23 Juil.

Entretien avec Martin Provost, réalisateur de VIOLETTE, ce mardi soir sur France 3

Suite à la diffusion ce mardi soir à 23h20 sur France 3 de Violette, nous avons choisi aujourd’hui de donner la parole à son réalisateur, Martin Provost.

Voici un peu moins d’une semaine, nous avons eu le plaisir d’interviewer le réalisateur au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF). Le Président du Jury de la Compétition officielle, auteur de Séraphine et Sage Femme, nous a répondu avec sincérité.

Il nous explique tout d'abord ce qu'évoque chez lui la phrase : « La femme est l'avenir de l'homme », issue de la chanson éponyme de Jean Ferrat. Cette phrase trouve son origine dans un poème de Louis Aragon : « Le Fou d'Elsa », publié en 1963. Il nous parle également de François Truffaut et de la place de la femme dans sa propre filmographie ainsi que de l'évolution de la place de la femme dans les films récents et la société contemporaine.

Il nous fait ensuite part de ses impressions sur le Quai 22 - salle dans laquelle le Jury a visionné plusieurs films en compétition - mettant en avant le caractère ancien et solennel de l'endroit. Le réalisateur évoque également Séraphine et son regard sur le film 12 Jours de Raymond Depardon.

Il nous parle par après de ses critères d’évaluation des différents films qui lui ont été donnés à voir durant le FIFF.
La nostalgie tient notamment une place fondamentale dans son travail.
Il répond alors à notre questionnement sur les fondamentaux du cinéma. L’occasion pour nous de prendre conscience de son engouement pour le travail de Jean Renoir.

Il conclut cet entretien en évoquant la place de la Belgique et de ses professionnels du cinéma, acteurs et techniciens confondus, sur le tournage de Sage Femme et la bienveillance des Belges.

Bonne écoute de cet entretien !


Propos recueillis par Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

23 Juil.

Palmarès du 32e FIFF et Interviews de Vanessa Paradis, Samuel Benchetrit et Martin Provost

Ce vendredi soir avait lieu la Cérémonie de remise des Bayard et autres Prix du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF). Les différents prix décernés lors de cette dernière soirée de cette 32e édition ont permis à certains films d’être particulièrement remarqués.

Palmarès de la Compétition Officielle longs métrages

Le Jury de la Compétition Officielle longs métrages était présidé par Martin Provost, qui nous a fait la gentillesse de commenter le Palmarès de celle-ci.


Le Bayard du Meilleur comédien a été attribué à Vincent Macaigne pour son rôle dans Chien de Samuel Benchetrit. En l’absence de Vincent Macaigne, le réalisateur a déclaré : « Vincent a à la fois neuf ans et cent ans. Il est insaisissable. »
Le Bayard de la Meilleure comédienne a été octroyé à Camille Mongeau pour son rôle dans Tadoussac de Martin Laroche.
Le Bayard de la Meilleure photographie a été décerné à une légende vivante : Raymond Depardon pour son film 12 jours.
Le Bayard du meilleur scénario revint à Samuel Benchetrit pour Chien.
Le Prix Spécial du Jury est venu récompenser Maman Colonelle de Dieudo Hamadi.
Enfin, le Bayard d’Or du Meilleur film était décerné – jamais deux sans trois - à Chien de Samuel Benchetrit !


Premières œuvres de fiction

Le Prix Découverte a été attribué à Ivana Mladenovic pour son film Les Soldats.
Le Bayard de la Meilleure première œuvre de fiction était quant à lui décerné à Sofia Djama pour son film Les bienheureux. Elle a déclaré, avec une certaine émotion, que « l’Algérie est condamnée à passer à autre chose ». Elle qui aimerait « dire aux ministres algériens de la culture que nos rêves sont plus grands qu’eux ».

Compétition Officielle courts métrages

Une Mention a été décernée à Luka Sauke pour son rôle dans Le Petit de Lorenzo Bianchi.
Le Prix Spécial du Jury revint au libanais Salamat From Germany de Una Gunjak et Rami Kodeih pour qui ce prix montre que « un cri a été entendu dans un monde qui devient divisé et absurde ».
Le Bayard d’Or du Meilleur court métrage a été attribué à Written/Unwritten du Roumain Adrian Silisteanu.

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Clotilde Hesme a remis le Bayard d'Or du Meilleur court métrage à Written/Unwritten


Compétition Nationale Fédération Wallonie-Bruxelles

Une Mention a été décernée à Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez.
Piotr Biedron et Tijmen Govaerts ont reçu le Prix d’interprétation pour leurs rôles dans Passée l’aube de Nicolas Graux.
Le Prix de la Meilleure photographie revint à Olivier Boonjing pour son beau travail sur Le film de l’été d’Emmanuel Marre.
Le Prix spécial du Jury a été attribué à L’enfant né du vent de David Noblet.
Et c’est Emmanuel Marre qui a remporté le Prix du meilleur Court métrage pour Le film de l’été.

Autres Prix

L
e Prix du Jury Junior revint au très touchant Petit paysan de Hubert Charuel qui a confié, non sans humour, être « ravi de voir que ce petit paysan qui tue ses vaches à coups de hache a plu à un jeune public », y voyant « un signe d’espoir ».

Les Prix du Public Court métrage, Documentaire, et Long métrage Fiction ont été décernés respectivement à Kapitalistis du Belge Pablo Muñoz Gomez, Carré 35 du Français Éric Caravaca et au film burkinabé Wallay du Suisse Berni Goldblat.

