03 févr.

Bonne année 2018 ! - Notre Concours Exclusif - Et direction Les Magritte du cinéma belge !

Bonne année 2018… en cinémascope !



Concours Exclusif : 10 x 5 films à gagner
avec UniversCine

Envie de gagner un des 10 pass mis en jeu pour 5 films sur la plateforme cinéma UniversCine.be ? Rien de plus facile !
Il vous suffit d’envoyer un mail, avant le 15 février à minuit, à jeanphilippe.thiriart@gmail.com, dans lequel vous complétez la phrase :
« Pour moi, le cinéma belge, c’est… ».
10 réponses seront tirées au sort, pour autant de pass cinéma remportés !
Les gagnants seront avertis par mail et recevront un code d’accès unique.


Direction Les 8e Magritte du cinéma belge !


Les Magritte du cinéma belge, clap huitième, ce samedi 3 février !
Cette année - c’est une première - la cérémonie récompensant les talents du cinéma made in Belgium sera retransmise en direct sur La Deux, à partir de 20h45. Précédée, dès 20h20, d’un Tellement Magritte signé Cathy Immelen.
Et c’est le comédien Fabrizio Rongione que l’on aura le plaisir de retrouver dans un costume de maître de cérémonie déjà endossé par le passé.

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Si nous couvrirons cette année encore l’événement avec En cinémascope, nous nous associerons aussi au site ProximusTV.be. Lequel vous proposera, dès ce lundi 5 février, plusieurs capsules et un reportage vidéo depuis le Square à Bruxelles, lieu des festivités.

Trois grands favoris…

Sans réelle surprise, Noces de Stephan Streker, succès critique mais aussi public, mène la danse avec huit nominations. Suivent Chez nous de Lucas Belvaux, en lice pour sept Magritte, et InSyriated de Philippe Van Leeuw, nommé dans six catégories.
Si ces trois métrages sont présents dans la case Meilleur film, ils le sont également dans celle du Meilleur réalisateur.

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Noces


Dode hoek
 de Nabil Ben Yadir et Paris pieds nus du duo Abel & Gordon sont eux-aussi susceptibles d’être sacrés Meilleur film mais seul le metteur en scène des Barons rejoint Streker, Belvaux et Van Leeuw dans la catégorie Meilleur réalisateur.

deux beaux duels d’acteurs et d’actrices…

Bien malin qui pourra dire qui sortira gagnant des intéressants duels Emilie Dequenne-Cécile de France et Jérémie Renier-François Damiens.
Pas encore de Magritte pour Cécile et François. Deux déjà pour Emilie et Jérémie. Mais si la Rosetta des Dardenne a été couronnée Meilleure actrice dans des premiers rôles, c’est pour ses interprétations de seconds rôles que l’acteur de La promesse a été récompensé.

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Emilie Dequenne


et quelques belles surprises peut-être !


Le Magritte du Meilleur réalisateur pourrait aller à Lucas Belvaux et non à Stephan Streker, cette récompense très prisée lui ayant déjà échappé deux fois lors des précédentes éditions.
Nous verrions bien le documenteur Spit’N’Split de Jérôme Vandewattyne désigné Meilleur film, véritable OVNI à côté de films forcément moins barrés.
Et le Magritte du Meilleur Film flamand pourrait bien être décerné non pas à Home mais à Le Fidèle, tant le troisième long-métrage de Michaël Roskam (Rundskop) est diablement efficace.

Sandrine Bonnaire, Magritte d’honneur

Sur les 21 Magritte qui seront décernés ce samedi soir, seul un est déjà attribué. L’actrice et réalisatrice française Sandrine Bonnaire recevra en effet cette année un Magritte d’honneur soulignant la qualité du travail de cette grande dame du cinéma français. Nous l’avions rencontrée l’an dernier au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) en compagnie de notre Bouli Lanners national. Lequel n’a pas manqué de mettre en avant les talents de cette actrice singulière, découverte à l’âge de 15 ans chez Maurice Pialat (A nos amours). Actrice mais aussi réalisatrice, du documentaire Elle s’appelle Sabine notamment, portrait intime de sa sœur.


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Bonne année 2018, bonne chance pour notre concours et… excellents Magritte du cinéma belge à vous !

Jean-Philippe Thiriart

19 janv.

Suite des projections du SILENCE DE LORNA à partir de ce dimanche 21 janvier à Cinematek

Dans le cadre de la deuxième partie d'un cycle consacré à Jean-Pierre et Luc Dardenne, la Cinémathèque royale de Belgique projettera encore à quatre reprises un de leurs très beaux films : Le Silence de Lorna.
De ce dimanche 21 janvier (15h30) au jeudi 1er février pour être précis.

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Notre critique

Le Silence de Lorna

1h46
De Jean-Pierre et Luc Dardenne (2008).
Avec Arta Dobroshi, Jeremie Renier, Fabrizio Rongione
Mais aussi Alban Ukaj, Morgan Marinne, Olivier Gourmet

Cote : ***

Prix du scénario à Cannes et nominé aux César 2009 du meilleur film étranger, Le silence de Lorna est un film sans bavure mené à une allure modérée. Un film qui permet de bien ressentir les émotions des différents protagonistes.
Cette cadence se poursuit tout au long du film. Comme toujours avec les frères Dardenne, beaucoup de scènes sont tournées caméra à l'épaule, ce qui crée une intimité très forte et nous rapproche davantage encore des personnages. Ce film devait participer, selon nous, à l’attraction d’un public plus large vers le cinéma des Dardenne.

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Arta Dobroshi bien entourée au Festival de Cannes


Parfois, les choses se passent comme on les avait prévues au départ. Parfois, les actes posés sont alors irréversibles. Parfois, il devient plus qu'impossible de revenir en arrière. Parfois...
Lorna est une bombe à retardement susceptible d’exploser à tout moment, tant le silence peut s’avérer mortel. Ne parle-t-on pas, bien souvent - certes à tort et à travers - d’un « silence de mort » ? Ce silence tue et on se demande au final à qui il bénéficie.

Jean-Philippe Thiriart

10:36 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le, silence, de, lorna, dardenne, cannes, arta, dobroshi, jeremie, renier, olivier, gourmet, fabrizio, rongione, cinematek, cinematheque, royale, belgique | |  Facebook | |  Imprimer |

10 janv.

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES : Du Plomb en Or - Critique et interview des réalisateurs

Critique

Laissez Bronzer les Cadavres

De Hélène Cattet et Bruno Forzani
Avec Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Hervé Sogne, Bernie Bonvoisin, Pierre Nisse, Marc Barbé et Michelangelo Marchese
Directeur de la photographie : Manu Dacosse
Thriller
1h30

Cote : ****

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Une bande de braqueurs dérobe 250 kilos d’or. Après le casse, les malfrats se voient contraints d’emmener deux femmes et un enfant. Le hasard fait que tout ce petit monde se rend en fait au même endroit : un village abandonné et reculé qui sert de planque à la bande. Mais l’arrivée de deux flics va bouleverser les plans de chacun et la retraite virera bientôt au carnage.

