère relatée.

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VERONICA (2017 - Espagne) de Paco Plaza


Pour continuer dans le genre des films d’esprits démoniaques latins, arrêtons-nous en Espagne avec le dernier méfait de Paco Plaza, co-auteur, avec Jaume Balaguero, de la franchise REC. Faut-il encore le rappeler ?

Inspiré d’un fait réel (élément on ne peut plus vendeur ces dernières années, tout comme les films de possessions finalement), Veronica nous narre l’histoire d’une jeune adolescente madrilène qui, en 1991, suite à une séance de ouija avec ses amies, s’est retrouvée aux prises avec une entité mystérieuse. La légende et les recherches internet affirment que ce dossier fut le premier à comporter un rapport mentionnant clairement des constatations de phénomènes paranormaux.

Paco Plaza nous revient donc avec ce film qui n’apporte rien de vraiment neuf sous le soleil. Certes le film se laisse regarder malgré une mise en place un peu longuette mais le schéma reste on ne peut plus classique. On demeure simplement curieux par rapport au fait que les évènements se soient réellement produits. Pour info, le film est disponible sur Netflix.

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EX FUNERIS (2018 - Belgique) d’Alexandre Drouet


Sur le papier, Ex Funeris laissait espérer du bon, du classique mais du bon. En racontant l’histoire d’une société capable de faire revenir les morts à la vie, les questions éthiques et la réappropriation du mythe du zombie sur fond de « post-apo » tourné en noir et blanc auraient pu être intéressants. Surtout que lorsqu’on se renseigne un peu, on se rend compte que s’il a été présenté ici en 2018, Ex Funeris a été tourné entre 2010 et 2012, signe que le réalisateur a cru en son projet au point de s’y investir sur le long terme, c’est le moins que l’on puisse dire. Malheureusement un jeu d’acteurs aux abonnés absents a très rapidement fait décrocher votre serviteur.

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DHOGS (2017 - Espagne) d’Andres Goteira


Contraction de « Dog » (chien) et « Hog » (porc), Dhogs veut dresser un tableau de la raclure humaine. Différents portraits sont dressés, différents destins développés. On y croise un homme d’affaire volage, un taximan travesti, une cinquantenaire qui se prostitue derrière la vitre d’une station essence ou encore un « campesino » (équivalent espagnol d’un « redneck ») un poil pervers accompagné de son chien. Ça brasse assez large niveau personnages, ça manque parfois cruellement de rythme et on se demande de temps à autre où le réalisateur veut emmener le spectateur mais le tout n’est pas trop mal ficelé quoique parfois peut-être un peu trop conceptuel. Mais Dhogs ressort tout de même avec le Prix de la critique du Festival.

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BEYOND SKYLINE (2017 - UK/Chine/Canada/Indonésie/Singapour/USA) de Liam O’Donnel


Au retour du commissariat de Los Angeles où Mark est encore une fois allé chercher son fils, qui s’est fait pincer pour une bagarre, la ville est attaquée par une flotte de vaisseaux extraterrestres. Voilà pour le pitch.

Suite du Skyline des frères Strause, Beyond Skyline aura été l’un des gros divertissements visuels de cette année. Le genre de film où vaisseaux et aliens sont esthétiquement intéressants, où les bastons divertissent mais où malheureusement Iko Uwais (The Raid, Merantau…) fut quelque peu sous-exploité. Qu’à cela ne tienne, le film représente un petit plaisir coupable qu’on n’aura pas boudé.

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A SPECIAL LADY (2017 - Corée du Sud) d’An-Kyu Lee


Une organisation criminelle tient des gros bonnets par les couilles grâce à des vidéos filmées dans des chambres où ces influents personnages s’adonnent avec des jeunes femmes à des parties parfois bien plus que fines. Derrière cette structure se cache une femme puissante et dangereuse. Mais lorsqu’un procureur véreux, bien décidé à se venger de s’être fait avoir, découvre qu’elle cache un fils depuis presque 20 ans, sa possibilité de se venger est toute trouvée.

Cette sorte de House of Cards dans les coulisses du crime organisé n’est ni plus ni moins que l’un des films forts de ce BIFFF 2018. Avec ce personnage féminin vengeur et prêt à tout, interprété par une Hye-Su Kim incroyablement convaincante, le réalisateur An-Kyu Lee (scénariste en 2008 du barré Le Bon, la Brute et le Cinglé) signe un véritable coup de poing cinématographique comme premier long-métrage en tant que réalisateur. Tout y est pour que la sauce prenne de fort belle manière : une histoire captivante, une violence qui la sert, un rythme calculé, la symbolique de la femme forte mais également la vengeance, le business, le pouvoir et la manipulation comme fils conducteurs. Le clivage entre bien et mal est exploité de telle sorte que les questionnements ne manquent pas : L’homme de pouvoir est-il une pourriture ? Le criminel endurci a-t-il encore certaines valeurs ? … Un film réussi de bout en bout qui est à ranger parmi nos gros coups de cœur et qui, en plus, est reparti avec une Mention spéciale dans la compétition pour le Prix du Meilleur thriller.

