03 janv.

Projection de MISSION ce soir à Cinematek - Notre interview filmée du réalisateur Roland Joffé

A l’occasion de la sortie en DVD du documentaire Marquis de Wavrin, du manoir à la jungle, relatant la vie de l’explorateur et cinéaste Robert de Wavrin, qui, à la fin des années 1920, est le premier blanc à filmer au nord de la forêt Amazonienne, CINEMATEK nous embarque pour un voyage le long du fleuve Amazone et de sa jungle touffue. Ce soir à 19h dans la Salle Ledoux, projection de Mission, le film spectaculaire à message humaniste réalisé par Roland Joffé, avec Jeremy Irons et Robert De Niro.

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Roland Joffé et Robert De Niro sur le tournage de Mission


Palme d’Or 1986, cette œuvre nous conte l’histoire, dans l'Amérique du Sud du 18e siècle, d’un missionnaire jésuite partagé entre son devoir d'obéissance envers le clergé central et son amour pour le peuple indien Guarani qu'il protège contre la domination espagnole et portugaise.

Nous avons eu la chance voici quelques années d’interviewer Roland Joffé au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Un Roland Joffé en verve avec lequel nous allions retracer son parcours de cinéaste? Réalisateur de The Killing (La Déchirure) - lauréat de trois Oscar -, de Mission, donc, et de City of Joy (La Cité de la Joie), pour ne citer que trois de ses films, Roland Joffé s'est entretenu avec nous pendant une vingtaine de minutes.

Il nous parle d’abord des difficultés qu'il a éprouvées à gérer le succès de La Déchirure et de La Cité de la Joie, avant de nous déconcerter quelque peu lorsqu'on lui demande s'il se considère comme un cinéaste du réel.


Il évoque ensuite le duo d'exception qu'il a formé avec Ennio Morricone, allant jusqu'à imiter celui qui est et restera sans doute à jamais un des plus grands compositeurs de musiques de films. Le tout dans un italien de qualité et en poussant un peu la chansonnette.


Par après, il nous explique en quoi ses études de théâtre ont influencé sa direction d'acteurs, et nous accorde qu'il est véritablement un cinéaste engagé, nous expliquant en quoi il fait partie de cette famille de réalisateurs.



Enfin, c’est avec beaucoup d’affection qu’il nous parle de certains des grands acteurs qu'il a dirigés. Et nous dit en quoi ils sont différents. Nous pensons ici à Robert de Niro, Jeremy Irons, Paul Newman et Patricia Arquette.


Bonne projection ce soir et belle (re)découverte de l’œuvre de Roland Joffé !

Jean-Philippe Thiriart

01 janv.

Karin Viard est la JALOUSE des frères Foenkinos

De David et Stéphane Foenkinos
Avec Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert
Comédie
1h47

Cote : ***

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Karine Viard est jalouse, très jalouse

 

David et Stéphane Foenkinos nous régalent avec ce film sur les femmes et leur difficulté à passer le cap d’un certain âge. Personne n’aime vieillir et cela est peut-être encore plus vrai pour les femmes. Les réalisateurs nous racontent le passage d’une femme que l’on pourrait qualifier de mère attentionnée à celui d’une femme à la jalousie maladive. Nathalie Pêcheux (Karin Viard) est une professeure de lettres divorcée qui vit avec sa danseuse de fille Mathilde (Dara Tombroff), à laquelle elle va soudainement s’en prendre, ne supportant plus sa réussite. Le reste de l’entourage de Nathalie ne manquera pas, lui-aussi, de se retrouver victime de sa jalousie naissante.

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Dara Tombroff et Karin Viard


Comédie à l’humour décapant, Jalouse a pour actrice principale Karin Viard (La famille Bélier, Embrassez qui vous voudrez) dans le rôle de la mère déboussolée. On découvre également la ravissante Dara Tombroff dans son premier rôle à l’écran. Mais on retrouve surtout Anne Dorval, qui avait obtenu le Bayard d’Or de la meilleure comédienne au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) en 2014 pour son interprétation de la Mommy de Xavier Dolan. C’est lors de ce festival que nous avons découvert Jalouse, présenté dans la Section « Regards du Présent ». Thibault de Montalembert (Je vais bien ne t’en fais pas, Chocolat), Bruno Todeschini (Une aventure, La délicatesse) et Anaïs Demoustier (Une nouvelle amie, La Villa) incarnent avec conviction différents seconds rôles.