Avec ce troisième film, librement adapté du roman éponyme de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, le duo de réalisateur Cattet-Forzani enfonce le clou et s’impose comme garant d’un cinéma de genre nouveau qui ne manque pas de rendre hommage aux anciens, gialli italiens en tête de liste.
Après les chefs-d’œuvre en puissance qu’étaient Amer (2010) et L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps (2014), l’identité cinématographique du couple est confirmée par ce nouveau long-métrage réalisé de mains de maîtres.

L’esthétique, si chère aux deux réalisateurs, est encore une fois au premier plan de Laissez Bronzer les Cadavres. Au même titre que leurs deux films précédents, une influence du cinéma italien des années 70 ne peut être niée. Nous voilà donc ici en présence d’un ovni à la croisée des chemins entre film noir, polar et western.
Esthétique rime avec beauté plastique mais pas seulement. Certes, Cattet et Forzani attachent en effet énormément d’importance au rendu visuel de leurs films, avec la photographie éblouissante de Manu Dacosse (NDLR : les images d’Amer et L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps, c’était déjà lui. Il avait d’ailleurs obtenu le Magritte de la Meilleure image pour son travail sur L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps). Mais ils ne s’arrêtent pas là, la bande-son jouant également un rôle prédominant dans l’atmosphère du film. Que ce soit la bande originale ou simplement les bruitages de scène (aaah, ce son envoûtant du cuir !), l’ensemble participe à l’œuvre et chaque aspect contribue à ce que l’objet filmique soit un réel plaisir des sens.

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Manu Dacosse, Magritte de la Meilleure image en 2015 pour son travail sur L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps


Et ces sens, parlons-en. Le cinéma du duo est un cinéma sensoriel, charnel. La caméra ne se veut pas uniquement le vecteur de présentation des scènes mais représente un réel relais entre celles-ci et le spectateur au point que ce dernier peut ressentir la chaleur plombante du soleil, les odeurs, les textures. La manière de filmer, les différents points de vue adoptés ou encore les gros plans sur des parties de corps (marque de fabrique des réalisateurs depuis leurs débuts) y sont évidemment pour beaucoup dans cette envie de faire participer celui ou celle qui se laisse prendre au jeu et peuvent très facilement reléguer au second plan un jeu d’acteurs parfois bancal.

Laissez Bronzer Les Cadavres est un métrage résultant d’une certaine expérimentation en matière de mise en scène. Si chaque détail, chaque mouvement de caméra, chaque coup de feu a son importance, certaines idées et transitions de plan participent également à l’ambiance générale. Une très jolie preuve que le cinéma peut encore inventer. Et surprendre !

Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart


Interview des réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani

Bruxelles, Avenue Louise – Workshop Café – 8 janvier 2018 – 17h.
C’est dans ce cadre détendu mais néanmoins propice au travail que nous avons rendez-vous avec les réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani à l’occasion de la sortie, ce mercredi 10 janvier, de leur troisième long-métrage : Laissez Bronzer les Cadavres. Le sourire aux lèvres et tout en décontraction, les responsables des chefs-d’œuvre Amer et L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps ne seront pas avares d’explications sur leurs méthodes de travail, leurs visions cinématographiques, leurs influences et la « Carte blanche » qui leur sera consacrée au Cinéma Nova de Bruxelles de ce 10 janvier au 25 février. Un entretien des plus riches autour d’un thé, d’une eau gazeuse et d’un double expresso. Parce qu’on a beau être détendu, on n’en est pas moins sérieux.

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Bruno Forzani et Hélène Cattet, tout sourire


Laissez Bronzer les Cadavres
est votre troisième long-métrage. Vous avez déjà une certaine notoriété auprès du public de cinéma de genre mais pour un public plus large, qui sont Hélène Cattet et Bruno Forzani ?

Bruno Forzani :
Moi, j’ai l’impression que c’est Hélène qui a la réponse. (il rit)

Hélène Cattet : C’est assez difficile comme question. C’est vrai qu’on a un certain public mais j’ai l’impression qu’on touche un public déjà un peu plus large que celui du cinéma de genre. On a bien sûr un public fidèle au genre mais on passe aussi dans des festivals de films plus généralistes.

B.F. : Les spectateurs qui aiment le genre aiment peut-être nos films parce qu’ils y trouvent tous les ingrédients en termes d’érotisme ou de violence car on y va à fond. Et les gens qui aiment plus le cinéma d’auteur avec une recherche formelle ou esthétique y trouvent aussi leur compte parce qu’il y a aussi un gros travail à ce niveau-là. C’est un peu pour ça que nos films passent dans des festivals de films de genre mais passent aussi dans des musées d’art contemporain ou encore à l’UGC comme au Nova. C’est assez varié. C’est difficile à définir, ça mélange plein de choses.

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Laissez Bronzer les Cadavres, un duel au soleil


Ce film est adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce livre et vous a donné envie de l’adapter au cinéma ?

H. C. :
Pour ma part, ce que j’ai aimé en le lisant, c’est que je l’ai trouvé d’emblée très cinématographique et très visuel. Tout y était déjà posé : les ambiances, presque les cadrages… c’était tout le temps dans l’action. Et cette action me faisait penser à des westerns à l’italienne. Je m’y suis vraiment retrouvée parce que comme on aime beaucoup le cinéma de genre italien des années 70, j’ai vraiment eu des images qui me sont revenues de films à la Sergio Leone.

B.F. : Ce que moi j’ai aimé en lisant le livre, c’est que tout était raconté en termes d’espace et de temps. Donc c’était hyper cinématographique. Et ça rejoignait ce qu’on avait fait avant puisqu’on n’est pas du tout dans une approche psychologisante mais plutôt dans une optique comportementaliste où les personnages se définissent par leurs actions.

H.C. : Les personnages se racontent par ce qu’ils font. On comprend qui ils sont en les voyant agir et pas par des dialogues explicatifs. C’est vraiment cette action, les gestes, les choix qu’ils font qui parlent des personnages et qui font tout avancer.

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La très belle affiche du premier long-métrage du duo


Vous parliez de cinéma italien des années 70. Que ce soit dans Amer, dans L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps ou encore ici, dans Laissez Bronzer les Cadavres, on remarque bien que l’esthétique est prédominante chez vous, qu’elle soit visuelle ou sonore. L’influence de ce genre de cinéma est-elle encore assumée ou devient-elle ennuyeuse pour vous à force d’entendre dire que vos films sont des hommages aux gialli italiens ?