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TRAUMA (2017 - Chili/Nouvelle-Zélande) de Lucio Rojas

Quatre jeunes femmes décident de s’offrir un bon bol d’air et d’amusement dans le fin fond de la campagne chilienne. Si le tout commence admirablement bien, la suite va virer au cauchemar avec la visite impromptue d’un homme rompu à la torture et de son fiston.

Trauma ou l’archétype du film survendu. Si on l’annonçait comme la bande la plus violente et dérangeante depuis A Serbian Film, remettons d’emblée les choses dans leur contexte. Certes Trauma est violent, certes plusieurs scènes sont osées mais le côté psychologique est très vite mis de côté au détriment d’un amoncellement de tortures en tout genre qui finalement n’a plus grand sens tant le film passe à côté de son propos. Le réalisateur Lucio Rojas voulait une critique des atrocités que le régime Pinochet a pu faire subir à la population chilienne (en prendre pour preuve le dossier de presse que l’équipe du film diffusait et dans lequel ces violences étaient sommairement expliquées), malheureusement on se retrouve face à un mélange de home invasion et de rape and revenge plutôt qu’à un véritable questionnement historico-politique pour le spectateur. Pour ça, on se tournera vers de bons documentaires. Très dommage.

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DOUBLEPLUSUNGOOD (2017 - Belgique) de Marco Laguna


Dago Cassandra est un truand, mais pas n’importe lequel, un truand qui revient dans son royaume après 15 ans pour éliminer les 12 apôtres de Lucifer.

Script assez fou pour un film qui l’est tout autant. Réalisé par l’ancien chanteur de La Muerte (groupe belge de gros rock pour ceux que ça intéresse), Doubleplusungood a été tourné sur cinq ans en super 16, ce qui lui confère une esthétique et un grain à la « grindhouse » particulièrement plaisant. Point de vue image, bande son, voix, musique et bruitages, l’ambiance dégagée par le film est à mi-chemin entre le poisseux et l’envoûtant, le film noir et le film d’horreur. Un long-métrage inattendu, singulier, qui ne manque pas d’idées au niveau de sa mise en scène (cette scène de poursuite en voiture, aaaaah) où le personnage principal, avec sa gueule à la De Niro, assure le rôle du bandit en quête de vengeance ou de rédemption avec une aisance déconcertante. Mystique voire christique, la surprise est de taille.

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FREEHOLD (2017 - UK) de Dominic Bridges


Hussein est un agent immobilier mais surtout un petit con bordélique. Ce qu’il ignore, c’est qu’il ne vit pas seul dans son appartement car, lorsqu’il est absent, un mystérieux colocataire aussi grand que maigre sort de sa cachette et profite des lieux. Si au départ, ce qu’il y fait n’a rien de méchant, l’escalade dans le crade sera rapide. Pourquoi est-il là ? D’où vient-il ? C’est toute l’intrigue.

Inspiré au réalisateur par un fait divers hong-kongais où une femme aurait vécu durant trois ans derrière un frigo dans un appartement, Freehold est le genre de comédie gentiment noire qui fait bien sourire. Idées cocasses et subtilités sont au rendez-vous tant et si bien qu’on s’attend à une belle surprise en termes de dénouement. Néanmoins, ce dernier nous a semblé relativement plat et vite torché. Pas génial donc.

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HUNTING EMMA (2017 - Afrique du Sud) de Byron Davis


Deon Meyer est un très célèbre auteur de best-sellers. Entre deux bouquins, et quand ça lui prend, il se met à écrire des scénarios. Le problème est que la manière dont il les écrit n’est pas la plus cinématographique qui soit. Et le cas de Hunting Emma en est la parfaite illustration. Certes le personnage d’Emma, en plus d’être canon, est assez attachant mais malheureusement son histoire l’est moins. En gros, une institutrice décide d’aller rendre visite à son père pendant les vacances. Ce père, ancien membre des forces spéciales, habite dans la savane. Sur la route, pas de bol, une panne de voiture va précipiter notre sympathique héroïne sur le chemin d’une bande de vilains voyous qui se verront obligés de l’éliminer. Enfin, essayer de l’éliminer parce qu’il y a de fortes chances que le père d’Emma, vu son passé, lui ait appris quelques trucs et astuces qui pourraient bien lui servir.

Cette histoire de Lara Croft sud-africaine aurait pu séduire. Cependant, il est clair que la narration du film et les moments où on s’attarde à outrance sur des passages qui ne peuvent pas être aussi longs au cinéma font clairement tache. Dans un roman, une description beaucoup plus fouillée d’un personnage sur plusieurs pages est tout à fait permise, mais pas sur celles d’un scénario. Que Deon Meyer continue ses bouquins car apparemment ça, il le fait bien.

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CHARISMATA (2017 - UK) d’Andy Collier et Toor Mian


Rebecca, flic au bout du rouleau, est confrontée à une affaire de tueur en série aux rituels sataniques dans laquelle elle cible directement un suspect. Si elle a pu faire ses preuves autrefois, elle peine à se faire entendre aujourd’hui, surtout avec les casseroles qu’elle traine derrière elle. Elle persévère bien sûr et ne lâche pas l’affaire mais jusqu’à quel point pourra-t-elle tenir face à ses démons ?