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Karin Viard et Anne Dorval


Belle réussite que ce deuxième long-métrage signé par les frères Foenkinos, après La délicatesse en 2011. Karin Viard crève l’écran comme à son habitude et joue à merveille le rôle d’une mère tout à coup déboussolée par la moindre petite contrariété. Et c’est avec un réel plaisir que nous avons découvert Dara Tombroff dans le rôle d’une fille bien dans ses baskets mais confrontée à une mère tout à coup très jalouse de sa réussite.

Amateurs de douces comédies à l’humour bien pensé, ne ratez pas l’occasion de découvrir ce film sorti cette semaine cinéma dans nos salles !

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

16:56 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jalouse, karin, viard, david, stephane, foenkinos, anne, dorval, delicatesse, fiff, festival, international, film, francophone, namur | |  Facebook | |  Imprimer |

19 déc.

Le Be Film Festival démarre aujourd’hui à Bozar

Le Be Film Festival va une nouvelle fois faire sa fête au cinéma belge. Il s’ouvrira ce soir dès 19h15 avec la projection d’Une Part d’Ombre de Samuel Tilman et se clôturera le samedi 24 décembre, sur le coup de 11 heures, avec celle de Bigfoot Junior de Ben Stassen et Jérémie Degruson. Sous le sapin de Noël planté par les organisateurs du Be Film : courts et longs métrages de fiction, documentaires et d’animation.

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Nos comédiens seront mis à l’honneur, avec la présence à Bozar de celles et ceux qui font rayonner le cinéma belge à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières : Matthias Schoenaerts, Jan Decleir, Olivier Gourmet, Bouli Lanners, Lubna Azabal, Wim Willaert, Emilie Dequenne ou encore Fabrizio Rongione, de nouveau maître de cérémonie lors des prochains Magritte du cinéma. Mais aussi celle d’artistes étrangers qui ont rejoint notre production nationale avec talent : Adèle Exarchopoulos, André Dussolier, Pascal Greggory, Pierre Richard et Sergi Lopez, notamment. Seront également présents au Festival les réalisateurs belges, jeunes et confirmés confondus, que sont François Troukens, Samuel Tilman, Lucas Belvaux, Michaël R. Roskam, Abel et Gordon ou encore Marion Hänsel.

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La marraine de l’édition de cette année, Fien Troch, dévoilera quant à elle ses secrets de tournage. Et concerts et DJ sets viendront une fois encore compléter la fête pour les grands, tandis que les plus jeunes seront invités à participer à une séance famille le 24 décembre.

N’hésitez pas à lire notre critique enthousiaste du très intense Noces de Stephan Streker, projeté ce jeudi 21/12 à 21 heures !

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Vendredi, nous aborderons d’autres films estampillés Be Film Festival 2017. Paris Pieds Nus et La vie sexuelle des Belges d’abord, projetés le soir-même. En amont du fleuve et Spit’N’Split ensuite, projetés, eux, le samedi 23 décembre.

Plus d’infos : befilmfestival.be

Bon Festival !

Jean-Philippe Thiriart

04:54 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : be, film, festival, 2017, schoenaerts, gourmet, bouli, lanners, adele, exarchopoulos, fidele, noces | |  Facebook | |  Imprimer |

07 déc.

Le Festival International du Film de Comédie de Liège démarre aujourd’hui !

C’est aujourd’hui, jeudi 7 décembre, que démarre le Festival International du Film de Comédie de Liège (FIFCL). Clap deuxième pour ce festival qui mettra à rude épreuve les zygomatiques des spectateurs. Les festivités prendront fin ce dimanche 10 décembre. Quatre jours de films - longs et courts confondus -, de conférences, de rencontres… de fête !

