16 mai

Regard sur le BIFFF 2017

Gantz:O

Le manga Gantz n’en est pas à sa première adaptation. Le seinen (manga à destination des jeunes hommes) a en effet déjà eu droit à un anime plutôt moyen, plus court et avec une fin différente, ainsi qu’à deux films live passés relativement inaperçus en Europe.


Le manga est désormais de retour sous la forme d’un film d’animation reprenant l’un des arcs majeurs de Gantz, celui d’Osaka. On y retrouve Kato, l’un des héros principaux de l’intrigue, ainsi que plusieurs personnages clés comme Nishi, légèrement psychopathe sur les bords.

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Mais Gantz:O, ça parle de quoi ?


Après avoir été tué lors d’une bagarre dans le métro, Kato se réveille dans un appartement de Tokyo complètement vide à l’exception d’une sphère noire et de plusieurs autres personnes. Kato est rapidement mis au parfum : il est mort et la sphère noire s’appelle Gantz. Tous les soirs, les membres de cette fine équipe sont envoyés dans les rues de Tokyo afin de combattre des hordes de monstres plus dérangeants les uns que les autres. Sauf que cette fois, changement de programme : direction Osaka et sa team locale légendaire.

On retrouve une esthétique des monstres propre au manga, extrêmement malsaine que ne renierait pas Guillermo Del Toro. Ajoutez à cela une ambiance pesante et un univers qui ne pardonne aucune erreur de la part des héros et les leur fait payer au prix d’un bras, d’une jambe ou simplement de leur vie et vous obtenez un film d’animation à l’opposé des Pixar et compagnie.

La comparaison avec le manga

Par rapport au manga, on retrouve le côté extrêmement gore et sanguinolent de l’œuvre mais on écarte un peu la sexualisation à outrance. Probablement moins politiquement correcte ? Même si les héroïnes dans leurs combinaisons de cuir rappellent tout de même ce statut d’objet que leur avait attribué l’auteur du manga, Hiroya Oku. D’autant plus qu’elles n’existent qu’à travers leurs relations aux personnages masculins. Clairement, Gantz n’est pas une œuvre féministe...

En conclusion, du bon et du moins bon. Gantz:O reste un bon divertissement d’action mais laisse un peu tomber les réflexions au delà du premier degré pourtant bien présentes dans l’œuvre originale.


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The Invisible Guest


The Invisible Guest

« I love it when a plan comes together » disait John « Hannibal » Smith dans The A-Team... Pour Adrian Dora, par contre, cela semble un brin plus compliqué.


Sorte de golden boy de la Silicon Valley espagnole, Adrian est riche, célèbre et un peu volage. Le businessman ibérique se retrouve dans de sales draps lorsqu’il se réveille dans une chambre d’hôtel fermée à clef avec pour seule compagnie, le cadavre encore frais de sa chère et tendre maîtresse.

L’affaire, a priori indéfendable, attire l’avocate Virginia Goodman, sorte de légende du barreau qui cherche à terminer sa longue série de victoires par un coup de maître. Face à son client, elle n’aura qu’une seule soirée pour préparer leur défense.

Hitchcock es-tu là ?

Le film est donc un huis-clos spatial et temporel dans lequel l’intrigue se déroule sous la forme de multiples flashbacks et versions alternatives. Qui ment, qui dit la vérité, qui manipule et qui est manipulé ? A ce petit jeu là, Virginia Goodman semble a priori la plus forte.

Cela fait parfois penser à Alfred Hitchcock, notamment dans les scènes de huis‑clos avec les clins d’œil sur les fenêtres, mais la comparaison s’arrête là tant le film se construit une identité visuelle propre à travers les scènes de flashback.

Trop de tiroirs tuent le tiroir

Mais c’est bien là le principal défaut du film. A force de balader le spectateur de versions alternatives en versions alternatives, de retourner l’intrigue et de changer les points de vues, les enjeux disparaissent et la tension également. Oriol Paulo semble vouloir nous perdre dans des plot twists simplement pour la forme, sans que cela serve le propos de son film. Pour terminer avec un retournement final assez prévisible. Le film aurait gagné à ne garder que les bifurcations les plus essentielles et à utiliser le temps ainsi gagné à construire une réelle tension narrative sans effet d’artifice.

En conclusion, à force d’essayer d’impressionner son public à coup de retournements scénaristiques, Paulo oublie de créer une vraie tension et de l’intérêt pour les enjeux de son histoire. Mais réussit malgré tout quelques tours de force, moins prévisible que d’autres.

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Loop

La vie en Hongrie, ça rigole pas. Et encore moins pour Adam lorsqu’il essaye d’arnaquer son mafieux d’employeur en planifiant de voler et de revendre des capsules d’une drogue de synthèse. Ajoutez à cela le fait que sa copine décide de le quitter et que, pour couronner le tout, cette dernière lui annonce qu’elle est enceinte de leur marmot !


Oui, sauf qu’en Hongrie, le temps ne semble pas s’écouler de la même façon que dans le reste du monde…

Vous connaissez le « Déjà-vu », cette sensation d’avoir déjà vécu une situation dans laquelle vous vous trouvez ? Adam, lui, fait entrer le déjà-vu dans une toute autre catégorie. Ses emmerdes ne semblent pas seulement s’accumuler : voilà qu’elles se répètent.

(L)Oops…

Les boucles temporelles sont monnaies courantes dans le cinéma de SF et ce n’est pas toujours simple de s’emparer d’un sujet traité 1 000 fois déjà pour en faire quelque chose de neuf.

Ici, tout repose sur le scénario : une sorte de fuite vers l’avant, sans fin, qui se replie indéfiniment sur elle-même. Adam est constamment le témoin impuissant des mésaventures qu’il a déjà vécues plus tôt et se promet inconsciemment de faire mieux la prochaine fois. Va-t-il y arriver ?

On ne retiendra pas grand chose de Loop (Hurok en hongrois) qui, malgré de bonnes intentions et quelques bonnes idées (casser la règle du « on ne peut jamais toucher son double temporel ») ne décolle jamais vraiment.