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Berni Goldblat, réalisateur de Wallay, un des Prix du Public


Prix Off

Le Prix Cinévox et le Prix de la Critique du Meilleur long métrage belge ont été attribués à Drôle de père d’Amélie van Elmbt.
Le Prix Be TV du Meilleur long métrage est venu récompenser Petit paysan du Français Hubert Charuel.
Le Prix Arte du Meilleur court métrage et le Prix RTBF du Meilleur court métrage belge reviennent tous deux au film Les corps purs de Bérangère Mc Neese et Guillaume de Ginestel.
Enfin, le Prix Be TV du Meilleur court métrage belge a été octroyé à Icare de Nicolas Boucart.

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Pablo Munoz Gomez, réalisateur de Kapitalistis, lauréat de deux Prix cette année


N
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Vive le cinéma francophone et à bientôt à Namur et... ailleurs !

Jean-Philippe Thiriart et Raphaël Pieters

23 Juil.

Projection de CALVAIRE ce 6 septembre à Cinematek

Calvaire sera projeté à Cinematek ce mercredi 6 septembre à 19h en présence de son réalisateur. Il s’agit du premier long métrage d’un des enfants terribles du cinéma belge : le BIFFFeur Fabrice du Welz.

Calvaire (2004) allait constituer le premier volet de la trilogie ardennaise de Fabrice. Le deuxième, Alléluia, voyait le jour dix ans plus tard, remuant fameusement la Croisette lors de sa projection cannoise. C’était en 2014, après son aventure filmique française pas évidente – le bon thriller Colt 45 – et juste avant son aventure américaine - le très sombre et efficace thriller Message From The King. Notez que c’est le visionnage d’Alléluia qui a définitivement convaincu les initiateurs de Message From The King d’engager le cinéaste pour ce qui est, certes un film de commande, mais un Du Welz pur jus néanmoins.


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Que de chemin parcouru par cet amoureux du cinéma de genre depuis son court métrage Quand on est amoureux, c’est merveilleux ! Passionné et passionnant, le metteur en scène belge propose un cinéma singulier : racé, âpre, violent, baroque, remuant, éblouissant. Vinyan (2008), thriller teinté de fantastique avec la belle Emmanuelle Béart et tourné dans des conditions climatiques difficiles et en langue anglaise, n’échappait d’ailleurs pas à la règle.

Calvaire sera projeté dans le cadre de la belle aventure 50/50 : Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes, que nous comptons bien continuer à vous faire vivre jusque juin 2018 ! Une aventure organisée en partenariat avec la plateforme belge de vidéo à la demande UniversCiné, qui propose, entre autres, pas moins de 900 films belges aux amateurs de cinéma de chez nous ou à ceux qui ont simplement envie de le découvrir.


Notre rencontre filmée avec Fabrice Du Welz et Helena Noguerra, et…

Fabrice et son actrice Helena Noguerra étaient venus présenter Alléluia en avant-première au FIFF. Nous avions eu le plaisir de nous entretenir avec eux à cette occasion.


 



la réaction à chaud de spectateurs avertis d’Alléluia !




Notre présentation de Calvaire

Calvaire fait partie de ces rares films qui parviennent à mettre le spectateur mal à l’aise. S’il est forcément très difficile de réussir à faire peur à un public au moyen d’un matériel filmique, bien plus ardu encore est l’exercice qui consiste à le mettre mal à l’aise donc. Fabrice Du Welz y arrive à merveille, avec son premier film en particulier, le bien nommé… Calvaire ! Un calvaire à l’écran, une vraie jouissance cinématographique pour le spectateur averti. Une des citations de cinéastes préférées de Fabrice fait aussi partie des nôtres. Elle dit tout et c’est à Henri-Georges Clouzot que nous la devons : « Le cinéma doit, avant tout, être un spectacle et une agression ». Le cinéma doit remuer le spectateur. Toujours.

Âgé d’à peine trente ans lors qu’il réalise Calvaire, Fabrice Du Welz fait directement preuve d’une maturité impressionnante. Ce film de genre, que nous qualifierons plutôt de drame horrifique que de film d’horreur pur, met en scène Laurent Lucas (Harry, un ami qui vous veut du bien), Jackie Berroyer (la série humoristique moyenâgeuse Kaamelott, notamment) et Jean-Luc Couchard (Dikkenek, Dead Man Talking), aux côtés d’une série d’autres personnages que nous qualifierons de très… particuliers, emmenés par le génial Philippe Nahon (Seul contre tous).

Laurent Lucas joue ici le rôle d’un chanteur solitaire - un certain Marc Stevens -, qui tombe en panne dans les Ardennes belges à la nuit tombée. Apparaît alors Boris (énigmatique Jean-Luc Couchard), parti à la recherche de sa chienne, qui propose à l’artiste de l’emmener chez son ami Bartel (protéiforme Jackie Berroyer). Une bonne nuit de sommeil plus tard, Marc s’aventure dans les alentours de l’auberge de l’ami Bartel, qui ne manque pas de lui prodiguer un conseil précieux : ne pas se rendre au village, les gens y étant quelque peu… différents. Ira ? Ira pas ? Et avec quelles conséquences ?
P
rêts à embarquer dans le premier roller coaster Du Welzien ?
V
ous faites bien ; ça va secouer…

Calvaire mérite d’être vu et revu. Tourné principalement en Belgique avec des paysages sublimés par la caméra de Benoît Debie, le film doit beaucoup au jeu habile, plein d’ambiguïté, de ses acteurs. Le réalisateur montrait déjà, avec cette entrée dans la cour des grands, qu’il n’avait pas peur de choquer par la violence de certaines scènes. Rien d’étonnant à ce que le film ait été interdit aux moins de seize ans lors de sa sortie dans les salles françaises. Si Calvaire est sans doute moins travaillé que le deuxième volet ardennais de son réalisateur - le bien nommé Alléluia - il peut sans doute être qualifié de plus accessible et compréhensible par le spectateur non averti. Du Welz est un artiste, un grand. L’auteur d’une œuvre unique à (re)découvrir de toute urgence.