Charismata est le genre de thriller surnaturel loin d’être dégueulasse de prime abord. Le film se veut sérieux mais ne manque pas les quelques occasions de lâcher un trait d’humour british. Un X-Files-like (pour le genre d’affaires traité et aussi pour la tension, parfois sexuelle, qui règne entre les deux enquêteurs principaux) qui fonctionne mais seulement jusqu’à un certain point. Le problème n’est pas forcément la baisse d’intensité due au fait qu’on s’attarde parfois un peu trop sur le personnage principal, mais que l’ensemble soit pas mal foutu du tout mais entaché par une tournure un peu trop grotesque dans sa dernière partie.

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THE PLACE (2017 - Italie) de Paolo Genovese


Sans conteste l’OVNI de cette édition 2018, le nouveau film de Paolo Genovese (Perfect Strangers en 2016 « remaké » par Alex de la Iglesia en Espagne et Fred Cavayé en France, c’est lui) est un huis clos dans un bar-restaurant. Au fond de l’établissement, assis à la même table jour et nuit, un mystérieux inconnu muni d’un agenda de la taille d’un grimoire. Chaque jour, des inconnus viennent auprès de lui en « consultation ». Pourtant il n’est ni médecin, ni psychologue. Il semble juste capable de réaliser les vœux de ses clients à condition que ceux-ci, en contrepartie, accomplissent une tâche qui n’est jamais des plus catholiques. Un mal pour un bien en somme.

Le huis clos est un exercice cinématographique périlleux, mais Paolo Genovese réussit un véritable tour de force en proposant un film dont le rythme se base de fort belle manière sur le scénario et les dialogues des personnages. Certes, The Place aurait pu être amputé de 15 minutes mais malgré cela, on ne peut que saluer la maîtrise dont a fait preuve le réalisateur italien. Certes, la question nous titille toujours un peu de savoir ce qu’un film pareil faisait dans la sélection du BIFFF, même si les possibilités d’interprétations fantastiques sont multiples, mais au final on se dit que ça n’a peut-être pas beaucoup d’importance.

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THE ENVELOPE (2017 - Russie) de Vladimir Markov
Titre original : KONVERT


Au vu du titre, il doit sûrement y avoir du courrier dans l’histoire me direz-vous. Et votre serviteur de vous répondre : bien vu.

Igor, chauffeur un peu VIP d’une société moscovite, se voit confier une mission par la craquante petite secrétaire : porter un courrier livré par erreur à ladite société à deux rues de là. Alors qu’il se trompe une première fois d’adresse, puisqu’elle a la manie de se modifier à même l’enveloppe, et rencontre une dame pas super agréable qui le convainc de poursuivre sa « mission » à la condition de ne jamais essayer d’ouvrir ce courrier, Igor s’embarque dans une mésaventure qu’il ne soupçonnait pas, faite de réflexion sur son passé et autres joyeusetés.

Vous aurez remarqué que souvent, dans nos critiques, nous abordons le problème du timing et du rythme des films. Pourquoi ? Simplement parce que ça nous paraît important et qu’un timing parfait contribue grandement à l’appréciation d’un métrage. Et bien ici, nous sommes un peu devant le contre-exemple du bon rythme tant The Envelope paraît durer 2 heures alors qu’il ne fait… qu’1h15 (probablement le film le plus court de cette édition 2018). Pourtant, et c’est bien dommage, l’histoire n’est pas inintéressante mais il faut se rendre à l’évidence, Vladimir Markov a semble-t-il eu quelques difficultés à la retranscrire efficacement à l’écran. On a l’impression de se trouver devant un melting pot d’idées inachevées servi par des acteurs pas toujours au top de leur forme. Il reste que la photo rend bien. C’est déjà ça.

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PARTY HARD, DIE YOUNG (2018 - Autriche) de Dominik Hartl


Plusieurs jeunes de la même classe terminent leur année scolaire en allant s’éclater sévère dans l’une des plus grosses fiestas d’étudiants en bordure de plage. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que l’une des jeunes filles de la bande disparaisse. Si les copains se disent « c’est bon, elle va revenir », sa meilleure amie Julia, avec qui elle venait de s’engueuler d’ailleurs, se dit quant à elle « mmmh non peut-être pas » (pas mal les répliques inventées sur le vif, vous ne trouvez pas ?). En gros, selon elle, quelque chose de grave est arrivé et la disparition d’un autre membre de la bande lui donnera finalement raison.

Tourné durant une fête de 15 jours en Croatie (pour ne pas avoir à payer les figurants, c’est pas mal pensé), Party Hard, Die Young est le genre de film de « vengeance à retardement » où une bande d’ados se retrouve confrontée à un boogeyman masqué qui est venu spécialement pour punir ces gamins de leurs conneries passées. Trop classique, vu et revu, le genre ne sera pas révolutionné ici.

