06 avril

Saint Amour - Interview du duo de réalisateurs Gustave Kervern - Benoît Delépine

Depuis Berlin.

La Berlinale touchait tout doucement à son terme et rendez-vous avait été pris dans la suite d'un hôtel berlinois avec le duo Gustave Kervern - Benoît Delépine. Les réalisateurs d'Aaltra, Louise-Michel et autre Mammuth présentaient cette année leur film Saint Amour dans la capitale allemande. C'était parti pour une interview qui allait vite sentir bon, très bon la déconne. Quand nous avons quitté le salon où avait lieu l'interview et réalisé que Gustave Kervern nous avait dédicacé le livret presse du film d'un « À Jean-Philippe, mon frère ! », nous avons eu le sentiment d'éprouver définitivement un réel Saint Amour pour lui et son comparse ! Ainsi que pour leur film, ce que nous savions déjà. Notez que Saint Amour est toujours en salles à Bruxelles, Namur et Liège. Courez donc le voir !

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Votre film est empreint de moments de grâce et, plus généralement, d'une vraie poésie, une poésie que l'on retrouve dans des scènes qui sont, à la base, à des années-lumière de cela. C'est aussi là que se trouve tout votre décalage avec ce film : la tendresse dans l'absurde. C'était important pour vous, ces contrastes ?

Benoît Delépine : Effectivement : on a du mal à aller complètement dans la sensiblerie. On préfère le sensible à la sensiblerie. Donc dès qu'on sent qu'une situation devient un peu trop lourde, on ne peut pas s'empêcher de l'alléger par un sourire. Ou par un rire, j'espère.

Gustave Kervern : C'est pareil pour les situations comiques : on ne va pas dans le gag, on n'appuie pas les effets, ni dans le comique ni dans l'émotion. On essaie toujours de faire une pirouette au dernier moment qui fait que l'on s'échappe des situations lourdes. Mais c'est difficile de faire des films comme ça, un peu sur le fil du rasoir entre l'émotion et l'humour. C'est l'objectif à chaque fois qu'on en fait un et avec celui-là, je crois qu'on y est arrivé à peu près.

C'est assez rare dans le cinéma français.
Alors petit questionnaire à choix multiple : Saint Amour, c'est avant tout :
- petit A : une description de la France authentique à mi-chemin entre la France et la présipauté de Groland ?
- petit B : une réflexion sur la société française et, plus généralement européenne voire occidentale, avec tout ce qu'elle compte d'humains en marge du système et qui n'ont d'autre choix que de le subir ?
- petit C : un regard sur les relations père et fils et sur les différences de manière plus générale ? ou
- petit D : un gros délire de deux potes partis du sujet de l'alcool pour offrir au spectateur, avec un plaisir communicatif, une vraie grosse bonne poilade ?

B. D. : A, B, C, D ! Bravo ! (il rit) C'est vraiment un peu tout ça. C'est ce qu'on a essayé de faire. On a à la fois envie de rire et de faire rire comme toujours bien sûr, mais en en profitant pour faire un petit état des lieux de la société française. Et pas forcément du tout de la société parisienne mais plutôt de notre belle province. On en donc effectivement profité pour se balader dans ces marges aussi, pour montrer à quel point la vie, même si elle n'est pas toujours simple, voit l'amour nous sauver de tout.

G. K. : Une bonne poilade, c'est vrai : on avait rarement vu des acteurs se marrer autant. Du coup, nous, ça nous faisait un peu moins marrer parce que le temps qu'ils se marrent, nous perdions, nous, beaucoup de temps. Mais, en même temps, c'est ce qui fait un peu notre force. C'est de mettre les acteurs dans des conditions idéales pour être en confiance. Et puis de s'éclater, d'avoir une certaine liberté. On attend le bon moment pour faire les prises mais à la fois, c'est ce que les actrices et les acteurs recherchent un peu sur nos tournages : une façon de faire qui est la nôtre qui fait qu'on perd pas mal de temps mais que, finalement, on obtient ce qu'on veut.