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Missing You


Missing You

C’est pas tous les jours que l’on voit un film coréen s’attaquer au thème de la vengeance !

Ou pas.

Le cinéma coréen nous a offert quelques-unes des meilleures histoires de vengeance du grand écran, l’exemple le plus connu étant surement celui d’Old Boy de Park Chan-wook (présent d’ailleurs au BIFFF cette année). Pas étonnant donc de retrouver une fois de plus ce thème dans ce premier film de Mo Hong‑Jin.

L’habit ne fait pas le tueur

Le jour de son anniversaire, le père de Hee-jo, policier de son état, est assassiné et retrouvé gisant dans son sang par sa gamine, traumatisée. Le tueur n’en est pas à son coup d’essai. Ki-bum - c’est son nom - est finalement arrêté, mais faute de preuves suffisantes, il ne passera que 15 ans en prison.

À sa sortie, Hee-jo, maintenant jeune adulte, ne l’a pas oublié et compte bien savourer sa… vengeance !

Le machiniste coréen

Au delà de la mise en scène léchée et de l’excellent travail sur la lumière, c’est surtout la prestation des acteurs (habitués aux comédies romantiques) que l’on retiendra, et particulièrement celle, glaçante, de Kim Seong-oh, tueur squelettique (il a perdu 16 kg pour le rôle) et manipulateur.

Bien que le film soit parfois inégal, certaines scènes restent imprimées dans la rétine du spectateur (notamment celle du viol de la prostituée ou du face-à-face dans la salle de bain) et contribue à faire de ce premier film une très belle réussite. Vivement la suite !


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The Oath


The Oath

Chaque année, nos voisins du Grand Nord nous abreuvent de polars dont eux seuls ont le secret. Entre les Millenium et Les Enquêtes du Département V, il y a de quoi se mettre sous la dent.


The Oath (Eiðurinn en islandais) vient se rajouter à cette longue liste mais ne figurera pas en bonne place sur celle-ci…

Finnur est un cardiologue réputé et apprécié. Il a la belle vie : maison design, pleine de bois et de béton, femme blonde et naturelle tout droit sortie d’une pub pour les Krisprolls et une petite fille trop mignonne. Sauf que Finnur à une deuxième fille, plus âgée, d’un autre mariage. Une ado rebelle raide dingue de son dealeur de petit copain. Un mec tout à fait charmant qui n’apprécie pas que l’on s’intéresse à son business et qui le fait savoir de façon un peu agressive. Et ça, bah Finnur, il aime pas trop.

Il y a lenteur et lenteur

Entre quelques plans magnifiques de l'Islande enneigée, la tension ne dépasse jamais les quelques battements par minute et le film semble entrer lentement en arythmie. C’est dommage parce que le potentiel est là, ainsi que les enjeux : jusqu’où un homme ordinaire est prêt à aller pour protéger sa fille et ce même contre son gré.

Plusieurs pistes sont également laissées en suspens, comme la menace constante des mauvaises fréquentations d’Ottar (le copain dealeur) qui n'apparaîtront jamais dans le film.

Resteront en mémoire, après le générique, une mise en scène sobre, efficace mais aussi très classique et quelques plans sur les routes islandaises.


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The Icebreaker


The Icebreaker (ou Titanic au Pays des Soviets)

À vrai dire, nous n'avons pas grand chose à raconter sur ce film. Après visionnage, il ne nous a fait ni chaud, ni froid. (D'accord, on sort.) On sent l’influence des films américains, style Roland Emmerich & Co avec, ici, une dose de patriotisme russe et un plus petit budget effets spéciaux.

Petrov est le capitaine du Mikhail Somov, un brise-glace soviétique faisant route dans l’Antarctique. Après une rencontre fortuite avec un iceberg évité de peu, Moscou décide d’envoyer un nouveau capitaine pour le remplacer. Sauf que ce dernier est pas des plus malins et coince son bateau et tous ses camarades dans les eaux glacées du Pôle Sud. En attendant que la bureaucratie communiste décide de venir les sauver, ils sont bons pour les rations réduites, le froid et ce satané iceberg qui les suit comme une bête en rut.

Preuve qu’Hollywood n’a plus le monopole des blockbusters qui envoient du lourd, The Icebreaker n’a pas d’autre réel intérêt que le divertissement pur et dur.


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Orbiter 9


Orbiter 9

Depuis sa plus tendre enfance, Helena n’a connu que l’environnement restreint du vaisseau spatial qui l’emmène coloniser une planète lointaine. Peu après sa naissance, suite à une avarie dans le système de survie du vaisseau, ses parents sont obligés de se sacrifier afin de lui permettre de survivre.


Et voilà qu’un beau jour, l’intelligence artificielle du vaisseau lui annonce la visite imminente d’un technicien venu réparer le système défaillant. Panique à bord : la demoiselle va rencontrer un autre être humain pour la première fois de sa vie. Mais elle est loin de se douter du bouleversement que cette première interaction sociale va engendrer.

Tel est pris qui croyait prendre

Le film parvient de façon assez surprenante à changer totalement de cap après les 20 premières minutes. Et si l’on peut se sentir trompé sur la marchandise au premier abord, le sentiment se transforme assez vite en réflexion plus poussée. La plupart des films traitant du voyage interstellaire omettent souvent d’aborder la question du sacrifice d’un tel voyage et du sort des pionniers d’une telle exploration.

Quel est le prix éthique ou moral de l’exploration spatiale et de la survie de l’espèce humaine ? Bien que le film choisit assez vite son camp, la question peut rester ouverte dans la tête du spectateur bien après le générique de fin.


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Tunnel


Tunnel

Assurément l’un de nos coups de cœur de ce BIFFF 2017 (à juste titre récompensé par le Prix de la critique) ! Enfin un bon film catastrophe qui s’assume et ne cherche pas à faire du sensationnalisme à tout prix !