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Comment (re)découvrir Calvaire et… le cinéma belge


Rendez-vous ce mercredi 6 septembre à Cinematek pour Calvaire.

Et confortablement installés à la maison pour un regard multiple sur le cinéma belge avec la sélection 50/50 de UniversCiné !

N’hésitez pas à découvrir également notre interview de Manu Dacosse aux Magritte du cinéma, le directeur photo compagnon de route de Fabrice Du Welz sur Alléluia.

Jean-Philippe Thiriart et Raphaël Pieters

07:22 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Critiques de films, Interviews, Les " acteurs " du cinéma vous parlent ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : calvaire, du, welz, alleluia, 50, cinema, belge, béart | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Interview de Benoît Poelvoorde pour « Du jour au lendemain », ce samedi 22 juillet sur RTL-TVI

Pour vous présenter le film Du jour au lendemain (en TV ce samedi 22 juillet à 20h20 sur RTL-TVI), quoi de mieux que de vous proposer une interview de son acteur principal ? Un certain... Benoît Poelvoorde ! Nous avions rencontré l'acteur belge lors de la promo du film de Philippe Le Guay pendant près d'une heure. Interview-fleuve donc, dans laquelle le comédien belge revenait sur son parcours et les projets qui allaient suivre le film présenté ici.

Rencontre avec Benoît Poelvoorde

C'est dans un restaurant bruxellois que nous rencontrons l’acteur belge, qui nous accueille avec un chaleureux « je suis là, je suis ton homme ! ».
Le film qu'il est venu défendre - Du jour au lendemain - raconte avec brio l’histoire d’un mec (François Berthier alias un Benoît Poelvoorde égal à lui-même, comprenez excellent) dont la vie change radicalement… du jour au lendemain.

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Dans Du jour au lendemain, votre personnage - François Berthier - est entouré de seconds rôles très colorés. Quel souvenir gardez-vous du tournage du film ?

De ce tournage-là ? J’ai tourné le film l’été dernier. J’ai le souvenir d’un tournage assez épuisant et fatigant parce qu’en fait, si on regarde bien le film, comme on doit jouer plusieurs fois les mêmes situations, on passait parfois une journée entière à faire une sortie de lit. En effet, le principe du film, c’est quand même l’histoire d’un mec qui, du jour au lendemain, voit sa vie s’améliorer. Il fallait donc répéter les situations et c’était assez emmerdant à faire. Par exemple, la scène de la machine à café, j’en ai fait énormément de versions : la version où elle marche, la version où elle ne marche pas… La difficulté, c’était qu’il fallait continuer à évoluer avec le personnage. Donc c’était gai à jouer mais c’était compliqué.

Yann Moix dit avoir écrit Podium pour vous à la virgule près. On a un peu le sentiment que Philippe Le Guay a fait de même avec Du jour au lendemain

Oui, c’est vrai, mais je sais pourquoi. En fait, il y a un point commun avec Yann Moix. Il y a un scénariste sur le film de Le Guay qui est le même scénariste que le scénariste de Podium, bien que Yann ait travaillé avec ce scénariste au départ sur Podium pour finalement travailler tout seul. Mais la base est faite par Olivier Dazat. Par contre après, quand j’ai fait le film de Le Guay, c’est le scénariste qui m’a proposé le scénario et ensuite, il m’a présenté le réalisateur. Donc j’ai d’abord lu une première version qui était, on va dire, une bonne première version parce qu’en général, il y a énormément de versions pour un scénario, mais qui n’était absolument pas aboutie. Après ça, j’ai rencontré le réalisateur et le scénariste, qui me connaît excessivement bien. J’ai fait plusieurs films avec lui et il a tendance, on va dire, entre guillemets à savoir à peu près les films qui vont me convenir ou moins me convenir. Oui, c’est marrant que vous ayez dit ça. C’est curieux oui…

Êtes-vous d’accord si je vous dis que votre interprétation de Berthier est par moments Jim Carreyienne ?

On me l’a dit, oui, pour plusieurs raisons, bien qu’il fasse plus de grimaces que moi ! Mais cette comparaison est surtout due au type de sujet. C’est-à-dire que c’est un sujet qui paraît complètement irréaliste parce Jim Carrey fait beaucoup de films qui tiennent en une idée.
Donc par exemple, si on prend le notre ici, le film tient en une idée : « Et qu’est-ce qui se passerait si, du jour au lendemain, votre vie allait mieux ? ». C’est un peu ça… C’est-à-dire un type qui du jour au lendemain voit sa vie basculer. C’est typiquement le genre de comédie à l’américaine. D’ailleurs, ils ont fait l’affiche comme ça si vous regardez bien. On me l’a dit pour ça parce qu’ils m’ont dit : « on veut une affiche qui ressemble aux affiches avec Jim Carrey, c’est carré… ». Carré, c’est le cas de le dire. C’est marrant, vous êtes pertinent !


