20 mars

Retour sur la Berlinale 2016

Depuis Berlin.

La 66e édition du Festival International du Film de Berlin - la Berlinale - s'est clôturée avec l'annonce du palmarès de ses compétitions principales : Generation, courts métrages, premiers films, et internationale. La maîtresse de la cérémonie de la soirée a d'abord tenu à rappeler, avec beaucoup d'à-propos, combien la Berlinale existait, avant tout, pour le public. Un public qui s'est une fois de plus rendu en masse aux projections de films présentés dans des catégories nombreuses et variées : compétitions longs et courts métrages donc, mais aussi Panorama, Forum, Rétrospective, Hommage, Berlinale Classics, et on en passe.

Un public auquel possibilité était donnée d'aider financièrement les nombreux réfugiés accueillis en Allemagne en déposant de l'argent dans les boxes prévus à cet effet à proximité des différents sites berlinois où le Festival avait pris ses quartiers. De l'argent directement reversé à l'ONG BZFO, laquelle vient en aide aux victimes de torture et de violence en temps de guerre depuis 1992.

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Gianfranco Rosi, réalisateur de Fuocoammare, et Meryl Streep,
présidente du jury de cette 66e Berlinale


Les réfugiés, le cinéaste italien Gianfranco Rosi a choisi de leur donner la parole avec son film Fuocoammare (Fire at Sea), lauréat de l'Ours d'Or du Meilleur Film décerné par le Jury présidé par Meryl Streep, un jury qu'elle a qualifié de composé de grands esprits. Film courageux ancré dans la réalité actuelle, Fuocoammare montre qu'un film documentaire peut, à l'heure actuelle, donner un point de vue politique avec beaucoup de nuance et de poésie. Son réalisateur a remercié le comité de sélection du Festival d'avoir eu le courage d'y inclure son film - ce qui représentait déjà pour lui une victoire - et le jury de l'avoir primé. Ses pensées sont allées à tous ceux qui n'ont jamais réussi à survivre à Lampedusa. Ceux qui y habitent y ouvrent leur cœur à ceux qui y arrivent. Il a également encouragé à suivre l'exemple des pêcheurs, qui acceptent tout le monde. Une leçon que toutes et tous devraient apprendre à l'heure où des êtres humains meurent à cause de questions de frontières artificielles.

Les Belges récompensés !

Cocorico à Berlin cette année puisque deux œuvres de réalisateurs belges ont été primées : Mort à Sarajevo (Grand Prix du Jury, Ours d'Argent fort prisé), d'abord, du Belgo-Bosniaque Danis Tanović, qui a souligné combien la Berlinale était un lieu de rencontres, et Les Premiers Les Derniers (Prix Europa Cinemas Label et Prix Œcuménique dans la section Panorama), du Liégeois Bouli Lanners !

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Les Premiers Les Derniers, du Belge Bouli Lanners : deux Prix à Berlin !

 

La plupart des films en lice pour les Ours d'Or, d'Argent et les autres prix majeurs du Festival étaient cette année des films nécessaires. Nous avons assisté à une Berlinale caractérisée par une absence de grand film esthétique, avec une attention accordée à de plus petites productions que lors des précédentes éditions.

Un autre Ours d'Argent, le Prix Alfred Bauer, du nom de l'historien allemand et fondateur de la Berlinale, qui récompense un long métrage ouvrant de nouvelles perspectives, est allé à Hele Sa Hiwagang Hapis (A Lullaby to the Sorrowful Mystery) de Lav Diaz. Le metteur en scène philippin a tenu à remercier le comité de sélection de la Berlinale d'avoir pris le grand risque de sélectionner son film, long de huit heures. Il a dédié son Prix à celles et ceux qui croient que le cinéma peut encore apporter des changements dans le monde dans lequel nous vivons.
L'Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur est allé à une... réalisatrice : Mia Hansen-Løve, pour L'Avenir.

 

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Trine Dyrholm, Ours d'Argent de la Meilleure Actrice


Les Ours d'Argent des Meilleurs Actrice et Acteur sont allés à Trine Dyrholm et Majd Mastoura, pour leurs interprétations dans les films Kollektivet (The Commune) de Thomas Vinterberg et Inhebbek Hedi (Hedi) de Mohamed Ben Attia, respectivement. Trine Dyrholm a souligné l'importance pour elle de recevoir ce Prix des mains de Meryl Streep, dont elle est une très grande admiratrice, lors d'une soirée fort spéciale pour elle, elle qui se rendait à la Berlinale pour la septième fois. Elle s'est dite également ravie de recevoir ce prix dans un festival qu'elle affectionne tout particulièrement. Beaucoup de femmes étaient présentes cette année sur les écrans berlinois, pour y interpréter des rôles importants. Cela témoigne du souhait des réalisatrices et réalisateurs de montrer des femmes au caractère fort qui bien souvent menaient le jeu.