Jeong-soo rentre chez lui après une journée de boulot et son chemin l’amène à emprunter un tout nouveau tunnel, censé raccourcir le temps de trajet des navetteurs vers Séoul. Mais alors qu’il est à mi-chemin dans le ventre de la bête, il est déjà trop tard. Le tunnel s’effondre comme un château de carte et Jeong‑soo se retrouve coincé dans la carcasse de sa voiture avec pour seuls vivres deux misérables bouteilles d’eaux et le gâteau d’anniversaire de sa fille. À l’extérieur, les secours s’organisent malgré les lenteurs administratives et les agendas politiques. Mais arriveront-il à le dégager à temps ?

Tu la sens la grosse critique ?

Mais le concept ne s’arrête pas à ce « simple » fil narratif géré de main de maître par le réalisateur Kim Seong-Hun grâce à un subtil mélange d’humour et de tension sans jamais tomber dans le sensationnalisme ou le larmoyant. Kim dépasse le carcan du film catastrophe et se tourne assez brillamment vers la satire politique au vitriol et tire à boulets rouges sur les politiques corrompus et les journalistes avides d’images fortes et de sensations qui le sont tout autant. Tout le système coréen en prend pour son grade et on en vient à regretter de ne pas avoir plus de films aussi audacieusement critiques dans nos contrées.

America ≠ Korea

Le cinéma américain nous a habitué aux clichés à la pelle dans ce genre de film et Tunnel les évite tous de façon naturelle. Mention spéciale au chef des pompiers, à mille lieues du super-héros sauveur comme aurait pu l’être un Bruce Willis aux USA.

Kim Seong-Hun a été marqué, comme beaucoup de Coréens, par la tragédie du Ferry Sewol en 2014. Cette influence s’en ressent d’autant plus dans la virulence et la pertinence de sa critique. Critique qui se transpose étonnamment bien à l’Europe de l’Ouest. Tous pourris partout ?

Simon Van Cauteren

03:24 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Bilans de festivals, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, international, film, fantastique, bruxelles, critiques, films, tunnel | |  Facebook | |  Imprimer |

18 avril

Coup d’œil sur le BIFFF 2017

Pour sa 35e édition, le Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) avait une nouvelle fois mis les petits plats dans les grands histoire de proposer bien sûr de l’horreur, du fantastique, de la science-fiction mais également une sacré pelletée de thrillers afin d’éviter l’overdose de gore ainsi que certaines comédies noires particulièrement succulentes. Le focus coréen de cette année y était sans doute aussi pour beaucoup.
Si certains diront que le festival se perd au fil des années dans des relents plus « mainstream », laissons-les palabrer car pour notre part, nous y avons encore sacrément trouvé de quoi faire.

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Headshot des Mo Brothers nous aura permis d’entamer notre cuvée 2017 d’une manière pour le moins efficace.
On y suit un homme retrouvé avec une balle dans la tête sur une plage indonésienne et pris en chasse par une charmante doctoresse qui tente de le soigner au mieux. À son réveil, sa mémoire lui fera gravement défaut. Et lorsqu’on est amnésique, poursuivi par des brutes qui n’ont pas beaucoup de notions des dommages collatéraux mais qu'on s'avère être une véritable machine à tuer, il y a probablement de quoi se poser pas mal de questions. Un parallèle avec Jason Bourne est bien sûr inévitable mais Headshot n’en est pas non plus une pure copie bien que son postulat de départ soit sensiblement identique. Le petit dernier des Mo Brothers (Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto pour les curieux) capte le spectateur de la première à la dernière minute tant au niveau de son rythme que des chorégraphies de combats. On n’est pas encore au niveau d’un chef-d’œuvre comme The Raid même si son acteur principal est dans les deux cas Iko Uwais mais on ne boudera certainement pas notre plaisir. On émet toutefois certaines réserves sur quelques scènes tirées inutilement en longueur et sur l’incapacité presque totale du personnage principal à être crédible dans des scènes un poil plus sentimentales.

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The Eyes Of My Mother, véritable ovni du BIFFF 2017


Le BIFFF a toujours eu son lot d’ovnis. Ce genre de film plus qu’étrange qui nous fait dire qu’il n’aurait pas eu sa place ailleurs. Et cette année, la palme (ou le Corbeau ?! Ah non : le film était dans la section 7e Parallèle du BIFFF) pouvait revenir notamment au premier long de Nicolas Pesce, The Eyes Of My Mother. Présenté au dernier Festival de Sundance (gage de qualité pour certains ou preuve d’un ennui viscéral pour d’autres) durant lequel il en a mis plus d’un mal à l’aise, le film raconte l’histoire d’une gamine élevée dans la ferme familiale par une mère qui lui apprendra tout sur la dissection et par un père aimant mais quelque peu taciturne. Un jour, mère et fille sont seules en attendant le retour du père et sont victimes d’un home invasion par un homme qui en profite pour assassiner la mère sous les yeux de la fille. Rien de vraiment neuf sous le soleil si on s’arrête à cela mais la suite parvient à prendre le spectateur à contre-pied dans un déluge pour le moins macabre (conservation de cadavre, tortures, déviances et on en passe).
Servi par un noir et blanc séduisant, The Eyes Of My Mother est le genre de bande qui se laisse plus apprécier avec le recul qu’à la vision même. Si l’ensemble était loin d’être parfait voire souvent ennuyeux, il n’en délivre pas moins quelques surprises inattendues. Mais il faudra tout de même nous expliquer un jour le pourquoi d’une sélection à Sundance.

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The Oath


The Oath, de et avec Baltasar Kormakur, nous venait d’Islande. Thriller aussi froid que les contrées dont il est originaire, l’histoire est celle d’un chirurgien aimant femme et enfants mais qui ne supporte plus de voir sa fille aînée avec le dealer coké qui lui sert de compagnon. Le gros problème est que papa ne choisit pas toujours les solutions les plus simples. Les options les plus radicales seront probablement inévitables.
Servis par des acteurs de haut vol qui donnent une réelle consistance aux personnages, The Oath est particulièrement convaincant en thriller aux relents hitchcockiens. Les paysages islandais sont d’une beauté à faire pâlir et le traitement narratif choisi permet au film d’exister en tant que tel en dépassant habilement les clichés de la simple histoire de vengeance. La tension est présente et subtile.