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Tout semble sourire au personnage que joue Benoît Poelvoorde


Le film nous amène à nous pencher sur notre recherche du bonheur. François Berthier dit que « le bonheur, c’est une décision qu’on prend ». Vous le rejoignez là-dessus ?

Oui, sur la quête frénétique du bonheur des gens ! Là-dessus, je ne suis pas d’accord, non. Moi, je ne suis pas d’accord avec les idées du film. Je trouve que le film est drôle. Mais je ne partage pas la vision du réalisateur.
C’était ça qui rendait le film intéressant. C’est de se dire que je comprends une partie de ce qu’il dit ; après, chacun a une vision du bonheur. C’est un sujet universel. Je ne crois pas que ce soit aussi simple de dire « le bonheur, c’est une décision qu’on prend ». Je pense que c’est plus complexe. Il y a des gens qui naissent du mauvais côté de la barrière et je ne pense pas qu’ils aient pris la décision de vivre de ce côté-là. Je pense donc que c’est plus complexe, mais c’est un truc qui se défend. Chaque fois que les gens me parlent de ce film, le discours s’oriente assez souvent sur le bonheur parce que le bonheur, comme on dit, on le reconnaît au bruit qu’il fait quand la porte se referme. Quand il est parti. Quand on l’a perdu. C’est quelque chose de philosophique. On ne sait pas ce qu’est le bonheur. Est-ce qu’il est avant ? Est-ce qu’il est après ? Est-ce qu’il est pendant ? Hier, je regardais un film qui s’appelle
Contrôle, dans lequel une bonne-femme disait : « Le bonheur, je regarde un moment à gauche, dans ce qui s’est passé ; parfois je regarde à droite, dans ce qui est à venir et en fait je finis par loucher. » En fait, il vaut mieux regarder au milieu. Mais c’est la difficulté hein… Mais c’est ce qui faisait aussi l’intérêt du film, c’est de savoir que chacun peut réfléchir à comment il ou elle se positionne. François Berthier, dans le film, c’est quelqu’un qui a peur du bonheur en fait. Mais les gens n’ont pas peur du bonheur. D’ailleurs, on est plutôt dans une période où les gens font une quête frénétique du bonheur, cherchent à tout prix. Et à force de toujours le chercher, on finit par ne jamais être dedans parce qu’on cherche sans cesse. Alors que parfois, il est devant nous et on ne le voit pas.

François Berthier se considère mi-Lendl mi-McEnroe... Et vous, fifty-fifty aussi ?

Lui, il ne se considère pas mi-Lendl mi-McEnroe, c’est son copain qui dit qu’il faut qu’il soit Lendl… Oui, c’est juste, il dit « fifty-fifty », mais c’est parce qu’il ne sait pas quoi répondre. Mais c’est vrai, c’est tout à fait ça ! À mon avis, il est plutôt du côté de celui qui préférera ne pas prendre de cours de tennis, de peur d’avoir l’air ridicule. Parce que c’est vraiment ça… François Berthier, il a peur de tout. Quand il dit à un moment, au début du film : « le monde m’agresse », c’est un dépressif quoi quelque part. C’est quelqu’un qui dit : « j’ai rien demandé ». Donc le sujet, il est drôle parce que c’est quelqu’un qui dit « j’ai rien demandé et on m’offre le bonheur et après je ne suis pas capable de vivre avec ». Donc, quand il dit « fifty-fifty », pour en revenir à votre question, c’est encore une fois quelqu’un qui aurait préféré qu’on ne lui pose pas la question. Parce que dès que tu dois te situer, tu es obligé de t’engager. Dès que tu t’engages, tu as plus de risques d’être malheureux. En fait, c’est quelqu’un qui ne veut pas s’engager. Donc tu préfères dire : « ne me donnez pas le choix, c’est plus simple ».


Benoît Poelvoorde, acteur bankable ?

Depuis Le boulet, d’aucuns vous considèrent comme un acteur bankable.
Dans Du jour au lendemain, vous portez à bien des égards le film du début à la fin. Acceptez-vous cette étiquette d’acteur bankable et si oui, estimez-vous recevoir davantage de scénarios intéressants depuis Le boulet ?

Non, ce n’est pas depuis Le boulet. Alors, l’acteur bankable, ça ne veut rien dire. Là, je viens de voir que dans Le Figaro, ils viennent de faire paraître les acteurs qui demandent beaucoup d’argent et tout ça et j’ai expliqué que Depardieu n’était plus crédible avec le prix qu’il demandait. Il vaut toujours mieux ne pas être dans le truc du Figaro, quand ils donnent les caprices des acteurs ! Mais ça ne veut rien dire être bankable, absolument rien. Parce qu’en fait, c’est paradoxal ce que je viens de dire, mais ce n’est pas l’acteur qui détermine si le film va marcher, c’est le goût du public. Vous avez des cas de figure extrêmement rares mais ils sont à noter, c’est-à-dire qu’il faut attendre 25 ans. Vous avez Les bronzés. Là, c’est sûr, c’est bankable. Mais ce n’est sûr que c’est bankable que par rapport à l’envie du public. Vous pouvez être l’acteur que le public adore et tout, s’il n’a pas envie de voir ce type de film maintenant, ni ce type d’histoire, vous l’avez dans le cul. Ce n’est pas l’acteur qui est bankable, c’est le rapport que le public a avec l’acteur mais ça, ce n’est pas vous qui le déterminez. Mais même le public peut vous adorer et vous dire : « vous avez très bien marché dans Podium » et ne pas avoir envie de vous voir après en François Berthier. C’est justement parce qu’il y a des inconnus que le cinéma continue à exister comme ça. Sinon ce serait horrible, on saurait exactement les gens qui marchent et les gens qui ne marchent pas et on ne laisserait pas de chance à ceux qui n’ont pas encore été découverts.