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EDERLEZI RISING (2018 - Serbie) de Lazar Bodroza


En 2148, Milutin, en tant qu’astronaute chevronné, est envoyé en mission vers l’Alpha du Centaure. Mais comme le voyage va durer bien longtemps, la société Ederlezi décide de le faire partir avec une androïde qui répondra à ses envies et/ou attentes suivant le paramétrage qu’il décidera. On suppose que vous imaginez la suite et que vous l’imaginez relativement bien.

Malgré là aussi un concept de départ et un côté introspectif du personnage principal pas inintéressants, le premier long-métrage de Lazar Bodroza peine à capter l’attention du spectateur sur la longueur à cause d’une mise en place peut-être nécessaire mais bougrement longue. On tourne pas mal en rond au final.

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MEMOIR OF A MURDERER (2017 - Corée du Sud) de Shin-Yun Won


Un père, atteint de la maladie d’Alzheimer, qui veut protéger sa fille d’un tueur en série en activité. Rien qu’au titre, vous aurez compris que le père en question a lui aussi un passé quelque peu douteux. Et c’est justement là que tout se joue : qui mieux qu’un tueur peut en connaître un autre ? Alors que les confusions du père l’amènent parfois sur de fausses pistes au point de douter de lui, il devra toujours être sur le fil du temps que lui octroie sa mémoire pour tenter de sauver sa fille.

Récompensé par le Prix du thriller de ce BIFFF 2018, Memoir of a Murderer est encore l’un de nos coups de cœur. Un thriller parfaitement maîtrisé au scénario incroyablement efficace.

Décidément, la Corée du Sud aura encore frappé fort cette année avec la Mention spéciale du Prix du thriller pour A Special Lady dont nous parlions avant, et ici le premier prix de la catégorie. C’est là qu’on se rend clairement compte que les Sud-Coréens savent écrire des histoires prenantes, des histoires à tiroirs et développer des figures cinématographiques subjugantes. Memoir of a Murderer aura absolument mérité les honneurs qui lui ont été alloués tant la qualité est au rendez-vous. À conseiller plus que vivement.

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YURIGOKORO (2017 - Japon) de Naoto Kumazawa


Ryosuke tient un petit restaurant avec sa future femme. Mais un jour, celle-ci disparaît sans prévenir.

Ryosuke rend visite à son père mais celui-ci lui annonce qu’il n’en a plus pour très longtemps à vivre suite à une maladie grave.

Ryosuke découvre, en fouillant dans les affaires de son paternel, un mystérieux journal intime qui apparaît vite comme le journal d’un tueur, ou plutôt d’une tueuse qui n’est autre que sa mère, disparue subitement lorsque Ryosuke était encore enfant.

Autant le dire tout de suite, Yurigokoro s’est clairement apparenté à un chef-d’œuvre pour nous lors de sa projection. La narration en flash-backs dévoilant peu à peu les parallèles entre les différents évènements vécus par Ryosuke est une réussite totale. Mais la narration n’aurait rien été sans la poésie incroyable qui sous-tend le film. Sur une musique fantastique, on se surprend à être gagné par une émotion sans cesse grandissante qui nous force à nous poser la question de savoir ce qui est moralement acceptable.

Adapté d’un roman ayant fait grand bruit, sorti en 2012 et écrit par Mahokaru Numata, Yurigokoro semble suivre le même chemin et marcher sur les charbons ardents de l’éthique. C’est d’ailleurs sans nul doute cet aspect qui fait de lui une véritable pièce maîtresse et notre ultime coup de cœur de ce BIFFF 2018.

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Espérons vivement une édition au moins aussi riche en 2019. En tout cas, on prend déjà rendez-vous ne serait-ce que pour vérifier la chose.

Guillaume Triplet

08:01 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Bilans de festivals, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, international, film, fantastique, bruxelles, critiques, yurigokoro, memoir, of, a, murderer | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Ils ne lui seront plus HOSTILES de sitôt

Deuxième semaine cinéma pour le film Hostiles, dont nous avons choisi de vous parler aujourd’hui. Scott Cooper réalise ici son quatrième film, certainement le plus abouti. Il avait déjà signé le très bon drame Strictly Criminal. Il s’attaque ici à un genre fort différent : le western.

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Et le résultat est tout bonnement époustouflant. Les acteurs principaux, Christian Bale et Rosamund Pike, sont au sommet de leur art. Certains penseront certainement à un simple copier-coller du très bon 3h10 pour Yuma mais force est de constater que ce western fait bien plus que lui arriver à la cheville. De plus, il convient de constater que les très bons westerns actuels sont rares alors que les films estampillés DC Comics et Marvel et autres films de super héros n’ont jamais été aussi nombreux.

L’histoire débute par une mission confiée à un gradé de l’armée américaine (Christian Bale). Il devra escorter un chef indien mourant (Wes Studi, vu dans Danse avec les Loups, Le dernier des Mohicans et Geronimo) alors qu’il s’est toujours battu contre ce chef des Cheyennes. Dans leur périple, ils seront rapidement rejoints par Rosalie Quaid (Rosamund Pike) dont la famille a été massacrée par des Indiens Comanches, ennemis jurés des Cheyennes. Les quelques hommes chargés de l’escorte seront rapidement forcés d’écouter les conseils des Cheyennes afin de faire face aux dangers qui les menacent tous.