B.F. :
Il y a deux choses en fait. Le côté années 70 est assumé parce qu’on est nés dans cette période-là. Mais c’était surtout une époque où le cinéma était en recherche, était très créatif. Tu as eu la Nouvelle Vague à la fin des années 60 et puis le cinéma de genre par la suite était quelque chose de créatif, ce n’était pas juste des produits, il y avait une vraie recherche. Donc, de ce point de vue-là, on est dans cette mouvance. Par contre, on ne perçoit pas vraiment ce qu’on fait comme des hommages à un truc qu’on aime bien. C’est quelque chose de plus viscéral. On se sert davantage d’un langage pour raconter des histoires personnelles.

H.C. : C’est vrai que ce cinéma nous a nourris et nous a inspirés mais je pense qu’on a digéré et oublié ces références, et maintenant elles sont en nous. Quand on fait un film, ça sort naturellement. C’est devenu notre vocabulaire, notre manière de faire.

Vous parlez justement de ce qui vous a nourris. Quel est donc votre parcours cinématographique ?

B.F. :
Ça a commencé quand on était petits avec ce qui passait à la télé genre King Kong, Charlot. Les premiers souvenirs que j’ai, c’est ça. Et puis après, au cinéma, j’ai vu les Walt Disney. Par la suite j’ai découvert Fellini avec La Dolce Vita vers mes 10 ans. À partir de 12 ans j’étais à fond dans les films d’horreur, slashers et autres. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le cinéma de genre italien où, par rapport aux films américains qui étaient des produits sans surprise, tu avais vraiment de la mise en scène, la violence était exploitée de manière graphique et pas du tout puritaine. Ça donnait quelque chose de différent. Après cela, il y a eu Orange Mécanique. J’étais à cette époque en recherche d’adrénaline. J’entendais parler de ce film depuis que j’étais petit et je me le représentais un peu comme un summum de la violence. Alors que quand je l’ai vu, ce n’était pas un film violent mais plutôt un film sur la violence, ce qui m’a donné un autre point de vue. Et donc si tu me demandes mon parcours cinématographique, je te dirais que tout s’est un peu construit en allant de Charlot à Orange Mécanique.

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Orange mécanique, un des films qui ont construit le réalisateur qu’est Bruno Forzani


H.C. :
Pour ma part, c’est plus comme si j’avais trouvé un moyen d’expression. Je n’ai jamais été super à l’aise pour parler ou m’exprimer par le verbe. Donc quand j’ai découvert la manière dont on faisait des films, j’ai eu l’impression de trouver un moyen de dire les choses. C’est vraiment avec la pratique que j’ai appris. On a commencé à faire des courts-métrages autoproduits, sans argent. On faisait ça avec les copains et on a appris petit à petit à faire nos films, à construire notre univers, à essayer des choses…
Les festivals nous ont aussi beaucoup aidés, soutenus, encouragés. Et grâce à eux, on a essayé de trouver un producteur. C’est comme ça qu’on a rencontré notre productrice Eve Commenge avec qui on a fait tous nos longs-métrages.

B.F. : C’est aussi avec elle qu’on a fait notre dernier court,
Santos Palace (2005).

H.C. : Ce court-métrage a été notre première expérience avec un producteur. On a donc progressé à partir de là.

B.F. : On a appris de manière pragmatique et non intellectuelle. Comme on a commencé à faire les choses avec des moyens très pauvres, on ne pouvait pas faire tout ce qu’on avait dans la tête. On a donc toujours conçu les films par rapport aux moyens qu’on avait et pas par rapport à une idée folle.

H.C. : Pour les courts-métrages, on n’avait rien du tout pour ainsi dire. C’était vraiment le système de la débrouillardise totale et ça nous a appris à fonctionner d’une certaine manière. C’est comme ça qu’on a fait Amer.

B.F. : On voulait tourner en pellicule mais comme on n’avait pas d’argent pour en acheter, on l’a fait en diapositives comme Chris Marker dans
La Jetée (NDLR : court-métrage français sorti en 1962 et salué par la critique). On ne pouvait donc pas faire de prises de sons directes. Du coup, on a développé cette manière de faire le son en postproduction.

H.C. : Tous nos films sont faits comme ça. On n’a pas de preneur de son, donc tous nos films sont muets quand ils sont tournés et montés. Après, on recrée tous les sons avec un bruiteur.

B.F. : Il y a donc un deuxième tournage, qui est sonore.

H.C. : C’est pour ça que le son est aussi important, parce qu’il y a une étape où on ne travaille que ça.

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L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps est un des films préférés de Marilyn Manson et une énorme source d'inspiration pour lui…


Ce qui marque chez vous au niveau de la réalisation, c’est l’importance de chaque détail. Comme si chaque plan et chaque point de celui-ci participaient à la narration du film. On a l’impression que vous êtes de grands perfectionnistes.

B.F. :
C’est un peu notre problème et du coup on souffre beaucoup (il rit). La postproduction est donc un long tunnel de neuf mois.

H.C. : Il faut être un peu masochiste. C’est super dur mais on n’arrive pas à faire autrement. Chaque détail parle de l’histoire et des personnages donc chaque détail est important.

B.F. : Du coup, dans la manière de travailler, on est obligé d’être là en permanence dans le dos des gens et de les embêter.
(il rit)

Il y a aussi un côté très expérimental chez vous…

B.F. :
Pour ma part ce n’est pas quelque chose que je revendique mais c’est juste parce qu’on essaie de raconter nos histoires par la forme, par le montage et par des outils cinématographiques. Alors est-ce que c’est le cinéma qui est devenu plus pauvre maintenant et que dès que tu travailles un peu la forme et que tu utilises un peu ces outils, ça devient expérimental tellement le reste, ce n’est que des champs – contre-champs avec des personnes qui parlent dans une pièce, je ne sais pas. Mais moi, en tout cas, je n’ai pas la sensation de faire des films expérimentaux.

H.C. : Moi non plus mais je sais qu’on essaie d’utiliser au plus ces outils visuels et sonores. C’est vrai qu’on essaie des choses et on en « expérimente » d’autres quand même.

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... qui ne cache pas son admiration pour Cattet et Forzani !
« J’ai eu le plaisir de découvrir la Belgique et celui de rencontrer mes réalisateurs préférés Hélène Cattet et Bruno Forzani –
Amer et bien plus ! J’ai hâte de commencer à travailler avec eux. » Marilyn Manson


Vous fixez-vous des limites dans ces mises en forme ?

B.F. :
Moi ma seule limite c’est Hélène.

H.C. : Et moi, c’est Bruno
(ils rient). On s’arrête quand on est satisfaits et qu’on a réussi à faire passer tel ou tel sentiment. On aime raconter des choses avec un certain nombre d’éléments mais que ceux-ci ne soient pas totalement expliqués. On aime que le spectateur se crée aussi son histoire.

Vous laissez une place à l’interprétation.

H.C. :
Exactement. Comme quand on lit un livre. On s’imagine des choses, on a sa place dans le livre. On veut que le spectateur ait aussi sa place dans le film et que chacun, en fonction de qui il ou elle est, de son expérience, de son bagage, s’imagine ou vive les choses un peu différemment que son voisin. Et, en même temps, ça reste une démarche collective parce que c’est quelque chose qu’on fait pour l’ensemble.