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Il y a un peu de Jim Carrey dans ce Poelvoorde-là !


Vous venez de tourner Cowboy de votre ami Benoît Mariage. Hormis Astérix et les jeux olympiques, quels sont vos projets et où en est votre envie de passer à la réalisation avec Les inutiles ?

Alors là, je suis un peu à la traîne. Normalement, je devais sortir le film de Nicole Garcia (NdA : Selon Charlie) avant celui-ci parce que je l’ai tourné avant mais ils veulent le sortir plus tard. Après, j’ai fait le film de Le Guay, puis celui de Benoît Mariage, que je vais voir demain. Je vais enchaîner sur Astérix au moins de juin. C’est un tournage très long parce que j’ai un rôle assez important, celui du méchant. Et juste après, j’enchaîne encore un autre film, qui s’appelle Les deux mondes, une comédie assez drôle. Et j’en ai encore un troisième pour l’été prochain donc j’ai un peu arrêté. Et normalement, comme vous dites, je devrais me mettre à l’écriture mais le problème, c’est que je déménage. Je reste en Belgique et dans le Namurois et suis en train de faire des travaux. Donc là où je devrais être en train d’écrire, je suis en train de me taper des travaux. Je retape une maison. Ça, c’est du concret.


Entre ses mains, de Nicole Garcia, entre ses yeux

Quand ces lignes seront publiées, la cérémonie des Césars aura déjà livré son verdict. De quel œil voyez-vous votre deuxième nomination au César du meilleur acteur pour votre prestation dans le film d’Anne Fontaine, Entre ses mains ?

Déjà, je peux vous le dire à l’avance : je ne l’aurai pas, parce que je parierais sur Romain Duris.
(NdA : C'est Michel Bouquet qui fut césarisé cette année-là pour son rôle de François Mitterrand dans Le Promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian). Pour Podium, j’y suis allé en me disant que j’avais une chance parce que je continue de dire que la comédie est assez difficile à faire et que j’avais vraiment mouillé le maillot. J’y suis allé en me disant que j’avais une chance et beaucoup de gens me disaient que j’avais une chance. C’est ce que les gens disent hein, ce que vous entendez qui compte. C’est des trucs d’odeurs quoi. Quand je dis que je le sais déjà à l’avance, on ne connaît pas les résultats à l’avance hein, je rassure tout le monde. Mais c’est une sorte de feeling. Autant j’y suis allé avec Podium en ayant déjà commencé à penser à un discours. Ici, je dis la vérité, vraiment, je meurs si je mens, j’y vais en sachant que j’ai perdu. Mais je m’en fous, je suis nommé et pour moi, c’était vraiment un cadeau parce que pour ce film-là, ce n’était pas évident. Pour Entre ses mains, je n’aurais jamais pensé que les gens allaient me nommer pour ce rôle-là. Ça m’a tellement fait peur !

En outre, votre partenaire dans ce film, Isabelle Carré, est elle aussi nommée au César de la meilleure actrice, tout comme Anne Consigny, qui joue votre femme dans Du jour au lendemain

Oui, et qu’on soit nommé ensemble, c’est bien. C’est marrant. J’ai du cul hein ! Ca a été dur pour moi de voter parce qu’il y avait Anne Consigny avec qui je venais de faire ce film et avec qui je m’entends vraiment super bien.

Il y a justement une certaine ressemblance entre ces deux actrices…

Oui, on me colle souvent avec des femmes discrètes. Donc dans les nominations, il y avait Isabelle, Anne et il y avait Nathalie Baye, que j’adore parce que j’adore ce qu’elle a fait dans Le petit lieutenant. Donc il a fallu que je vote. (NdA : Isabelle Huppert et Valérie Lemercier étaient également nominées au César de la meilleur actrice, pour leur interprétation dans Gabrielle et Palais royal ! respectivement) et ça, c’était dur. J’ai eu du mal pour le vote de la meilleure actrice.

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Dans Du jour au lendemain, François Berthier (Benoît Poelvoorde) ne comprend rien à ce qui lui arrive



Son attirance pour les personnages qui ont des failles

Vous jouez fréquemment des rôles de loser, de personnages qui ont, comme vous dites, des failles. Berthier passe quelque part du statut de loser à celui de winner. Vous propose-t-on parfois des rôles de winner et, si oui, pourquoi avoir refusé jusqu’ici de les interpréter ?