Pour le dynamique directeur général du FIFCL Adrien François, un festival, c’est une plateforme de rencontres, de diffusion et de promotion. Le comédien belge Jean-Luc Couchard, parrain du Festival, lui a suggéré d’axer sa manifestation autour de la comédie. La Belgique, qui a vu naître les pépites d’humour que sont C’est arrivé près de chez vous, Dikkenek ou encore Les Barons se devait de compter un tel festival de cinéma. Pendant ces quatre jours, le rire sera bien le propre de l’homme et il sera liégeois, à n’en point douter !

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Jean-Luc Couchard, Parrain du Festival

Un lien fort avec le Festival Alpe d’Huez

Désireux de voir grandir cette manifestation, le programmateur du Festival Alpe d’Huez, festival lui aussi axé autour du rire, est également devenu celui du FIFCL. Pierre de Gardebosc estime ainsi que le Festival le de Liège a le mérite de défendre la comédie dans un pays et une région où l’humour est une valeur largement reconnue.

Deux jurys, présidés par les comédiens français Gérard Darmon et Edouard Montoute

Les jurys des compétitions longs et courts-métrages seront présidés respectivement par les comédiens français Gérard Darmon (Les Princes, La Cité de la peur) et Edouard Montoute (Femme Fatale, Taxi). Gérard Darmon se verra remettre la Frite de Cristal du Festival en guise de remerciement pour son talent. Ça ne s’invente pas !
Le président Darmon sera entouré de Catherine Jacob (Tatie Danielle, Chez nous), Frédéric Diefenthal (Taxi), Patrick Mille (En équilibre) et Pauline Lefèvre (Voir la mer).

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Cérémonies d’Ouverture et de Clôture

Aux commandes des Cérémonies d’Ouverture et de Clôture, deux présentateurs d’exception, Julien Lepers ouvrant un bal que Renaud Rutten fermera. Avec deux fims programmés :

- le court-métrage José de David Mutzenmacher, Alexandre Bouchet et Gaetan Liekens, avec Olivier Nardin (le rappeur et humoriste James Deano), Mourade Zeguendi (Les Barons, Dikkenek), Mounir Ait Hamou (Les Barons) et l’inimitable Kody, et

- le long-métrage Brillantissime de Michèle Laroque, avec le bien beau casting Michèle Laroque, Kad Merad, Françoise Fabian, Gérard Darmon, Rossy De Palma et Pascal Elbe.

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Michèle Laroque, réalisatrice du film d'Ouverture

Et un, et deux, et trois invités d’honneur !

Daniel Prévost (Le diner de cons, Pas sur la bouche), Guy Lecluyse (Bienvenue chez les chtis, 36 Quai des orfèvres) et Antoine Duléry (Hommes, Femmes : mode d’emploi, Camping) seront mis à l’honneur par le Festival.

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Deux compétitions, cinq Prix

Cinq longs-métrages seront en lice pour l’obtention des Grand Prix du Festival, Prix Spécial du Jury et Prix d’interprétation. S’il ne fallait en pointer que deux, ce seront les films français Garde alternée d’Alexandra Leclère. Avec une très belle distribution : Valérie Bonneton, Didier Bourdon, Isabelle Carré, Josiane Balasko, Laurent Stocker, Hélène Vincent et Michel Vuillermoz. Et Je vais mieux de Jean-Pierre Améris, avec Eric Elmosnino, Ary Abittan et Alice Pol.

Dans la compétition Courts-métrages, 18 films seront donnés à visionner au Jury et aux spectateurs avec, à la clé, deux Prix : Meilleur Court-métrage (Grand Prix du Festival) et Meilleur Scénario (Prix de la Meilleure idée originale). Parmi ces courts, les films belges suivants vaudront le détour :

- Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez, avec Georges Siatidis, Nikolaos Sachas, Wim Willaert et Anne Paulicevich,
- La Station de Patrick Ridremont,
Qui ne dit mot de Stéphane de Groodt, et
Timing de la régionale de l’étape, la Liégeoise Marie Gillain.