Finalement c’est une démarche assez vendeuse pour vos films parce que ça signifie qu’on peut regarder plusieurs fois le film et le vivre peut-être différemment à chaque fois.

B.F. :
On le fait dans cette optique-là, pour qu’à chaque fois que tu le revois, tu découvres de nouvelles choses et qu’il prenne plus de profondeur.

Y a-t-il une dimension mystique, de rêves ou de fantasmes dans les histoires que vous racontez ?

H.C. :
Tout à fait. C’est vrai que ce film-ci est un peu différent des autres mais on essaie de travailler sur les fantasmes de personnages….

B.F. : … et d’effacer la limite entre le rêve et la réalité.

H.C. : On essaie de jouer avec les frontières : passé-présent, rêve-réalité, fantasme-réalité.

À ce propos, existe-t-il un rêve ou un fantasme cinématographique que vous aimeriez réaliser ?

B.F. :
J’ai déjà l’impression qu’on l’a réalisé avec tout ce qui nous arrive en ce moment, le fait d’avoir fait des courts-métrages et trois longs, que des personnes s’intéressent à ce qu’on fait, que ça procure des sensations aux gens, de les voir émus ou énervés à la fin du film…

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Laissez Bronzer les Cadavres, ça va chier !


Vous aimez susciter les réactions ?

H.C. :
Nous on aime bien avoir des réactions au cinéma. On aime ressortir en étant questionnés, perturbés, épuisés. En tout cas en ayant vécu quelque chose qui nous fait réfléchir. C’est donc peut-être pour ça aussi qu’on fait de tels films.

Parlez-nous de la bande originale et de vos choix musicaux pour Laissez Bronzer les Cadavres.

H.C. :
Le thème principal vient du film La Route de Salina de Georges Lautner (1970).

B.F. : C’est un film français qui a été tourné à Lanzarote. Un peu particulier, parfois légèrement quatrième dimension et totalement hippie dans l’esthétique et dans la nudité des personnages. Et cette musique assez incroyable a été écrite par le chanteur français Christophe. Elle nous faisait énormément penser aux westerns de Sergio Leone et comme notre film est un peu un mélange de genres, on trouvait que cette musique était cohérente. Puis on a utilisé des vrais thèmes de westerns à l’italienne comme
Le Dernier Face-à-Face d’Ennio Morricone. (NDLR : extrait du film du même nom de Sergio Sollima) On a utilisé plusieurs thèmes de ce compositeur dans le film. Notre but était d’utiliser ces musiques parfois dans un autre contexte que celui pour lequel elles avaient été faites au départ. On en a par exemple utilisé une dans la phase de préparation du braquage dans le film, donc plus dans un contexte de polar que de western. Une autre provient de la période bruitiste d’Ennio Morricone. Quand il collaborait avec Dario Argento, donc purement giallesque expérimentale. Et une autre vient du giallo Qui l’a vue mourir ? (Aldo Lado – 1972) Le thème est assez atypique, avec des chœurs d’enfants. Et on l’a utilisé parce qu’on cherchait quelque chose d’un peu fiévreux pour la scène du duel. On avait essayé de l’utiliser à l’époque pour L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps mais ça collait trop au giallo et donc ça aurait eu ce côté hommage et référence qu’on ne voulait pas. Alors qu’ici, elle avait sa place et pouvait avoir une autre signification.

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Le Dernier Face-à-Face, plus qu’une source d’inspiration pour Hélène Cattet et Bruno Forzani


N’est-ce pas trop difficile de faire des films à deux tout le temps ?

H.C. :
Si, c’est super dur. (elle rit)

Des conflits artistiques ?

H.C. :
Oui, tout le temps.
(elle rit)

B.F. : Après
L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps, on ne pouvait plus se saquer. (il rit)

Mais vous avez remis le couvert quand même ?

B.F. :
Oui on a remis le couvert mais en partant sur une adaptation. On n’avait pas un scénario personnel.

H.C. : C’est la première fois qu’on adapte quelque chose mais c’était pour retrouver une manière plus légère de travailler. Comme les films précédents étaient très personnels et que, malgré tout, on a des points de vue et des univers différents, le but était de faire quelque chose où les deux soient satisfaits. Et parfois, c’est une lutte.

B.F. : Surtout que ce sont des films qui sont sensoriels, subjectifs, c’est donc assez difficile quand l’un ressent le truc et l’autre pas, parce que si tu ressens, tu ne peux pas expliquer à l’autre.

H.C. : C’est intéressant malgré tout, mais ce n’est pas la facilité.


Une Carte blanche au Nova pour le duo de réalisateurs

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Bullet Ballet, un des quatre films de la Carte blanche de Cattet et Forzani au Nova


À partir de ce mercredi 10 janvier, vous avez une « Carte blanche » au Cinéma Nova. Quatre films seront projetés. J’aurais aimé terminer en vous demandant quelques mots sur chacun d’eux et sur ce qu’ils représentent pour vous.

B.F. :
Il y a Bullet Ballet (Shinya Tsukamoto – 1998), un film au son assez puissant et au montage hyper « cut » dont tu ressors assez épuisé. Mais c’est une expérience que tu ne peux vivre qu’en salle. Les premiers films de Tsukamoto, je les avais d’ailleurs découverts au Nova. Tu parlais tout à l’heure de détails et j’avais lu une interview de Tsukamoto concernant Tetsuo 2 (1992) où il disait qu’un des grands maîtres japonais avait vu le premier Tetsuo (1989) et lui avait dit que ça manquait de détails. Il a donc fait Tetsuo 2 en y faisant plus attention et ça m’avait marqué.

H.C. : Il y a aussi
Seul Contre Tous (1998, de Gaspard Noë, réalisateur du psychédélique Enter the Void en 2009). C’est un film qui nous a réunis parce qu’on l’a vu ensemble au Nova, décidément, et c’est un film qui nous a donné quelque part le déclic pour commencer à faire des films sans argent. C’est un film qui est autoproduit et que Noë a fait par ses propres moyens. C’est en pellicule, c’est ingénieux, la photo est magnifique.

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Seul Contre Tous


B.F. :
Et c’est en cinémascope !
(NDLR : ouiii : il l’a dit !) En termes de cadre, c’était hyper carré, fixe.

H.C. : Ça nous a beaucoup influencés dans la démarche et l’esthétique. Il est à la base de notre collaboration.

B.F. : C’est aussi une manière complètement transversale d’aborder le genre. C’est comme un « vigilante » mais raconté d’une autre manière.
Après il y a
Le Dernier Face-à-Face de Sergio Sollima (1967) dont l’une des musiques se retrouve dans Laissez Bronzer les Cadavres. Par rapport aux westerns à l’italienne, il est moins graphique que les autres mais les personnages cassent un peu le mythe américain. Ils sont tous gris et tu n’as pas le gentil shérif et les méchants indiens. Au niveau de l’histoire c’est aussi très prenant parce que c’est une autre manière de raconter cette histoire américaine.