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Si le jeu des acteurs est grandiose, c’est surtout les différents rebondissements de l’histoire qui en marqueront plus d’un. Le réalisateur n’a pas peur de montrer une image peu envieuse de l’Amérique de l’époque au niveau des préjugés et de la suprématie des blancs sur les autres peuplades qui habitaient pourtant le Nouveau Monde bien avant l’arrivée des premiers colons.

Le metteur en scène reste dans le western d’un bout à l’autre de son film sans s’entourer des autres genres. Mais cette volonté de ne pas s’éparpiller permet sans nul doute au spectateur de ne jamais perdre le fil conducteur de l’histoire. Le convoi formé d’Indiens et d’Américains pure souche peut apparaître comme externe ou en marge de la société mais cette alliance entre deux communautés qui jadis se détestaient est sans doute un exemple à suivre pour continuer à avancer face aux vrais dangers qui guettent.


Il s’agit sans nul doute à nos yeux du meilleur western de ces dix dernières années.

Raphaël Pieters

12:28 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hostiles, western, christian, bale, scott, cooper, rosamund, pike, strictly, criminal, wes, studi, danse, avec, les, loups | |  Facebook | |  Imprimer |

Ils ne lui seront plus HOSTILES de sitôt

Deuxième semaine cinéma pour le film Hostiles, dont nous avons choisi de vous parler aujourd’hui. Scott Cooper réalise ici son quatrième film, certainement le plus abouti. Il avait déjà signé le très bon drame Strictly Criminal. Il s’attaque ici à un genre fort différent : le western.

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Et le résultat est tout bonnement époustouflant. Les acteurs principaux, Christian Bale et Rosamund Pike, sont au sommet de leur art. Certains penseront certainement à un simple copier-coller du très bon 3h10 pour Yuma mais force est de constater que ce western fait bien plus que lui arriver à la cheville. De plus, il convient de constater que les très bons westerns actuels sont rares alors que les films estampillés DC Comics et Marvel et autres films de super héros n’ont jamais été aussi nombreux.

L’histoire débute par une mission confiée à un gradé de l’armée américaine (Christian Bale). Il devra escorter un chef indien mourant (Wes Studi, vu dans Danse avec les Loups, Le dernier des Mohicans et Geronimo) alors qu’il s’est toujours battu contre ce chef des Cheyennes. Dans leur périple, ils seront rapidement rejoints par Rosalie Quaid (Rosamund Pike) dont la famille a été massacrée par des Indiens Comanches, ennemis jurés des Cheyennes. Les quelques hommes chargés de l’escorte seront rapidement forcés d’écouter les conseils des Cheyennes afin de faire face aux dangers qui les menacent tous.

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Si le jeu des acteurs est grandiose, c’est surtout les différents rebondissements de l’histoire qui en marqueront plus d’un. Le réalisateur n’a pas peur de montrer une image peu envieuse de l’Amérique de l’époque au niveau des préjugés et de la suprématie des blancs sur les autres peuplades qui habitaient pourtant le Nouveau Monde bien avant l’arrivée des premiers colons.

Le metteur en scène reste dans le western d’un bout à l’autre de son film sans s’entourer des autres genres. Mais cette volonté de ne pas s’éparpiller permet sans nul doute au spectateur de ne jamais perdre le fil conducteur de l’histoire. Le convoi formé d’Indiens et d’Américains pure souche peut apparaître comme externe ou en marge de la société mais cette alliance entre deux communautés qui jadis se détestaient est sans doute un exemple à suivre pour continuer à avancer face aux vrais dangers qui guettent.


Il s’agit sans nul doute à nos yeux du meilleur western de ces dix dernières années.

Raphaël Pieters

12:28 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hostiles, western, christian, bale, scott, cooper, rosamund, pike, strictly, criminal, wes, studi, danse, avec, les, loups | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

INDOCHINE - interview du réalisateur Régis Wargnier - ce soir à 20h55 sur Arte

Le mercredi 20 avril 2005, le réalisateur français Régis Wargnier était à Bruxelles pour présenter Man to Man, sorti sur nos écrans une semaine plus tard. Une belle rencontre, que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui, tandis qu'est projetée ce soir à 20h55 sur Arte son oeuvre majeure : Indochine.

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Comment sort-on d'un tournage finalement assez mouvementé ?

Alors, en tout cas, on n'en sort pas tout de suite parce que le système est tel que lorsque vous rentrez du tournage, vous enchaînez sur le montage. D'ailleurs, c'est peut-être mieux pour nous parce qu'on n'a pas ce sentiment d'abandon ou de perte que les techniciens ont quand ils rentrent en plus d'un voyage pareil où ils sont partis de chez eux. C'est un peu comme s'ils partaient en croisière. Et puis un jour, ils rentrent au port : ils sont heureux de rentrer et en même temps, il y a une nostalgie de l'aventure qu'on a tous partagée. Moi, j'ai la chance de la poursuivre.