L'Ours d'Argent du Meilleur Scénario est revenu au réalisateur Tomasz Wasilewski pour Zjednoczone stany miłości (United States of Love). Dernier Ours d'Argent décerné : celui venant récompenser une Contribution Artistique Exceptionnelle. Il est allé à Mark Lee Ping-Bing, directeur photo de Chang Jiang Tu (Crosscurrent) de Yang Chao.

Jean-Philippe Thiriart

08:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlinale, festival, international, film, berlin, ours, or, argent, meryl, streep | |  Facebook | |  Imprimer |

17 févr.

La Berlinale, son public, et " 24 Wochen ", LE film allemand en compétition internationale !

Depuis Berlin.

La première moitié de la Berlinale est à présent derrière nous. Tous comme les 250 000 tickets achetés par les Festivaliers en cinq jours. Oui : 250 000, vous avez bien lu. Certains spectateurs allant jusqu'à dormir devant les billetteries pour être certains de se procurer les précieux sésames permettant de découvrir, avant tout le monde, les grosses Premieres projetées dans la capitale allemande. C'est dire. Le Festival prend en effet de plus en plus d'ampleur d'année en année, pour rayonner à présent dans tout Berlin et éclairer de ses lumières la trentaine de lieux qui l'accueille.

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Le Berlinale Palast et son Roter Teppish


Aujourd'hui, nous avons choisi de nous arrêter sur un film allemand : 24 Wochen (24 Weeks pour le titre international). Un film que nous n'avions, faute de temps, pas eu l'occasion de voir en presse, mais que nous sommes fort heureusement parvenus à rattraper en vision publique. Et le moins que l'on puisse écrire est que les spectateurs allemands étaient au rendez-vous, ce matin-là, dans la très belle Haus der Berliner Festspiele. La salle principale de la Haus, comble, accueillait près de 1 000 spectateurs venus découvrir LEUR film en compétition. C'est que 24 Wochen est la seule production exclusivement allemande présente cette année à Berlin dans le cadre de la compétition internationale. Et en lice pour l'Ours d'Or et les autres Prix remis par le Jury que préside l'Américaine Meryl Streep.

24 Wochen raconte l'histoire d'Astrid, une entertainer qui a fait du stand-up son arme de séduction massive d'un public conquis par sa gouaille. Enceinte de six mois, elle apprend que l'enfant qu'elle porte est handicapé. Soutenu par son mari Markus, la jeune femme doit prendre une décision de taille.

Nous avons 
rarement été autant ému, à ce point touché par un film. 24 Wochen nous a véritablement bouleversé par sa sincérité. Nous nous attendions à deux reprises à un cut final. Mais la coscénariste et réalisatrice du film Anne Zohra Berrached nous emmène, à bon escient et avec brio, vers les parties ultérieures de son film, clôturant son métrage au moment le plus opportun. Elle le fait après avoir fait voyager le spectateur à ses côtés sur le chemin de sa très belle bien que difficile histoire. Sans pathos, sans facilités, sans le prendre par la main. Mais avec un respect permanent. Ce même respect qu'elle témoigne à l'ensemble des personnages auxquels elle donne vie.

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Julia Jentsch interprète avec brio une femme enceinte d'un enfant différent


Cette histoire ô combien touchante d'un couple et, plus largement, de leur petite fille de neuf ans et de tout leur entourage, est le deuxième long métrage de la cinéaste allemande. Il fait suite au film Zwei Mütter (Two Mothers), qui portait déjà sur la grossesse et le désir d'enfant. Et narrait l'histoire d'un couple de femmes qui décident de s'engager dans le long et difficile processus que représente l'insémination artificielle par un couple lesbien en Allemagne.

Les deux acteurs principaux que dirige Anne Zohra Berrached ont pour noms Julia Jentsch et Bjarne Mädele. Ils tirent chacun vers le haut le niveau de jeu de leur partenaire à l'écran. Et tout sonne fort juste dans ce drame allemand qui en dit beaucoup sur l'acceptation. La réalisatrice de 24 Wochen ne choisit jamais la facilité et nous demande implicitement de la prendre comme elle est, elle qui devait très certainement éprouver un besoin impérieux de raconter cette histoire qui marque durablement celles et ceux qui ont eu la chance de la découvrir.

Le morceau Sing Hallelujah vient impacter le film à deux de ses moments-clé. Avec toute la palette d'émotions que cet impératif peut comporter. Alors oui, sing Halleluiah ! Car la vie mérite d'être chantée, d'être louée malgré ses difficultés. 24 Wochen fait partie de ces films nécessaires. De ces films qui doivent être vus. De ces films qui doivent être montrés. Il a été applaudi de longues minutes à l'issue de sa projection et ce à deux reprises. La fin des crédits de clôture et le retour de la lumière dans la salle laissant découvrir des visages à la fois tristes et souriants. A Kind of Magic a opéré, pendant toute la durée du film.

