16 mai

Regard sur le BIFFF 2017

Gantz:O

Le manga Gantz n’en est pas à sa première adaptation. Le seinen (manga à destination des jeunes hommes) a en effet déjà eu droit à un anime plutôt moyen, plus court et avec une fin différente, ainsi qu’à deux films live passés relativement inaperçus en Europe.


Le manga est désormais de retour sous la forme d’un film d’animation reprenant l’un des arcs majeurs de Gantz, celui d’Osaka. On y retrouve Kato, l’un des héros principaux de l’intrigue, ainsi que plusieurs personnages clés comme Nishi, légèrement psychopathe sur les bords.

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Mais Gantz:O, ça parle de quoi ?


Après avoir été tué lors d’une bagarre dans le métro, Kato se réveille dans un appartement de Tokyo complètement vide à l’exception d’une sphère noire et de plusieurs autres personnes. Kato est rapidement mis au parfum : il est mort et la sphère noire s’appelle Gantz. Tous les soirs, les membres de cette fine équipe sont envoyés dans les rues de Tokyo afin de combattre des hordes de monstres plus dérangeants les uns que les autres. Sauf que cette fois, changement de programme : direction Osaka et sa team locale légendaire.

On retrouve une esthétique des monstres propre au manga, extrêmement malsaine que ne renierait pas Guillermo Del Toro. Ajoutez à cela une ambiance pesante et un univers qui ne pardonne aucune erreur de la part des héros et les leur fait payer au prix d’un bras, d’une jambe ou simplement de leur vie et vous obtenez un film d’animation à l’opposé des Pixar et compagnie.

La comparaison avec le manga

Par rapport au manga, on retrouve le côté extrêmement gore et sanguinolent de l’œuvre mais on écarte un peu la sexualisation à outrance. Probablement moins politiquement correcte ? Même si les héroïnes dans leurs combinaisons de cuir rappellent tout de même ce statut d’objet que leur avait attribué l’auteur du manga, Hiroya Oku. D’autant plus qu’elles n’existent qu’à travers leurs relations aux personnages masculins. Clairement, Gantz n’est pas une œuvre féministe...

En conclusion, du bon et du moins bon. Gantz:O reste un bon divertissement d’action mais laisse un peu tomber les réflexions au delà du premier degré pourtant bien présentes dans l’œuvre originale.


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The Invisible Guest


The Invisible Guest

« I love it when a plan comes together » disait John « Hannibal » Smith dans The A-Team... Pour Adrian Dora, par contre, cela semble un brin plus compliqué.


Sorte de golden boy de la Silicon Valley espagnole, Adrian est riche, célèbre et un peu volage. Le businessman ibérique se retrouve dans de sales draps lorsqu’il se réveille dans une chambre d’hôtel fermée à clef avec pour seule compagnie, le cadavre encore frais de sa chère et tendre maîtresse.

L’affaire, a priori indéfendable, attire l’avocate Virginia Goodman, sorte de légende du barreau qui cherche à terminer sa longue série de victoires par un coup de maître. Face à son client, elle n’aura qu’une seule soirée pour préparer leur défense.

Hitchcock es-tu là ?

Le film est donc un huis-clos spatial et temporel dans lequel l’intrigue se déroule sous la forme de multiples flashbacks et versions alternatives. Qui ment, qui dit la vérité, qui manipule et qui est manipulé ? A ce petit jeu là, Virginia Goodman semble a priori la plus forte.

Cela fait parfois penser à Alfred Hitchcock, notamment dans les scènes de huis‑clos avec les clins d’œil sur les fenêtres, mais la comparaison s’arrête là tant le film se construit une identité visuelle propre à travers les scènes de flashback.

Trop de tiroirs tuent le tiroir

Mais c’est bien là le principal défaut du film. A force de balader le spectateur de versions alternatives en versions alternatives, de retourner l’intrigue et de changer les points de vues, les enjeux disparaissent et la tension également. Oriol Paulo semble vouloir nous perdre dans des plot twists simplement pour la forme, sans que cela serve le propos de son film. Pour terminer avec un retournement final assez prévisible. Le film aurait gagné à ne garder que les bifurcations les plus essentielles et à utiliser le temps ainsi gagné à construire une réelle tension narrative sans effet d’artifice.

En conclusion, à force d’essayer d’impressionner son public à coup de retournements scénaristiques, Paulo oublie de créer une vraie tension et de l’intérêt pour les enjeux de son histoire. Mais réussit malgré tout quelques tours de force, moins prévisible que d’autres.

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Loop

La vie en Hongrie, ça rigole pas. Et encore moins pour Adam lorsqu’il essaye d’arnaquer son mafieux d’employeur en planifiant de voler et de revendre des capsules d’une drogue de synthèse. Ajoutez à cela le fait que sa copine décide de le quitter et que, pour couronner le tout, cette dernière lui annonce qu’elle est enceinte de leur marmot !