D’abord, je trouve que les personnages de winner sont extrêmement emmerdants. En général, s’il y a un mec qui gagne du début à la fin, ça te fait chier. Alors soit c’est quelqu’un qui gagne parce qu’il perdait au début. À ce moment-là, c’est un loser qui gagne et il y a une justice. Mais les gagnants… D’abord, je ne crois pas que je serais très crédible parce que je n’y croirais pas moi-même. Je ne crois pas aux gens qui gagnent tout le temps et je les trouve assez emmerdants. Je trouve que les personnages qui réussissent ont quelque chose d’assez fatigant en soi. Il y a une phrase très belle d’Orson Welles qui dit : « Le cinéma ne s’intéresse pas aux trains qui arrivent à l’heure. » C’est un peu ça quoi. On aime bien les personnages qui n’arriveront pas à l’heure et qui ne sont pas du côté de ce qu’on définira « gagnant  » ou « perdant ». C’est pour ça que je n’aime pas le mot « loser ». Parce qu’en fait, ils nous ressemblent davantage et j’ai plus de vécu dans le côté « failles ». Je trouve ça plus intéressant et enrichissant à réfléchir parce qu’ici, ce qui est intéressant dans le film, c’est justement de se dire qu’il passe par cinq étapes. C’est pas un loser, c’est un gentil qui n’a pas de bol. Quand on regarde bien toutes les choses qui lui arrivent dans la vie, ça arrive à tout le monde dans la vie donc on ne peut pas dire que les gens sont des losers. Son sac poubelle s’ouvre au moment où il est devant l’ascenseur. Les gens l’insultent, ne lui disent pas bonjour quand il dit bonjour. Il pleut quand il sort du métro, son patron l’engueule alors qu’il a essayé de bien faire. Bon, c’est pas vraiment un loser. C’est un mec à qui on donne l’occasion de contrôler sa vie. Et parfois, on n’en a pas envie. D’ailleurs, c’est ce qu’il dit dans le film.

Pour être plus global par rapport à ta question, j’ai toujours aimé les personnages qui nous ressemblent. Parce que, souvent, on me rétorque la question en me disant que j’ai réussi plein de choses mais je ne suis pas d’accord avec ça. Les choses n’étant pas aussi manichéennes. On a l’impression qu’on réussit une chose et puis on échoue sur un autre truc. Ca dépend où on met ses ambitions en fait. Selon les ambitions et l’orgueil que l’on a… ou les rêves que l’on a en fait… Parce que, très souvent, les gens se trompent sur ce que l’on envisage vraiment dans la vie. On se fait une idée ou on montre une image différente… On n’ose pas dire ce dont on a vraiment besoin en fait parce qu’on a tellement peur que cela s’en aille. On ne peut pas résumer sa vie uniquement au travail. Bien sûr, je pense que le rapport amoureux passe avant tout. D’ailleurs, c’est très important dans le film de Philippe. Le rapport amoureux est très important : avec qui on partage sa vie… François Berthier, il est malheureux parce qu’en fait, sa femme le quitte, si on y réfléchit. Là, il vit seul dans un appart, il bouffe sa pizza tout seul… S’il était heureux avec sa femme, tout se passerait bien. Parfois, on se dit qu’il nous manque si peu de choses pour être heureux, mais on n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Donc je préfère jouer ces mecs qui cherchent que ces mecs qui ont trouvé.


Pourquoi avoir refusé de jouer dans le premier Astérix (NdA : il avait décliné la proposition d’interpréter le personnage de Lucius Detritus, finalement attribué à Roberto Benigni) et accepté de tourner dans la troisième aventure cinématographique des personnages de Goscinny et Uderzo : Astérix aux jeux olympiques ?

Il y a deux raisons. Je trouve que le scénario du troisième est beaucoup plus drôle que le premier. Personnellement, je n’avais pas trop aimé le scénario du premier. Et deuxièmement, je sortais du film de Benoît Mariage (NdA : Les convoyeurs attendent) quand on m’a proposé Astérix. Il y a des films qui sont plus proches de vos préoccupations dans l’instant où vous les vivez. Au moment où j’ai fait le film de Benoît Mariage, c’était un film très important pour moi parce que ça parlait d’un milieu social qui était le mien. ça parlait d’un papa, quelque chose de très important dans ma vie. Quand Berry m’a proposé Astérix, c’est ce que je lui ai dit. Je n’avais pas envie de faire ce film-là. Je n’arrivais pas à passer à autre chose. J’avais envie de rester dans cette atmosphère. D’ailleurs, j’ai mis beaucoup de temps à tourner un autre film après Les convoyeurs attendent. J’ai fait Les portes de la gloire après parce que c’était un scénario que j’avais écrit, qui était plus proche de quelque chose qui me touchait, des gens qui ont du mal… Il y a des films que vous n’avez pas envie de faire. Il faudrait plus me demander pourquoi j’ai accepté Le boulet. J’avais envie de faire ce genre de films-là à ce moment-là. J’étais prêt à faire des films plus légers. Mais après Les convoyeurs, j’étais complètement dans des films plus dramatiques et le problème, c’est qu’on ne m’a pas proposé de films dramatiques. On m’a proposé Le vélo, mais je l’ai co-écrit. Les portes, je l’ai co-écrit aussi.

C’est simplement à partir d’
Entre ses mains que maintenant je commence à recevoir des rôles plus dramatiques. Comme le film de Nicole, qui est plus dramatique, et où on me fait plus confiance en se disant que je suis davantage capable d’interpréter des personnages plus dramatiques. Comme le film de Benoît, celui que je viens de faire - Cowboy -, qui est beaucoup plus dramatique. Il sera drôle mais ce sera un drame, c’est l’histoire d’un homme qui tombe. Mais c’est ma maturité aussi qui me permet de jouer ce genre de rôles. Je suis plus vieux. J’ai 41 ans. C’est le temps que moi je capte l’instant et j’ai tellement eu peur du ridicule…

Mais tout le monde a peur du ridicule…

Tout le monde, c’est vrai. Mais on n’ose pas le dire en fait. Mais quand j’ai fait Entre ses mains, j’avais une telle peur d’avoir l’air con. Donc j’apprends en fait. C’est pourquoi j’ai accepté de tourner dans cet Astérix. Parce que je suis content de ce que j’ai fait dans le film de Nicole. Et même pour Du jour au lendemain, il y avait des séquences, si je n’avais pas fait le film de Nicole Garcia ni le film de Benoît. Parce que c’est Benoît qui m’a appris à dire qu’on peut pleurer à l’image. Moi, j’aurais jamais osé. Et bien, je n’aurais jamais osé faire certaines scènes dans le film de Philippe Le Guay parce qu’il y a des trucs où tu te dis : « mais moi, je ne fais pas ça ; ça ne m’intéresse pas… » Je suis très pudique pour certains trucs. Il y a des choses qui me bloquaient, le fait de dire certaines choses… C’est moins vrai aujourd’hui. Je pense que tous les acteurs te diront pareil : ils apprennent. Et c’est comme ça qu’on apprend.