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Venus in Furs, dont le réalisateur Jess Franco a réalisé plus de 200 films


H.C. :
Et le dernier c’est
Venus in Furs (Jess Franco – 1969) pour le côté psychédélique, pop, 70s.

B.F. : Personnellement, je trouve que c’est un des meilleurs films de Jess Franco, même si je ne les ai pas tous vus puisqu’il en a fait 180
(il rit) (NDLR : Jess Franco est en fait crédité pour plus de 200 réalisations). Après, en termes de pop, de costumes, d’iconographie de l’héroïne, d’effets… c’est très créatif. Il y a aussi le côté jazzy du film de par sa musique et sa construction. Et pour Laissez Bronzer les Cadavres, on a aussi abordé l’esthétique avec un côté pop. Donc ce genre de films nous a aussi inspirés.

La « Carte blanche » du Nova met donc en évidence quatre films qui représentent autant de facettes de notre approche.

Propos recueillis par Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart


N’hésitez pas à découvrir notre interview de Manu Dacosse aux Magritte du cinéma ! Le directeur photo de Laissez Bronzer les Cadavres était également derrière la caméra d’Alléluia de Fabrice Du Welz, réalisateur de Calvaire.

12 sept.

Projection de C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS ce 15 septembre à Bozar

Petit rappel de barème…

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C’est l’histoire un peu magique d’un film de fin d’études devenu culte.
À l’époque, Rémy Belvaux (1966-2006, frère de Lucas) s’entoure de ses camarades Benoît Poelvoorde et André Bonzel pour réaliser ce vrai-faux documentaire sur Ben, tueur semi-professionnel s’attaquant à la classe moyenne et aux personnes âgées. Le personnage principal embarque alors les membres de l’équipe de tournage, se mettant donc en scène eux-mêmes, dans ses nombreuses péripéties. L’occasion pour Ben de bénéficier ponctuellement d’une assistance bienvenue.

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Mais il serait indécent de s’épancher sur l’histoire de ce film tant ce serait un affront à tout cinéphile belge (ou autre) qui se respecte. En effet C’est arrivé près de chez vous fait indéniablement partie de ces films piliers du cinéma belge. Ces films ayant désormais une place de choix dans le patrimoine cinématographique du plat pays qui est le nôtre. Filmé en 16 mm et en noir et blanc pour des raisons de budget, cette comédie à l’humour noir débridé et au côté glauque parfaitement assumé est devenue pépite de la nation qui voit encore aujourd’hui ses répliques aussi bien scandées dans les soirées étudiantes (« Malou… Nichons ») que déclamées dans les soirées plus mondaines (aaah la recette du Petit Grégory). Ses personnages y sont d’ailleurs pour beaucoup puisque Benoît Poelvoorde, dont c’était d’ailleurs le premier rôle dans un long, campe certes un tueur mais aussi un fils aimant et un camarade à la vision du monde politico-poétique sans nulle autre pareille. Sur ce dernier point, on ne peut passer à côté du rôle tenu par la propre mère de Poelvoorde (jouant donc la mère du personnage principal) qui représente un personnage secondaire fondamental du long-métrage de Rémy Belvaux. Pour l’anecdote, cette gente dame authentique l’aura sans doute été autant du fait que l’équipe de tournage lui avait présenté leur projet comme un réel documentaire sur son fils et non comme une fiction sur un tueur brutal.

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C’est arrivé près de chez vous a rencontré un franc succès public et critique en son temps puisque, sélectionné dans différents festivals, il reviendra avec son petit lot de récompenses dont deux rien que durant le Festival de Cannes 1992 (Prix SACD de la Semaine de la Critique et Prix spécial de la jeunesse). Comme quoi, l’autodérision à la Belge, le sens de la débrouille et une petite boîte de Cedocards faisaient déjà beaucoup il y a 25 ans.

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Comment (re)découvrir C’est arrivé près de chez vous et... le cinéma belge

Rendez-vous ce vendredi 15 septembre à 20h à Bozar pour C’est arrivé près de chez vous, en présence de l'équipe du film.

Et confortablement installés à la maison pour un regard multiple sur le cinéma belge avec la sélection 50/50 de UniversCiné !


Guillaume Triplet et Jean-Philippe Thiriart

08:12 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : est, arrivé, près, de, chez, vous, benoit, poelvoorde, rémy, belvaux, andré, bonzel, cannes | |  Facebook | |  Imprimer |

26 mai

Interview d'Alan Deprez, au Short Film Corner du Festival de Cannes avec Cruelle est la Nuit

Il y a quelques semaines, nous vous proposions notre avis sur le court-métrage Cruelle est la Nuit d’Alan Deprez. Rencontré à Bruxelles à l’occasion du BIFFF 2017, le camarade a pu nous accorder un peu de son temps pour décortiquer avec nous la conception de son film et les enjeux de celui-ci, mais également pour simplement parler cinéma et donner son avis sur la situation. Entre coups de gueule, coups de cœur et débat sur le genre, l’entretien pour le moins conséquent (c’est peu de le dire) était bien trop intéressant que pour l’amputer.

 

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Cruelle est la nuit est au Cannes Short Film Corner


Cruelle est la Nuit est un court-métrage qui renferme de nombreux concepts : une espèce de révolte politique qui part ensuite dans tous les sens (sado-masochisme, violence graphique…). Peux-tu nous expliquer ton idée de départ ?

C’est assez compliqué, en fait. Je ne voulais surtout pas faire une œuvre hyper référentielle ou trop consciente de ses références, parce que c’est quelque chose qui m’insupporte de plus en plus. Je ne supporte plus tous ces « jeunes » réalisateurs d’une/de première(s) œuvre(s) qui, constamment, font des clins d’œil à des œuvres ayant marqué leur cinéphilie et qui se complaisent - d’une certaine façon - dans cet art de la référence. J’en ai un peu marre du recyclage. Curieusement, je ne sais plus d’où m’est réellement venue cette idée de personnages étrangers à un milieu et qui débarquent dans une partie fine. La post-production a aussi été interminable car au départ, le film devait être prêt pour 2016, mais comme à chaque fois, je veux faire simple et au final, je fais plus compliqué ! Je m’étais dit qu’on allait faire un huis clos pour ne pas être tributaire des extérieurs. La première vision que j’ai eue était ces mecs qui partent en mission dans le but d’assassiner une personnalité influente et sont un peu pris au dépourvu, puisqu’ils débarquent en pleine partouze. Ensuite, la nature très noire et nihiliste du film existe car, en cours d’écriture, j’ai perdu deux personnes qui comptaient énormément pour moi, à savoir ma grand-mère et mon cousin ; ce qui m’a fait traverser une période assez douloureuse. D’ailleurs, Cruelle est la Nuit leur est dédié. Il y a donc une dimension très personnelle dans le projet et l’humour qu’on peut retrouver dans le film n’est arrivé que plus tard. Il y a un peu de moi dans chaque personnage car, même si je me considère comme apolitique, j’ai mes idées et c’est clair que parfois, je pense qu’il est préférable de tout « brûler » pour repartir sur des bases saines. C’est ce que le personnage de Kel fait dans le film, même s’il s’inscrit dans une démarche toute autre.