Oui, sauf qu’en Hongrie, le temps ne semble pas s’écouler de la même façon que dans le reste du monde…

Vous connaissez le « Déjà-vu », cette sensation d’avoir déjà vécu une situation dans laquelle vous vous trouvez ? Adam, lui, fait entrer le déjà-vu dans une toute autre catégorie. Ses emmerdes ne semblent pas seulement s’accumuler : voilà qu’elles se répètent.

(L)Oops…

Les boucles temporelles sont monnaies courantes dans le cinéma de SF et ce n’est pas toujours simple de s’emparer d’un sujet traité 1 000 fois déjà pour en faire quelque chose de neuf.

Ici, tout repose sur le scénario : une sorte de fuite vers l’avant, sans fin, qui se replie indéfiniment sur elle-même. Adam est constamment le témoin impuissant des mésaventures qu’il a déjà vécues plus tôt et se promet inconsciemment de faire mieux la prochaine fois. Va-t-il y arriver ?

On ne retiendra pas grand chose de Loop (Hurok en hongrois) qui, malgré de bonnes intentions et quelques bonnes idées (casser la règle du « on ne peut jamais toucher son double temporel ») ne décolle jamais vraiment.


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Missing You


Missing You

C’est pas tous les jours que l’on voit un film coréen s’attaquer au thème de la vengeance !

Ou pas.

Le cinéma coréen nous a offert quelques-unes des meilleures histoires de vengeance du grand écran, l’exemple le plus connu étant surement celui d’Old Boy de Park Chan-wook (présent d’ailleurs au BIFFF cette année). Pas étonnant donc de retrouver une fois de plus ce thème dans ce premier film de Mo Hong‑Jin.

L’habit ne fait pas le tueur

Le jour de son anniversaire, le père de Hee-jo, policier de son état, est assassiné et retrouvé gisant dans son sang par sa gamine, traumatisée. Le tueur n’en est pas à son coup d’essai. Ki-bum - c’est son nom - est finalement arrêté, mais faute de preuves suffisantes, il ne passera que 15 ans en prison.

À sa sortie, Hee-jo, maintenant jeune adulte, ne l’a pas oublié et compte bien savourer sa… vengeance !

Le machiniste coréen

Au delà de la mise en scène léchée et de l’excellent travail sur la lumière, c’est surtout la prestation des acteurs (habitués aux comédies romantiques) que l’on retiendra, et particulièrement celle, glaçante, de Kim Seong-oh, tueur squelettique (il a perdu 16 kg pour le rôle) et manipulateur.

Bien que le film soit parfois inégal, certaines scènes restent imprimées dans la rétine du spectateur (notamment celle du viol de la prostituée ou du face-à-face dans la salle de bain) et contribue à faire de ce premier film une très belle réussite. Vivement la suite !


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The Oath


The Oath

Chaque année, nos voisins du Grand Nord nous abreuvent de polars dont eux seuls ont le secret. Entre les Millenium et Les Enquêtes du Département V, il y a de quoi se mettre sous la dent.


The Oath (Eiðurinn en islandais) vient se rajouter à cette longue liste mais ne figurera pas en bonne place sur celle-ci…

Finnur est un cardiologue réputé et apprécié. Il a la belle vie : maison design, pleine de bois et de béton, femme blonde et naturelle tout droit sortie d’une pub pour les Krisprolls et une petite fille trop mignonne. Sauf que Finnur à une deuxième fille, plus âgée, d’un autre mariage. Une ado rebelle raide dingue de son dealeur de petit copain. Un mec tout à fait charmant qui n’apprécie pas que l’on s’intéresse à son business et qui le fait savoir de façon un peu agressive. Et ça, bah Finnur, il aime pas trop.

Il y a lenteur et lenteur

Entre quelques plans magnifiques de l'Islande enneigée, la tension ne dépasse jamais les quelques battements par minute et le film semble entrer lentement en arythmie. C’est dommage parce que le potentiel est là, ainsi que les enjeux : jusqu’où un homme ordinaire est prêt à aller pour protéger sa fille et ce même contre son gré.

Plusieurs pistes sont également laissées en suspens, comme la menace constante des mauvaises fréquentations d’Ottar (le copain dealeur) qui n'apparaîtront jamais dans le film.

Resteront en mémoire, après le générique, une mise en scène sobre, efficace mais aussi très classique et quelques plans sur les routes islandaises.