Vous avez deux fois fait l'acteur dans les films d'autres personnes. Est-ce que l'idée de jouer un rôle - même mineur - un jour dans l'un de vos films vous trotte parfois dans la tête ?

Jamais. Jamais je ne jouerai dans l'un de mes films. D'abord, je ne me sentirais pas à l'aise devant mon équipe et mes acteurs. Je ne ferai jamais ça. C'est une marque de fabrique d'Hitchcock, c'est amusant. D'ailleurs, ça trouble quand on le voit passer dans des films. On se dit : « Ah tiens, le voilà ! ». Donc ça trouble un peu. Non, jamais, sauf incident majeur ou un petit rôle mais qu'on ne peut pas confier à n'importe qui... Si l'acteur n'est pas là ou qu’il y a eu un incident et qu’il faut le remplacer au pied levé. Mais je ne le désire pas.

Après maintenant plus de 30 ans de cinéma, dont 20 dans la réalisation, quels sont vos projets après ce film-ci ? Qu'en est-il du projet que vous aviez de raconter l'histoire de Saint Exupéry, avec éventuellement Edward Norton dans le rôle principal ?

Saint Exupéry, oui, c'est un projet que j'ai eu avant et sur lequel je ne me suis pas tout à fait entendu avec les Américains qui voulaient le produire, qui étaient d'ailleurs une boîte d'indépendants. Donc, je pense qu'ils étaient peut-être plus souples que les majors et en même temps je pense qu'ils n'avaient pas monté le financement et qu'il fallait aller au charbon comme si c'était un film européen. Je me retrouvais en Amérique mais il n'y avait pas l'avantage d'être en Amérique. Il fallait prouver qu'on avait les acteurs avant de pouvoir financer le film donc ça, c'est des méthodes qu'on a chez nous, en Europe en tout cas.

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Joseph Fiennes


Et puis je n'avais pas le même point de vue sur le personnage donc je n'ai pas été au bout de ce projet. Et oui, j'avais pensé à Edward Norton, ainsi qu’à d'autres d’ailleurs. C'est vrai que Norton est un acteur que je trouve tout à fait étonnant, même s'il ne ressemble pas à Saint-Exupéry. Mais il y a un moment de toute façon où les acteurs s'imposent dans un rôle. C'est intéressant parce que les éditeurs du livre qu'avaient utilisé les producteurs américains viennent de me relancer en me demandant si j'avais toujours l'intention de travailler sur ce film. Je ne leur ai pas répondu mais je vais répondre parce que j'essaie d'être bien élevé !
(il rit)

Sinon, j'ai donné mon accord à l'adaptation d'un livre de Fred Vargas, une femme auteur de romans policiers, ce livre s'appelle 
Pars vite et reviens tard. C'est un polar contemporain qui se passe à Paris. Ça va me changer ! En plus, les producteurs qui me l'ont proposé ont déjà fait travailler deux scénaristes sur une adaptation qui est assez réussie. Elle demande encore du travail mais ils sont sur la bonne voie. J'ai commencé à travailler avec eux, à réfléchir. Donc si tout va bien, je vais tourner ce film-là début 2006.

Vous avez été oscarisé en 1993. Dix ans plus tard et après l'échec financier d'Est-Ouest, votre dernier film, est-ce qu'une telle récompense pèse dans la balance à l'heure de chercher des financements pour une superproduction comme Man to Man ?

Non, je ne pense pas. Ce n'est pas une baguette magique. L'Oscar n'est pas une fée. Mais vous avez raison : Est-Ouest n'a pas démarré comme on l'aurait voulu. On n'a pas marché comme on l'aurait voulu en France mais finalement, c'est un film qui a quand même fait le tour du monde et finalement qui, à mon avis, est en train de remporter sa mise parce qu'il a été vu partout et qu'il est acheté par les télévisions du monde entier. Ce n’est pas tellement l'Oscar qui peut encourager les gens à financer des films chers pour un producteur français. C'est le fait que si j'ai fait Indochine ou Est-Ouest, je dois à peu près pouvoir gérer des productions de ce type. En plus, je parle bien anglais, donc je peux me lancer sur un film en langue anglaise et le passé de cinéaste que j'ai encourage les gens à me faire confiance, pas forcément sur la qualité du film mais en tout cas à me faire confiance sur le fait que je saurai aller au bout de la réalisation du film.

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Joseph Fiennes et Kristin Scott Thomas


Man to Man
 est peut-être, pour de nombreuses raisons, plus difficile à réaliser qu'Indochine. Pour Indochine, j'étais inconscient : j'avais fait deux films à petit budget à l'époque. Et tout d'un coup, je me suis retrouvé à la tête de cette machine. Je crois que j'avançais jour après jour sans me poser de questions sur ce qui m'attendait après. Autrement, j'aurais peut-être baissé les bras. Tandis que là, je suis tout à fait conscient de ce que représente cet argent, ce financement et la lourdeur de la production. Et ce n'est pas forcément mieux d'être plus conscient. En tout cas, on envisage les choses différemment. L'Oscar, ça fait plaisir, c'est un moment assez intense. On est dans le rêve mais je ne pense pas que ce soit déterminant dans la suite de ce que je dois appeler ma carrière.