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Gustave Kervern et Benoît Delépine sur le roter Teppich berlinois

 

Dans Saint-Amour, vous retrouvez à la fois Gérard Depardieu ET Benoît Poelvoorde. Il est indéniable que Gérard Depardieu est et sera sans doute à jamais un des monstres sacrés du cinéma français. Il propose un jeu tout en retenue dans votre film. Comment définiriez-vous ce Gérard Depardieu-là ?

B. D. : il faudrait lui poser la question à lui mais c'est vrai que dans le texte qu'on avait écrit, le personnage du père paysan était un petit peu plus bourru que ce que lui en a fait. Je ne sais pas dans quelle partie de sa vie à lui il va chercher tout ça.

Dans la relation qu'il a eue avec son père à lui peut-être ?

B. D. : Plutôt, oui. Puis surtout dans ses relations père-fils. Il a vraiment un regard de bonté hallucinante vis-à-vis de son fils. Et peut-être, aussi, de l'acteur Benoît Poelvoorde, qu'il respecte beaucoup et qu'il aime beaucoup. Donc ce regard-là, il est inimitable, il est extraordinaire. Il est d'une douceur infinie dans ce film, ce qui le change de beaucoup d'autres films. C'est ça qui nous a vraiment étonné et même renversé. Parce que si, pendant le tournage, on sentait que c'était le cas, découvrir ce type de regard pendant le montage et puis, ensuite, pendant les projections, ça nous remue beaucoup.

Venons-en à Benoît Poelvoorde si vous le voulez bien... Il est pour moi l'un des comédiens francophones les plus doués de sa génération. Et j'ai le sentiment qu'il ose presque tout jouer. Ça doit être une vraie Rolls-Royce pour des réalisateurs. Surtout qu'il est en toute grande forme dans votre film...

G. K. : Oui, je crois que c'est un rôle à la fois extraordinaire et à la fois difficile parce que jouer quelqu'un qui est un peu porté sur l'alcool, c'est ce qu'il y a de plus dur à mon sens pour un acteur. Et lui, il le fait avec un naturel extraordinaire. Et nous, ce qu'on cherche avant tout, c'est un maximum de naturalisme. En ne forçant pas les traits, en n'appuyant pas les effets. Ce sont les situations qui sont parfois absurdes mais les acteurs jouent de manière très naturelle, sans appuyer. C'est vrai que dans ce film-ci, Benoît Poelvoorde a bu un petit peu de temps en temps. Mais je pense qu'il n'y a pas beaucoup d'acteurs qui seraient capables de faire ce qu'il a fait. Avec de l'émotion, parce qu'on sent un personnage perdu et très solitaire. Donc c'est vrai ; merci de le dire ! Ce n'est pas du chauvinisme. On a les deux meilleurs acteurs de leur génération, avec lui et Depardieu. On est donc heureux de travailler avec des gens comme ça.

B. D. : Il faut aussi saluer leur générosité parce qu'ils ont tous les deux tout donné. C'est incroyable ! Il y a des scènes pour lesquelles on ne pensait même pas qu'ils iraient jusque-là. Ils sont tellement généreux ! Ils n'ont pas, contrairement à beaucoup d'acteurs, des petites caméras de vidéosurveillance dans un coin de la tête, en train de se dire qu'ils ne peuvent pas faire telle ou telle chose, par rapport à leur image. On peut dire qu'ils ont vraiment tout donné. Aussi bien physiquement que psychologiquement. À tous les niveaux. Il n'y a rien qui les arrête. Ils sont un peu fous et c'est pour ça qu'on les aime. C'est inouï. Quand on voit le film, on ne se rend pas compte qu'ils aient pu se donner à ce point-là.

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Depardieu et Poelvoorde jouent un père et son fils très touchants


C'est clair ! Saint Amour est un film franco-... belge ! Vous avez tourné avec plusieurs grands de notre petit pays : Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde... Sur une échelle de un à dix, à combien estimez-vous chacun votre niveau de Belgitude ?