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George Siatidis dans Kapitalistis, de Pablo Munoz Gomez

Les autres événements du FIFCL

Le vendredi 8 décembre

- « Les secrets du rire pour écrire une bonne comédie », de 9h30 à 13h, et
- la Leçon de doublage par l’asbl Clap, à 14h au cinéma Le Sauvenière.

Le samedi 9 décembre

- « Y-a-t-il un réalisateur de comédie dans la salle ? », de 10h à 12h30 au Pôle Image de Liège,
- la rencontre de KissKissBankBank avec Le FIFCL, à 15h au Théâtre de Liège,
- la conférence Movietown, à 18h30 au Cinéma Palace - Salle 2, et
la conférence « L’importance des liens qui lient l’industrie de la musique et du cinéma », de 18h30 à 19h45.

Plus d’infos : www.fifcl.be

Bon Festival !

Jean-Philippe Thiriart

08:52 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Présentations de festivals | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fifcl, festival, international, film, comédie, liège, darmon, prévost, laroque, bourdon | |  Facebook | |  Imprimer |

26 oct.

Lumière ! L’aventure commence – Interview de Thierry Frémaux

Cette semaine, sort en salles le très beau documentaire que Thierry Frémaux a consacré aux Frères Lumière et à la naissance de leur cinéma : Lumière ! L’aventure commence. Nous avons interviewé le Délégué Général du Festival de Cannes avec d’autres médias au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) lors d’une table ronde. Voici, pour vous, les meilleurs moments de cette dernière.

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Thierry Frémaux, de quelles missions vous sentez-vous investi ?

Les Américains disent « The Labour of Love ». Il s’agit de mission sacrée parce que j’ai quand même le sentiment d’un immense privilège là où je suis. C’est-à-dire que je suis dans les deux plus belles avenues du monde : la Rue du Premier Film et la Croisette. Il y en a une troisième - Hollywood Boulevard mais ça, on leur laisse. Cette mission mêle le très contemporain et le très historique et je pense qu’en fait, c’est la même chose. On se bat tous pour dire que nous devons cesser de parler de « vieux ». Le mot « patrimoine » est joli mais pourquoi ne pas garder le mot « classique » ? On le dit pour la musique, la littérature et la peinture. Accolons le mot « classique » au mot « cinéma ». Aucun film ne sera jamais plus vieux qu’une pièce de Shakespeare. Et on ne dit pas : « Dites donc, hier, je suis allé voir un vieux Shakespeare ». Non, il n’y a pas de vieux Shakespeare. Et donc le cinéma, il est là. Je cite souvent cette phrase que Tavernier avait mise dans un de ses films - Mississipi Blues : « Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé. ».

Quand on voit les films Lumière – en tout cas quand moi je les vois et j’espère que c’est votre sentiment aussi - on ne se dit pas que c’est de l’archéologie. On se dit que c’est là, le cinéma est là tel qu’il est aujourd’hui et sans doute pour après. Évidemment, à Cannes, c’est le très contemporain. Dans les deux cas, il faut faire preuve à la fois de générosité et d’enthousiasme. D’une certaine modestie aussi. Et je suis un cinéphile qui aime. Je ne suis pas un cinéphile qui n’aime pas. Je veux dire par là qu’il y a des cinéphiles qui, dès qu’ils ouvrent la bouche, disent ce qu’ils n’aiment pas. Et ça me peine mais il y des critiques qui agissent de la même manière. Je préfère parler de ce que j’aime. C’est beaucoup plus difficile de dire ce qu’on aime et pourquoi un film, c’est bien, que pourquoi ce n’est pas bien. De mon livre, les gens ont dit : « oui, c’est un bouquin sympa ». J’ai répondu : « encore heureux, je n’allais pas parler des cons ». Mais c’est aussi une question de générosité. Cela ne veut pas dire naïveté mais que quand on dit on aime, cela ne veut pas dire qu’on aime tout.