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Benoît Poelvoorde, invité de l’émission flamande De laatste show © Hélène Dehon



Benoît Poelvoorde, cet auteur

Selon moi, vous n’êtes jamais meilleur que dans ce que vous écrivez. Je pense à C’est arrivé près de chez vous, à Jamais au grand jamais, aux Carnets de Monsieur Manatane, et au film Le vélo de Ghislain Lambert

Ah oui ! C’est gentil ; vous connaissez bien ce que j’ai fait. En réalité, j’ai écrit Les portes de la gloire avec le même mec avec qui j’ai écrit Jamais au grand jamais et Les Carnets de Monsieur Manatane. Je comprends ce que vous voulez dire mais c’est une question de temps, c’est une question de disponibilité. Je suis d’accord avec ce que vous dites. En même temps, je garde l’énergie d’écrire pour moi. Les inutiles, ça fait maintenant trois ans que je m’y suis mis.

Ça avance lentement donc mais ça aboutira malgré tout bel et bien sur quelque chose de concret alors ?

Oui. Et en plus, plus tu grandis avec les films, plus tu vois les choses que tu ne veux plus faire ou pas faire. Je pense que je suis dans une tranche d’âge où il faut chercher beaucoup. J’ai eu une grande discussion il y a deux jours avec Bacri et Lindon. (NdA : Ils figurent, à l’instar de Benoît Poelvoorde, au casting de Selon Charlie.) Vous verrez ça dans Première, où on n’est pas du tout d’accord sur la manière dont on envisage les rôles. Moi, je suis dans une période de ma vie où je me dis que j’ai envie d’en faire beaucoup pour en apprendre beaucoup sur moi. Eux ne sont pas d’accord avec moi sur ce point. Ils disent qu’il faut sélectionner. Il faut arrêter de sacraliser ! Ensuite, le rapport au public joue un rôle important. Si le public ne veut plus te voir, il ne veut plus te voir. Moi, j’essaie d’entretenir avec les gens qui vont me voir un rapport presque de camaraderie. Je leur demande de me dire si c’est bien ou pas bien. Je cherche quoi… Je n’ai jamais dit que j’avais des réponses en fait. Je cherche et j’essaie de bien faire. Quand j’écris pour moi… Il faut bien savoir que Manatane et tout ça, ce n’est qu’après que ça a eu du succès. Parce qu’au début, les gens pigeaient que dalle ! Faut bien admettre que quand on a commencé à écrire Monsieur Manatane - les deux premières années, on passait à la fin de Nulle part ailleurs - les gens ne pigeaient pas. Ils disaient : « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc de cons ? ».

Et c’est parce qu’il y a eu internet… On a sorti une cassette vidéo. La première cassette vidéo de Monsieur Manatane qui est sortie, ça ne s’est pas du tout vendu. Je crois qu’on a du en vendre 1000. Ça n’intéressait personne donc on s’est dit qu’il fallait se faire une raison ! Et ce n’est qu’après que les gens ont assimilé le truc. Canal ne voulait pas ressortir cette cassette et nous non plus en fait. On s’en foutait complètement ! Ce n’est que trois-quatre ans plus tard qu’ils m’ont appelé pour me dire qu’ils aimeraient bien ressortir Monsieur Manatane et faire l’intégrale. Je leur ai dit que je pensais sincèrement que ça n’intéresserait pas grand monde et donc que je m’en foutais de faire un DVD en plus. Je ne vais pas beaucoup sur le net et c’est un copain à moi qui m’a dit : « Mais t’es fou, va sur le net, ils se filent les trucs, ils les copient et tout ça. » Donc on est allé voir sur le net et c’est vrai qu’il y avait des aficionados. C’est vraiment le public qui a déterminé qu’il voulait voir Manatane. Donc en fait, je n’ai fait aucune promo pour Manatane. J’ai fait une seule télé. J’ai refusé de faire de la promo en disant que c’était pour les aficionados qu’on sortait le DVD et donc que je m’en foutais. Et on en a vendu 150 000 ou un truc comme ça, par rapport à 1600 au départ. Mais ça reste un truc destiné aux spécialistes quoi, pour les purs ! Je veux dire qu’on a fait plus d’entrées avec des films qui paraissent pour d’autres beaucoup plus légers. Mais tu vois, Le boulet fait 3 600 000 entrées ; Podium fait 4 millions. Mais tu feras 500 000 avec Les portes de la gloire. Mais pour l’argent qu’il a coûté… Les convoyeurs rapportera plus d’argent que Le boulet par exemple. Mais il faut se situer dans les choses… C’est-à-dire que si jamais je propose Monsieur Manatane au cinéma, mais t’as zéro hein ! Les gens vont dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne voient pas très bien où on veut en venir. Tu ne pourras pas faire du prime time avec Monsieur Manatane.

Vous en êtes sûr ?