G. K. : Tu as oublié d'autres Belges qu'on a fait tourner : Serge Larivière et Noël Godin. Comme nous, on recherche le naturel chez les acteurs, les acteurs belges nous conviennent bien parce qu'ils ont cette faculté à la fois de facétie et de naturel qu'il est parfois difficile de trouver en France et qui nous correspond bien : ne pas se prendre au sérieux, aller dans des délires absurdes ou surréalistes. Donc c'est pour cela qu'on se sent très proche de la Belgique. Quant à notre degré de Belgitude, j'espère qu'il est à dix. Parce que cela voudrait dire que, soudainement, on n'est plus français.

Monsieur Delépine, sur dix aussi, ça fait un dix ?

B. D. : (il rigole) Il y a les dix stades de l'ivresse dans notre film. Alors, est-ce qu'il y a les dix stades de la Belgitude ? Je n'en sais rien ! Mais quelque part, l'ivresse de la liberté. Parce que ce que l'on peut reprocher souvent aux Français, c'est de se bloquer eux-mêmes, de perdre en simplicité justement. Et j'espère qu'on est très haut dans cette échelle de valeurs. Et d'ailleurs, vous avez oublié Joël Robert, qui est quintuple champion du monde de motocross. Je ne comprends pas, c'est honteux ! (il rigole)


Je suis désolé : je ferais sans doute un mauvais citoyen de Groland, comme je suis peut-être un mauvais citoyen belge. Je devrais sans doute quitter la Belgique et aller vivre en France. C'est peut-être une solution pour moi ; je m'excuse platement. (ils se marrent) Assister à la lecture par Depardieu d'une description sur le vin, qualifiée par Poelvoorde de scientifique, on est bien d'accord qu'il n'y a que dans l'un de vos films qu'on peut voir ça quand même !

B. D. : On y apprend des choses !

G. K. : Vous avez notez tous les chiffres, c'est bien ! Bon, il y en a peu mais ce sont des chiffres forts, qui marquent la vie d'un homme. Et puis on apprend que les caudalies, c'est, quand on boit un vin, le temps qu'il reste en bouche. Nous-mêmes, nous l'avons appris !

B. D. : Nous l'avons appris dans ce formidable ouvrage qui est montré dans le film. C'est un ouvrage scientifique, véritablement une source d'informations énorme pour tout scientifique. C'est ce fameux trois pages qu'on peut trouver dans toutes les stations-services et qui concerne le vin !

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Gérard Depardieu entouré de son duo de réalisateurs lors du traditionnel photocall


Avec un demi-cru dans une espèce de pizzeria...

B. D. : Ne vous moquez pas de ce petit fascicule parce que nous, nous avons appris le cinéma avec celui qui concerne cette discipline.

J'aimerais bien le découvrir aussi dès lors car j'aimerais réaliser un jour quelque chose aussi. Mais je ne me moque pas, je n'oserais pas ! Comment vont les Grolandais Michael Kael et Gustave de Kervern ? Et comment se porte la présipauté ? Mieux que son voisin la France ?

B. D. : Heureusement, oui ! (il rit) Non non : ça va. Mais chez nous, la présipauté est directement liée à la forme de notre président. Et notre président est généralement en très grande forme ! On peut le joindre à n'importe quelle heure du jour et de la nuit dans le même bar. On peut donc dire que la présipauté ne s'est jamais portée aussi bien.

G. K. : C'est vrai qu'on a perdu notre triple A depuis longtemps. On en est au triple Z. Mais nous vivons très bien. Comme quoi les économistes peuvent dire beaucoup d'âneries.

Ils devraient peut-être lire le trois pages sur l'économie et Groland en deviendrait un exemple pour son voisin la France ! Le moins que l'on puisse dire est que vous avez le sens de la formule. Aaltra était ainsi je crois le « premier road-movie en chaises roulantes ». Saint Amour est lui-aussi un road-movie. Qu'est-ce que ce genre cinématographique a de si singulier à vos yeux ?

B. D. : Comme on est assez limité en termes de psychologie, les personnages n'évoluent que très peu à ce niveau-là. Il faut donc bien les faire avancer d'une façon ou d'une autre. Les véhicules sont tout ce qu'on a trouvé pour les faire progresser. Et en les faisant progresser sur la route, nos personnages rencontrent de nouvelles personnes qui font progresser la psychologie de nos personnages.