Il y a quelque chose d’un aller-retour permanent entre passé et présent, entre Lyon et Cannes, qui me sert pour Cannes, qui me sert pour Lyon. Si je peux faire ce questionnement sur les films Lumière, c’est parce que je suis un cinéphile contemporain. Et, en même temps, quand on est dans le processus de sélection à Cannes, il peut m’arriver de parler des films d’une manière qui ressemble plus à comment je vais parler du Crime de Monsieur Lange de Renoir, que j’ai revu samedi, ou du dernier film des frères Coen. Et tout ça pourquoi ? Parce que c’est la même chose. Celui qui aime la musique, il aime la musique. Il n’aime pas la vieille musique ou la nouvelle musique. Le cinéma c’est pareil.

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Auguste et Louis Lumière


Comment vous êtes-vous rendu compte que vous pouviez, à partir des film Lumière, démontrer qu’ils avaient déjà les bases de la grammaire cinématographique ?

C’était évident parce que je connaissais les films. Donc on revient à ça : j’avais ce privilège de connaitre les films, il n’y avait pas de raison que je garde ça pour moi. Mais le film est aussi destiné à combattre pas mal d’idées reçues, de clichés sur Lumière. Des belles légendes, dont la plus formidable : « celui qui a inventé le cinéma n’y croyait pas ». Évidemment, il n’a jamais dit : « le cinéma est un art sans avenir ». Mais c’est beau, l’idée de savoir qu’un inventeur puisse l’avoir dit. Et sa place dans l’histoire était bizarre : pas vraiment un inventeur, pas vraiment un cinéaste. Et moi je voulais dire qu’il est complètement un inventeur et qu’il est complètement un cinéaste. Comme inventeur, évidemment qu’il n’est pas tout seul. Et lui-même l’a dit. Il faut citer les noms de Marey, Muybridge, Edison, Le Prince, Émile Reynaud… Celui qui va inventer le vaccin contre le sida, il n’aura pas inventé le microscope. Toute grande invention humaine est donc un processus collectif. Sauf que Lumière a fait ce qu’il fallait pour finir et il n’y a aucun inventeur après lui. Cela prouve que quand c’est fait, c’est fait. Et puis il est totalement un cinéaste et là c’est ce que prouve le film. Parce que le cinéma est là, c’est une évidence.

C’est pour cela que je me sers de cinéastes après lui et que je fais ainsi du futur historique. Je parle de Raoul Walsh ou encore de James Cameron. Pourquoi ? Parce que cela prouve que les questions que les cinéastes se sont posées tout au long du siècle, Lumière se les est posées en premier. Parce qu’il avait une caméra, il s’est dit : « je fais quoi ? », comme un cinéaste chaque matin lorsqu’il est sur son plateau et se demande où les éclairages et les caméras vont être placés. Lumière fait donc partie de cette famille-là et en était exclu. Le côté « Lumière invente une machine mais Méliès invente le cinéma ». « Lumière c’est le documentaire, Méliès c’est la fiction. » Non, tout cela n’est pas vrai. Et cela a aussi cette vertu de dire aux gens : « n’écoutez pas ce que l’on vous dit ». Billy Wilder disait toujours : « ne dites jamais au public qu’un plus un égale deux, laissez-les calculer ». Là, c’est pareil : c’est pour donner ces films aux gens et puis après, ils se débrouillent. Moi, je guide, je pose des questions, je formule des hypothèses.

 

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La Sortie de l'usine Lumière à Lyon


Comment avez-vous procédé pour la sélection des 108 films Lumière qui composent votre film ?

Ce sont des films que je connaissais très bien. Je les connais tous mais ceux-là et quelques autres particulièrement parce que j’avais l’habitude de faire cela en live. Je faisais des commentaires en direct et donc je savais à peu près quoi faire. Et j’avais chapitré de la même manière. J’avais même fait une VHS à New-York il y a vingt-cinq ans. On m’avait enregistré. J’avais dit que je ferais pareil. J’arrive en studio et je dis de ne pas s’inquiéter, que je connais tout ça par cœur. Je demande un micro, de me montrer les films et je le fais. Ça allait durer une heure et demi. Bon, évidemment, ce ne fut pas le cas. Le ton du live n’est pas le ton d’un film qui tout de même allait faire trace. Il fallait par conséquent que je fasse un peu attention. J’ai ainsi tout recommencé, tout réécrit, puis enregistré sagement, normalement en fait.