Maintenant, d’accord. Mais il a fallu attendre cinq ans que le public des aficionados dise qu’il voulait avoir Monsieur Manatane en DVD. Mais je connais plein de gens qui ne comprennent pas Monsieur Manatane. Ma mère, par exemple. Elle va adorer un Philippe Le Guay. Je sais qu’elle va adorer ce film-là. Mais elle ne comprend pas très bien Monsieur Manatane. Ça ne la fait pas rigoler quoi. Le viking qui arrive avec des cornes… Elle ne comprend pas. Quelqu’un m’avait dit cette phrase magnifique concernant Monsieur Manatane : « Ca doit être plus gai à faire qu’à regarder ». Moi, je respecte ça. Mais c’est très compliqué de se positionner par rapport à des trucs comme ça.

Propos recueillis par Jean-Philippe Thiriart


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Le message laissé par Benoît Poelvoorde dans notre livre d'or, en mode Monsieur Manatane : « Merci à vous Chers lecteurs. Je vous embrasse. Et longue vie à Vous !! ».

08:41 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews, Les " acteurs " du cinéma vous parlent ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : benoit, poelvoorde, du, jour, au, lendemain, asterix, podium, monsieur, manatane | |  Facebook | |  Imprimer |

23 Juil.

Projection de L'Iceberg ce 12 juillet à Flagey

Ce mercredi 12 juillet (en présence des réalisateurs) et à cinq autres dates (du 15 juillet au 12 août), L'Iceberg sera projeté au Studio 5 de Flagey. Il s'agit du premier long métrage du trio Dominique Abel - Fiona Gordon - Bruno Romy. Tous trois œuvreront par la suite ensemble sur Rumba et La Fée avec, à chaque fois, Abel et Gordon devant la caméra en duo burlesque hors du commun. Cette année, le couple à la ville comme à l'écran nous a régalés avec son Paris Pieds Nus, dans lequel on retrouve avec plaisir l'inoubliable Grand blond Pierre Richard et la talentueuse Emmanuelle Riva dans ce qui sera son dernier rôle à l'écran.


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Abel et Gordon s'en donnent à cœur joie dans L'Iceberg


L'Iceberg sera projeté dans le cadre de la belle avanture 50/50 : Cinquante ans de cinéma belge, Cinquante ans de découvertes, sur laquelle nous ne manquerons pas de revenir bientôt. Une aventure organisée en partenariat avec la plateforme belge de vidéo à la demande UniversCiné, qui propose, entre autres, pas moins de 900 films belges aux amateurs de cinéma de chez nous ou à ceux qui ont simplement envie de le découvrir.


Notre rencontre avec Abel et Gordon


Dominique Abel et Fiona Gordon étaient venus présenter La Fée en avant-première au cinéma namurois Acinapolis. Une dizaine de spectateurs avaient ainsi pu découvrir via un de nos concours ce film qui avait fait l'Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. C'était en 2011.

À cette occasion, les sympathiques réalisateurs et acteurs avaient levé leur verre aux visiteurs d'En cinémascope, trois d'entre eux se chargeant de faire une critique-express de l'avant-dernier film du duo.

 



Notre présentation de L'Iceberg


L'Iceberg est donc l'oeuvre de trois metteurs en scène : Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy. Les deux premiers forment le duo burlesque Abel et Gordon depuis plus de trois décennies et se sont ainsi associés au Français Bruno Romy pour la réalisation du film que nous vous présentons. Une comédie burlesque quasi muette basée sur un visuel très important, indispensable à la compréhension de la majorité des scènes, dont il fait la force.

Fiona, qui travaille dans un fast-food vit une existence tranquille accompagnée de ses deux enfants et d’un mari distrait prénommé Julien. Un soir, alors qu’elle range les condiments dans la chambre froide du restaurant, elle se retrouve accidentellement enfermée. Elle parvient à passer la nuit tant bien que mal avant qu’une employée ne la retrouve frigorifiée mais en bonne santé. Elle sera alors inexorablement attirée par tout ce qui est froid : des glaces du glacier à l’appel du grand nord. Elle fera la rencontre d’un marin sourd-muet et souhaitera partir à la recherche de... l’iceberg !

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L'Iceberg
est assez surprenant à premier abord. En effet, tandis que les premières scènes sont tout à fait compréhensibles, il faut attendre plusieurs minutes pour que les premières paroles fassent leur apparition. La première impression est que nous ne sommes pas devant un film mais bien au théâtre, tant le visuel occupe une place centrale et la gestuelle des acteurs est importante. Le duo Abel et Gordon fonctionne à merveille et on remarque aisément que leur complicité ne date pas d'hier.

Certaines scènes font également sourire en raison de la manière dont elles sont tournées. Même les effets spéciaux ont un côté atypique et décalé. Tous les personnages secondaires participent également au caractère burlesque de l’œuvre. La scène du coup de téléphone de Julien au maire  d’un village où se trouve Fiona vaut le détour à elle seule.
Les acteurs débordent d’énergie. Certains y verront même des caractéristiques empruntées à Charlie Chaplin. De quoi nous faire revivre des temps plus anciens du cinéma avec, toutefois, des actualisations bien réfléchies.


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Comment découvrir L'Iceberg et... le cinéma belge


Rendez-vous ce mercredi 12 juillet à Flagey pour L'Iceberg.

Et confortablement installés à la maison pour un regard multiple sur le cinéma belge avec la sélection 50/50 de UniversCiné !

Jean-Philippe Thiriart et Raphaël Pieters