G. K. : C'est vrai que ça commence à se voir qu'on fait toujours le même film. Je suis bien d'accord avec vous ! (Benoît Delépine se marre.) Les chaises roulantes, les taxis, les motos... Heureusement, il reste encore la charrette et la chaise à porteur et donc encore plein de possibilités.

Vous proposiez pour rappel avec Aaltra, en 2004, la plus belle réplique du cinéma avec votre fameux « Rendez-nous nos jambes ! »...

B. D. : « J'ai bon mes jambes. » Mais ça, c'est une trouvaille de Benoît Poelvoorde. Et dans ce film-ci, il a eu une phrase qui est magnifique également, quand il dit : « Mais quelle heure il est aujourd'hui ? » quand il est ivre-mort. Ça m'a faut beaucoup rire ! Il en a eu quelques-unes comme ça, à peu près sur chaque film. Il me sidère.

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Vous cadrez très fort les visages, en étant proche du docu parfois en matière de mise en scène... Est-ce important pour vous de vous focaliser sur l'acteur, sur l'homme, sur le personnage ? Et, partant, de laisser moins de place à l'artifice ?

B. D. : On a changé complètement notre fusil d'épaule par rapport au film précédent, où on était vraiment sur des cadres magnifiques, à la limite du pictural. On essayait de trouver des idées visuelles. Mais là, comme on savait qu'au salon de l'agriculture, ce serait à la limite de la panique - parce qu'on a tourné quasiment en caméra cachée -, on était obligé de tourner avec deux caméras et d'aller voler des plans avant que le public ne sorte son portable pour faire des selfies avec Depardieu ou Poelvoorde. C'était par conséquent assez extrême comme ambiance. Donc ensuite, on ne pouvait pas repasser à notre ancien style quand on était dans le taxi. On s'est donc dit qu'on allait continuer à être sur ces visages et donc sur les émotions. Et en plus, on avait envie de filmer nos acteurs de près. Contrairement à notre premier film, Aaltra, dans lequel on n'avait filmé que le cul de Benoît Poelvoorde et jamais son visage, on s'est dit que ça pouvait être une bonne façon de découvrir enfin la tête de cet homme. (il rit)


Messieurs, puis-je vous demander un petit mot pour les visiteurs d'En cinémascope ?

B. D. : Oui ! Franchement, notre film est plus qu'en cinémascope, même si je parle ici pour En cinémascope. Je vous propose de regarder ce film avec des lunettes. Pas des lunettes 3D, mais des lunettes 12 degrés. Grâce à ces lunettes, on peut encore mieux en profiter !

G. K. : Écoutez, je n'ai pas l'habitude de contredire mon collègue. J'appuie donc ce qu'il vient de dire ! Et je ne trouverai pas mieux, comme d'habitude. Et c'est pareil sur les tournages. (Benoît Delépine se marre.)


Jean-Philippe Thiriart

22 mars

La Berlinale 2016 en 4 vidéos - photocalls et interviews !

Depuis Berlin.

La Berlinale 2016 en 4 vidéos, c'est :

- le photocall de l'équipe du film Ave, César !, Film d'Ouverture.
Avec l'actrice Tilda Swinton, les acteurs George Clooney, Channing Tatum, Josh Brolin et Alden Ehrenreich, et les réalisateurs Ethan et Joel Coen ;



- le photocall de l'équipe du film Boris sans Béatrice, Film en Compétition.
Avec les actrices Laetitia Isambert-Denis, Dounia Sichov, Simone-Élise Girard et Isolda Dychauk, les acteurs James Hyndman et Bruce LaBruce, et le réalisateur Denis Côté ;



- le Festival vu par quatre festivaliers, et ce en deux vidéos dans lesquelles ils nous parlent de leur Berlinale 2016 dans leur langue maternelle et en anglais !


 



Bon visionnage !