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Le Serpent Aux Mille Coupures, avec l'excellent Tomer Sisley


Toujours dans le genre thriller mais français cette fois-ci, nous attendions beaucoup du dernier Éric Valette, Le Serpent Aux Mille Coupures. En effet, ce n’est pas que le père Valette était attendu au tournant mais bon, six ans depuis son dernier film La Proie (avec Albert Dupontel), ça commençait à chiffrer. Bien sûr le réalisateur n’était pas non plus en reste puisqu’il est passé par la case série en réalisant différents épisodes de Braquo ou encore Crossing Lines, parmi d’autres. Toutefois, l’impatience commençait à se faire ressentir. Et à la vue de son petit dernier, on se dit qu’on a quand même bien fait d’attendre.
Adapté d’un roman écrit en 2009 par le Français DOA, Le Serpent Aux Mille Coupures est l’histoire d’une traque à grande échelle où différents destins et différents personnages aux intérêts différents finiront par se croiser et souvent par s’entretuer (ou à tout le moins essayer). Tout part d’un homme blessé qui se réfugie dans une ferme et prend la petite famille en otage le temps de sa convalescence. Le problème est qu’en plus d’avoir à ses trousses tous les gendarmes de la région, d’autres individus aux intérêts plus que douteux viendront se greffer dans la poursuite de ce mystérieux personnage campé par l’excellent Tomer Sisley. En gros, un tueur, un cartel espagnol, un chinois à la solde des Colombiens et un groupe de villageois racistes viendront se greffer à cette petite sauterie, ce qui permettra le croisement d’une galerie de personnages pour le moins intéressant et des scènes d’une violence encore assez rarement vue dans un film de genre français. Notre premier coup de cœur du festival.

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Un autre coup de cœur dans un genre tout à fait différent aura été Spit’n’Split. Premier long-métrage de l’un des enfants terribles du BIFFF, Jérôme Vandewattyne, qu’on avait découvert en 2011 avec son faux trailer She’s a SLUT! ou encore dans le cadre des courts-métrages du Collectifff avec Slutterball.
Spit’n’Split se veut être une expérience. Jérôme est parti sur les bases d’un documentaire sur le groupe rock The Experimental Tropic Blues Band. On suit celui-ci en tournée, en répétition, bref dans les différentes aventures que les membres sont amenés à vivre aux quatre coins de l’Europe avant de sombrer dans une folle fiction. Une aventure humaine qui dérive. Des gars qui jouent ensemble, s’aiment, s’énervent mutuellement, déconnent, s’amusent, affrontent la fatigue et les aléas de la vie de musiciens sur la route jusqu’à s’insupporter… Un ensemble d’éléments et d’expériences qui participent à l’authenticité d’un groupe de rock qui voue sa vie à sa passion. Une authenticité d’ailleurs parfaitement rendue dans le film puisque celui-ci est réalisé de prime abord comme un documentaire brut, spontané, naturel. Le grain roots sale du film (à l’image de la musique du groupe d’ailleurs) choisi par le réalisateur permet un rendu pour le moins fidèle aux malaises vécus par les personnages à de nombreux moments du métrage. Émouvant et attachant, Spit’n’Split est une ode à la vie de groupe et à l’amitié mais montre aussi le revers de la médaille et les galères que tout groupe de musique un tantinet sérieux a déjà sans doute vécu dans sa carrière. Ce docu-fiction va loin, dérange, pue parfois et emmène le spectateur dans une expérience dont il ne ressort pas totalement indemne. Un film qui regorge d’idées et représente une bien belle claque à destination de tous les amoureux de musique et de cinéma.

Replace de Norbert Keil nous aura par contre laissé relativement indifférent avec sa critique des dérives de la médecine. Une jeune femme constate sur certaines parties de son corps des pertes de peau importantes comme si elle était devenue un animal en pleine mue.
L
e sujet des cobayes humains inspire énormément le cinéma de ces dernières années. Toutefois, bon nombre de films ont tendance à se prendre les pieds dans le tapis avec des schémas un poil trop classique pour surprendre, ce qui est malheureusement le cas ici même si les efforts en terme de réalisation sont à souligner. Replace bénéficie d’une esthétique intéressante mais cela ne suffit pas à pallier l’ennui qu’il peut inspirer.

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The Autopsy Of Jane Doe


Le second coup de cœur du festival pour notre part fût The Autopsy Of Jane Doe, dernier film du réalisateur de Trollhunter, le Norvégien Andre Ovredal. Notez qu'il a obtenu le toujours agréable Pégase 2017, soit le Prix du Public du BIFFF. Un petit coup de maître que ce huis clos dans une morgue tenue par un père et son fils. Ceux-ci verront leur activité quelque peu chamboulée (ce n’est rien de le dire) lorsque le sheriff leur amènera le cadavre d’une jeune femme à identifier. Le corps de cette Jane Doe (nom donné par défaut aux personnes non-identifiées dans les pays anglo-saxons) semble cacher bon nombre de secrets.
Si l’exercice du huis clos n’est pas chose aisée, certains metteurs en scène y excellent toutefois, et c’est ici le cas de Ovredal, qui parvient à instaurer dès le départ une tension qui accompagne le spectateur jusqu’au bout. Servi par une imagerie gore issue du monde de l’autopsie, The Autopsy Of Jane Doe ne se contente pas de surfer sur la vague et de nous abreuver de tripailles et crânes trépanés gratuitement. Le film a l’intelligence de nous amener sur des terrains différents grâce à une dimension mystique bien placée. La bande est équilibrée, emprunte les ingrédients qu’il faut pour servir l’histoire mais sans s’attarder plus qu’il ne le faut sur les différents détails.