Au cinéma, la fiction a presque toujours été votre moyen d'expression. Reconnaissez-vous un côté documentaire dans certaines de vos œuvres et la réalisation de documentaires à part entière vous tente-t-elle au cinéma ?

Oui, réaliser un documentaire me tenterait. C'est toujours pareil : c'est le sujet qui me détermine et là j'ai l'impression que le support m'est indifférent, que ce soit Beta, DV ou 35 mm. D'abord, 35 me demanderait peut-être un peu plus de moyens. En DV, on est deux ou trois. Pour vous répondre, je ne pense pas qu'il y ait d'aspect documentaire dans mes films. En tout cas, comme je traite souvent de sujets qui ont un contenu historique où là, en l'occurrence, scientifique et historique, mes films sont documentés. On ne peut pas raconter cette histoire de Man to Man sans avoir travaillé sur l'anthropologie, l'anthropométrie, la craniologie, le colonialisme, ce qu'on a appelé après les « zoos » humains. C'est un scénario qui, pendant sa fabrication, a demandé beaucoup de travail parallèle sur la documentation.

Vous avez dirigé de grandes actrices françaises comme Deneuve, Béart ou encore Bonnaire, avez-vous travaillé de façon particulière au niveau de votre direction d'acteurs avec la finalement très frenchy Kristin Scott Thomas qui, de l'avis général, crève véritablement l'écran ?

Il y a quelque chose d’inattendu. Elle a peut-être quelque part un petit peu un rôle d'homme, comme Deneuve dans Indochine. Ce ne sont pas vraiment des rôles d'homme mais on aurait pu les écrire pour des hommes. D'ailleurs, j'ai une anecdote à vous raconter... Delon m'avait demandé de travailler avec moi. Je lui ai dit : « Oui. Je ne sais pas ce que je vais faire mais bon... ». Et puis il m'a fait marrer. Je le retrouve deux ans après - Indochine était sorti - il me revoit et il me dit : « Hé, vous avez oublié que je vous avais demandé de travailler avec vous ? » Je lui dis que non. C’est là qu’il me répond : « Vous m'avez préféré Catherine Deneuve. ». Il ne m'a pas dit : « Vous m'avez préféré Vincent Perez. » Il m'a dit : « Vous m'avez préféré Catherine Deneuve » ! Il a bien réalisé qu’il n’était possible, pour lui, d’avoir un rôle fort dans le film que si on y avait vu un homme planteur et non une femme planteuse !

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Kristin Scott Thomas


C’est un peu la même chose avec Kristin et on le remarque dès le début du film : elle est dans la jungle avec un fusil, elle a une tribu de grands noirs qui travaillent pour elle, elle chasse... C'est très frappant. C’est très spécial de travailler avec Kristin. Elle est très exigeante donc il faut se préparer. Quand on rencontre une actrice et qu'on lui parle d'un film et d'un rôle, on la fait entrer dans un rêve. Kristin, elle prend le rêve et quand elle est sur le plateau, elle veut que ce soit à la hauteur du rêve. Donc elle est la première à rechercher, à batailler, à contester, à poser des questions, à chercher ailleurs... Je me souviens que le premier jour, le chef-opérateur, un Français, s'est exprimé en français sur le plateau. Et elle a dit : « Ah non non non, stop, attendez, attendez ! C'est un film en langue anglaise. Moi, je ne veux pas être schizo sur ce film. Je demande que la langue du tournage soit l'anglais. »

Et de manière très amusante et très féminine, il y a des moments où elle avait besoin d'être plus proche de moi parce que le tournage était dur. Parce que si les rapports avec les acteurs masculins étaient intéressants, ils n'étaient pas nécessairement toujours faciles. Ils étaient productifs mais ils étaient souvent durs. Et quand elle avait besoin de se rapprocher de moi, c'est elle qui parlait en français parce qu'en parlant en français, elle créait avec moi une intimité. C'est évident puisque les autres ne comprenaient pas notre langue. C'est elle finalement qui a baissé la garde sur l'exigence de la langue anglaise pour se rapprocher de moi.

E
t puis ce que j'aime beaucoup chez elle, c'est la joie que nous éprouvons une fois que j'ai indiqué une direction pour le personnage à un moment donné, dans une scène donnée. Une fois qu'on a le sentiment partagé, elle et moi, qu'on y est arrivé, on est très content. Elle dit toujours : « Maintenant, laisse-moi faire autre chose. » Et elle fait deux-trois prises totalement différentes qu'elle improvise. C'est bien parce qu'après, au montage, on se dit qu’on n'avait pas pensé à ça mais que ce qu'elle a fait est intéressant aussi. Et ça, c'est étonnant ! Mais elle a un secret. Qui n'est pas un secret d'ailleurs. (il sourit) Elle le dit, comme Catherine Deneuve d'ailleurs : elle aime jouer. Et quand on dit : « Moteur ! », elles aiment jouer. C'est un plaisir. Elles y vont, elles tentent, elles cherchent… C'est vachement intéressant.