Et ces 108 films permettent de faire un premier voyage dans le cinéma de Lumière. C’est pour cela que je les ai séparés dans ces chapitres qui permettent d’avoir une sorte de premier aperçu de ce qu’était le cinéma. Et, en effet, on s’aperçoit que c’est dingue. Ils ont fait telle et telle chose. Mais pourquoi ? Parce qu’ils n’avaient pas de recette, qu’ils étaient ouverts. Et l’histoire du premier travelling à Venise est intéressante. Quand il a fait le film, le collaborateur de Lumière l’a envoyé à Lyon – comme ils le faisaient tous - avec une lettre : « Monsieur Louis, j’ai pensé à un truc là, j’ai mis la caméra sur un bateau, j’ai pensé que cela pouvait faire joli mais attention, si cela ne vous plait pas, détruisez le film, ne me renvoyez pas». Donc, il y a quelque chose qui prouve que tout était des hypothèses. Et c’est pour cela que c’était un cinéma si moderne. La modernité est de poser des questions. Ce n’est pas d’apporter des réponses. La modernité, c’est de dire : « Et pourquoi pas ceci ? Et pourquoi pas cela ? ».

 

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L'Arroseur arrosé


Il y a des gens qui ne savent pas ce que c’est qu’une vidéo, ce qu’est un film…

Oui et c’est pour cela que le premier film me plait tant : le sujet, le peuple, les hommes, les femmes, les ouvriers à l’usine… On ne sait pas où la littérature, la musique et la peinture ont été inventées. On ne le saura jamais. Le cinéma - désolé pour les Américains -, on sait. C’est ici, c’est chez nous. Mais surtout, vous imaginez un art qui s’ouvre par des portes qui s’ouvrent ? Ensuite, c’est un cortège. Donc, il n’y a pas une image qui est semblable à la suivante et à la précédente. Et cela se termine par une porte qui se ferme. C’est tout de même un truc fou ! Et dans ce vingtième siècle qui sera celui de la foule et de la multitude, ça commence par cela. Si ça avait été un film d’enfants, je serais en train de vous dire : « c’est génial, c’est un film d’enfants ». Mais il y a, dans le choix des sujets, des symboliques assez fortes de ce qu’était ce monde-là, monde qui n’a pas changé par rapport au nôtre. Et on reviendra à tout cela. Aujourd’hui, on parle de transhumanisme. C’est comme la nourriture bio. Il faut parler de films bio : des films comme ceux-là dont l’image n’est pas manipulée, pas truquée, pas digitalisée, pas Photoshopée. Voilà, c’est cela : ce qu’on voit, on le voit.

Ce sont aussi les incidents qui vous plaisent dans ces films-là ?

Oui, ainsi que dans le cinéma en général. Évidemment, la perfection a quelque chose d’ennuyeux. C’est toujours bien quand il y a des imperfections. C’est pour cela que j’ai laissé, dans la restauration, les poils caméra. Je ne les ai pas enlevés. Ils font partie des films. Il y a même des films qui ont des petits sauts. Il y en a aussi qui ont l’écriture. On l’a gardée. Les fins des plans, on les a gardées. On voit même parfois les perfos qui reviennent dans l’image, parce que c’était le cas. Mais, cela n’empêche que vous voyez le film comme vous ne l’avez jamais vu. C’est émouvant les différents bruits. Un cinématographe Lumière, c’est cela. Vous le lancez et l’arbre à came de la manivelle fait que vous avez un certain rythme. Vous le gardez, c’est obligatoire. C’est presque votre bras qui est comme cela et qui est entrainé. Mais, il y a quelque chose d’une incertitude. C’est pour cela que j’aime bien ce film sur le ballon de captif. Cela bouge et le flou est beau dans cette non-perfection qui fait que le type dit : « et pourquoi ne filmerais-je pas comme cela ? ». Les photos des années trente sont faites comme cela. C’est d’une beauté !

 

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L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat


Quand l’idée du projet est-elle née ?