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Small Town Killers


Small Town Killers, réalisé par le Danois Ole Bornedal (réalisateur de l’excellent Deliver Us From Evil entre autres) représente enfin notre 3e coup de cœur du festival. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'il ait reçu le Méliès d'Argent, Prix décerné au Meilleur Film européen. Typiquement dans la vague des comédies noires, Small Town Killers est un petit bijou d’humour caustique nordique qui voit 2 associés et amis faire appel aux services d’un tueur professionnel (quoique) russe pour liquider leurs femmes. Le gros souci est que quand on fait cela un soir de beuverie, on risque de le regretter le lendemain mais surtout de peiner à rattraper le coup, surtout quand ledit tueur est aussi porté sur la bouteille qu’un BIFFFeur sur les films de genre.
Gags et punchlines en cascade, quiproquos en tout genre, tout est là pour faire de cette comédie danoise un joyau du genre. Personnages attachants et situations tout aussi grotesques que cocasses font de Small Town Killers le genre de film dont on redemande.

Ce qui n’était malheureusement pas vraiment le cas de Prey (ou Prooi pour respecter nos amis néerlandophones) du réalisateur ma foi sympathique Dick Maas (Amsterdamned) avec son histoire de lion mangeur d’hommes échappé d’on ne sait où et faisant de la ville d’Amsterdam son nouveau terrain de jeu mais également son nouveau garde-manger. Certes le film est décomplexé et ne semble pas se prendre trop au sérieux (ce serait d’ailleurs un comble avec une esthétique de sitcom pareille) mais il peine à décoller, ce qui est bien dommage.

Guillaume Triplet

18:01 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Bilans de festivals, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, international, film, fantastique, bruxelles, regard, bilan, critiques, coup, oeil | |  Facebook | |  Imprimer |

28 mars

Retour sur le BIFFF 2015 en critiques et en images avant l'édition 2016 !

Aaaaah le BIFFF ! LE rendez-vous annuel des amateurs de cinéma de genre en Belgique !

Son ambiance si particulière, ses spectateurs extatiques, son organisation ô combien sympathique, ainsi que ses phrases scandées pendant les projections et désormais devenues cultes font de ce festival un évènement à ne pas manquer voire une réunion familiale à laquelle on est impatient de participer.

Mais comme tout bon festival consacré au 7e Art qui se respecte, le BIFFF, c’est surtout une sélection impressionnante de films allant de la pépite à la lie (dont il ne faut pas sous-estimer l’importance en matière de réactions parfois hilarantes du public) et qui brasse large au niveau des styles : fantastique, horreur, thriller, science-fiction, fantasy… Tout le monde peut y trouver son compte et bouffer du film jusqu’à épuisement en somme.

Avant l'édition 2016, qui démarre ce mardi 29 mars à Bozar, ci-dessous, les critiques de 18 films projetés lors de la dernière édition, classés par ordre alphabétique, ainsi que quelques images captées lors de celle-ci.
Et… Action !

Un dossier préparé par Guillaume Triplet (G.T.), Laurence Pandiella (L.P.), les gagnants de notre concours de l'an dernier - Valentine Lambin & Pierre de Penaranda (V.L. & P.d.P.), Damien Clin (D.C.) et Jonathan (J.) -, Simon Van Cauteren (S.V.C.) et Jean-Philippe Thiriart (J.T.), avec les images de Dorian Blacks.

III – Pavel Khvaleev

Bonjour l’ovni russe !
Deux sœurs sont confrontées à l’exode que subit leur village depuis qu’un étrange mal s’est abattu sur celui-ci. Si, au départ, elles pensent devoir affronter l’un ou l’autre virus, c’est bien lorsque l’une d’elle est atteinte que l’autre se rend compte que ledit mal est bien plus spirituel et métaphysique qu’il n’y paraît. Il faudra donc l’intervention du prêtre du village pour dépatouiller tout ça et proposer à la rescapée de sauver sa sœur au prix d’expériences étranges dans les tréfonds de l’âme.
Avec ses relents à la Martyrs (on insiste bien sur les « relents » car n’est pas Pascal Laugier qui veut) et son esthétique soignée, le film de Khvaleev en aura surpris plus d’un, nous prenant quelque peu à contre-pied. Une découverte pour le moins agréable et une foule de questions et remarques échangées entre les spectateurs à la sortie de la séance. Pari sans doute gagné.

G.T.

THE BABADOOK – Jennifer Kent

Notre critique, publiée lors de la sortie Blu-ray et DVD du film est disponible ici !

G.T. et J.T.

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The Babadook? Oh Yes: Let Him In!


EAT – Jimmy Weber

Premier film de Jimmy Weber, Eat n’est pas sans rappeler le malsain Dans Ma Peau de Marina De Van même si ici, le film capitalise plus sur du grand guignol que le métrage précité.
Une pseudo-actrice californienne rêve d’une grande carrière à Hollywood. Mais tandis qu’elle écume les castings, son physique de poupée Barbie blondasse ne lui offre que des opportunités de s’illustrer dans le porno. Alors madame en a marre, madame est stressée et madame commence à se ronger les ongles, puis à se bouffer la peau jusqu’à aller toujours plus loin et se découvrir des pulsions auto-cannibales. Point n’est besoin de vous faire remarquer qu’à partir d’un certain moment, les choses ne feront qu’empirer.
Le film est à prendre comme une critique cinglante de l’univers faux-cul du show-business ou tout simplement, et c'est notre cas, comme un énième délire sanguinolent du cinéma trashy gore américain. Des prises de vue et effets convaincants font parfois grincer des dents et ça, c’est cool !

G.T.

ÊTRE – Fara Sene

Mais quelle est donc la justification de la place d’un film comme Être dans la programmation d’un festival comme le BIFFF ? Dans la vague des films sur les destins qui se croisent, celui-ci n’aura réussi qu’à nous faire quitter la salle au bout de 45 minutes tant l’entrée dans le sujet est longue et contemplative. Surjoué, un tantinet prétentieux et foutrement ennuyeux, Être ne nous aura absolument pas convaincus.

G.T.