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Est-ce que vous acceptez l'étiquette d'humaniste ?


Oui, ça me plaît, moi. J'aime bien ce mot-là parce que, quand même, « humaniste », « humanité », « humain »… C'est vrai que le film essaie de nous parler de l'homme, de ses errements, de ses erreurs, de ses chemins, de ses balbutiements, de sa recherche de la vérité, de son honnêteté, de sa malhonnêteté... Beaucoup de gens me parlent de cet aspect-là des choses. C'est marrant car j’ai vu écrit : « C'est une fresque humaniste. » Moi, j'achète ! Oui, c'est très agréable parce que je crois que c'est ce qu'on a voulu faire.

M
an to Man est votre premier film en langue anglaise. Quels sont les différents éléments qui ont orienté votre choix ?

La langue anglaise m'a donné un peu plus de travail parce que même si je parle bien l’anglais, ce n'est pas ma langue natale. Un tournage demande déjà beaucoup de concentration. Il faut rester sur son chemin et se souvenir du film qu'on a dessiné pendant tous les mois d'écriture et de préparation. Mais il faut aussi être prêt à ce que les choses changent. Il faut savoir où on va tout en acceptant qu'il y ait des incidents de parcours qui vont finalement apporter des choses auxquelles on ne s’attend pas. Et la présence de l’anglais nécessite une concentration supplémentaire, surtout dans la direction d'acteurs. Souvent, c'est un mot, un adjectif qui vont éclairer un acteur et l'emmener ailleurs. C'était donc assez compliqué. C'était peut-être plus fatigant qu'un autre film.

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Régis Wargnier

Si les acteurs et techniciens anglo-saxons sont extrêmement bosseurs, disciplinés et présents dans le travail, j’ai toutefois dû m’adapter au fait qu’ils n'ont pas le même rapport au film les Français qui travaillaient sur le film. Ces derniers sont avant tout des gens que je connais tous depuis longtemps. Les Français sont proches, sentimentaux et dans l'affect. Ils partagent avec vous et sont dans l'émotion de leur propre travail. Les techniciens anglais avec lesquels j’ai travaillé sont des gens remarquables et qui font excessivement bien leur métier mais ils le font sans mettre d'affectif dans celui-ci. Sur un film français, on est habitué à être entouré et cajolé, à partager. Les Anglo-Saxons sont des gens très agréables, dont je reconnais vraiment les qualités de travail, mais on ne partage pas autre chose que le travail.

Propos recueillis par Jean-Philippe Thiriart

08:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indochine, man, to, regis, wargnier, kristin, scott, thomas, catherine, deneuve, oscar | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Sortie DVD : Un duo avec un certain SENS DE LA FÊTE

« Quand plus rien ne va, que tout ne va pas. Quand plus rien n'est droit, que tout est de guingois… ». Ces paroles, tirées du mythique Quand plus rien ne va du groupe Mes souliers sont rouges auraient pu être un joli synopsis pour ce nouveau film du duo Toledano & Nakache.

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Sorti en octobre 2017, Le sens de la fête retrace l'histoire de Max (Jean-Pierre Bacri), organisateur d'événements. À son actif ? Plus de 30 ans de carrière et des mariages à la pelle. Pour lui, c'est une mécanique qui roule… peut-être un peu trop bien. C'était sans compter sur les coups du sort et les erreurs de communication. Ce qui devait être une fête parmi d'autres se transforme bien en fiasco, ou presque !

S'il
 est un fait certain, c'est le talent pour Éric Toledano et Olivier Nakache de transformer n'importe quelle situation, au premier abord dramatique, en une leçon de vie et d'humilité. Nos jours heureux, Intouchables, Samba et, à présent, Le sens de la fête. Tant d'exemples probants du goût pour les relations humaines rocambolesques de ces deux compères. Une volonté marquée de replacer l'être au centre de son action, de sa vie et de ses turpitudes.

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Le photographe (Jean Paul Rouve) et Max, l’organisateur du mariage (Jean-Pierre Bacri)


Avec Le sens de la fête, ils réussissent le pari (pas forcément improbable) d'allier galères, emmerdes, prises de bec et autres « malheurs » avec une tonne d'amour et de bienveillance. Un film qui retrace un passage de vie, sans excès de zèle ni faux-semblants.

Un nouveau succès pour le duo, un film à la morale toujours plus douce et enivrante. Attention toutefois à ne pas tomber dans un certain cliché du « créneau qui fonctionne ». Le cinéma français a besoin de réalisateurs tels que Toledano et Nakache. Pourvu qu’ils ne perdent pas leur étincelle !


Rayon bonus, outre les classiques teasers et bande-annonce, le DVD testé ne propose que 16 minutes additionnelles, divisées en cinq parties :
- le sens de la répartie,
- le sens du jeu,
- les personnages,
- la comédie, et
- la musique du film.

Sandy Louis, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

08:02 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de DVDs, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le, sens, de, la, fete, toledano, nakache, jean, pierre, bacri, comedie, cesar, vincent, macaigne | |  Facebook | |  Imprimer |