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéos : Dorian Blacks

20 mars

Retour sur la Berlinale 2016

Depuis Berlin.

La 66e édition du Festival International du Film de Berlin - la Berlinale - s'est clôturée avec l'annonce du palmarès de ses compétitions principales : Generation, courts métrages, premiers films, et internationale. La maîtresse de la cérémonie de la soirée a d'abord tenu à rappeler, avec beaucoup d'à-propos, combien la Berlinale existait, avant tout, pour le public. Un public qui s'est une fois de plus rendu en masse aux projections de films présentés dans des catégories nombreuses et variées : compétitions longs et courts métrages donc, mais aussi Panorama, Forum, Rétrospective, Hommage, Berlinale Classics, et on en passe.

Un public auquel possibilité était donnée d'aider financièrement les nombreux réfugiés accueillis en Allemagne en déposant de l'argent dans les boxes prévus à cet effet à proximité des différents sites berlinois où le Festival avait pris ses quartiers. De l'argent directement reversé à l'ONG BZFO, laquelle vient en aide aux victimes de torture et de violence en temps de guerre depuis 1992.

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Gianfranco Rosi, réalisateur de Fuocoammare, et Meryl Streep,
présidente du jury de cette 66e Berlinale


Les réfugiés, le cinéaste italien Gianfranco Rosi a choisi de leur donner la parole avec son film Fuocoammare (Fire at Sea), lauréat de l'Ours d'Or du Meilleur Film décerné par le Jury présidé par Meryl Streep, un jury qu'elle a qualifié de composé de grands esprits. Film courageux ancré dans la réalité actuelle, Fuocoammare montre qu'un film documentaire peut, à l'heure actuelle, donner un point de vue politique avec beaucoup de nuance et de poésie. Son réalisateur a remercié le comité de sélection du Festival d'avoir eu le courage d'y inclure son film - ce qui représentait déjà pour lui une victoire - et le jury de l'avoir primé. Ses pensées sont allées à tous ceux qui n'ont jamais réussi à survivre à Lampedusa. Ceux qui y habitent y ouvrent leur cœur à ceux qui y arrivent. Il a également encouragé à suivre l'exemple des pêcheurs, qui acceptent tout le monde. Une leçon que toutes et tous devraient apprendre à l'heure où des êtres humains meurent à cause de questions de frontières artificielles.

Les Belges récompensés !

Cocorico à Berlin cette année puisque deux œuvres de réalisateurs belges ont été primées : Mort à Sarajevo (Grand Prix du Jury, Ours d'Argent fort prisé), d'abord, du Belgo-Bosniaque Danis Tanović, qui a souligné combien la Berlinale était un lieu de rencontres, et Les Premiers Les Derniers (Prix Europa Cinemas Label et Prix Œcuménique dans la section Panorama), du Liégeois Bouli Lanners !

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Les Premiers Les Derniers, du Belge Bouli Lanners : deux Prix à Berlin !

 

La plupart des films en lice pour les Ours d'Or, d'Argent et les autres prix majeurs du Festival étaient cette année des films nécessaires. Nous avons assisté à une Berlinale caractérisée par une absence de grand film esthétique, avec une attention accordée à de plus petites productions que lors des précédentes éditions.

Un autre Ours d'Argent, le Prix Alfred Bauer, du nom de l'historien allemand et fondateur de la Berlinale, qui récompense un long métrage ouvrant de nouvelles perspectives, est allé à Hele Sa Hiwagang Hapis (A Lullaby to the Sorrowful Mystery) de Lav Diaz. Le metteur en scène philippin a tenu à remercier le comité de sélection de la Berlinale d'avoir pris le grand risque de sélectionner son film, long de huit heures. Il a dédié son Prix à celles et ceux qui croient que le cinéma peut encore apporter des changements dans le monde dans lequel nous vivons.
L'Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur est allé à une... réalisatrice : Mia Hansen-Løve, pour L'Avenir.