Tu parles d’une post-production qui a été tirée en longueur. Dans quelle mesure cela a-t-il joué sur le retard du projet ?

Il y a plusieurs choses qui sont entrées en ligne de compte. Il faut savoir qu’au départ, le court-métrage devait être réalisé pour le « COLLECTIFFF 2 » (NdA : groupe de réalisateurs de courts-métrages dont les œvres sont soutenues par le BIFFF et diffusées lors d’une édition précise du festival - le premier « COLLECTIFFF » a eu lieu en 2012 – ndlr). On a tourné trop tard par rapport à la diffusion prévue pour le BIFFF 2016 et on ne s’en est rendu compte qu’en cours de tournage. Par ailleurs, le monteur ne pouvait pas débloquer tout son temps pour travailler sur le film et en assimiler toute la matière dans un délai si court. La post-production a presque duré 10 mois. On a donc monté une bande-annonce, diffusée dans deux festivals mais pas au BIFFF, ce qui aurait pu être bizarre par rapport aux autres films du COLLECTIFFF, dûment finalisés. C’est vrai qu’on a pris le temps de bien faire les choses, en se disant qu’on avait entre les mains un film très atypique et singulier, à plus forte raison au sein du paysage cinématographique franco-belge et dans le domaine du court-métrage. Pour nous, c’était une grande délivrance lorsqu’on a assisté à la première privée du film au Cinéma Galeries (Bruxelles, le 1er novembre 2016).

 

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Alan Deprez est à Cannes avec Cruelle est la Nuit


Parle-nous un peu de la direction photo. Parce que ton court-métrage comporte, comme on le disait, une dimension nihiliste complètement assumée, mais son esthétique est très léchée. C'est sombre mais soigné. Quels étaient tes choix artistiques à ce niveau-là ?

Tout d'abord, cela fait un certain temps que je travaille avec le même chef op', Nicolaos Zafiriou. C'est une vraie collaboration artistique et je ne serais rien sans lui. Si je fais le compte, je crois qu'on a dû bosser sur une trentaine de projets ensemble, même si beaucoup d'entre eux n'ont pas abouti. Il a éclairé mes trois courts-métrages, ainsi que trois ou quatre clips, plus d'autres choses. Il faut savoir que je suis quelqu'un qui accorde beaucoup d'importance à l'esthétisme, même parfois un peu plus qu'au scénario ou au récit en lui-même. Certes, le scénario est fondamental, mais en tant que spectateur, je peux être séduit par un film qui aurait des carences scénaristiques, mais qui, visuellement, serait sublime. Par exemple, si on s’attarde sur Suspiria de Dario Argento, ce n'est pas un modèle de construction scénaristique : ce qui fait qu'on reste accroché est en grande partie dû à la direction photo de Luciano Tovoli. Je fonctionne comme ça et c'est ainsi que l’on a fonctionné sur Cruelle est la Nuit. « Zaf » (Nicolaos Zafiriou) et moi avons défini une esthétique. Nous voulions une caméra qui avait une bonne sensibilité pour le grain de la peau. Pour parler un peu technique, nous avions opté pour une caméra assez rare : l’Ikonoskop, une caméra suédoise dont la licence a été rachetée par une boîte belge, qui, par la suite, a directement fait faillite. On a vite compris pourquoi (rires), puisqu'elle était très « prototype » et nous a créé les pires emmerdes sur le tournage. Elle surchauffait tout le temps et causait parfois pas mal de problèmes au niveau de l'enregistrement des rushes (on s'est retrouvés avec des rushes inutilisables, altérés par de fines trames rappelant l’image d’une VHS usée). Mais on l'avait choisie parce que c'était une des caméras qui imitait le mieux le grain du 16 mm. On avait aussi deux autres caméras : une pour les plans un peu plus « clippés » et tournés de nuit, l’autre destinée à servir de 2ème caméra (NdA : respectivement une Sony Alpha 7S et une Pocket Black Magic, qui « matche » plutôt bien avec l’image de l’Ikonoskop – ndlr). Il est vrai que pour nous l'esthétique était super importante.

Tu mentionnais ton choix de caméra qui rendait bien le grain de la peau et tu nous parlais de Suspiria... On aurait envie de faire un parallèle avec David Lynch (Alan nous avait déjà expliqué auparavant être un grand fan de ce réalisateur). Est-ce un réalisateur qui t'influence dans tes créations ?

Peut-être bien. En tout cas il a eu un aspect fondateur pour moi parce qu'à la base, je suis un simple fan, mais c'est en découvrant Blue Velvet que j'ai voulu devenir réalisateur. Pour moi, il y a vraiment eu un avant et un après Blue Velvet. Par contre, je suis moins fan de ce qu'il a fait « récemment », comme ses travaux vidéo ou encore Inland Empire (son dernier long-métrage datant de 2006 – ndlr), qui m'a un peu horripilé. David Lynch est un réalisateur purement « sensoriel » qui sait faire fi de toutes les conventions scénaristiques encore de mises dans le métier, afin d’emmener le spectateur vers l’émotion pure.

 

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Cruelle est la Nuit au Cannes Short Film Corner


Et le giallo ? C'est un style qui t'a aussi marqué dans ton parcours cinématographique ?

J'aime beaucoup les gialli, même si je trouve qu'en ce moment, certains éditeurs en sortent un peu trop. Il y a donc une certaine overdose de gialli et c'est un peu dommage car, par exemple, pour parler d’œuvres bis, il n'y a pas que le cinéma bis italien, mais des « films d'exploitation » partout dans le monde. Il y a certain films bis grecs ou encore indonésiens qui ne sont pas exploités chez nous et heureusement qu'il y a des éditeurs comme Mondo Macabro aux États-Unis pour s'occuper de ça. Mais pour en revenir aux gialli, c'est clair que j'aime beaucoup la sensualité qui s'en dégage. Leur côté sensuel et charnel aussi, puisque c'est quelque chose qui me touche. Il y a pas mal de gialli que j'aime beaucoup comme Mais qu'avez-vous fait à Solange ? - qui est génial - ou encore certains films de Sergio Martino avec Edwige Fenech, qui est une actrice magnifique dont je tombe amoureux à chaque film (rires). Toutes les Couleurs du Vice n'est pas forcément cité par tout le monde, mais il est génial, tout comme Le Venin de la Peur de Lucio Fulci, qui se situe presque par moments entre le giallo et le film psychédélique. Mais il y en a tellement… J'aime aussi beaucoup les gialli prenant racine à Venise, comme Terreur sur la Lagune. Ils ont vraiment capté cette atmosphère de décrépitude propre à Venise, décelable par ailleurs dans La Clé de Tinto Brass, un cinéaste que j'adore. De ce réalisateur, j'apprécie beaucoup Caligula, même si le film a été truffé de plans hards retournés par le grand patron de Penthouse à l'époque, Bob Guccione. Il est évident que je suis sensible à la « recherche de sensualité » qui caractérise ce genre de films. Je pense que c'est le genre de bandes qui nécessite de savoir se déconnecter et de ne pas intellectualiser ce qu'on voit pour l’apprécier pleinement. La symbolique est très forte aussi et ça, c'est quelque chose qui me parle. Il y en a d’ailleurs beaucoup dans mes films.