Jean-Philippe Thiriart

17:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals, Critiques de films, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlinale, berlin, festival, cinéma, 24, wochen, weeks | |  Facebook | |  Imprimer |

14 févr.

Honoré à la Berlinale, Tim Robbins nous parle de la peine de mort

Depuis Berlin.

Peu après 22 heures, hier soir, nous avons eu la chance de tendre notre micro à Tim Robbins. Le producteur, réalisateur et acteur lauréat d'un Oscar, de deux Golden Globes et d'un Prix d'interprétation à Cannes, était présent dans la capitale allemande pour recevoir une Berlinale Kamera. Le Festival International du Film de Berlin décerne ce Lifetime Achievement Award aux acteurs du cinéma qui l'ont à jamais marqué. L'Américain a gentiment accepté de répondre à nos deux questions, sur la peine de mort et sur son travail de réinsertion des prisonniers de différentes prisons californiennes.

 

 Tim Robbins répondant à nos questions - Copyright Denise Reese, de Ruptly TV


C'est dans le cadre de ce bel honneur que le natif de West Covina, en Californie, a choisi de présenter le film dont il est le plus fier : Dead Man Walking. Film qui a valu à Sean Penn, à Berlin déjà, l'Ours d'Argent du Meilleur acteur et à Susan Sarandon... l'Oscar de la Meilleure actrice ! C'était en 1996.

Vingt ans plus tard, l'inoubliable comédien de L'échelle de Jacob, The Shawshank Redemption et Mystic River, entre autres, a tenu à remercier de tout son cœur le Festival, les festivaliers, les Berlinois et, plus généralement, l'ensemble du peuple allemand, pour tout l'amour qu'ils lui ont donné.

Robbins a évoqué, avec émotion, sa première venue à Berlin en 1985. Époque à laquelle il n'avait pu passer Checkpoint Charlie et se rendre à l'Est pour la seule et bonne raison qu'il avait, dans sa voiture, une cassette des... Rolling Stones. Il a confié, non sans humour, avoir été convaincu d'une chose, ce jour-là : « Un jour, le Mur ne pourrait que tomber. Pour la bonne et simple raison qu'on ne peut pas craindre le rock'n'roll ! ».

Merci Monsieur Robbins.
Pour votre amabilité.
Pour votre contribution au patrimoine cinématographique.
Pour votre engagement.
C'est rare et précieux.

Jean-Philippe Thiriart

11 févr.

Le 66e Berlinale démarre aujourd'hui dans la capitale allemande !

Depuis Berlin.



L'équipe d'
En cinémascope est bien arrivée à Berlin !

Le Festival International du Film de Berlin démarre officiellement ce jeudi 11 février, pour prendre fin le dimanche 21. Soit une dizaine de jours pendant lesquels la capitale allemande sera la capitale mondiale du... Septième Art. Ni plus ni moins. Connue pour être le deuxième plus grand festival de cinéma au monde après Cannes et sur un pied d'égalité avec la Mostra de Venise, la Berlinale est, aussi, reconnue comme étant le festival le plus conséquent d'un point de vue qualitatif. Il convient aussi de noter que si le Festival allemand est une grosse machine avec un marché international du film de taille, elle n'en est pas moins un festival de festivaliers, de nombreux films étant accessibles aux cinéphiles et cinéphages berlinois.

L'an dernier, c'est le film Taxi Téhéran, de Jafar Panahi, qui a reçu l'Ours d'Or, récompense suprême. Outre cette récompense, seront à nouveau décernés, le 20 février en soirée : le Prix du Meilleur film, l'Ours d'Argent ou Grand Prix du Jury, l'Ours d'Argent du Meilleur réalisateur, ceux des Meilleurs acteur, actrice, scénario, contribution artistique, et le Prix Alfred-Bauer.

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Le Jury Officiel de cette 66e Berlinale


L'actrice américaine Meryl Streep, oscarisée à pas moins de trois reprises, a été désignée Présidente du Jury de la Berlinale 2016. Il s'agira pour elle d'une première expérience de jurée. Elle sera entourée de six acteurs du cinéma mondial : l'acteur britannique Clive Owen, le critique, auteur et programmateur britannique Nick James, la réalisatrice polonaise Malgorzata Szumowska, l'acteur allemand Lars Eidinger, l'actrice italienne Alba Rohrwacher et la photographe française Brigitte Lacombe.

Pour plus d'infos, une seule adresse : www.berlinale.de.
Ainsi que l'application mobile officielle du Festival, disponible en anglais.

Jean-Philippe Thiriart

Crédits photos et vidéo : Dorian Blacks

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12:56 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlinale, berlin, festival, cinéma | |  Facebook | |  Imprimer |