EVERLY – Joe Lynch

On en attendait beaucoup de ce petit dernier de Joe Lynch. Surtout que le pitch était loin de nous déplaire : une prostituée au service de la mafia nippone qui défouraille à-tout-va et laisse derrière elle un monticule de cadavres, voilà qui avait de quoi séduire. Mais bon, avouons-le tout de même, Everly fait finalement l’effet d’un pétard mouillé devant lequel on s’emmerde copieusement. Des acteurs à la ramasse et un scénario plus que bof auront eu raison de notre patience. Au final, et ce n’est pas une surprise, la gente masculine reste jusqu’à la fin grâce à Salma Hayek qui, loin de délivrer ici une performance à classer, reste toujours aussi séduisante d’année en année.

G.T.

FROM THE DARK – Conor McMahon

Venu présenter son précédent métrage Stitches en 2013 au BIFFF lors du Focus irlandais, le rouquin Conor McMahon était de retour cette fois avec un From The Dark se voulant classique mais efficace. Cette fois, fini les clowns et le ton humoristique puisque From The Dark s’inscrit clairement dans la vague de l’horreur campagnarde pur jus. Point de complication ici en termes de scénario puisque celui-ci narre le trip en amoureux d’un jeune couple, Mark et Sarah, qui s’avèrera nettement moins romantique lorsque des ennuis automobiles les forceront à trouver refuge dans une maison isolée dont le proprio, tous crocs en avant, ne sera pas des plus accueillants. Rien de bien nouveau sous le soleil nous direz-vous... Nous vous répondrons que vous avez bien raison. Néanmoins, le film tire sa qualité et sa richesse d’une mise en scène non dénuée de surprises, de prises de vue des landes irlandaises tout simplement superbes et d’une actrice principale complètement investie dans son rôle. Si les codes sont connus et que From The Dark fait penser parfois à certains classiques comme Evil Dead ou encore The Descent, le dernier-né de McMahon représente toutefois un très bon moment pour les amateurs d’épouvante sans prise de tête.

G.T.

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From the Dark, un bon moment d'épouvante


HAEMOO – Shim Sung-Bo

Directement adapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’un fait divers, Haemoo raconte l’histoire d’une équipe de bateliers chargés de transporter des immigrés clandestins depuis la Chine jusqu’en Corée.
Ce premier film réalisé et écrit par Shim Sung-Bo et coécrit par son comparse Bong Joon-Ho (Memories of Murder, The Host, Mother) est en demi-teinte. Non dénué de qualités réelles, le film démontre une structure à deux vitesses. En effet, lors de la première heure, la mise en place prend une plombe. Le rythme de cette première partie est aux abonnés absents, ce qui est franchement regrettable puisque lorsque Haemoo passe la deuxième, l’entièreté prend tout son sens. En gros, tout fout le camp et la personnalité de chacun est portée au grand jour, ce qui offre le relief dont il avait besoin dès le début.
Haemoo n’est donc pas une déception, loin de là, mais aurait gagné à entrer plus rapidement dans le vif du sujet, histoire de capter l’attention qu’il méritait pour le traitement d’une thématique aussi délicate.

Notre interview du réalisateur du film est consultable ici !

G.T. et J.T.

LA ISLA MÍNIMA - Alberto Rodriguez - Detectives Verdaderos !

Notre critique, publiée lors de la sortie du film en salles, est disponible ici !

S.V.

JORGE Y ALBERTO CONTRA LOS DEMONIOS NEOLIBERALES – Gonzalo Fernando Quintana

L’histoire de deux losers réquisitionnés par les hautes instances argentines pour sauver le pays de fanatiques ultralibéraux, vous y croyez ? C’est pourtant le pitch de départ de ce film absurde qui ne manque pas d’humour. Surfant sur une vague que ne renierait pas Álex de la Iglesia, le métrage de Quintana a le mérite de l’originalité même s’il n’est pas passionnant de bout en bout. En effet si le concept un peu fou qui sous-tend Jorge Y Alberto… est digne d’intérêt, plusieurs baisses de régime font perdre çà et là le fil conducteur au spectateur. Par contre, une bonne dose d’humour et de gags primaires parviennent à séduire même si le film dans son ensemble est plutôt moyen.

G
.T.

LIFE AFTER BETH – Jeff Baena

La comédie zombie à la Shaun Of The Dead a déjà enfanté quelques rejetons mais il faut bien dire ce qui est : lorsqu’un de ces nouveaux délires sort, et pour un peu qu’il soit bien fait, on se prend au jeu hyper facilement. C’est le cas ici avec le premier film du réalisateur Jeff Baena qui nous propose un métrage des plus attachants. Un jeune homme, dont la dulcinée vient de passer l’arme à gauche, tente tant bien que mal de faire son deuil avec l’aide précieuse de ses beaux-parents. Sauf qu’un jour, en leur rendant visite, la morte est à la maison. Bizarre mais dans ces cas-là, autant croire aux miracles, surtout que la fiancée n’a pas beaucoup changé hormis une odeur quelque peu fétide qu’elle traîne en permanence. Mais quand on aime, on ne sent pas et on voit ce que l’avenir réserve. Et dans ce cas précis, l’avenir réserve bien des surprises au jeune couple. Enfin... surtout au jeune homme !
Avec une série de gags, quiproquos et caméos en tout genre, Life After Beth est un plaisir et s’ingurgite d’un coup avec, aux lèvres, un sourire presque permanent.

G.T.

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MÉXICO BÁRBARO – Lex Ortega, Jorge Miche Grau, Ulises Guzman, Isaac Ezban, Laurette Flores, Edgar Nito, Aaron Soto, Gigi Saul Guerrero

Huit réalisateurs qui s’en donnent plus qu’à cœur joie pour balancer huit segments particulièrement folkloriques, voici donc le leitmotiv de la séance México Bárbaro, pour le plus grand plaisir des amateurs de cinéma latin sans limite.
E
ntre des prostituées qui fêtent le jour des morts à leur manière dans leur bordel, un troll à l’appétit sexuel débordant ayant du mal à garder son chibre turgescent dans le caleçon et une virée chez des aztèques perfectionnistes en terme de torture, absolument tous les ingrédients ou presque sont réunis pour une séance de minuit au poil. L’assemblée est conquise, le spectacle est à son comble, un délire cinématographique dans la plus pure tradition du genre.
On adore et on en redemande !