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The Icebreaker


The Icebreaker (ou Titanic au Pays des Soviets)

À vrai dire, nous n'avons pas grand chose à raconter sur ce film. Après visionnage, il ne nous a fait ni chaud, ni froid. (D'accord, on sort.) On sent l’influence des films américains, style Roland Emmerich & Co avec, ici, une dose de patriotisme russe et un plus petit budget effets spéciaux.

Petrov est le capitaine du Mikhail Somov, un brise-glace soviétique faisant route dans l’Antarctique. Après une rencontre fortuite avec un iceberg évité de peu, Moscou décide d’envoyer un nouveau capitaine pour le remplacer. Sauf que ce dernier est pas des plus malins et coince son bateau et tous ses camarades dans les eaux glacées du Pôle Sud. En attendant que la bureaucratie communiste décide de venir les sauver, ils sont bons pour les rations réduites, le froid et ce satané iceberg qui les suit comme une bête en rut.

Preuve qu’Hollywood n’a plus le monopole des blockbusters qui envoient du lourd, The Icebreaker n’a pas d’autre réel intérêt que le divertissement pur et dur.


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Orbiter 9


Orbiter 9

Depuis sa plus tendre enfance, Helena n’a connu que l’environnement restreint du vaisseau spatial qui l’emmène coloniser une planète lointaine. Peu après sa naissance, suite à une avarie dans le système de survie du vaisseau, ses parents sont obligés de se sacrifier afin de lui permettre de survivre.


Et voilà qu’un beau jour, l’intelligence artificielle du vaisseau lui annonce la visite imminente d’un technicien venu réparer le système défaillant. Panique à bord : la demoiselle va rencontrer un autre être humain pour la première fois de sa vie. Mais elle est loin de se douter du bouleversement que cette première interaction sociale va engendrer.

Tel est pris qui croyait prendre

Le film parvient de façon assez surprenante à changer totalement de cap après les 20 premières minutes. Et si l’on peut se sentir trompé sur la marchandise au premier abord, le sentiment se transforme assez vite en réflexion plus poussée. La plupart des films traitant du voyage interstellaire omettent souvent d’aborder la question du sacrifice d’un tel voyage et du sort des pionniers d’une telle exploration.

Quel est le prix éthique ou moral de l’exploration spatiale et de la survie de l’espèce humaine ? Bien que le film choisit assez vite son camp, la question peut rester ouverte dans la tête du spectateur bien après le générique de fin.


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Tunnel


Tunnel

Assurément l’un de nos coups de cœur de ce BIFFF 2017 (à juste titre récompensé par le Prix de la critique) ! Enfin un bon film catastrophe qui s’assume et ne cherche pas à faire du sensationnalisme à tout prix !


Jeong-soo rentre chez lui après une journée de boulot et son chemin l’amène à emprunter un tout nouveau tunnel, censé raccourcir le temps de trajet des navetteurs vers Séoul. Mais alors qu’il est à mi-chemin dans le ventre de la bête, il est déjà trop tard. Le tunnel s’effondre comme un château de carte et Jeong‑soo se retrouve coincé dans la carcasse de sa voiture avec pour seuls vivres deux misérables bouteilles d’eaux et le gâteau d’anniversaire de sa fille. À l’extérieur, les secours s’organisent malgré les lenteurs administratives et les agendas politiques. Mais arriveront-il à le dégager à temps ?

Tu la sens la grosse critique ?

Mais le concept ne s’arrête pas à ce « simple » fil narratif géré de main de maître par le réalisateur Kim Seong-Hun grâce à un subtil mélange d’humour et de tension sans jamais tomber dans le sensationnalisme ou le larmoyant. Kim dépasse le carcan du film catastrophe et se tourne assez brillamment vers la satire politique au vitriol et tire à boulets rouges sur les politiques corrompus et les journalistes avides d’images fortes et de sensations qui le sont tout autant. Tout le système coréen en prend pour son grade et on en vient à regretter de ne pas avoir plus de films aussi audacieusement critiques dans nos contrées.

America ≠ Korea

Le cinéma américain nous a habitué aux clichés à la pelle dans ce genre de film et Tunnel les évite tous de façon naturelle. Mention spéciale au chef des pompiers, à mille lieues du super-héros sauveur comme aurait pu l’être un Bruce Willis aux USA.

Kim Seong-Hun a été marqué, comme beaucoup de Coréens, par la tragédie du Ferry Sewol en 2014. Cette influence s’en ressent d’autant plus dans la virulence et la pertinence de sa critique. Critique qui se transpose étonnamment bien à l’Europe de l’Ouest. Tous pourris partout ?

Simon Van Cauteren

03:24 Écrit par Jean-Philippe Thiriart dans BIFFF, Bilans de festivals, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bifff, festival, international, film, fantastique, bruxelles, critiques, films, tunnel | |  Facebook | |  Imprimer |