Justement, le spectateur peut pointer différentes symboliques dans Cruelle est la Nuit. Comme au niveau esthétique, tu as des influences qui se ressentent clairement, si cette esthétique va de pair avec la symbolique, peux-tu nous expliquer celle-ci par rapport à ton court-métrage ?

Ce qui serait intéressant serait que toi, tu me dises ce que tu y as décelé.

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Les fameuses marches prises par l'ami Alan


La première chose qui m’a frappé dans ton film au niveau symbolique, c’est le nihilisme. Il est très présent. Ensuite, il y a des phrases qui sont énoncées par tes personnages comme par exemple, celle qu’on pouvait déjà entendre dans le trailer de Cruelle est la Nuit qui est « Au final, l’issue sera la même pour tout le monde ». Elle montre bien la vanité de la révolte. On se révolte, OK, mais finalement, comme le fait comprendre ton personnage principal, c’est un peu comme pisser dans un violon…

C’est marrant, car j’en parlais il n’y a pas si longtemps que ça avec Pascal Françaix, journaliste et essayiste, qui, l’an dernier, a écrit un brillant ouvrage sur le torture porn (Torture porn : L’horreur postmoderne). Nous étions invités dans la même émission de radio. Il m’a soufflé que, pour lui, Cruelle est la Nuit est un film postmoderne qui a su digérer pas mal d’éléments d’œuvres antérieures et dans lequel, surtout, on ne prenait parti pour aucun camp. Il y a une sorte de « pourriture généralisée ». Dans le camp des assaillants, il y a un discours très marqué, mais leur idéologie n’est pas plus défendable que les petits intérêts de l’homme politique à qui ils en veulent, qui est complètement véreux et organise des parties fines chez lui. À côté de ça, la dimension nihiliste, comme on l’a dit plus avant, me touchait beaucoup. Je pense qu’on est dans une époque un peu artificielle (un peu « fake ») et surconnectée, où les gens ont perdu le contact avec les choses et se sentent obligés de donner un avis sur tout - d’avoir tout vu, tout lu, tout entendu, alors que c’est impossible -. Je crois qu’il faut savoir se « reconnecter » aux choses. Nous sommes allés trop loin… Nous nous trouvons dans une époque complètement désenchantée, que l’on traverse avec la peur au ventre, provoquée notamment par les divers actes terroristes qui ont émaillé ces dernières années. J’espère que les gens qui verront notre film pourront y déceler cela, parce que c’est clairement sur cette base qu’il a été conçu - cette peur et cette façon d’insuffler la terreur dans l’inconscient des gens -. Maintenant, des personnes redoutent de sortir de chez elles, d’aller à des concerts, de prendre les transports en commun…. Le film renvoie un peu en creux cette image-là.

 

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Nicole Kidman au Festival de Cannes lors de cette édition anniversaire


Sans tomber dans la métaphysique, est-ce que tu voulais faire émerger une espèce de réflexion sur l’existence au travers de Cruelle est la Nuit et peut-être faire réfléchir les gens sur le fait qu’il y ait encore des valeurs auxquelles on peut encore se raccrocher ?

Il y a pas mal de choses qui sont dénoncées dans le film. Si l’on s’attarde sur Kel (incarné avec intensité par Kevin Dudjasienski), il s’agit d’un personnage qui est complètement déconnecté de la réalité et qui a perdu le contact avec son prochain. Pour lui, les personnes qui l’accompagnent ne sont même pas des frères d’armes, mais simplement de la chair à canon. Ça vient renforcer cet angle nihiliste, car quand on regarde l’itinéraire de Kel, c’est une sorte d’itinéraire vers un suicide… C’est quelqu’un qui veut mourir mais ne veut pas « mourir de sa propre mort » ; il se construit donc une espèce de quête presque mystique avec pour apothéose l’assassinat d’un homme politique (Stavros, joué par Pascal Gruselle). C’est une manière de planter le couteau dans le dos de toute cette petite bourgeoisie, bien que ça n’ait plus beaucoup de sens… C’est aussi pour ça que dans le film, Stavros lui affirme que la lutte des classes est terminée. À l’heure actuelle, on est bien au-delà de ça. Cette guerre, on l’a perdue depuis longtemps… Nous vivons maintenant dans un monde où tout est contrôlé par tous ces grands conglomérats et les multinationales. À titre d’exemple, toute cette mode du véganisme part d’une bonne intention, mais même si on paie bien cher nos produits bio (ce que je fais souvent), le sol est tout de même pollué et la plupart du temps, on ne sait même pas lorsqu’on ingère des OGM ou d'autres produits nocifs… Sinon, pour en revenir au film, il y a surtout un côté très désenchanté. Pour traiter d’un autre personnage, Sid (Bertrand Leplae), est simplement quant à lui dans une quête de virilité : c’est un faux dur et il surjoue ce côté « brut ». Sa batte de baseball est un peu l’extension de sa virilité. Et a contrario, le personnage d’Arnaud (Arnaud Bronsart) est un peu une façon de stigmatiser une partie de cette jeune génération qui ne partage plus les mêmes valeurs que nous. De vrais « branleurs » ! (rires) Ça m’insupporte, ces nouvelles générations qui n’ont plus le respect des aînés, ne prennent même plus la peine de prouver des choses par leur travail ou par leurs actes et qui pensent que tout leur est acquis. Le personnage d’Arnaud représente quelqu’un dont la vie est un peu « vide de sens » et qui tente de lui en donner un en participant à cette mission, mais il y va un peu « comme s’il allait à Walibi » (parc d’attraction belge-ndr) (c’est Arnaud qui m’avait soufflé ça durant une lecture du scénario). Il y va pour les sensations fortes, mais toute la dimension politique insufflée par le personnage de Kel lui est complètement étrangère. Il y a des tas de choses dans Cruelle est la Nuit. Ce n’est absolument pas humble de dire cela, alors que pour moi l’humilité est hyper importante, mais j’avais envie de donner un grand coup dans la fourmilière avec ce film car, comme je te le disais plus tôt, j’en ai vraiment marre de toute cette mouvance de courts-métrages qui ont une approche condescendante vis-à-vis du genre, qui se complaisent dans les clins d’œil et uniquement dans ceux-ci. Ils balancent simplement toutes leurs références à l’écran et voilà…

C’est limite parodique pour toi ?