G.T.

México Bárbaro est un film réunissant huit grands spécialistes du cinéma, et particulièrement des spécialistes du film d'horreur. Car ce film-ci en est bien un ! Durant les premières séquences, on peut remarquer que la tension s'installe déjà dans la salle, accompagnée de musiques stressantes mais incitant le doute également, dans le but de nous plonger littéralement au cœur de ces histoires, toutes aussi sordidement incroyables les unes que les autres. Chacune de ces histoires est un cocktail de peur, de gore, d'ambiance démoniaque et malsaine, mais avec tout de même un certain fil rouge qui nous permet de suivre malgré tout le film, nous faisant déjà, de base, perdre tous nos moyens dès les premières gouttes de sang ou les premières notes de musique ! Un film à suspense terriblement bien fait avec une ambiance toute aussi géniale avant, pendant et après la séance ! Rien à redire, admirateurs de film d'horreur, prenez garde : vous allez adorer !

V.L. & P.d.P.

NIGHT RUN (away from this film!) - Jaume Collet-Serra

Entre Jaume Collet-Serra et Liam Neeson, c'est une grande histoire d'amour. Après le passable Unknown (Sans identité) et la « bonne » surprise Non-Stop, voici que nos deux compères remettent ça et recrutent Ed Harris au passage ! Et ce n'est pas forcement pour un mieux...
Jimmy Conlon (Liam Neeson), un ancien tueur à gage de la mafia irlandaise n'est plus que l'ombre de lui-même. Hanté par le souvenir de tout ceux qu'il a expédié dans l'au-delà, il noie sa peine dans l'alcool et traîne sa carcasse de bar en bar, loin de son fils Mike qui refuse les choix de son père. Shawn Maguire (Ed Harris) est le parrain de Brooklyn. Tiraillé entre le souvenir du bon vieux temps et les conneries en cascades de son fils Danny, il veille sur son vieil ami Jimmy avec qui il a fait les 400 coups 30 ans auparavant. Lorsque Danny, dans une énième embrouille foireuse, tente de tuer Mike, Jimmy n'a pas le choix, il descend le fils de son meilleur ami. Il lui reste la nuit pour mettre ses proches à l'abri et descendre un à un tous ses anciens « collègues ».
Loin d'être des plus subtils, le scénario tient sur un timbre, voire un confetti. Niveau mise en scène, rien de très incroyable non plus. Mention spéciale aux plans télescopiques dignes d'une attraction « Cinéma 4D Disney » qui donnent franchement la nausée et qui, même techniquement, ne sont pas crédibles (l'action est ainsi figée pendant le travelling et ne reprend qu'une fois que les effets spéciaux ont fait le lien entre deux plans).
En bref, Run All Night (Night Run en français donc, allez comprendre !) est une tuile de plus sur la carrière en déclin de Liam Neeson (s'il-te-plaît, pas toi aussi Ed Harris !). On est loin de sa performance dans La Liste de Schindler.
Ah oui, Vincent d'Onofrio est là aussi. Enfin, « là », c'est un grand mot.

S.V.

THE NINJA WAR OF TORAKAGE - Yoshihiro Nishimura

J'attendais beaucoup de ce film, étant fan de Yoshihiro Nishimura et avoue avoir été un peu déçu en découvrant la bande annonce. Je m'attendais plus à voir un nouvel ovni asiatique du genre de ceux auxquels Yoshihiro nous avait habitué, dans le style de Helldriver.
C
ependant, malgré un scénario plus « classique », certaines scènes sont hilarantes et on reconnait bien le style du réalisateur.
La discussion entre Torakage et son fils à propos de caca et du tas de merde que lui ou sa femme produisent est assez irréel.
Plusieurs scènes décalées, comme l'apparition de Takashi Shimizu avec le clin d'œil The Grudge, permettent d'alléger le film.
En bref, même s'il s'agit d'un style différent de HelldriverThe Ninja War of Torakage est un très bon film. J'ai passé un très bon moment lors de cette séance et ce film avait pleinement sa place au BIFFF !

D.C.

NO TEARS FOR THE DEAD - Lee Jung-Beom - Gon Baby Gon!

Sans être une spécialiste du cinéma sud-coréen, nous avons trouvé cette proposition tout à fait honnête : les acteurs sont crédibles, nous en avons pour notre argent au niveau des scènes d'action et des litres d'hémoglobine à la minute et, sans être d'une grande originalité, le scénario nous happe dès les premières minutes pour nous donner envie de suivre les péripéties de Gon, ce tueur à gages qui, suite à une enfance malheureuse, a grandi aux États-Unis et sera mené à accomplir une mission dans son pays natal. Cela permet d'avoir un mélange anglais-coréen assez plaisant même si les dialogues en coréen dominent largement tout au long du film.
Si nous devions exprimer un bémol, il porterait sur certaines longueurs inutiles ou quelques répétitions un rien lassantes (Gon affronte la Corée entière, ça prend du temps) mais notre patience a été récompensée par une fin qui nous a plu car nous craignions que ça se termine en histoire d'amour mélo avec la veuve mais, en fait... non ! Cela donne une conclusion cohérente, la boucle est bien bouclée. La scène finale n'était pas vraiment indispensable mais elle fait un petit clin d’œil au titre, mensonger.
En conclusion, un film plutôt haletant pour qui ne serait pas trop exigeant et - peut-être - connaisseur de ce type de cinéma.

L.P.