L’idée du projet est partie d’un premier commentaire pour un DVD réalisé pour un musée. Un film de musée n’est pas un film de cinéma. J’ai donc refait cela avec un générique qui est un hommage à 1900 de Bertolucci, qui commence de la même manière : une image où on dézoome. Et puis je voulais mettre Scorsese à la fin pour là aussi faire un lien avec le contemporain. Les gens voulaient que je me présente au début du film mais personnellement, je voulais que le film ne soit composé que d’images Lumière.

De quelle manière votre travail à l’institut Lumière influence-t-il éventuellement vos sélections ?

Je n’aime pas trop parler de Cannes en dehors de Cannes, surtout que j’en ai parlé en Espagne et que cela m’a coûté cher. Disons que les deux me sont utiles. C’est-à-dire bien connaitre le cinéma contemporain et même être ici, vous voir, voir les professionnels. Je voyage grâce au film Lumière et aussi parce que je voulais venir en Belgique, où je viens de temps en temps mais jamais professionnellement, ou en Suisse, à côté de Lyon. Je dis aussi parfois à mes camarades en sélection : « arrêtons de faire “ j’aime, j’aime pas ” ». Qu’est-ce qui donne sa valeur aux choses ? C’est le temps. C’est le meilleur critique du monde. On sait tous que La règle du jeu fut un désastre, que Heaven’s Gate fut un désastre. Des exemples, on en a plein. Et puis, tout à coup, le temps a dit : « Mais non, attendez, La règle du jeu est le meilleur film français. » Oui mais à l’époque, l’avant-première a été catastrophique. Donc, parfois, quand on procède comme évoqué en sélection à Cannes, j’appelle au calme. Une sélection cannoise, ce n’est pas la vérité mais une proposition, un instantané non pas de la production de l’année, mais d’un certain état du cinéma chaque mois de mai de chaque année.

 

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Thierry Frémaux au FIFF - Copyright Florent Marot


Le choix de Saint-Saëns pour la musique, cela rappelle qu’il n’y a pas de son sur les bandes des Lumière mais pourquoi l’avoir choisi ?

C’est parce que je me suis posé la question de Louis Lumière et de la culture de son époque. Il n’y a rien, aucune archive. Il fallait donc faire des hypothèses. Je ne voulais pas qu’il n’y ait que ma voix. Je ne voulais pas faire d’autre choix qu’un musicien de cette époque-là. C’est donc l’atmosphère musicale de la musique française de l’époque. Lumière est très français. Je parle de Marcel Proust à plusieurs reprises. La musique, il fallait par conséquent qu’elle accompagne avec la même atmosphère et la même tonalité et puis, pour l’anecdote, Camille Saint-Saëns est le premier musicien officiel de l’histoire du cinéma puisqu’il est le premier à qui on a commandé une musique de film.

Vous n’avez donc jamais songé à Born to Run comme générique ?

Si, j’ai pensé à Born to Run, puis j’ai pensé qu’on allait un peu se moquer de moi. Mais, par contre à Cannes, la première et la dernière chanson en montée de marches, c’est toujours Born to Run.

Vous êtes également supporter de l’Olympique lyonnais. Que pensez-vous du changement nom du stade, anciennement « Stade des Lumières » ?

Stade des lumières avec un « s ». Je leur avais proposé de leur donner 10 000 euros s’ils enlevaient le « s ». Cela les a fait rire mais ce n’était pas très sérieux comme offre. C’est la vie d’aujourd’hui. Si c’est pour qu’on ait une meilleure équipe et que le club soit solide, tant mieux. C’était de toute façon un nom provisoire. Le Stade des Lumières, c’était un joli nom mais Lumière est un beau nom et ce n’est pas un pseudonyme et ils l’ont inventé dans un quartier qui s’appelle Mon Plaisir. Un jour, un enfant m’a dit : « ils ont tourné leur premier film Rue du Premier Film ». Je lui ai dit : « non, Rue du Premier Film, cette rue a reçu ce nom plus tard ». (il rit).

Propos recueillis par Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

08:40 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans Critiques de films, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lumière, aventure, commence, thierry, frémaux, cannes, fiff, festival, international, film, francophone, namur | |  Facebook | |  Imprimer |