Ouais, c’est parodique et j’en ai un peu ma claque. J’en ai vraiment marre de ce côté ricaneur où l’on adresse systématiquement des clins d’œil aux spectateurs. Par exemple, je n’ai rien contre les films de la Troma et j’en apprécie même certains, mais je suis passé à autre chose. Comme je te l’ai dit plus tôt il y a des évènements intimes qui m’ont fait changer. Mes envies de cinéma ne sont plus les mêmes qu’avant. J’ai envie de tenter une greffe de différents genres dans mes courts et qu’il y ait des variations « tonales », comme passer d’une facette crue, charnelle ou sexualisée à un aspect plus drôle. Qu’il y ait vraiment un melting pot de tout cela.

 

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Les moyens les plus classiques sont souvent les plus efficaces


Mais, en fait, ce que tu expliques là, ce sont différents côtés du cinéma dont tu es issu, quand on sait ce que tu fais. Quand on te lit dans la presse (CinémagFantastique, Mad Movies, …), on perçoit ta culture cinéma en général, mais aussi et surtout celle qui concerne le cinéma de genre, le cinéma asiatique ou encore le cinéma porno. Tu avais envie de mélanger un peu tout cela avec Cruelle est la Nuit ?

Oui, voilà. Et de nouveau, ça va paraître con ce que je vais dire, mais insérer des scènes de sexe non simulé dans un format de court-métrage, je n’ai pas l’impression que ça ait déjà été fait ou du moins, pas de cette façon-là. Désolé, mais il fallait des couilles pour oser le faire… Je trouvais ça interpellant. Le fait aussi de réunir un casting hétéroclite, où l’on associe une ex-star du porno (la ravissante Sabrina Sweet) avec des acteurs « traditionnels » comme Damien Marchal ou Bertrand Leplae, qui se retrouvent au beau milieu de vrais libertins - donc d’actes sexuels non simulés -, ça m’intéressait beaucoup. J’aimais beaucoup également le fait d’y introduire un acteur comme Pierre Nisse, qui a énormément de génie dans sa folie. Pour l’équipe technique, c’était assez nouveau car, si pour ma part, j’avais déjà eu l’occasion de tourner des reportages sur des plateaux de John B.Root (réalisateur œuvrant dans le porno) pour Hot Vidéo TV, la grande majorité des techniciens de Cruelle est la Nuit n’avaient jamais cadré, éclairé ou maquillé des acteurs impliqués dans des séquences « hard ». Ça leur a sans doute fait bizarre au début, mais très vite, leur professionnalisme a repris le dessus. Parfois, c’était même étrange pour moi, parce que même si j’avais déjà filmé des reportages de ce genre, ce n’était jamais sur mes propres plateaux, donc là, je devais choisir les positions des figurants (libertins), composer les couples… C’était particulier d’être à la lisière du hard. Cela dit, j’insiste sur le fait que ce n’est pas un porno et que ça reste un film de genre. Beaucoup de gens ne veulent pas le comprendre et disent que c’est du porno, souvent sans avoir visionné le film. Il faut dire que, depuis que j’ai été salarié chez Hot Vidéo (ça fait bientôt 4 ans que cette époque est révolue), il y a encore pas mal de personnes qui disent que je fais du porno ou que je suis dans le milieu, mais c’est totalement faux, même si j’ai pu écrire des articles à ce sujet. Cruelle est la Nuit n’est pas pornographique. C’est un court-métrage de genre avec du sexe non simulé comme il pourrait y en avoir dans les films de Gaspar Noé, par exemple.

Est-ce qu’avec Cruelle est la Nuit, vous avez pu faire passer tout ce que vous vouliez, ton équipe et toi ? Avez-vous été totalement libres en termes de création ou y a-t-il encore eu des limites qu’on vous aurait imposées ?

Pas vraiment. Les limites qu’on a pu rencontrer sont les limites de chaque court-métrage. C’est-à-dire des limites budgétaires, puisque le film n’a pas un budget faramineux et que les inscriptions en festival continuent de coûter très cher. Il y avait aussi des limites de temps, parce que ce qu’on a tourné en cinq jours aurait normalement dû nous en prendre dix. On subissait un rythme infernal, surtout concernant les trois jours pendant lesquels on a tourné dans la villa. On tournait tous les jours de 9 heures du matin jusqu’à facilement 3 ou 4 heures du matin le jour suivant… Au bout d’un moment, l’équipe technique avait envie de me tuer. Il a fallu nous forcer - le cadreur (Benjamin Liberda), le chef op’ (Nicolaos Zafiriou) et moi - à descendre en régie pour nous alimenter, parce qu’on ne mangeait même plus... On courait après notre vision - plus précisément après la mienne, car toute l’équipe était derrière moi -. De toute évidence, il y a toujours un peu de frustration, mais il s’agit certainement, de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, du résultat le plus fidèle par rapport à ce que j’avais couché sur papier. Cela étant, on a quand même dû laisser tomber une quarantaine ou une cinquantaine de plans ; ce qui nous a parfois compliqué la vie au montage... Ça ne me déplait pas du tout, mais arrivés à un certain stade, pour certaines scènes, nous avons quasiment été forcés de partir sur quelque chose d’encore plus conceptuel ou de plus minimaliste.

 

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Pour clôturer l’entretien, tu peux nous dire un peu quelles sont globalement les réactions et les échos que tu as déjà pu avoir par rapport à Cruelle est la Nuit, puisqu’il a déjà été projeté à différents endroits et festivals ?

Globalement, les échos sont positifs, ou même parfois, très bons.

S’il y avait une critique négative que tu devais retenir, ce serait laquelle ?

C’est assez difficile à dire. Je suis prêt à prendre en compte n’importe quelle remarque à partir du moment où elle est constructive. Je peux comprendre que certaines personnes aient un problème avec notre film, avec ses plans explicites ou d’autres éléments subversifs. Tu vois, par exemple, une personne m’a reproché que pour elle, Cruelle est la Nuit était « gratuit ». Alors qu’au final, tu te rends compte que cette personne n’avait pas du tout fait gaffe aux dialogues ou surtout, aux voix off en début de film… Sans cela, il n’a plus de sens… Ce n’est pas un film mainstream ni un grand film fédérateur, mais il n’a pas été pensé pour être tiède : soit tu y adhères complètement, soit tu le rejettes en bloc. Tant qu’il ne laisse pas les gens de marbre !

Guillaume Triplet et Jean-Philippe Thiriart

06:43 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Bilans de festivals, Interviews, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : festival, de, cannes, cruelle, est, la, nuit, alan, deprez | |  Facebook | |  Imprimer |