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Sacha Grey dans Open Windows


OPEN WINDOWS - Nacho Vigalondo

Nacho Vigalondo, le réalisateur de l’excellent Timecrimes (2007), nous revient ici avec un film de commande sur les dangers des réseaux sociaux et applications en tout genre. Open Windows est un thriller hyper connecté dans lequel Elijah Wood incarne le fan d’une actrice en vogue qui gagne un concours en ligne lui permettant de rencontrer celle-ci lors d’un dîner. Et on comprend aisément sa joie puisque l’actrice en question est campée par Sasha Grey, ancienne actrice X à la plastique pour le moins généreuse. Mais la mauvaise nouvelle arrivera bien vite : la comédienne annule le dîner, préférant aller roucouler ailleurs. Ce qui est étonnant par contre, c’est que la personne qui lui annonce cette annulation est un parfait inconnu qui regorge de ressources. En effet pour rattraper le coup, il propose au malheureux d’espionner directement son idole via son ordinateur et de surveiller ses moindres faits et gestes en s’introduisant également dans son smartphone histoire de la suivre pas à pas.
Pas de chichi ici : on entre assez rapidement dans le vif du sujet, et ce de manière fort intéressante puisque l’entièreté de l’intrigue nous est proposée via écrans interposés pour que le spectateur ait toujours une vue sur les activités des différents protagonistes en temps réel. Ce parti pris a priori casse-gueule s’avère parfaitement maîtrisé dès le départ et donne un réel dynamisme à l’intrigue jusqu’à la dernière demi-heure où là, tout part un peu en vrille. S’il n’y a rien à dire au niveau de la technique adoptée et des idées de mise en scène, c’est bien d’un point de vue scénaristique que le bât blesse. Le film s’embourbe dans un dénouement où il se perd lui-même (et par la même occasion perd le spectateur) dans un amas de twists et re-twists peu fouillés voire inutiles. Dommage, la prouesse aurait pu être saluée.

G
.T.

TRUE LOVE WAYS – Mathieu Seiler

Séverine est un peu paumée dans sa relation avec Tom et décide tout simplement de rompre. Et c’est au tour de Tom d’être largué et d’essayer de se retrouver à grand renfort de gnôle dans un bar du coin. Là, il y rencontre un gars « plus intrigant que ça tu meurs » qui lui lance une idée absolument géniale et pas du tout bizarre pour reconquérir sa dulcinée. Le plan est simple : organiser l’enlèvement de la jeune femme pour que Tom vienne la sauver. Autant le dire tout de suite, ça pue. Surtout que l’homme en question et sa bande de potes sont adeptes de jeux pour le moins salaces (ben oui, sinon où serait l’intérêt ?).
True Love Ways est clairement apparu comme l’un des ovnis du BIFFF grâce à son histoire peu compliquée mais assez décalée et mise en forme avec une certaine maîtrise des codes du genre. Optant pour le noir et blanc ainsi que pour un univers faisant parfois la part belle aux anachronismes, le réalisateur Mathieu Seiler nous a régalés au final malgré un début en demi-teinte de par sa lenteur quelque peu pesante. Ses hommages ponctuels au genre allant du giallo à l’horreur plus contemporaine font de True Love Ways un délicieux moment de cinéma.

G.T.

THE WHITE HAIRED WITCH OF LUNAR KINGDOM - Chi Leung 'Jacob' Cheung - La sorcière et le lover

Pour ceux qui sont habitués à l'ambiance du genre de rassemblement qu'est le BIFFF, je ne dois pas préciser qu'on n'y regarde pas un film comme dans une salle de cinéma classique. C'était d'ailleurs une grande première pour moi et j'en garderai un très bon souvenir. Pas tellement grâce au film en question mais surtout suite aux gimmicks - hilarants - des fidèles festivaliers.
J
e dois d'abord reconnaître être totalement ignare en ce qui concerne le cinéma asiatique. J'ai appris que le film était l'adaptation d'un roman chinois célèbre qui avait d'ailleurs déjà inspiré plusieurs cinéastes, apparemment avec plus de succès. Personnellement, je partais donc sans aucun apriori et vierge de tout préjugé négatif. Cela commence sous les applaudissements de la salle, le début du film nous embarquant dans de jolis paysages ultra colorés (et carrément fake mais plutôt agréables à regarder). Ça se complique un peu quand le scénario nous embrouille totalement entre l'histoire d'amour, la guerre des clans, les luttes de pouvoir et autres divergences assez mal explicitées, en tout cas pour la spectatrice néophyte que je suis. Je pense que ces défauts narratifs sont amplifiés par un montage très particulier: les scènes s'enchaînent étrangement, les péripéties surgissent parfois de nulle part et le rendu est assez peu cohérent, et encore moins crédible.
On touche par moments au ridicule et au burlesque, paroxysme atteint notamment lors de la scène finale où la chute des amants est interminable et s'achève - littéralement - dans les étoiles/l'espace. Bref, c'était bien drôle mais ce n'en était pas le but initial. Malgré tout, quelques scènes demeurent bien chorégraphiées et les actrices sont bien mignonnes. On n'est pas passé loin du navet mais en ne prenant pas le film au premier degré, ça se laisse regarder !

L.P.

WYRMWOOD: ROAD OF THE DEAD - Kiah Roache-Turner

Petite visite de cinq jours à Bruxelles pour mon rendez-vous annuel avec l'atmosphère BIFFFienne, que je ne rate pour rien au monde depuis plus de 20 ans ! Huit films au total, bilan bien maigre comparé au nombre de séances proposées, mais je suis satisfait de la sélection effectuée avec mon groupe de potes pour tenter de profiter un max de cette occasion d'envahir le Bozar !
L
'un des Midnight Extremes que j'ai vécu fut grâce à l'invitation gracieuse d'En Cinémascope, site que j'aurai eu le plaisir de découvrir en préambule au festival. Au programme donc, Wyrmwood - Road of the Dead, le passage obligé par la case zombie de mon cru 2015, qui tient du sous-genre exploité jusqu'à la moelle, mais que ce premier bébé des frérots australiens Roache-Turner rafraichit par quelques touches bien senties, notamment avec le pouvoir d'une des protagonistes et le développement scénaristique autour de l'haleine tonitruante de nos chers zombies.
Bref, un bon moment « made in Oz ». On lui a pardonné ses défauts liés au tournage en mode guérilla et on a grandement apprécié l'ambiance délirante de la salle 2 jusqu'aux petites heures ! Vivement le 2 !

J.