 

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Trine Dyrholm, Ours d'Argent de la Meilleure Actrice


Les Ours d'Argent des Meilleurs Actrice et Acteur sont allés à Trine Dyrholm et Majd Mastoura, pour leurs interprétations dans les films Kollektivet (The Commune) de Thomas Vinterberg et Inhebbek Hedi (Hedi) de Mohamed Ben Attia, respectivement. Trine Dyrholm a souligné l'importance pour elle de recevoir ce Prix des mains de Meryl Streep, dont elle est une très grande admiratrice, lors d'une soirée fort spéciale pour elle, elle qui se rendait à la Berlinale pour la septième fois. Elle s'est dite également ravie de recevoir ce prix dans un festival qu'elle affectionne tout particulièrement. Beaucoup de femmes étaient présentes cette année sur les écrans berlinois, pour y interpréter des rôles importants. Cela témoigne du souhait des réalisatrices et réalisateurs de montrer des femmes au caractère fort qui bien souvent menaient le jeu.

L'Ours d'Argent du Meilleur Scénario est revenu au réalisateur Tomasz Wasilewski pour Zjednoczone stany miłości (United States of Love). Dernier Ours d'Argent décerné : celui venant récompenser une Contribution Artistique Exceptionnelle. Il est allé à Mark Lee Ping-Bing, directeur photo de Chang Jiang Tu (Crosscurrent) de Yang Chao.

Jean-Philippe Thiriart

08:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlinale, festival, international, film, berlin, ours, or, argent, meryl, streep | |  Facebook | |  Imprimer |

17 févr.

La Berlinale, son public, et " 24 Wochen ", LE film allemand en compétition internationale !

Depuis Berlin.

La première moitié de la Berlinale est à présent derrière nous. Tous comme les 250 000 tickets achetés par les Festivaliers en cinq jours. Oui : 250 000, vous avez bien lu. Certains spectateurs allant jusqu'à dormir devant les billetteries pour être certains de se procurer les précieux sésames permettant de découvrir, avant tout le monde, les grosses Premieres projetées dans la capitale allemande. C'est dire. Le Festival prend en effet de plus en plus d'ampleur d'année en année, pour rayonner à présent dans tout Berlin et éclairer de ses lumières la trentaine de lieux qui l'accueille.

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Le Berlinale Palast et son Roter Teppish


Aujourd'hui, nous avons choisi de nous arrêter sur un film allemand : 24 Wochen (24 Weeks pour le titre international). Un film que nous n'avions, faute de temps, pas eu l'occasion de voir en presse, mais que nous sommes fort heureusement parvenus à rattraper en vision publique. Et le moins que l'on puisse écrire est que les spectateurs allemands étaient au rendez-vous, ce matin-là, dans la très belle Haus der Berliner Festspiele. La salle principale de la Haus, comble, accueillait près de 1 000 spectateurs venus découvrir LEUR film en compétition. C'est que 24 Wochen est la seule production exclusivement allemande présente cette année à Berlin dans le cadre de la compétition internationale. Et en lice pour l'Ours d'Or et les autres Prix remis par le Jury que préside l'Américaine Meryl Streep.

24 Wochen raconte l'histoire d'Astrid, une entertainer qui a fait du stand-up son arme de séduction massive d'un public conquis par sa gouaille. Enceinte de six mois, elle apprend que l'enfant qu'elle porte est handicapé. Soutenu par son mari Markus, la jeune femme doit prendre une décision de taille.

Nous avons 
rarement été autant ému, à ce point touché par un film. 24 Wochen nous a véritablement bouleversé par sa sincérité. Nous nous attendions à deux reprises à un cut final. Mais la coscénariste et réalisatrice du film Anne Zohra Berrached nous emmène, à bon escient et avec brio, vers les parties ultérieures de son film, clôturant son métrage au moment le plus opportun. Elle le fait après avoir fait voyager le spectateur à ses côtés sur le chemin de sa très belle bien que difficile histoire. Sans pathos, sans facilités, sans le prendre par la main. Mais avec un respect permanent. Ce même respect qu'elle témoigne à l'ensemble des personnages auxquels elle donne vie.

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Julia Jentsch interprète avec brio une femme enceinte d'un enfant différent


Cette histoire ô combien touchante d'un couple et, plus largement, de leur petite fille de neuf ans et de tout leur entourage, est le deuxième long métrage de la cinéaste allemande. Il fait suite au film Zwei Mütter (Two Mothers), qui portait déjà sur la grossesse et le désir d'enfant. Et narrait l'histoire d'un couple de femmes qui décident de s'engager dans le long et difficile processus que représente l'insémination artificielle par un couple lesbien en Allemagne.

Les deux acteurs principaux que dirige Anne Zohra Berrached ont pour noms Julia Jentsch et Bjarne Mädele. Ils tirent chacun vers le haut le niveau de jeu de leur partenaire à l'écran. Et tout sonne fort juste dans ce drame allemand qui en dit beaucoup sur l'acceptation. La réalisatrice de 24 Wochen ne choisit jamais la facilité et nous demande implicitement de la prendre comme elle est, elle qui devait très certainement éprouver un besoin impérieux de raconter cette histoire qui marque durablement celles et ceux qui ont eu la chance de la découvrir.

Le morceau Sing Hallelujah vient impacter le film à deux de ses moments-clé. Avec toute la palette d'émotions que cet impératif peut comporter. Alors oui, sing Halleluiah ! Car la vie mérite d'être chantée, d'être louée malgré ses difficultés. 24 Wochen fait partie de ces films nécessaires. De ces films qui doivent être vus. De ces films qui doivent être montrés. Il a été applaudi de longues minutes à l'issue de sa projection et ce à deux reprises. La fin des crédits de clôture et le retour de la lumière dans la salle laissant découvrir des visages à la fois tristes et souriants. A Kind of Magic a opéré, pendant toute la durée du film.

Jean-Philippe Thiriart

17:00 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals, Critiques de films, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlinale, berlin, festival, cinéma, 24, wochen, weeks | |  Facebook | |  Imprimer |

14 févr.

Honoré à la Berlinale, Tim Robbins nous parle de la peine de mort

Depuis Berlin.

Peu après 22 heures, hier soir, nous avons eu la chance de tendre notre micro à Tim Robbins. Le producteur, réalisateur et acteur lauréat d'un Oscar, de deux Golden Globes et d'un Prix d'interprétation à Cannes, était présent dans la capitale allemande pour recevoir une Berlinale Kamera. Le Festival International du Film de Berlin décerne ce Lifetime Achievement Award aux acteurs du cinéma qui l'ont à jamais marqué. L'Américain a gentiment accepté de répondre à nos deux questions, sur la peine de mort et sur son travail de réinsertion des prisonniers de différentes prisons californiennes.

 

 Tim Robbins répondant à nos questions - Copyright Denise Reese, de Ruptly TV


C'est dans le cadre de ce bel honneur que le natif de West Covina, en Californie, a choisi de présenter le film dont il est le plus fier : Dead Man Walking. Film qui a valu à Sean Penn, à Berlin déjà, l'Ours d'Argent du Meilleur acteur et à Susan Sarandon... l'Oscar de la Meilleure actrice ! C'était en 1996.

Vingt ans plus tard, l'inoubliable comédien de L'échelle de Jacob, The Shawshank Redemption et Mystic River, entre autres, a tenu à remercier de tout son cœur le Festival, les festivaliers, les Berlinois et, plus généralement, l'ensemble du peuple allemand, pour tout l'amour qu'ils lui ont donné.

Robbins a évoqué, avec émotion, sa première venue à Berlin en 1985. Époque à laquelle il n'avait pu passer Checkpoint Charlie et se rendre à l'Est pour la seule et bonne raison qu'il avait, dans sa voiture, une cassette des... Rolling Stones. Il a confié, non sans humour, avoir été convaincu d'une chose, ce jour-là : « Un jour, le Mur ne pourrait que tomber. Pour la bonne et simple raison qu'on ne peut pas craindre le rock'n'roll ! ».

Merci Monsieur Robbins.
Pour votre amabilité.
Pour votre contribution au patrimoine cinématographique.
Pour votre engagement.
C'est rare et précieux.

Jean-Philippe Thiriart